SEGOLENE ROYAL SUR TF1 : SUITE
Patrick POIVRE D’ARVOR
Bernard avait deux questions spécifiques à vous poser.
Bernard
Bonsoir madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Pardon, c’était Bernard qui est là.
Bernard BONTRON, 60 ans, Invalide
Bonsoir madame, si vous voulez j’ai deux questions. La première qui est une question qui rejoint un petit peu celle des autres, une question de gros sous, à savoir que vous savez que dans les départements, vous avez une commission qui s’appelle la COTOREP, donc qui décide du degré du handicap, et donc qui décide de l’allocation adulte handicapé. Dans les textes de la COTOREP, il est dit que pour percevoir l’allocation d’adulte handicapé, il faut que la personne soit inactive pendant un an. Ce que j’aimerais savoir c’est d’abord comment cette personne là, si elle n’a déjà pas les moyens de vivre, comment elle fait pour survivre pendant un an ? Ensuite le deuxième volet de ma question, c’est vous voyez mon état, donc je suis atteint de sclérose en plaques depuis 34 ans, et donc quels sont vos projets au sujet de la recherche médicale sur les maladies neurodégénératives, style sclérose en plaques, Alzheimer, Parkinson, sclérose amyotrophique, et polyarthrite rhumatoïde ? Merci.
Ségolène ROYAL
D’abord je voudrais saluer votre courage d’être là, merci monsieur de venir jusqu’ici témoigner et prendre la parole sur un problème extrêmement difficile et injuste. Vous avez raison l’AH et les COTOREP ne prennent pas suffisamment en compte les maladies dites évolutives et cette question là sera réglée. Je vous le dis vraiment très très nettement. Il y a aussi beaucoup de besoins, vous venez de l’évoquer sur la question de la recherche, sur toutes ces maladies. La recherche a beaucoup reculé ces derniers temps dans l’ensemble des secteurs y compris le secteur de la santé, là aussi je veux remettre à niveau, je l’ai dit, j’augmenterais de 10 % par an les efforts de recherche et je crois que sur toutes ces questions là, l’Europe aura quelque chose à faire. Vous savez on parle beaucoup de remettre l’Europe debout et de la faire avancer et moi ce qui me choque, c’est qu’aujourd'hui chaque pays cherche dans son coin si j’ose dire, alors que nous sommes tous confrontés à ces mêmes difficultés, à ces besoins considérables de recherche. Et je veux relancer, je veux lancer tout simplement même, puisqu’elle n’existe pas encore suffisamment l’Europe de la santé, et l’Europe de la recherche. Mais je voudrais dire aussi parce que j’étais ministre vous le savez, chargée des personnes en situation de handicap, qu’il faut changer le regard de la société sur le handicap et moi je suis très choquée lorsque l’on regarde le nombre de personnes en situation de handicap, ceux qui souffrent comme vous d’une maladie, ceux qui ont été victimes d’accident de la route, les jeunes, beaucoup de jeunes handicapés que l’on ne voit pas dans la société, je veux que l’on puisse voir les personnes en situation de handicap dans la société, qu’ils osent venir vivre au milieu de tous et en particulier à l’école. J’ai créé le plan Handiscol quand j’étais ministre de l’enseignement scolaire et je suis choquée de voir aujourd'hui que les moyens ont été supprimés et qu’aujourd'hui les enfants handicapés restent à la porte des écoles. Et je ferais de la question du handicap parce que c’est une question de citoyenneté, de progrès pour la société, toute entière… je vais vous raconter une petite anecdote, vous savez il y a quelques années quand on entrait dans une pièce et qu’on ne voyait que des hommes, on disait c’est quand même bizarre, il n’y a que des hommes et petit à petit la parité a fait un progrès, quand on rentre dans une salle et qu’il n’y a que des hommes, on se dit c’est quand même bizarre. Eh bien on en est encore là aujourd'hui en ce qui concerne les personnes en situation de handicap. Dans une réunion où il y a une vingtaine de personnes, il devrait y avoir au moins une ou deux personnes en situation de handicap. Si ce n’est pas le cas, ça veut dire qu’elles subissent une discrimination. Et là aussi dans les pays du Nord de l’Europe qui sont très en avance, vous n’avez pas une seule réunion de 20 personnes parce qu’ils ont pris ce critère là en se disant s’il n’y a pas de personne en situation de handicap autour de la table, c’est qu’il y a un problème. Elles n’ont pas osé venir, elles ont été discriminées, elles sont discriminées dans l’emploi et je veux que les entreprises et que les services publics qui souvent ne le font pas, respectent le quota de 6 % de personnes en situation de handicap. Donc il y a un travail considérable qui nous concerne tous, qui concerne 6 millions de personnes en France et monsieur, je voudrais vous dire merci d’être là et par votre témoignage de revendiquer d’une certaine façon aussi la visibilité des personnes qui ne sont pas debout, mais justement.
Bernard BONTRON
C’est justement un petit peu la raison de mon acharnement à être ici en fauteuil parce qu’effectivement dans une émission comme celle-ci comme dans des émissions de jeux, ou de divertissements, on n’a pas l’occasion jamais de voir une personne handicapée, qu’elle soit en fauteuil ou pas et donc je pense que c’est quand même important que cette discrimination comme vous le dites n’existe plus parce qu’effectivement quand je vais dans les écoles pour parler de la maladie, les enfants eux sont très naturels, pour eux quelqu’un de malade ou quelqu’un en fauteuil, c’est quelqu’un de normal, le regard des grandes personnes, des gens dits valides malheureusement ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a des choses à reprendre un petit peu, c’est ce que m’a dit un de mes amis américains qui est mort, il avait 93 ans, de dire que la normalité, la normalité c’est le handicap.
Ségolène ROYAL
Je ne peux pas, non, non, ça va aller ?
Bernard BONTRON
Que la normalité, c’est le handicap et si on arrive à faire en sorte que l’accessibilité soit accordée aux personnes handicapées, tout le monde pourra en profiter et ça je crois que c’est quelque chose qu’il faudrait arriver à faire passer dans le reste des gens et voilà.
Ségolène ROYAL
Et dans toute la société.
Bernard BONTRON
C’est un petit peu ma question. Exactement, merci.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Merci beaucoup Bernard pour votre témoignage. Il y a ici d’autres personnes qui sont… dans leur chair, ou par leurs enfants, par exemple le témoignage de François, et puis je voudrais que Sandrine…
Ségolène ROYAL
Je peux dire un petit mot quand même. Vous voyez monsieur c’est qu’il n’y a pas d’accessibilité, vous n’êtes pas placé comme les autres et ça ce n’est pas normal, n’est-ce pas monsieur Patrick POIVRE D’ARVOR, la prochaine fois.
Patrick POIVRE D’ARVOR
On en a pris bien soin.
Ségolène ROYAL
C’est vrai partout, c’est vrai à l’Assemblée nationale où il n’y a pas de place d’accessibilité, donc vous voyez je crois que c’est toute la société qu’il faut remettre d’aplomb par rapport à ce problème là. merci.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Deux questions qui sont en fait deux témoignages, d’ailleurs, celle de François et puis celle de Sandrine aussi après.
François HEBERT, 67 ans, Artisan à la retraite
Madame ROYAL bonsoir. Je vous remercie dans votre 9ème amendement de prévoir 5 % d’augmentation pour les handicapés, j’ai une fille qui est sourde et qui souffre de ne pas avoir accès à la culture. Il n’y a pas un musée ou un établissement culturel qui ait un traducteur gestuel. En plus, ma fille souffre de ne pas pouvoir avoir accès aux informations parce qu’il n’y a pas de traduction, il n’y a pas de sous titre, ni aux informations, ni aux débats qu’ils soient techniques, politiques, scientifiques. Pardon excusez-moi, voilà qu’est-ce que vous pouvez faire, pouvez-vous avec votre prochain ministre du handicap regarder ce sujet, le sujet des sourds dont on parle peu ? Et pourtant c’est des électeurs qui ne votent pas parce qu’ils sont découragés.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et Sandrine ?
