SEGOLENE ROYAL SUR TF1 : SUITE ET FIN
Patrick POIVRE D’ARVOR
Non non, parce qu’il y en a déjà deux en suspens, donc on va essayer de répondre aux deux questions sur l’agriculture, notamment l’agriculture bio et puis ensuite celle-là. Madame ROYAL…
Ségolène ROYAL
Alors c’est très intéressant tout ce que vous venez de poser et ça a des liens. L’excellence environnementale, l’agriculture, les circuits courts, la question des transports par route, etc. Je l’ai dit, je le répète, vous savez j’ai été ministre de l’Environnement, donc je connais bien ces sujets-là, j’ai même parfois été un peu visionnaire parce que déjà à l’époque je demandais qu’il y ait un développement des éco-industries et je disais à EDF : mais investissez ne serait-ce que 5 % de votre chiffre d’affaires dans les énergies renouvelables pour que la France soit la première au monde. Et si on m’avait écoutée, il y a maintenant plus de dix ans, je crois qu’on n’aurait pas le retard que l’on a aujourd’hui. Et donc l’un des sept piliers de ce pacte présidentiel, c’est que je veux faire de la France le pays de l’excellence, environnementale. Parce que c’est un pilier du développement économique, et qu’on peut y créer des centaines de milliers d’emplois qui ne sont pas délocalisables. Et donc la France, qui a du potentiel, qui a des laboratoires, qui a pris aujourd’hui un certain nombre de retards, doit mettre en place toutes les productions liées à l’environnement et c’est un des volets très importants de la réforme fiscale puisque je mettrai en place une réforme fiscale qui va baisser la fiscalité pour encourager toutes les entreprises à développer les éco-activités. Que ce soit les entreprises du bâtiment, où il y a énormément de choses à faire sur l’isolation des habitations, vous savez qu’on gaspille 40 % de notre énergie qui part dans l’atmosphère, et donc avec un chantier d’isolation des bâtiments déjà construits on crée à la fois des emplois dans le bâtiment et on respecte le protocole de Kyoto. Sur la question de l’agriculture, c’est une question passionnante et qui a souvent manqué de courage politique, parce qu’on sait exactement ce qui est en train de se passer, et faute d’anticiper on se prépare des lendemains assez douloureux si les décisions ne sont pas prises dès maintenant. Et moi je crois que dans des logiques gagnant-gagnant, où il n’est plus temps d’opposer l’agriculture intensive à l’agriculture protectrice de l’environnement parce que toutes les agricultures doivent maintenant protéger l’environnement, toutes…
Hubert BOUILLON
On le fait déjà.
Ségolène ROYAL
… il n’y a pas d’issue. Et donc il faut assumer cette phase transitoire pour arrêter les intrants chimiques, les nitrates, la pollution de l’eau, la pollution des sols, et pour faire en sorte que l’agriculture qui protège l’environnement, qui utilise des méthodes différentes d’agriculture durable, non polluante, soit davantage aidée que l’agriculture intensive.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et sur les faucheurs d’OGM ?
Ségolène ROYAL
Juste un mot. Aujourd’hui les aides européennes sont très injustes puisque 80 % des aides vont à 20 % des agriculteurs les plus intensifs…
Olivier DAHYOT
Non, c’est le contraire, c’est 80 % des DPU vont à 80 % des agriculteurs.
