SEGELENE ROYAL SUR TF1 : SUITE

Publié le par EXCOFFIER

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Et sur François HOLLANDE, c’est pas un sujet tabou…

Didier M’GAIDES

     
Vous n’avez pas répondu à ma question, excusez-moi…

Ségolène ROYAL

     
Mais écoutez, je viens de vous répondre d’une certaine façon.

Didier M’GAIDES

     
De votre façon, oui.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
En ne parlant pas de lui.

Ségolène ROYAL

     
C’est-à-dire que les Français… l’élection présidentielle…

Didier M’GAIDES

     
Nous attendons des réponses claires, madame HOLLANDE… madame ROYAL.

Ségolène ROYAL

     
Je viens de répondre clairement. Je pense que l’élection présidentielle n’est pas un gadget et que toute autre personnalité politique, François HOLLANDE a sa personnalité politique en tant que tel, avec le talent qu’on lui connaît, et donc de ce point de vue-là tous les talents seront utilisés…

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Et à quelle place ? On vous posait clairement la question.

Ségolène ROYAL

     
Je me suis fixé des règles morales, parce que je pense aussi qu’il y a une crise morale. Et aujourd’hui je dialogue avec la France, grâce à vous d’ailleurs, et à travers vous. Et c’est ce lien de confiance que je veux bâtir avec les Français. L’élection présidentielle c’est un lien entre un pays et, en l’occurrence, une femme. Et c’est ce lien-là que je veux conquérir. C’est pour ça que je veux être élue. Pour accompagner cette mutation, ce changement profond, sur des valeurs fondamentales, pour remettre la France debout et pour incarner ce changement. Et le destin…

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Donc on ne saura rien de plus sur l’autre lien, le lien familial ?

Ségolène ROYAL

     
Mais ça serait indécent de ma part que de commencer à distribuer des places…

Didier M’GAIDES

     
Mais c’est pas ce que je veux dire. Je veux dire que si monsieur HOLLANDE reste premier secrétaire du Parti socialiste, ça risque de vous mettre en porte-à-faux pour la gestion entière du pays.

Ségolène ROYAL

     
Mais aucun porte-à-faux. Je pense que nous sommes dans un pays moderne, une nation moderne. Comme dans tous les couples chacun doit se respecter pour ce qu’il est, avec son indépendance, son autonomie, sa compétence. Et cette règle-là, qui a si peu été reconnue aux femmes, moi je la reconnais aux hommes. Je reconnais à tous les hommes leur autonomie, leur indépendance et la reconnaissance de leurs compétences. En revanche il y aura beaucoup à faire de l’autre côté, en général.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Il y avait une question d’Erwan.

Erwan JOUAN de KERVENOAEL, 29 ans, Nantes (44), graphiste en imprimerie

     
Bonsoir madame. Je voulais vous demander, je sais pas si vous vous êtes rendu compte, mais il y a beaucoup de Français et de Françaises qui aujourd’hui ne se reconnaissent pas forcément dans les personnalités politiques qui se présentent aux élections et je voulais savoir si un jour le vote blanc sera reconnu, ou du moins introduit dans la constitution, parce qu’aujourd’hui il n’est pas comptabilisé et je trouve ça dommage, ça pourrait permettre à des gens de montrer leur désaccord par rapport à une personnalité qui se présente. Voilà, merci ;

Ségolène ROYAL

     
J’y suis favorable. Mais cela veut dire que si le vote blanc est mesuré, alors il faut aussi s’orienter vers l’obligation de scrutin. Voyez, il y a une cohérence. Donc c’est une possibilité. Vous savez qu’il y aura un référendum institutionnel sur la modernisation de l’ensemble de nos institutions, et en particulier la fin du cumul des mandats, la réforme du Sénat pour qu’il soit plus représentatif, la reconnaissance du pouvoir des citoyens avec le référendum d’initiative populaire. Donc de toute façon il va falloir dépoussiérer et améliorer le fonctionnement démocratique d’une République nouvelle. Et cette réforme-là pourra très bien y être intégrée.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Laurent avait une question politique aussi.