Sandrine ROUSSEAU, 24 ans, étudiante en licence de droit
Bonsoir madame ROYAL, donc moi je souhaiterais vous parler des hôpitaux psychiatriques précisément puisque donc comme vous devez bien le savoir, il y a beaucoup de jeunes qui se droguent aujourd'hui . Et donc moi j’ai ma sœur, ma petite sœur qui a 22 ans qui a pris des drogues, donc pour les citer du cannabis, des extasies et qui aujourd'hui n’a plus du tout de fonctions motrices on va dire, dans le cerveau, qui est quasiment devenue un peu, une loque si je peux me permettre. Donc on l’a fait à huit reprises, fait enfermer entre guillemets dans l’hôpital psychiatrique de Dijon qui au bout de 15 jours, l’a bourré de cachetons, la laisse sortir pour qu’elle devienne SDF à Marseille, ou errer dans la rue. Enfin elle ne fait rien de spécial de sa vie, elle a 22 ans, elle est incapable de travailler. Et donc tout ce qu’on nous répond à l’hôpital psychiatrique, c’est qu’elle est majeure et qu’on ne peut rien faire. Qu’est-ce que vous comptez faire donc pour cet hôpital qui est censé s’occuper des gens comme ça ? Merci.
Ségolène ROYAL
Donc voilà deux questions de société aussi très très importantes, sur la question des malentendants, d’ailleurs j’avais demandé que ce soir l’émission soit sous titrée, parce que justement j’ai pensé aux questions des malentendants et c’est vrai aussi que les équipements sont insuffisants. Dans toutes mes réunions publiques, il y a quelqu’un qui pratique la langue des signes, parce que je veux que tout le monde puisse accéder au débat public. Mais vous posez plus largement la question des équipements culturels, c’est tellement vrai. La question de l’école aussi et dans le contrat que je ferais avec l’école et que j’ai prévu dans le pacte présidentiel, c’est aussi justement les équipements, surtout que les technologies ont beaucoup évolué, se sont beaucoup améliorés, donc il n’y a même plus l’excuse du coût de l’équipement. Et c’est vrai que tout les équipements culturels, tous les lieux publics, tous les équipements scolaires, tous les lieux politiques aussi doivent maintenant penser aux personnes qui ont des difficultés d’audition et merci aussi de donner ce témoignage personnel qui nous pousse à bouger et à bouger vite. Sur la question de la psychiatrie, je connais la question de la pénurie du nombre de psychiatres. D’abord là aussi, ça fait des années qu’à l’issue des études de médecine de moins en moins d’élèves choisissent cette spécialité là, qu’on en manque cruellement, tous les territoires le savent, tous les départements le savent et là aussi je pense qu’au regard de ce que je disais tout à l’heure sur la redéfinition des études de médecine et sur les critères de sélection dans les premières années de médecine, parce qu’on voit que des jeunes qui se destinent à des spécialités comme la psychiatrie sont sélectionnés très durement par des matières mathématique et des matières scientifiques lourdes au début des études de médecine, et il y a eu des enquêtes récentes qui ont montré que des vocations sont ainsi stoppées nettes, parce que les études de médecine ont besoin d’être rénovées et je suis très consciente de cette pénurie considérable. Ce qui est mieux aussi c’est qu’il y ait un accompagnement préventif, ce qui est dramatique c’est qu’un jeune puisse subir de tel dégât suite à la toxicomanie et moi je veux de l’encadrement beaucoup plus serré dans les établissements scolaires, des accompagnements de psychothérapeutes, avant d’aller dans la psychiatrie, il y a d’autres métiers en amont pour aider les jeunes à reprendre confiance en eux, les raccrocher à quelque chose de positif, les empêcher de sombrer, épauler les parents en difficulté. Et je pense qu’il y a un chantier considérable sur la question de l’adolescence. Vous savez, si on épaule les parents au bon moment, si on repère vite un élève ou un jeune qui commence à avoir des difficultés, si on intervient tout de suite avant qu’il soit trop tard, je pense qu’on évitera de plus en plus des itinéraires dramatiques comme celui que vous évoquez à l’instant.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Ségolène ROYAL, il y avait une question de Sauveur, non pas forcément en son propre nom mais au nom d’un de ses amis.
Sauveur FIORE, 65 ans, vendeur radio tele hi fi
Oui, bonsoir madame ROYAL. Permettez-moi de vous poser cette question s’il vous plait, j’ai un ami qui a 42 ans, qui a un cancer de l’œsophage, qui aujourd'hui a trois ans, est en rémission. Il a envie de reprendre une activité. A ce jour toutes les portes sont fermées. Ce monsieur pense à sa retraite et quand on est malade et qu’on a des gros problèmes de santé, comme moi j’ai eu aussi, on ne pense pas à la maladie. Je voudrais savoir de quelle façon vous pouvez aider cette personne que je connais, mais c’est un anonyme parmi tant d’autres, parce qu’il y a plusieurs milliers que nous ne connaissons pas. Pourquoi fermons-nous les portes à ces gens là ? Pourquoi nous les mettons en dehors de la société quand ils demandent quelque chose, de vivre comme tout le monde et de ne pas être accrochés à la société ? Est-il possible la France va réagir et leur ouvrir les portes des droits qu’ils ont comme tout à chacun parce que chacun de nous du jour au lendemain, on peut avoir le même problème, la maladie peut toucher tout le monde du jour au lendemain. Il n’y a pas de discrimination là dessus. Je vous remercie de m’avoir écouté. Bonsoir madame.
Ségolène ROYAL
Merci pour ce cri du cœur qui est au fond la revendication de vivre comme tout le monde même lorsqu’on a eu un accident de la vie. Et moi je souhaite que ceux qui vivent comme ça des épreuves personnelles, puissent par exemple plus facilement accéder à la formation professionnelle, c'est-à-dire pour se sortir d’une épreuve comme celle-ci, pour se raccrocher à quelque chose de positif, on peut très bien imaginer, je le fais en tout cas dans ma région, la région que je préside, puisque nous avons la compétence de la formation professionnelle, eh bien nous essayons de repérer justement les gens qui ont le plus soufferts, qui sont les plus éloignés du marché de l’emploi, pour leur remettre le pied dans la vie en leur redonnant confiance en eux par des formations professionnelles qu’ils choisissent. Et puis je pense que nous pouvons aussi imaginer des emplois d’intérêt général, parce que quand on a beaucoup souffert, soi-même, on a aussi une expérience finalement quand on a surmonté ses difficultés, qu’on peut mettre au service des autres dans les associations, dans un certain nombre d’activités, et c’est pour ça aussi que je veux créer un certain nombre d’emplois d’intérêt général qui permettront à ceux qui ont une expérience personnelle dans leur vie humaine, dans les épreuves qu’ils ont surmonté, de se mettre ensuite au service des autres, dans des emplois rémunérés qui aident ensuite les autres à s’en sortir en les encadrant dans des associations.
Patrick POIVRE D’ARVOR
J’aimerais que l’on puisse clore ce chapitre avec une question que voulait poser Daniel.
Daniel HENNICK, 45 ans,Météroloue
Bonsoir madame ROYAL. J’ai été bouleversé il y a quelques années par le décès de Vincent HUMBERT qui aux vues du refus de l’institution a vu une mère tuer son propre fils. Pensez-vous légiférer sur un droit à aider les personnes demandantes de mourir dans la dignité ?