Ségolène ROYAL
80 % des aides vont à 20 % des agriculteurs. Donc je veux que ça change. C’est-à-dire je veux qu’il y ait une réforme de la politique agricole commune, qui rééquilibre avec plus de justice la répartition des aides, mais qui donne aussi à l’agriculture de nouveaux débouchés. Et une nouvelle reconnaissance. Et c’est l’environnement qui va nous le permettre, avec les biocarburants, la valorisation de la biomasse. Et je pense qu’aujourd’hui les agriculteurs sont les nouveaux pionniers de la protection de la planète, grâce à ces nouvelles filières de développement énergétique. Et on le voit maintenant, ça commence à émerger sur l’ensemble du territoire, mais c’est insuffisamment encouragé et je veux que fiscalement les productions de biocarburant, de valorisation de la biomasse, de la filière bois, soient beaucoup plus fortement encouragées parce qu’on va à la fois créer des emplois et on va protéger la planète. Sur les OGM je suis favorable à un moratoire des OGM en plein champ. Je l’ai fait dans la région que je préside, où les maires ont été envoyés au tribunal par le préfet, j’ai trouvé ça scandaleux. Parce que les OGM en plein champ ont menacé les appellations d’origine contrôlée, et je considère que dans un pays démocratique il faut un permis de construire, une déclaration de travaux pour construire une barrière ou pour modifier une fenêtre, et quand il y a des OGM qui sont cultivés en plein champ, le maire n’est même pas informé. Donc je pense qu’il y a un déficit démocratique. Je ne veux pas freiner la recherche, les OGM peuvent apporter beaucoup de réponses à des problèmes de santé, des problèmes de sécurité alimentaire qui peuvent se poser dans le monde, à condition qu’on pose très clairement la question de savoir où vont les profits tirés des OGM et qu’il y ait une répartition à l’échelle de la planète correcte. Mais en revanche, je veux un moratoire sur les cultures des OGM en plein champ parce qu’il y a des risques de dissémination qui ne sont pas acceptables.
Hubert BOUILLON
Par rapport aux faucheurs OGM, quelle est votre position ? José BOVÉ qui a déjà fait de la prison, des amendes…
Ségolène ROYAL
Mais je trouve ça scandaleux. Je vais vous dire pourquoi. Parce que si les textes européens étaient transcrits en droit français, notamment avec le principe de précaution, il n’y aurait pas d’OGM en plein champ. Et je lui ai apporté mon soutien, au tribunal… Et pour l’agriculture biologique, j’y suis bien sûr favorable, ça peut pas être toute l’agriculture, mais je pense que les aides à l’agriculture biologique doivent être fortement augmentées, parce que c’est ce qui permet aussi le maintien d’un certain nombre d’activités.
Patrick POIVRE D’ARVOR
On clôt provisoirement ce débat, José BOVÉ sera notre invité la semaine prochaine.
Jessy BITARELLE, 19 ans, Caours (80), électricien
Bonsoir madame. Ma question est sur un sujet qu’on n’aborde jamais. Serait-il possible que les politiciens ainsi que Bruxelles ne prennent pas les décisions sur les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse, et que ces dates redeviennent comme avant, car ce sont les chasseurs qui peuvent dire quand on peut chasser, et non vous. Tout simplement. Merci.
Patrick POIVRE D’ARVOR
C’est les chasseurs et non pas Bruxelles…
Ségolène ROYAL
De quelle région ?
Jessy BITARELLE
Dans la Somme.
Ségolène ROYAL
La Somme, ah !
Jessy BITARELLE
Donc je viens défendre la Somme pour les chasseurs.
Ségolène ROYAL
Sur le gibier d’eau alors ?
Jessy BITARELLE
Pour le gibier d’eau et pour la plaine aussi.
Ségolène ROYAL
Alors il se trouve que je rencontre les chasseurs demain. Vous savez que moi je suis élue d’un département rural, les Deux-Sèvres, il y a beaucoup de chasseurs. Et avec eux j’ai fait des contrats de reboisement, replanter les haies. Parce que voyez parfois il y a des convergences dans une société, on essaye de voir ce qu’on peut faire en commun. Quand on replante les haies, ça permet aux oiseaux de nidifier et donc aux chasseurs de se consacrer à leurs loisirs. Je pense qu’il faut les laisser tranquilles, les chasseurs. Et en même temps il y a des règles. Pourquoi il y a des règles ? Parce qu’il faut protéger aussi la biodiversité. Et il faut protéger notamment les moments de reproduction, il ne faut pas qu’il y ait de chasse à ce moment-là, pour protéger la biodiversité. Et donc je pense qu’il faut trouver des solutions d’équilibre. Et on en trouve. Parce qu’il y a la connaissance de la ressource cynégétique, il y a le respect d’un loisir qui doit être respecté en tant que tel, il y a le travail que font les chasseurs dans l’espace rural, je l’ai dit à l’instant, avec le travail d’éducation avec des enfants, sur la variété des espèces animales. Et donc je pense que les chasseurs ont toute leur place, mais en même temps je ne serai pas tout à fait d’accord avec vous quand vous dites que c’est à eux de fixer les dates de chasse. Mais c’est à eux d’être associés. Les chasseurs n’ont pas non plus envie de détruire tout le gibier…
Jessy BITARELLE
On n’est pas des carnassiers.