Laurent FRENKEL, 41 ans, Bordeaux (33), chauffeur de VIP

     
Oui, rapide parce que j’ai déjà pris la parole. Juste savoir, finalement vous allez présenter votre équipe donc jeudi, vous nous l’avez dit, ça veut pas dire évidemment que ça va être votre équipe, on va dire, ministérielle si jamais vous êtes élue. Moi j’aimerais savoir, parce qu’en fait on est beaucoup ici à se dire que finalement le clivage gauche-droite aujourd’hui il n’existe plus forcément vraiment et qu’on a envie finalement, nous le peuple en tout cas, que cette France avance et que cette France finalement réussisse et donc, quitte à prendre des talents, d’un côté, de l’autre, donc pourquoi pas plus à gauche que vous, et pourquoi pas un petit peu à droite. Voilà, c’est ma question finalement. Merci.

Ségolène ROYAL

     
Mais vous savez, le rassemblement des talents est nécessaire au niveau d’un pays. Mais les clivages politiques aussi, au bon sens du terme. C’est-à-dire je pense que pour la démocratie soit vivante, il faut qu’elle ait le choix. Et là on voit bien qu’il y a deux choix, deux projets de société, qui sont là. Et c’est très important. Moi je veux une société solidaire et efficace, une société d’harmonie, de cercle vertueux, de gagnant-gagnant. Pas une société où on dresse les gens les uns contre les autres, une société où on règle les problèmes de fond, où on remet du service public, où on remet du respect, où on lutte contre les discriminations. Parce que je pense que c’est en progressant sur ces valeurs fondamentales que la France sera aussi plus efficace et qu’on a besoin de la relever. Vous savez, le sentiment de colère le plus important auquel j’ai été confronté dans cette phase d’écoute, c’est que les Français, et ils ont raison, ont le sentiment d’être tirés vers le bas. On l’a vu d’ailleurs tout à l’heure : celui qui gagnait un peu plus que le SMIC a peur d’être smicard ; celui qui est smicard a peur de perdre son emploi et de tomber au RMI ; celui qui est au RMI a peur de tomber encore plus bas et de ne plus se faire soigner ; les personnes retraitées se demandent comment elles vont pouvoir rester dans leur logement. C’est la première fois où je vois autant de personnes qui m’écrivent, qui me contactent, des personnes qui ont des petites retraites, qui ne font plus qu’un repas par jour. Mais c’est quand même impensable dans la France d’aujourd’hui. Et donc remettre de la justice, c’est remettre de la force. Voilà ma conviction profonde. Mais c’est aussi de l’efficacité et du combat économique, et du réalisme. Alors la réponse est très simple, parce que c’est une réponse entre les deux tours. Et tous ceux qui viendront, qui se reconnaîtront dans cette vision de la France et dans ce pacte présidentiel, feront partie de ma majorité parlementaire. Donc il leur appartiendra, à eux, de choisir. Et moi je pense que je porte des valeurs de gauche, je suis socialiste, je porte des valeurs de gauche, parce que j’ai farouchement ancré dans mes convictions la nécessité de lutter contre les inégalités, contre les précarités, contre les violences, et de remettre l’éducation au cœur de tout et en avant de tout. Et l’investissement dans la valeur humaine et dans la formation professionnelle, et c’est comme ça qu’on sera compétitif. En même temps je suis moderne, parce que je suis réaliste, et que je veux aider les entreprises à créer des activités et des emplois. Et donc ceux qui se reconnaîtront dans ces valeurs, entre les deux tours de l’élection présidentielle, seront bienvenus et feront partie de la majorité parlementaire.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Une question de Ghali.