Ségolène ROYAL
Oui. Oui je pense qu’il faut avoir le courage d’ouvrir un débat sur cette question là. J’ai moi même été confrontée à ce drame terrible où l’un de mes meilleurs amis est décédé dans des souffrances épouvantables, s’accrochait à moi, à ses amis, en nous demandant de l’aider, ce qu’on ne pouvait pas faire bien évidemment. Et donc je crois que dans le respect des personnes, il faut faire ce qu’on fait d’autres pays européens, ouvrir le débat et mettre en place une législation qui permette d’apaiser les souffrances les plus intolérables. Et ça se fera en toute démocratie, en toute transparence avec des débats avec les associations de malades, des associations des médecins bien évidemment, des associations d’usagers de l’hôpital donc l’ensemble des parties prenantes autour de ce problème là, sera conduit à venir débattre et le Parlement sera saisi d’un texte de loi.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Ségolène ROYAL, il y a eu beaucoup, beaucoup de questions également autour du SMIC et de votre proposition du SMIC à 1 500 euros, alors je voudrais peut-être qu’on interroge Anne-Laure et puis son voisin, je crois qu’ils ont tous les deux des questions à poser. Anne-Laure et Laurent qui est à côté d’elle.
Anne-Laure COUCHOUX 43 ans, technicienne logistique
Bonsoir madame. Donc vous avez fait une proposition du SMIC à 1 500 euros, et je voudrais savoir déjà comment vous allez le financer parce que bon il y a beaucoup de salaires qui sont un petit peu au dessus et donc ces salaires vont devenir, être payé au SMIC alors que souvent ils sont occupés par des gens qualifiés. Et donc voilà je voulais savoir comment vous comptez financer cette mise en place. Et moi ce que je crains, c’est que ça crée de l’inflation, parce que bon, en fait ce que les Français ont besoin, c’est un pouvoir d’achat. Que le SMIC soit à 1 000 euros, 1 500 euros, plus ou moins, en fait ce qui est important chez les Français, c’est le pouvoir d’achat. Alors qu’est-ce que vous comptez mettre en place pour que le pouvoir d’achat des Français soit meilleur et qu’il ne continue pas à se dégrader ?
Patrick POIVRE D’ARVOR
Laurent peut-être pendant que vous y êtes.
Laurent FRENKEL, 41 ans, Chauffeur de VIP
Bonsoir madame ROYAL. Donc ma question toujours pareil par rapport au SMIC. Le SMIC à 1 500 euros évidemment on parle de 1 500 euros brut, donc ça risque d’augmenter un petit peu, mais ce qui est plus important, toujours par rapport au pouvoir d’achat et également par rapport à l’emploi, je pense que c’est intéressant aussi de réduire les charges patronales, ainsi que les charges salariales. Je pense que ça c’est quelque chose d’intéressant. J’aimerais connaître votre avis sur la question. Merci beaucoup
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et puis pendant que j’y suis Anna peut-être aussi.
Anna STARZEC, 55 ans Ingénieur d’études en faculté de sciences
Bonsoir madame ROYAL. Je travaille dans la recherche à l’université et l’augmentation du SMIC à 1 500 euros, sera une augmentation pour beaucoup de mes collègues, je suis vraiment ravie. Il y en aura d’autres comme il a dit Laurent qui vont se retrouver presque au chômage et moi-même ingénieur en biologie, j’ai 25 ans d’expériences dans la recherche, ma formation est Bac plus 10 et mon salaire maintenant est de 1 900 euros brut. Donc bon c’est vrai que c’est plus que le SMIC, mais c’est une situation qui n’incite sûrement pas les jeunes de faire des longues études. Et d’autre part s’ils font de longues études de doctorat, ils partent à l’étranger. Qu’est-ce qu’on peut faire pour garder ces jeunes cerveaux en France ?
Ségolène ROYAL
Ce potentiel, ces cerveaux, cette matière grise. Alors écoutez en tout cas, allez-y.
Anna STARZEC
Est-ce que vous pensez que vous comptez donc revaloriser d’autres salaires à l’université ?
Ségolène ROYAL
Alors d’abord je voudrais vous dire que vous avez tous les trois très bien posé cette question parce que vous avez évoqué toutes les facettes de la question de l’augmentation des bas salaires. Je vais être très précise sur cette question. Dans mon projet il y a l’augmentation en effet du SMIC et des bas salaires, je vais y revenir à 1 500 euros brut en cinq ans. C’est un signal fort que je veux donner. Aujourd'hui le SMIC, je l’ai dit tout à l’heure est à 984 euros net, c’est quand même très bas, le salaire minimum est l’un des plus bas d’Europe notamment par rapport aux pays de l’Europe du Nord. C’est en France que les inégalités salariales sont les plus fortes et donc quand on me dit c’est trop d’augmenter de 5 % le SMIC tous les ans, je dis écoutez qui peut vivre avec 984 euros ? Donc je veux que le travail paie et je veux que les…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Quand vous parlez de 1 500 euros, c’est 1 500 brut parce que les gens posent beaucoup la question, en cinq ans et c’est brut.
Ségolène ROYAL
En cinq ans, ça veut dire 5 % tout de suite, c’est 50 euros tout de suite. Mais vous avez très bien posé la question tout à l’heure, il y a aujourd'hui 4 millions de personnes au SMIC, mais il y a un salarié sur deux qui gagne aujourd'hui moins de 1 500 euros. Donc ça veut dire que beaucoup de gens tout d’un coup se sont dits, mais si le SMIC passe à 1 500 euros, certains ont cru que c’était tout de suite, j’aimerais bien, mais c’est dans 5 ans, il faut aussi être réaliste, je veux promettre que ce que je peux tenir, donc tous ceux qui aujourd'hui gagnent 1 500 euros ou moins, se sont dits, mais alors nous allons devenir smicards. Et moi je ne veux pas d’écrasement de la hiérarchie des salaires, c’est pour cela que j’ai dit que l’augmentation du SMIC serait discutée au terme de la conférence salariale, que je réunirais dès mon élection avec les partenaires sociaux, les représentants des salariés, et les représentants des employeurs, que je rencontre d’ailleurs en ce moment régulièrement tous, je rencontre les organisations patronales, les organisations de salariés, pour préparer cette conférence salariale. Et donc dans cette conférence salariale, on va discuter de la façon dont on maintient la hiérarchie des salaires. Ca veut dire que les salaires qui sont un petit peu au dessus du SMIC vont également augmenter etc… Se pose ensuite la question des entreprises, est-ce que les entreprises, certaines d’entre elles qui sont serrées, disons, qui sont un peu en difficulté, qui sont confrontées à la compétition internationale, vont pouvoir absorber la hausse des bas salaires ? ma réponse est très précise, ce que je propose à la France aujourd'hui c’est un système gagnant, gagnant, c'est-à-dire je veux aider les entreprises qui se battent, qui conquièrent des marchés à l’extérieur, qui créent de l’innovation, qui donnent de la formation professionnelle et donc il y aura un pacte avec ces entreprises, dans le cadre de cette conférence salariale. Et les exonérations diverses, exonérations de charges, les avantages fiscaux, seront donnés en fonction de la masse salariale qu’il y a dans l’entreprise. Et je modulerais l’impôt sur les sociétés en fonction aussi de la façon dont les entreprises réinvestissent leur bénéfice. Et celles qui vont réinvestir leurs bénéfices en innovation, en recherche, en formation professionnelle des salariés seront avantagées par rapport à celles qui distribuent davantage aux actionnaires. Et ce que je veux faire comprendre ici, c’est que je pense que la France peut redémarrer sa machine économique, et c’est dans un système de confiance, je ne veux plus que l’on oppose les entreprises aux salariés. Je veux réconcilier la France avec ses entreprises. ET je crois que c’est aussi par la qualité du dialogue social, par la sécurisation des salariés, par l’investissement dans la formation professionnelle et en particulier des salariés qui sont sur le bas de l’échelle des revenus, doivent pouvoir bénéficier de formation professionnelle. Et donc leur salaire augmentera et donc c’est un plus aussi pour l’entreprise. Alors il y a des entreprises quand même qui pourraient payer davantage leurs salariés, qui ne sont pas confrontées à la concurrence internationale, la grande distribution par exemple qui paie très mal ses caissières, ou qui fait du chômage partiel, ça c’est inadmissible. Donc il y a un message global aux entreprises qui peuvent quand même revaloriser les bas salaires, elles doivent le faire. Les entreprises qui sont sur des marchés tendus, elles doivent pouvoir le faire aussi et l’Etat va les y aider. L’Etat va les y aider en les incitant à innover, à former et à conquérir des marchés.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Ségolène ROYAL, vous avez une question là haut et ensuite Marjorie.
Stéphane BOUSSARDON, 34 ans, Employé de banque
Bonsoir madame ROYAL, une petite question, pourquoi attendre cinq ans pour revaloriser les salaires quand on sait que la plupart de la population est atteinte par les bas salaires ?
Ségolène ROYAL
Oui, mais j’ai dit que si nous pouvons aller plus vite, nous irons plus vite. Il y a un objectif à 1 500 euros à condition qu’il ne soit pas rattrapé par la hausse des prix. Vous l’avez dit aussi très judicieusement tout à l’heure et c’est pour ça que mon système est global et qu’avec la revalorisation des bas salaires, je réforme aussi l’indice des prix parce que je ne veux pas qu’une hausse des bas salaires soit immédiatement mangé par une hausse des prix qui serait mal calculée. Donc les bas salaires et le SMIC seront indexés sur un nouvel indice des prix qui mesurent bien la véritable augmentation des prix, et notamment de l’alimentation, de l’énergie, du chauffage, des déplacements, etc. Mais si nous pouvons aller plus vite, nous irons plus vite. Et vous voyez, je pense aujourd'hui que la France souffre de mesures uniformes. On a donné des exonérations à tout le monde, que ce soit des entreprises qui gagnent beaucoup d’argents ou celles qui ont des difficultés, que ce soit les entreprises qui ne sont pas confrontées à la concurrence internationale comme les grandes surfaces ou les banques que j’évoquais tout à l’heure et celles qui au contraire doivent se battre sur le marché et que nous devons aider. Parce que je voudrais juste rajouter cela, vous savez aujourd'hui il y a un déficit du commerce extérieur de 30 milliards d’euros. 30 Milliards d’euros, c’est l’équivalent d’un million d’emplois, et donc si la France se bat avec son énergie, avec ses chercheurs, qui doivent absolument rester ici et donc être correctement payés pour ne pas partir aux Etats-Unis. Il y a 200 000 jeunes chercheurs européens qui sont aujourd'hui aux Etats-Unis, c’est un gâchis insupportable, donc je veux que les chercheurs soient là. Et c’est pour cela que j’ai présenté aussi un système d’emploi tremplin pour les petites entreprises, c'est-à-dire et je le fais aussi dans ma région, pendant six mois, nous payerons le salaire pendant six mois d’un jeune diplômé, d’un jeune ingénieur, d’un jeune chercheur et on le met à disposition d’une petite entreprise qui n’a pas les moyens dans un premier temps de recruter un cadre, un jeune cadre bien formé. Et donc ce jeune qui arrive dans l’entreprise avec ses diplômes de qualité a sa chance, peut faire ses preuves, l’entreprise peut développer ses marchés, développer ses produits et donc ensuite c’est le cercle vertueux, l’emploi appelle l’emploi. C’est pour ça que je suis tellement battante sur la question de l’emploi des jeunes parce que je pense que si les entreprises tendent la main aux jeunes, si la société toute entière se dit on fait une place pour les jeunes, c’est le système tout entier qui se redresse, parce que plus de jeunes au travail, c’est des cotisations qui permettront de payer les retraites, donc c’est le système qui se remet debout et qui se rééquilibre.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Alors Marjorie s’est levée depuis un petit bout de temps.
Ségolène ROYAL
Pardon Marjorie, j’ai été un peu longue.
Marjorie CABANIS, 32 ans, ingénieur d’affaires
Bonjour madame ROYAL. Donc moi j’avais une question plus générale en fait, parmi toutes vos propositions, comment vous comptez financer, qui va payer sans creuser davantage la dette ?
Ségolène ROYAL
Qui va payer…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Lionel avait une question et madame, toujours sur ces sujets là, si vous voulez. Allez-y.
Christine EGLER, 63 aans, Enseignante à la retraite
Je voudrais poser une question sur l’économie sociale qui est aussi un volet très important, alors je voulais vous dire un constat, à aucun moment dans les discours et les programmes, on a mené une réflexion sur l’économie sociale, et solidaire et de ses composantes. A savoir les associations, les coopératives, les mutuelles et les structures qui luttent contre l’exclusion. Or à mon avis ces structures sont quand même une voie originale, une voie citoyenne créatrice de liens sociaux et qui génèrent de l’emploi. Par exemple en Alsace d’où je viens, ça représente 68 000 emplois, plus de 68 000 emplois. Alors ma question à ce sujet, que proposez-vous pour renforcer, soutenir, valoriser le bénévolat associatif ? Avez-vous l’intention de vous appuyer sur la richesse que sont les associations complémentaires de l’école, qui luttent contre l’exclusion sociale et l’échec scolaire ? Et plus généralement quelle réflexion menez-vous dans votre partie sur les différentes composantes de l’économie sociale qui sont regroupées dans les CRES. Par exemple est-ce que les CRES auront bientôt une représentativité dans tous les lieux de concertations est-ce qu’ils auront des moyens financiers pérennes ? Et comment allez-vous résoudre les problèmes des différentes économies sociales avec l’Europe, par rapport à l’Europe ?
Patrick POIVRE D’ARVOR
Je crois qu’il y avait une question de Lionel qui allait dans le sens…
Lionel FIDALGO, 21 ans, étudiant master de finances
Bonsoir madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir.
Lionel FIDALGO
Donc moi pour ma part je suis étudiant, je vais rentrer dans la vie active d’ici un an et en tant que futur contribuable, je me pose une question simple, c’est qu’aujourd'hui dans votre pacte présidentiel vous mettez en avant plusieurs mesures sociales qui paraissent relativement onéreuses. Et aujourd'hui la question simple que je me pose, c’est qui va payer. Est-ce que vous allez encore augmenter les impôts et faire payer encore plus les Français, les entreprises ou allez-vous aggraver la dette de l’Etat et rendre la situation encore plus délicate qu’elle ne l’est aujourd'hui ?
Ségolène ROYAL
Bonne question qui rejoint la votre.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et puis monsieur aussi, à droite comme ça on aura tout le monde.
Grégoire POIREL, 33 ans, Cheminot
Bonsoir madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir.
Grégoire POIREL
J’ai remarqué depuis pas mal d’années quand même déjà, petit à petit on remplace des hommes par des machines, autour de moi j’ai l’exemple, par exemple des stations services, dans le temps il y avait un pompiste, maintenant on le remplace par un automate. Dans ma propre société, j’ai pu lire dans un journal interne, la semaine dernière que 22 % des billets de train sont vendus par le biais d’Internet. On dispose aussi également d’automates pour vendre les billets. A aucun moment je suis contre le progrès, je trouve ça génial on peut acheter son billet de train à minuit chez soi le soir à la dernière minute. Maintenant je sais que ces automates paient la taxe professionnelle, en revanche ils ne cotisent pas, enfin ils ne paient pas les cotisations sociales.