Ghali BENAISSA, 46 ans, Pierre-Bénite (69), formateur plaquiste

     
Bonjour madame ROYAL. Je voulais savoir, si vous êtes élue, est-ce que vous allez vous entourer de ce qu’on appelle les éléphants du PS ou est-ce qu’on va voir des nouvelles têtes justement pour faire avancer le pays ? Merci.

Ségolène ROYAL

     
Les deux, j’allais dire. Il faut à la fois de l’expérience et en même temps faire monter une nouvelle génération. Et des compétences.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Des éléphants et des éléphanteaux, donc.

Ségolène ROYAL

     
Non mais il ne faut pas non plus utiliser ces mots-là. Mais je crois qu’il faut… Vous savez, c’est comme dans toute entreprise humaine, il faut de la mixité au sens où il faut la diversité des talents.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Il y a beaucoup de questions sur l’immigration, peut-être on peut commencer par celle que voulait poser Gilles ?

Gilles CARTIER, 48 ans, Joué les Tours (37), éducateur spécialisé

     
Bonsoir madame ROYAL. Je suis éducateur spécialisé et dans le cadre de mon activité professionnelle, j’accompagne des jeunes mineurs isolés. Alors j’entends à droite, très à droite mais un peu moins à droite maintenant, un slogan qui dit “ la France on l’aime ou on la quitte ”. Pour m’occuper de ces jeunes en particulier, je peux dire que la France ils l’aiment. Vous en parliez tout à l’heure, ils l’ont aimée bien avant d’y arriver, ils en ont rêvé comme d’un eldorado, ils y sont arrivés parfois au péril de leur vie. Alors il y a en ce moment sur le territoire français des mineurs ou des adultes migrants qui sont dans des situations d’illégalité. Quelle est votre position par rapport à cette population ?

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Je crois qu’André voulait poser une question semblable ?

André POL, 38 ans, Tours (37), chauffeur routier

     
Bonsoir madame ROYAL. Ma question c’est la même que celui de monsieur. Selon la politique de monsieur Nicolas SARKOZY d’immigration zéro ou immigration choisie, souhaitez-vous apporter une amélioration ? Pour les sans papiers, comptez-vous pour une régularisation massive au cas par cas ou à une conduite à la frontière comme on l’entend ? Et si c’est au cas par cas, quel serait le cas ? Merci.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Sur l’immigration, oui si vous voulez… C’est sur ce sujet-là ?

Myra BRAGANTI, 32 ans, Vanves (92), responsable des ressources humaines

     
C’est un sujet qui est connexe, si vous me le permettez.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Allez-y, bien sûr.

Myra BRAGANTI

     
Madame Ségolène ROYAL bonsoir. Je me permets de vous interpeller sur le sujet de la sécurité qui relie l’ensemble des questions qui vous ont été posées précédemment. Pourriez-vous m’indiquer clairement et concrètement quelles sont les mesures aujourd’hui que vous souhaitez mettre en place pour juguler la délinquance des mineurs. Dans votre pacte présidentiel, vous avez parlé d’alternative à la prison. Pourriez-vous nous dire concrètement de quoi il s’agit ? Merci.

Ségolène ROYAL

     
D’abord je ne veux pas faire d’amalgame entre la question qui est posée précédemment de l’immigration et de la délinquance. Parce qu’à force de faire des amalgames comme ça, on crée des révoltes, des humiliations dans les quartiers populaires. Moi je veux pas ici faire de polémique, mais je voudrais quand même rappeler que rien n’est réglé dans la question des banlieues. Et les images qui ont été données de la France à l’extérieur, où l’on a cru qu’il y avait des guerres civiles en France il y a un an, ces problèmes-là ne sont pas réglés. Et s’ils ne sont pas réglés, ce qui se passera dans les cités n’est rien par rapport à ce que l’on a connu. Je pense que la situation est extrêmement grave, qu’aujourd’hui elle est occultée et que cette question-là, j’ai l’intention de la régler. Et je pense être au pouvoir la seule à la régler. Parce que moi je veux de l’ordre juste, et je tiens les deux bouts : la prévention, la justice, l’ordre juste, la répression quand c’est nécessaire, et en particulier la réponse au premier acte de délinquance. Car ce qui ne va pas aujourd’hui, c’est qu’au premier petit acte de délinquance, il n’y a aucune intervention parce que la justice des mineurs est débordée. Or, les éducateurs le disent très clairement, s’il y a une réponse au premier acte de délinquance proportionné, où l’on fait comprendre très rapidement au jeune qui n’a pas eu la chance d’être cadré dès le plus jeune âge, ce qui rejoint ce que je disais tout à l’heure, pour prévenir aussi il faut s’y mettre maintenant pour les petits de l’école maternelle, pour éviter justement ce dérapage vers les adolescents, parce qu’à partir de 14-15 ans, c’est très difficile, c’est beaucoup plus difficile et ça demande, vous le savez, beaucoup plus de moyens. Et moi je veux qu’au premier acte de délinquance ou d’infraction à la loi, il y ait une réponse proportionnée. Parce que ça veut dire qu’on aura 70 % de récidive en moins. Voilà la société que je veux mettre en place dans le cadre de l’ordre juste, avec des parents qui assumeront leurs responsabilités, s’ils ont des difficultés on va les épauler et on va les aider à faire réussir leurs enfants à l’école, et les enfants qui commencent à déraper, on les met en internat de proximité, avec les mamans qui se regroupent, parce qu’il y a des mamans seules qui ont beaucoup de difficultés avec les pré-adolescents. Donc mon idée c’est qu’elles se regroupent, on met des petits internats au milieu du quartier, les mamans ne sont pas disqualifiées, mais elles sont épaulées, et en particulier avec des jeunes qui vont recevoir des allocations jeunes adultes, ceux qui font des études, qui viendront aider en contrepartie le gagnant-gagnant, pas de prestation sans obligation nouvelle, ils viendront aider les petits à faire leurs devoirs et leurs leçons. La base de tout, c’est la réussite à l’école. Alors pour ceux qui décrochent de l’école et qui basculent dans la délinquance parce qu’ils ne sont pas encadrés, en effet je veux des alternatives à la prison. Un mineur qui sort de prison va accomplir un acte de récidive à 80 %. Vous imaginez les dégâts que cela fait. Et je veux que dans la France nouvelle qui va se lever, que pas un jeune n’ait une seconde chance, y compris par un encadrement militaire, effectivement. Parce que je crois que remettre des hommes debout, leur redonner l’estime d’eux-mêmes dans un chantier humanitaire, leur réapprendre à structurer leur vie, leur faire du rattrapage scolaire, leur faire passer le permis de conduire, leur donner une formation professionnelle, c’est une occasion de les raccrocher à la réussite. Et donc ce chantier-là… Alors vous dites je ne suis pas allée dans les banlieues. Si, j’y vais beaucoup, sans médias parce que je travaille beaucoup avec les associations, pour pouvoir très prochainement vous dire avec beaucoup de précision comment je vais empoigner cette question-là, y compris en tant que mère. Parce que je ne me satisfais pas de tous ces jeunes que l’on décrit comme déjà perdus pour l’avenir, c’est insupportable, c’est un potentiel la France, on a besoin de ces jeunes, elle a besoin de leur énergie. En ce qui concerne l’immigration…

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Maintenant parlons de l’immigration et de la régularisation des sans papiers.