Ségolène ROYAL
Oui.
Bernard avait deux questions spécifiques à vous poser.
Bernard
Bonsoir madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Pardon, c’était Bernard qui est là.
Bernard BONTRON, 60 ans, Invalide
Bonsoir madame, si vous voulez j’ai deux questions. La première qui est une question qui rejoint un petit peu celle des autres, une question de gros sous, à savoir que vous savez que dans les départements, vous avez une commission qui s’appelle la COTOREP, donc qui décide du degré du handicap, et donc qui décide de l’allocation adulte handicapé. Dans les textes de la COTOREP, il est dit que pour percevoir l’allocation d’adulte handicapé, il faut que la personne soit inactive pendant un an. Ce que j’aimerais savoir c’est d’abord comment cette personne là, si elle n’a déjà pas les moyens de vivre, comment elle fait pour survivre pendant un an ? Ensuite le deuxième volet de ma question, c’est vous voyez mon état, donc je suis atteint de sclérose en plaques depuis 34 ans, et donc quels sont vos projets au sujet de la recherche médicale sur les maladies neurodégénératives, style sclérose en plaques, Alzheimer, Parkinson, sclérose amyotrophique, et polyarthrite rhumatoïde ? Merci.
Ségolène ROYAL
D’abord je voudrais saluer votre courage d’être là, merci monsieur de venir jusqu’ici témoigner et prendre la parole sur un problème extrêmement difficile et injuste. Vous avez raison l’AH et les COTOREP ne prennent pas suffisamment en compte les maladies dites évolutives et cette question là sera réglée. Je vous le dis vraiment très très nettement. Il y a aussi beaucoup de besoins, vous venez de l’évoquer sur la question de la recherche, sur toutes ces maladies. La recherche a beaucoup reculé ces derniers temps dans l’ensemble des secteurs y compris le secteur de la santé, là aussi je veux remettre à niveau, je l’ai dit, j’augmenterais de 10 % par an les efforts de recherche et je crois que sur toutes ces questions là, l’Europe aura quelque chose à faire. Vous savez on parle beaucoup de remettre l’Europe debout et de la faire avancer et moi ce qui me choque, c’est qu’aujourd'hui chaque pays cherche dans son coin si j’ose dire, alors que nous sommes tous confrontés à ces mêmes difficultés, à ces besoins considérables de recherche. Et je veux relancer, je veux lancer tout simplement même, puisqu’elle n’existe pas encore suffisamment l’Europe de la santé, et l’Europe de la recherche. Mais je voudrais dire aussi parce que j’étais ministre vous le savez, chargée des personnes en situation de handicap, qu’il faut changer le regard de la société sur le handicap et moi je suis très choquée lorsque l’on regarde le nombre de personnes en situation de handicap, ceux qui souffrent comme vous d’une maladie, ceux qui ont été victimes d’accident de la route, les jeunes, beaucoup de jeunes handicapés que l’on ne voit pas dans la société, je veux que l’on puisse voir les personnes en situation de handicap dans la société, qu’ils osent venir vivre au milieu de tous et en particulier à l’école. J’ai créé le plan Handiscol quand j’étais ministre de l’enseignement scolaire et je suis choquée de voir aujourd'hui que les moyens ont été supprimés et qu’aujourd'hui les enfants handicapés restent à la porte des écoles. Et je ferais de la question du handicap parce que c’est une question de citoyenneté, de progrès pour la société, toute entière… je vais vous raconter une petite anecdote, vous savez il y a quelques années quand on entrait dans une pièce et qu’on ne voyait que des hommes, on disait c’est quand même bizarre, il n’y a que des hommes et petit à petit la parité a fait un progrès, quand on rentre dans une salle et qu’il n’y a que des hommes, on se dit c’est quand même bizarre. Eh bien on en est encore là aujourd'hui en ce qui concerne les personnes en situation de handicap. Dans une réunion où il y a une vingtaine de personnes, il devrait y avoir au moins une ou deux personnes en situation de handicap. Si ce n’est pas le cas, ça veut dire qu’elles subissent une discrimination. Et là aussi dans les pays du Nord de l’Europe qui sont très en avance, vous n’avez pas une seule réunion de 20 personnes parce qu’ils ont pris ce critère là en se disant s’il n’y a pas de personne en situation de handicap autour de la table, c’est qu’il y a un problème. Elles n’ont pas osé venir, elles ont été discriminées, elles sont discriminées dans l’emploi et je veux que les entreprises et que les services publics qui souvent ne le font pas, respectent le quota de 6 % de personnes en situation de handicap. Donc il y a un travail considérable qui nous concerne tous, qui concerne 6 millions de personnes en France et monsieur, je voudrais vous dire merci d’être là et par votre témoignage de revendiquer d’une certaine façon aussi la visibilité des personnes qui ne sont pas debout, mais justement.
Bernard BONTRON
C’est justement un petit peu la raison de mon acharnement à être ici en fauteuil parce qu’effectivement dans une émission comme celle-ci comme dans des émissions de jeux, ou de divertissements, on n’a pas l’occasion jamais de voir une personne handicapée, qu’elle soit en fauteuil ou pas et donc je pense que c’est quand même important que cette discrimination comme vous le dites n’existe plus parce qu’effectivement quand je vais dans les écoles pour parler de la maladie, les enfants eux sont très naturels, pour eux quelqu’un de malade ou quelqu’un en fauteuil, c’est quelqu’un de normal, le regard des grandes personnes, des gens dits valides malheureusement ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a des choses à reprendre un petit peu, c’est ce que m’a dit un de mes amis américains qui est mort, il avait 93 ans, de dire que la normalité, la normalité c’est le handicap.
Ségolène ROYAL
Je ne peux pas, non, non, ça va aller ?
Bernard BONTRON
Que la normalité, c’est le handicap et si on arrive à faire en sorte que l’accessibilité soit accordée aux personnes handicapées, tout le monde pourra en profiter et ça je crois que c’est quelque chose qu’il faudrait arriver à faire passer dans le reste des gens et voilà.
Ségolène ROYAL
Et dans toute la société.
Bernard BONTRON
C’est un petit peu ma question. Exactement, merci.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Merci beaucoup Bernard pour votre témoignage. Il y a ici d’autres personnes qui sont… dans leur chair, ou par leurs enfants, par exemple le témoignage de François, et puis je voudrais que Sandrine…
Ségolène ROYAL
Je peux dire un petit mot quand même. Vous voyez monsieur c’est qu’il n’y a pas d’accessibilité, vous n’êtes pas placé comme les autres et ça ce n’est pas normal, n’est-ce pas monsieur Patrick POIVRE D’ARVOR, la prochaine fois.
Patrick POIVRE D’ARVOR
On en a pris bien soin.
Ségolène ROYAL
C’est vrai partout, c’est vrai à l’Assemblée nationale où il n’y a pas de place d’accessibilité, donc vous voyez je crois que c’est toute la société qu’il faut remettre d’aplomb par rapport à ce problème là. merci.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Deux questions qui sont en fait deux témoignages, d’ailleurs, celle de François et puis celle de Sandrine aussi après.
François HEBERT, 67 ans, Artisan à la retraite
Madame ROYAL bonsoir. Je vous remercie dans votre 9ème amendement de prévoir 5 % d’augmentation pour les handicapés, j’ai une fille qui est sourde et qui souffre de ne pas avoir accès à la culture. Il n’y a pas un musée ou un établissement culturel qui ait un traducteur gestuel. En plus, ma fille souffre de ne pas pouvoir avoir accès aux informations parce qu’il n’y a pas de traduction, il n’y a pas de sous titre, ni aux informations, ni aux débats qu’ils soient techniques, politiques, scientifiques. Pardon excusez-moi, voilà qu’est-ce que vous pouvez faire, pouvez-vous avec votre prochain ministre du handicap regarder ce sujet, le sujet des sourds dont on parle peu ? Et pourtant c’est des électeurs qui ne votent pas parce qu’ils sont découragés.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et Sandrine ?