Ségolène ROYAL

     
La régularisation des sans papiers se fera au cas par cas. Je ne veux pas annoncer de régularisation massive. D’abord ça serait irréaliste, ensuite ça ferait un effet d’appel, ça donnerait un espoir immense à des millions de citoyens qui vivent dans les pays pauvres et qui fuient leurs pays comme on l’a vu tout à l’heure. Et moi je veux faire en sorte que l’aide au développement puisse être efficace. Et donc que les gens puissent être heureux dans leur pays. Et ceux qui sont ici, qui travaillent au noir, en revanche, je ferai un pacte avec les entreprises pour qu’elles puissent régulariser les salariés dont l’économie française a besoin, parce qu’il faut aussi qu’ils soient respectés, qu’ils sortent du travail au noir comme ça a été fait dans d’autres entreprises. Et ceux-là on pourra les régulariser puisqu’ils travaillent. Donc la moindre des choses c’est à la fois qu’ils cotisent, que les employeurs cotisent, et que les salariés soient sécurisés. Enfin il y a le problème des enfants scolarisés et je veux que les enfants scolarisés soient respectés aussi.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Alors Ségolène ROYAL, il y avait une question dans mon dos, sur la droite, si vous voulez bien me regarder parce que c’est assez compliqué pour moi mais aussi pour vous j’imagine, monsieur…

Robert FERNANDO, 68 ans, Saint-Clément-de-Rivière (34), fonctionnaire à la retraite

     
Madame ROYAL bonsoir. Je voulais vous poser une question sur le logement. Alors c’est un petit calcul arithmétique très facile, c’est une petite logique. Si on ouvre les frontières, comme c’est pratiquement le cas maintenant, on va avoir forcément une arrivée massive d’étrangers. Conséquence : nous ne pouvons pas construire de logements sociaux au prorata des arrivées. Donc on va pas résoudre le problème, si vous voulez. Le problème va perdurer pendant encore… Alors est-ce que vous avez les moyens, est-ce que vous avez les moyens de créer un équilibre là-dedans ?

Ségolène ROYAL

     
Il n’y a pas forcément de lien entre les deux, monsieur. Le problème du logement, vous savez, il y a non seulement le problème du logement social, il y a le problème de l’hébergement d’urgence, il y a même les catégories moyennes maintenant qui ont beaucoup de difficultés à se loger parce que les loyers augmentent. Et donc je veux régler l’ensemble des aspects de la question du logement. Et ne mélangeons pas la question du logement et la question de la maîtrise de l’immigration. L’immigration doit être maîtrisée…

Robert FERNANDO

     
Mais c’est un peu lié, quand même.

Ségolène ROYAL

     
L’immigration doit être maîtrisée. Je n’ai aucune hésitation là-dessus. Donc ne mélangeons pas tout. En revanche il y a de plus en plus de personnes qui ont du mal à se loger, parce que les loyers augmentent. Et donc je veux régulariser et réglementer la question des loyers. Je veux aussi que les logements sociaux soient construits, je l’ai dit, nous manquons de 120 000 logements sociaux, ça fait aussi des emplois dans le bâtiment. Et enfin, si vous le permettez, je veux que les communes respectent toutes leurs obligations de construire des logements sociaux…

Robert FERNANDO

     
Très bien, j’attendais ça.

Ségolène ROYAL

     
Parce que si tout le monde faisait comme dans certaines communes, vous voyez ce que je veux dire, eh bien on aurait une drôle de situation, drôlement explosive dans le pays. Et moi je pense que la politique, c’est la politique par la preuve. C’est les actes qui doivent correspondre aux discours. Et en l’occurrence je pense que la situation serait extrêmement grave dans le pays si toutes les communes faisaient comme celle du ministre de l’Intérieur, vous permettrez que je dise cela sans polémiquer, parce que c’est une question de fond. C’est pour ça que je me permets de le dire.

Robert FERNANDO

     
Ce que je voudrais ajouter, quand vous dites il faut que les communes s’y mettent et construisent des logements sociaux, nous sommes tout à fait d’accord. Mais ce qu’il faudrait penser aussi, c’est qu’en France il y a des quantités énormes de locaux qui sont désertés, de la SNCF, de l’armée, et j’en passe, et ces trucs-là on ne parle jamais de les réhabiliter. Et l’autre fois j’ai entendu, comme ça, dans une émission de télé, où on disait simplement : ah mais on peut pas le faire parce qu’il faut que les terrains on les prête à la loi du marché. Mais c’est inadmissible, ça.