Sandrine ROUSSEAU, 24 ans, étudiante en licence de droit
Bonsoir madame ROYAL, donc moi je souhaiterais vous parler des hôpitaux psychiatriques précisément puisque donc comme vous devez bien le savoir, il y a beaucoup de jeunes qui se droguent aujourd'hui . Et donc moi j’ai ma sœur, ma petite sœur qui a 22 ans qui a pris des drogues, donc pour les citer du cannabis, des extasies et qui aujourd'hui n’a plus du tout de fonctions motrices on va dire, dans le cerveau, qui est quasiment devenue un peu, une loque si je peux me permettre. Donc on l’a fait à huit reprises, fait enfermer entre guillemets dans l’hôpital psychiatrique de Dijon qui au bout de 15 jours, l’a bourré de cachetons, la laisse sortir pour qu’elle devienne SDF à Marseille, ou errer dans la rue. Enfin elle ne fait rien de spécial de sa vie, elle a 22 ans, elle est incapable de travailler. Et donc tout ce qu’on nous répond à l’hôpital psychiatrique, c’est qu’elle est majeure et qu’on ne peut rien faire. Qu’est-ce que vous comptez faire donc pour cet hôpital qui est censé s’occuper des gens comme ça ? Merci.
Ségolène ROYAL
Donc voilà deux questions de société aussi très très importantes, sur la question des malentendants, d’ailleurs j’avais demandé que ce soir l’émission soit sous titrée, parce que justement j’ai pensé aux questions des malentendants et c’est vrai aussi que les équipements sont insuffisants. Dans toutes mes réunions publiques, il y a quelqu’un qui pratique la langue des signes, parce que je veux que tout le monde puisse accéder au débat public. Mais vous posez plus largement la question des équipements culturels, c’est tellement vrai. La question de l’école aussi et dans le contrat que je ferais avec l’école et que j’ai prévu dans le pacte présidentiel, c’est aussi justement les équipements, surtout que les technologies ont beaucoup évolué, se sont beaucoup améliorés, donc il n’y a même plus l’excuse du coût de l’équipement. Et c’est vrai que tout les équipements culturels, tous les lieux publics, tous les équipements scolaires, tous les lieux politiques aussi doivent maintenant penser aux personnes qui ont des difficultés d’audition et merci aussi de donner ce témoignage personnel qui nous pousse à bouger et à bouger vite. Sur la question de la psychiatrie, je connais la question de la pénurie du nombre de psychiatres. D’abord là aussi, ça fait des années qu’à l’issue des études de médecine de moins en moins d’élèves choisissent cette spécialité là, qu’on en manque cruellement, tous les territoires le savent, tous les départements le savent et là aussi je pense qu’au regard de ce que je disais tout à l’heure sur la redéfinition des études de médecine et sur les critères de sélection dans les premières années de médecine, parce qu’on voit que des jeunes qui se destinent à des spécialités comme la psychiatrie sont sélectionnés très durement par des matières mathématique et des matières scientifiques lourdes au début des études de médecine, et il y a eu des enquêtes récentes qui ont montré que des vocations sont ainsi stoppées nettes, parce que les études de médecine ont besoin d’être rénovées et je suis très consciente de cette pénurie considérable. Ce qui est mieux aussi c’est qu’il y ait un accompagnement préventif, ce qui est dramatique c’est qu’un jeune puisse subir de tel dégât suite à la toxicomanie et moi je veux de l’encadrement beaucoup plus serré dans les établissements scolaires, des accompagnements de psychothérapeutes, avant d’aller dans la psychiatrie, il y a d’autres métiers en amont pour aider les jeunes à reprendre confiance en eux, les raccrocher à quelque chose de positif, les empêcher de sombrer, épauler les parents en difficulté. Et je pense qu’il y a un chantier considérable sur la question de l’adolescence. Vous savez, si on épaule les parents au bon moment, si on repère vite un élève ou un jeune qui commence à avoir des difficultés, si on intervient tout de suite avant qu’il soit trop tard, je pense qu’on évitera de plus en plus des itinéraires dramatiques comme celui que vous évoquez à l’instant.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Ségolène ROYAL, il y avait une question de Sauveur, non pas forcément en son propre nom mais au nom d’un de ses amis.
Sauveur FIORE, 65 ans, vendeur radio tele hi fi
Oui, bonsoir madame ROYAL. Permettez-moi de vous poser cette question s’il vous plait, j’ai un ami qui a 42 ans, qui a un cancer de l’œsophage, qui aujourd'hui a trois ans, est en rémission. Il a envie de reprendre une activité. A ce jour toutes les portes sont fermées. Ce monsieur pense à sa retraite et quand on est malade et qu’on a des gros problèmes de santé, comme moi j’ai eu aussi, on ne pense pas à la maladie. Je voudrais savoir de quelle façon vous pouvez aider cette personne que je connais, mais c’est un anonyme parmi tant d’autres, parce qu’il y a plusieurs milliers que nous ne connaissons pas. Pourquoi fermons-nous les portes à ces gens là ? Pourquoi nous les mettons en dehors de la société quand ils demandent quelque chose, de vivre comme tout le monde et de ne pas être accrochés à la société ? Est-il possible la France va réagir et leur ouvrir les portes des droits qu’ils ont comme tout à chacun parce que chacun de nous du jour au lendemain, on peut avoir le même problème, la maladie peut toucher tout le monde du jour au lendemain. Il n’y a pas de discrimination là dessus. Je vous remercie de m’avoir écouté. Bonsoir madame.
Ségolène ROYAL
Merci pour ce cri du cœur qui est au fond la revendication de vivre comme tout le monde même lorsqu’on a eu un accident de la vie. Et moi je souhaite que ceux qui vivent comme ça des épreuves personnelles, puissent par exemple plus facilement accéder à la formation professionnelle, c'est-à-dire pour se sortir d’une épreuve comme celle-ci, pour se raccrocher à quelque chose de positif, on peut très bien imaginer, je le fais en tout cas dans ma région, la région que je préside, puisque nous avons la compétence de la formation professionnelle, eh bien nous essayons de repérer justement les gens qui ont le plus soufferts, qui sont les plus éloignés du marché de l’emploi, pour leur remettre le pied dans la vie en leur redonnant confiance en eux par des formations professionnelles qu’ils choisissent. Et puis je pense que nous pouvons aussi imaginer des emplois d’intérêt général, parce que quand on a beaucoup souffert, soi-même, on a aussi une expérience finalement quand on a surmonté ses difficultés, qu’on peut mettre au service des autres dans les associations, dans un certain nombre d’activités, et c’est pour ça aussi que je veux créer un certain nombre d’emplois d’intérêt général qui permettront à ceux qui ont une expérience personnelle dans leur vie humaine, dans les épreuves qu’ils ont surmonté, de se mettre ensuite au service des autres, dans des emplois rémunérés qui aident ensuite les autres à s’en sortir en les encadrant dans des associations.
Patrick POIVRE D’ARVOR
J’aimerais que l’on puisse clore ce chapitre avec une question que voulait poser Daniel.
Daniel HENNICK, 45 ans,Météroloue
Bonsoir madame ROYAL. J’ai été bouleversé il y a quelques années par le décès de Vincent HUMBERT qui aux vues du refus de l’institution a vu une mère tuer son propre fils. Pensez-vous légiférer sur un droit à aider les personnes demandantes de mourir dans la dignité ?