Ségolène ROYAL

     
Oui, c’est vrai, c’est une très bonne idée…

Robert FERNANDO

     
Et votre droit de préemption alors ?

Ségolène ROYAL

     
Oui, c’est une très bonne idée. Alors j’ai dit dans mon plan sur le logement que les communes auraient le droit de réquisitionner pour acheter les logements qui sont vides pour des raisons spéculatives, pour les remettre sur le marché locatif, puisqu’il y a des centaines de milliers de logements qui sont vides pour des raisons spéculatives, il faut que les communes puissent les réquisitionner en les achetant à leur juste prix pour les remettre sur le marché locatif. Et sur tous les terrains possédés par l’État, et notamment ceux que vous évoquez, j’ai dit que ces terrains seraient vendus aux communes à la moitié du prix du marché, pour qu’elles puissent construire des logements sociaux. Et enfin je veux que les Français puissent plus facilement accéder à la propriété de leur logement et qu’on s’occupe aussi des gens qui payent bien leur loyer, et régulièrement leur loyer, et qui font cet effort. Et donc j’ai dit que dans les logements sociaux, au bout de 15 années de paiement du loyer et des charges régulièrement, quasi régulièrement, les familles puissent devenir propriétaires de leur logement.

Robert FERNANDO

     
Je peux dire…

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Non, monsieur s’il vous plaît, pour que chacun puisse avoir la possibilité de s’exprimer…

Ségolène ROYAL

     
Et nous ferons aussi un service public de la caution, parce qu’il y a beaucoup de gens, excusez-moi mais ça c’est très important, qui peuvent payer leur loyer mais qui pour l’entrée dans les lieux, quand il faut sortir trois mois de loyer, entre les cautions, les garanties et les frais d’agence, ne peuvent pas accéder au logement. Et donc nous ferons un service public garanti de la caution.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Deux questions, madame et monsieur ensuite.

Elizabeth BERTOGAL, 29 ans, Paris 15e (75), agent dans les ressources humaines

     
Bonsoir madame ROYAL. Donc moi aussi j’ai une question au sujet des logements. Je suis jeune, j’ai 29 ans, je recherche un appartement dans Paris. Donc j’ai un bon travail, j’ai un salaire moyen et mon entreprise, je tiens à le préciser, cotise pour le 1 % logement. Donc mon problème, et le problème de beaucoup de personnes, je voulais savoir comment vous pouvez répondre à ma requête, qui n’est pas unique, sur la difficulté de se loger dans Paris, en sachant que le prix des loyers est très élevé, que les dépôts de garantie sont très élevés également et qu’il faut également payer les autres charges, comme les impôts sur le revenu qui sont très élevés également pour les célibataires, comme moi. Et puis le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Donc voilà ma question.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Deux autres questions, monsieur…

Fabrice GASTHALTER, 34 ans, Lunéville (54), sans emploi

     
Bonsoir madame ROYAL. J’ai deux questions. Une question qui rejoint un peu ce qui était évoqué tout à l’heure mais c’est plus centré sur la justice et le milieu carcéral en particulier, notamment l’état des prisons, les conditions de vie des détenus en France. J’ai l’exemple dans la région, en Meurthe-et-Moselle, à Nancy, où l’établissement carcéral principal, c’est dans cet établissement que les conditions sont vraiment les plus déplorables en France. Et la deuxième question, je suis actuellement alcoolique abstinent, c’est-à-dire que je ne bois plus d’alcool depuis six ans, ça fera six ans demain, j’aimerais savoir si vous, pour la prévention, la lutte contre l’alcoolisme, vous avez quelque chose, des mesures concrètes, parce que moi quand j’ai arrêté j’ai été aidé énormément par des associations, par mon médecin traitant, mais sinon vous savez qu’on se retrouve souvent obligé de se battre tout seul, et au niveau de l’État j’ai pas eu vraiment d’aide pour ça. Qu’est-ce que vous comptez faire, est-ce que vous comptez…

Ségolène ROYAL

     
C’est vous qui avez dû payer les soins, c’est ça ?

Fabrice GASTHALTER

     
C’est pas que les soins, c’est l’accompagnement qu’il y a après. Il y a autre chose qui me scandalise un peu, c’est que moi je suis fumeur, j’ai pas réussi encore à arrêter de fumer, ça me gêne pas quand je vois des placards comme “ Fumer tue ”, “ Fumer rend stérile ”, etc., sur les paquets de cigarettes, mais ça me scandalise que je vois des bouteilles d’alcool en vente libre et qu’il n’y ait rien dessus. Je sais que la fumée tue, mais l’alcool tue autant et je suis quand même scandalisé de voir qu’on ne fait rien à ce niveau-là, au niveau de la prévention entre autre. Merci.

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Alors sur le logement dans Paris, sur l’alcoolisme…

Ségolène ROYAL

     
Je vais faire une réponse un peu commune à vous deux. C’est-à-dire je pense que ces questions-là, qui sont très très importantes, doivent être réglées en rapprochant les décisions des territoires. Je m’explique. C’est dans mon pacte présidentiel. Je crois que le logement des jeunes, c’est-à-dire le logement des jeunes étudiants et le logement des jeunes travailleurs, doit faire l’objet d’un plan national qui sera financé par les régions, et je leur donnerai, en tant que chef d’État les moyens financiers de remettre à niveau les logements pour les jeunes étudiants et les jeunes travailleurs avec une nouvelle génération de logements, où on mélange les jeunes, qu’ils soient étudiants ou travailleurs, mais pour répondre à ce besoin criant des jeunes qui se lancent dans la vie. Et c’est la même chose pour les prisons, parce que là aussi, dans le cadre des financements que j’évoquais tout à l’heure, il va falloir faire des économies. Et je pense qu’on peut être beaucoup plus efficace et régler les problèmes tout en faisant des économies, en prenant les décisions à proximité du territoire. Et j’ai dit aussi que la question des travaux dans les prisons, les prisons c’est un vrai scandale, dans le pays des Droits de l’homme en France, il y a plusieurs enquêtes des droits de défense de la personne humaine qui disent que les prisons françaises c’est ce qu’il y a de pire, non seulement dans l’ensemble de l’Europe, mais presque à l’échelle planétaire. Donc ça c’est inadmissible, c’est intolérable, c’est insupportable. Et cette question-là aussi sera réglée par la régionalisation. Je donnerai aux régions la responsabilité de faire les travaux dans les prisons pour que la dignité des personnes soit garantie. Il y aura un autre problème, c’est celui de l’accompagnement, parce qu’il y a eu des suppressions d’emplois très importantes. C’est-à-dire qu’aujourd’hui il y a de plus en plus de détenus qui sortent de leur prison sans accompagnement, il y a eu une réduction drastique de tous ces métiers d’accompagnement, retrouver une formation professionnelle, reprendre confiance en soi, etc. Et donc le plan d’action pour les prisons sera à la fois le travail sur les bâtiments, sur la dignité des personnes et sur l’accompagnement à la sortie de prison. Et sur la prévention de l’alcool, je pense que c’est dès l’école là aussi. C’est pour ça que j’ai parlé tout à l’heure de la prévention dans le domaine de la santé, c’est dès l’école qu’il faut éduquer à la prévention de l’alcoolisme, il y a beaucoup d’alcoolisme chez les jeunes, beaucoup beaucoup trop. Et vous avez raison, le travail de lutte contre la toxicomanie n’a pas son équivalent dans la lutte contre l’alcoolisme. Et je souhaite qu’il ait son équivalent de la lutte contre l’alcoolisme et le soutien aux personnes. Et que les jeunes sont beaucoup moins éduqués à la lutte contre l’alcoolisme qu’à la lutte contre le tabac et contre la drogue..