Ségolène ROYAL
Oui. Oui je pense qu’il faut avoir le courage d’ouvrir un débat sur cette question là. J’ai moi même été confrontée à ce drame terrible où l’un de mes meilleurs amis est décédé dans des souffrances épouvantables, s’accrochait à moi, à ses amis, en nous demandant de l’aider, ce qu’on ne pouvait pas faire bien évidemment. Et donc je crois que dans le respect des personnes, il faut faire ce qu’on fait d’autres pays européens, ouvrir le débat et mettre en place une législation qui permette d’apaiser les souffrances les plus intolérables. Et ça se fera en toute démocratie, en toute transparence avec des débats avec les associations de malades, des associations des médecins bien évidemment, des associations d’usagers de l’hôpital donc l’ensemble des parties prenantes autour de ce problème là, sera conduit à venir débattre et le Parlement sera saisi d’un texte de loi.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Ségolène ROYAL, il y a eu beaucoup, beaucoup de questions également autour du SMIC et de votre proposition du SMIC à 1 500 euros, alors je voudrais peut-être qu’on interroge Anne-Laure et puis son voisin, je crois qu’ils ont tous les deux des questions à poser. Anne-Laure et Laurent qui est à côté d’elle.
Anne-Laure COUCHOUX 43 ans, technicienne logistique
Bonsoir madame. Donc vous avez fait une proposition du SMIC à 1 500 euros, et je voudrais savoir déjà comment vous allez le financer parce que bon il y a beaucoup de salaires qui sont un petit peu au dessus et donc ces salaires vont devenir, être payé au SMIC alors que souvent ils sont occupés par des gens qualifiés. Et donc voilà je voulais savoir comment vous comptez financer cette mise en place. Et moi ce que je crains, c’est que ça crée de l’inflation, parce que bon, en fait ce que les Français ont besoin, c’est un pouvoir d’achat. Que le SMIC soit à 1 000 euros, 1 500 euros, plus ou moins, en fait ce qui est important chez les Français, c’est le pouvoir d’achat. Alors qu’est-ce que vous comptez mettre en place pour que le pouvoir d’achat des Français soit meilleur et qu’il ne continue pas à se dégrader ?
Patrick POIVRE D’ARVOR
Laurent peut-être pendant que vous y êtes.
Laurent FRENKEL, 41 ans, Chauffeur de VIP
Bonsoir madame ROYAL. Donc ma question toujours pareil par rapport au SMIC. Le SMIC à 1 500 euros évidemment on parle de 1 500 euros brut, donc ça risque d’augmenter un petit peu, mais ce qui est plus important, toujours par rapport au pouvoir d’achat et également par rapport à l’emploi, je pense que c’est intéressant aussi de réduire les charges patronales, ainsi que les charges salariales. Je pense que ça c’est quelque chose d’intéressant. J’aimerais connaître votre avis sur la question. Merci beaucoup
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et puis pendant que j’y suis Anna peut-être aussi.
Anna STARZEC, 55 ans Ingénieur d’études en faculté de sciences
Bonsoir madame ROYAL. Je travaille dans la recherche à l’université et l’augmentation du SMIC à 1 500 euros, sera une augmentation pour beaucoup de mes collègues, je suis vraiment ravie. Il y en aura d’autres comme il a dit Laurent qui vont se retrouver presque au chômage et moi-même ingénieur en biologie, j’ai 25 ans d’expériences dans la recherche, ma formation est Bac plus 10 et mon salaire maintenant est de 1 900 euros brut. Donc bon c’est vrai que c’est plus que le SMIC, mais c’est une situation qui n’incite sûrement pas les jeunes de faire des longues études. Et d’autre part s’ils font de longues études de doctorat, ils partent à l’étranger. Qu’est-ce qu’on peut faire pour garder ces jeunes cerveaux en France ?
Ségolène ROYAL
Ce potentiel, ces cerveaux, cette matière grise. Alors écoutez en tout cas, allez-y.
Anna STARZEC
Est-ce que vous pensez que vous comptez donc revaloriser d’autres salaires à l’université ?
Ségolène ROYAL
Alors d’abord je voudrais vous dire que vous avez tous les trois très bien posé cette question parce que vous avez évoqué toutes les facettes de la question de l’augmentation des bas salaires. Je vais être très précise sur cette question. Dans mon projet il y a l’augmentation en effet du SMIC et des bas salaires, je vais y revenir à 1 500 euros brut en cinq ans. C’est un signal fort que je veux donner. Aujourd'hui le SMIC, je l’ai dit tout à l’heure est à 984 euros net, c’est quand même très bas, le salaire minimum est l’un des plus bas d’Europe notamment par rapport aux pays de l’Europe du Nord. C’est en France que les inégalités salariales sont les plus fortes et donc quand on me dit c’est trop d’augmenter de 5 % le SMIC tous les ans, je dis écoutez qui peut vivre avec 984 euros ? Donc je veux que le travail paie et je veux que les…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Quand vous parlez de 1 500 euros, c’est 1 500 brut parce que les gens posent beaucoup la question, en cinq ans et c’est brut.
Ségolène ROYAL
En cinq ans, ça veut dire 5 % tout de suite, c’est 50 euros tout de suite. Mais vous avez très bien posé la question tout à l’heure, il y a aujourd'hui 4 millions de personnes au SMIC, mais il y a un salarié sur deux qui gagne aujourd'hui moins de 1 500 euros. Donc ça veut dire que beaucoup de gens tout d’un coup se sont dits, mais si le SMIC passe à 1 500 euros, certains ont cru que c’était tout de suite, j’aimerais bien, mais c’est dans 5 ans, il faut aussi être réaliste, je veux promettre que ce que je peux tenir, donc tous ceux qui aujourd'hui gagnent 1 500 euros ou moins, se sont dits, mais alors nous allons devenir smicards. Et moi je ne veux pas d’écrasement de la hiérarchie des salaires, c’est pour cela que j’ai dit que l’augmentation du SMIC serait discutée au terme de la conférence salariale, que je réunirais dès mon élection avec les partenaires sociaux, les représentants des salariés, et les représentants des employeurs, que je rencontre d’ailleurs en ce moment régulièrement tous, je rencontre les organisations patronales, les organisations de salariés, pour préparer cette conférence salariale. Et donc dans cette conférence salariale, on va discuter de la façon dont on maintient la hiérarchie des salaires. Ca veut dire que les salaires qui sont un petit peu au dessus du SMIC vont également augmenter etc… Se pose ensuite la question des entreprises, est-ce que les entreprises, certaines d’entre elles qui sont serrées, disons, qui sont un peu en difficulté, qui sont confrontées à la compétition internationale, vont pouvoir absorber la hausse des bas salaires ? ma réponse est très précise, ce que je propose à la France aujourd'hui c’est un système gagnant, gagnant, c'est-à-dire je veux aider les entreprises qui se battent, qui conquièrent des marchés à l’extérieur, qui créent de l’innovation, qui donnent de la formation professionnelle et donc il y aura un pacte avec ces entreprises, dans le cadre de cette conférence salariale. Et les exonérations diverses, exonérations de charges, les avantages fiscaux, seront donnés en fonction de la masse salariale qu’il y a dans l’entreprise. Et je modulerais l’impôt sur les sociétés en fonction aussi de la façon dont les entreprises réinvestissent leur bénéfice. Et celles qui vont réinvestir leurs bénéfices en innovation, en recherche, en formation professionnelle des salariés seront avantagées par rapport à celles qui distribuent davantage aux actionnaires. Et ce que je veux faire comprendre ici, c’est que je pense que la France peut redémarrer sa machine économique, et c’est dans un système de confiance, je ne veux plus que l’on oppose les entreprises aux salariés. Je veux réconcilier la France avec ses entreprises. ET je crois que c’est aussi par la qualité du dialogue social, par la sécurisation des salariés, par l’investissement dans la formation professionnelle et en particulier des salariés qui sont sur le bas de l’échelle des revenus, doivent pouvoir bénéficier de formation professionnelle. Et donc leur salaire augmentera et donc c’est un plus aussi pour l’entreprise. Alors il y a des entreprises quand même qui pourraient payer davantage leurs salariés, qui ne sont pas confrontées à la concurrence internationale, la grande distribution par exemple qui paie très mal ses caissières, ou qui fait du chômage partiel, ça c’est inadmissible. Donc il y a un message global aux entreprises qui peuvent quand même revaloriser les bas salaires, elles doivent le faire. Les entreprises qui sont sur des marchés tendus, elles doivent pouvoir le faire aussi et l’Etat va les y aider. L’Etat va les y aider en les incitant à innover, à former et à conquérir des marchés.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Ségolène ROYAL, vous avez une question là haut et ensuite Marjorie.