Fabrice GASTHALTER

     
D’autant plus…

Ségolène ROYAL

     
Et ça sera intégré, excusez-moi, ça sera intégré au programme scolaire, les actions de prévention sur la santé.

Fabrice GASTHALTER

     
Je vais terminer là-dessus, en plus on est un pays où l’alcool et notamment le vin fait partie, comme je l’ai entendu dire par un candidat la semaine dernière, du patrimoine culturel. Alors ça me choque un peu quand même. Je trouve que c’est un peu fort de parler du vin comme un patrimoine culturel…

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Ce que ne pensent pas les viticulteurs qui sont ici.

Ségolène ROYAL

     
Ah voilà, le débat se noue, ça réagit !

Olivier DAHYOT, 34 ans, Saint-Thurial (35), agriculteur

     
Bonsoir. C’est un sujet tout à fait à part aussi, c’est l’agriculture. Je sais qu’on entretient le paysage français et les agriculteurs représentent 4 % de la population active en France. Récemment la commissaire européenne FISHER BOLA a déclaré qu’à partir de 2013 on n’aura plus de prime, ce sera la fin des aides de l’Europe. Elle a déclaré qu’on devra aller travailler à mi-temps à l’extérieur pour réussir à avoir un revenu correct. Alors avec de tels propos, comment voulez-vous trouver la motivation dans notre métier. Quelles perspectives pouvez-vous nous donner, quel type d’agriculture voulez-vous et quels sont vos projets concrètement pour qu’on assure un revenu ? Merci.

Patrick CANESTRARI, 53 ans, Pantin (93), retoucheur de photo PAO

     
C’est aussi un sujet sur l’agriculture et donc l’environnement. Quelle est votre position par rapport aux OGM, par rapport à l’agriculture biologique. Moi je fais partie d’une AMAP, je sais pas si vous savez ce que c’est, les AMAP… C’est l’Aide au maintien d’une agriculture paysanne, on achète directement des produits à des agriculteurs…

Ségolène ROYAL

     
Par les circuits courts ?

Patrick CANESTRARI

     
Voilà, des circuits courts. Donc on est en contact directement avec un paysan biologique qui vient nous apporter les produits de sa ferme, à un endroit donné, à une date donnée. Et donc on a un contact avec le paysan et on a des produits qui sont biologiques. Donc quelle est votre position par rapport aux OGM, aux faucheurs volontaires, justement, dont José BOVÉ, qui sont emprisonnés alors que pour moi c’est des résistants. Voilà, qu’est-ce que vous pensez de tout ça ?

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
Deux questions sur l’agriculture et puis monsieur et après…

Hubert BOUILLON, 61 ans, Dardilly (69), projeteur à la retraite

     
Sujet aussi sur l’environnement. C’est un vaste débat, l’environnement. Le plus grand défi que l’humanité aura à relever les prochaines décennies, ce sera la lutte contre le réchauffement climatique. Donc pour ça le protocole de Kyoto nous impose de réduire par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Vous avez signé le pacte écologique de Nicolas HULOT concernant ce sujet, donc vous vous engagez contre le réchauffement climatique, la raréfaction des énergies fossiles et en particulier des hydrocarbures. Ma question : que comptez-vous faire dans le domaine du fret, sachant que pour faire un kilomètre le ferroviaire consomme quatre à sept fois moins d’énergie que la route et le dégagement de CO2 est pratiquement nul…

Patrick POIVRE D’ARVOR

     
On a compris, en gros comme les Suisses, le fret ferroviaire…

Hubert BOUILLON

     
Deuxième question…
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Publié dans segolene

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