Stéphane BOUSSARDON, 34 ans, Employé de banque
Bonsoir madame ROYAL, une petite question, pourquoi attendre cinq ans pour revaloriser les salaires quand on sait que la plupart de la population est atteinte par les bas salaires ?
Ségolène ROYAL
Oui, mais j’ai dit que si nous pouvons aller plus vite, nous irons plus vite. Il y a un objectif à 1 500 euros à condition qu’il ne soit pas rattrapé par la hausse des prix. Vous l’avez dit aussi très judicieusement tout à l’heure et c’est pour ça que mon système est global et qu’avec la revalorisation des bas salaires, je réforme aussi l’indice des prix parce que je ne veux pas qu’une hausse des bas salaires soit immédiatement mangé par une hausse des prix qui serait mal calculée. Donc les bas salaires et le SMIC seront indexés sur un nouvel indice des prix qui mesurent bien la véritable augmentation des prix, et notamment de l’alimentation, de l’énergie, du chauffage, des déplacements, etc. Mais si nous pouvons aller plus vite, nous irons plus vite. Et vous voyez, je pense aujourd'hui que la France souffre de mesures uniformes. On a donné des exonérations à tout le monde, que ce soit des entreprises qui gagnent beaucoup d’argents ou celles qui ont des difficultés, que ce soit les entreprises qui ne sont pas confrontées à la concurrence internationale comme les grandes surfaces ou les banques que j’évoquais tout à l’heure et celles qui au contraire doivent se battre sur le marché et que nous devons aider. Parce que je voudrais juste rajouter cela, vous savez aujourd'hui il y a un déficit du commerce extérieur de 30 milliards d’euros. 30 Milliards d’euros, c’est l’équivalent d’un million d’emplois, et donc si la France se bat avec son énergie, avec ses chercheurs, qui doivent absolument rester ici et donc être correctement payés pour ne pas partir aux Etats-Unis. Il y a 200 000 jeunes chercheurs européens qui sont aujourd'hui aux Etats-Unis, c’est un gâchis insupportable, donc je veux que les chercheurs soient là. Et c’est pour cela que j’ai présenté aussi un système d’emploi tremplin pour les petites entreprises, c'est-à-dire et je le fais aussi dans ma région, pendant six mois, nous payerons le salaire pendant six mois d’un jeune diplômé, d’un jeune ingénieur, d’un jeune chercheur et on le met à disposition d’une petite entreprise qui n’a pas les moyens dans un premier temps de recruter un cadre, un jeune cadre bien formé. Et donc ce jeune qui arrive dans l’entreprise avec ses diplômes de qualité a sa chance, peut faire ses preuves, l’entreprise peut développer ses marchés, développer ses produits et donc ensuite c’est le cercle vertueux, l’emploi appelle l’emploi. C’est pour ça que je suis tellement battante sur la question de l’emploi des jeunes parce que je pense que si les entreprises tendent la main aux jeunes, si la société toute entière se dit on fait une place pour les jeunes, c’est le système tout entier qui se redresse, parce que plus de jeunes au travail, c’est des cotisations qui permettront de payer les retraites, donc c’est le système qui se remet debout et qui se rééquilibre.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Alors Marjorie s’est levée depuis un petit bout de temps.
Ségolène ROYAL
Pardon Marjorie, j’ai été un peu longue.
Marjorie CABANIS, 32 ans, ingénieur d’affaires
Bonjour madame ROYAL. Donc moi j’avais une question plus générale en fait, parmi toutes vos propositions, comment vous comptez financer, qui va payer sans creuser davantage la dette ?
Ségolène ROYAL
Qui va payer…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Lionel avait une question et madame, toujours sur ces sujets là, si vous voulez. Allez-y.
Christine EGLER, 63 aans, Enseignante à la retraite
Je voudrais poser une question sur l’économie sociale qui est aussi un volet très important, alors je voulais vous dire un constat, à aucun moment dans les discours et les programmes, on a mené une réflexion sur l’économie sociale, et solidaire et de ses composantes. A savoir les associations, les coopératives, les mutuelles et les structures qui luttent contre l’exclusion. Or à mon avis ces structures sont quand même une voie originale, une voie citoyenne créatrice de liens sociaux et qui génèrent de l’emploi. Par exemple en Alsace d’où je viens, ça représente 68 000 emplois, plus de 68 000 emplois. Alors ma question à ce sujet, que proposez-vous pour renforcer, soutenir, valoriser le bénévolat associatif ? Avez-vous l’intention de vous appuyer sur la richesse que sont les associations complémentaires de l’école, qui luttent contre l’exclusion sociale et l’échec scolaire ? Et plus généralement quelle réflexion menez-vous dans votre partie sur les différentes composantes de l’économie sociale qui sont regroupées dans les CRES. Par exemple est-ce que les CRES auront bientôt une représentativité dans tous les lieux de concertations est-ce qu’ils auront des moyens financiers pérennes ? Et comment allez-vous résoudre les problèmes des différentes économies sociales avec l’Europe, par rapport à l’Europe ?
Patrick POIVRE D’ARVOR
Je crois qu’il y avait une question de Lionel qui allait dans le sens…
Lionel FIDALGO, 21 ans, étudiant master de finances
Bonsoir madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir.
Lionel FIDALGO
Donc moi pour ma part je suis étudiant, je vais rentrer dans la vie active d’ici un an et en tant que futur contribuable, je me pose une question simple, c’est qu’aujourd'hui dans votre pacte présidentiel vous mettez en avant plusieurs mesures sociales qui paraissent relativement onéreuses. Et aujourd'hui la question simple que je me pose, c’est qui va payer. Est-ce que vous allez encore augmenter les impôts et faire payer encore plus les Français, les entreprises ou allez-vous aggraver la dette de l’Etat et rendre la situation encore plus délicate qu’elle ne l’est aujourd'hui ?
Ségolène ROYAL
Bonne question qui rejoint la votre.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et puis monsieur aussi, à droite comme ça on aura tout le monde.
Grégoire POIREL, 33 ans, Cheminot
Bonsoir madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir.
Grégoire POIREL
J’ai remarqué depuis pas mal d’années quand même déjà, petit à petit on remplace des hommes par des machines, autour de moi j’ai l’exemple, par exemple des stations services, dans le temps il y avait un pompiste, maintenant on le remplace par un automate. Dans ma propre société, j’ai pu lire dans un journal interne, la semaine dernière que 22 % des billets de train sont vendus par le biais d’Internet. On dispose aussi également d’automates pour vendre les billets. A aucun moment je suis contre le progrès, je trouve ça génial on peut acheter son billet de train à minuit chez soi le soir à la dernière minute. Maintenant je sais que ces automates paient la taxe professionnelle, en revanche ils ne cotisent pas, enfin ils ne paient pas les cotisations sociales.
Ségolène ROYAL
Oui.
Publicité