Ségolène ROYAL
De toute façon s’ils détruisent tout le gibier au moment de la reproduction, ils n’ont pas de gibier l’année suivante. Moi je fais confiance à l’intelligence des gens pour discuter et pour faire en sorte que les règles soient les plus justes possible.
Patrick POIVRE D’ARVOR
J’essaie de donner la parole à des gens qui n’ont pas posé de questions. Mademoiselle et ensuite monsieur…
Sonia BOULILA, 19 ans, Chenove (21), lycéenne
Bonsoir madame. Moi j’ai une question essentiellement sur l’inégalité qu’il y a en France aujourd’hui. J’aurai deux questions en particulier. Pour l’inégalité au sein du travail des femmes. On ne parle pas des conditions de travail des femmes, essentiellement chez un hard discount allemand qui exploite les femmes, qui les emploie en CDD ou à la rigueur en CDI 26 heures, elles ne peuvent pas avoir d’enfants, elles ont des contraintes énormes, elles sont harcelées et aujourd’hui quand elles se retournent vers les prud’hommes, elles n’ont pas de réponse, ou trop longues. Moralement je pense que c’est dur à subir, elles savent plus vers qui se tourner et ce soir elles s’adressent à vous. Et la deuxième question, c’est l’inégalité sociale au niveau scolaire. Vous parlez de la France de demain, la France de demain elle est dans les écoles et au niveau des cours de soutien scolaire. Aujourd’hui en terminale, si on a besoin de cours de soutien scolaire, il faut avoir les moyens de pouvoir les assumer et en fait à 26 € l’heure de cours, en terminale, si on veut deux heures de cours de math par semaine, ça fait 50 € par semaine, on multiplie ça par 4, ça va faire du 200 € par mois. Il y a une inégalité, c’est pas offert à tout le monde. Que comptez-vous faire pour ça. Vous parlez de l’égalité des chances pour tout le monde, elle est où aujourd’hui en France ?
Patrick POIVRE D’ARVOR
Il y avait une question de Viviane sur la carte scolaire…
Viviane SOULIER, 59 ans, Aix-en-Provence (13), assistante familiale
Bonsoir madame. Pouvez-vous expliquer en quoi la remise en cause de la carte scolaire peut favoriser la mixité sociale. Ceux qui ont la possibilité, les moyens et les connaissances, choisiront de toute façon plus facilement les bons établissements que les autres. Et pouvez-vous aussi remettre en cause l’apprentissage à 14 ans, alors que dans le cadre de mon activité professionnelle, je vois beaucoup d’avantages à cette mesure qui peut permettre aux enfants de ne plus se trouver en échec scolaire et du coup en échec dans la société. Ce serait une main tendue, certainement, vers ces enfants.
Ségolène ROYAL
Sur l’apprentissage à 14 ans, non madame. Je ne pense pas que ce soit une bonne mesure.
Viviane SOULIER
Ou alors une alternative entre…
Ségolène ROYAL
Madame, est-ce que vous avez dans votre famille, moi c’est mon cas, un enfant de 14 ans ?
Viviane SOULIER
Oui.
Ségolène ROYAL
Est-ce que vraiment un enfant de 14 ans on va le mettre en apprentissage ? Non madame, je crois que la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans est un progrès de l’école de la République et qu’il faut absolument tenir bon sur les progrès fondamentaux et qu’il ne faut pas reculer, il ne faut jamais en rabattre sur des progrès sociaux qui ont demandé beaucoup d’énergie, beaucoup de courage, beaucoup de service public. En revanche, il y a des enfants qui s’ennuient à l’école et je suis favorable à ce que les collèges aient une liberté pédagogique, pour leur permettre à certains enfants de faire des stages en entreprises, de leur donner une formation concrète, d’avoir des méthodes pédagogiques différentes qui leur permettent de se raccrocher à l’intérêt scolaire. Je pense qu’il y a beaucoup de souffrance aujourd’hui dans les collèges chez certains élèves qui n’ont pas eu la chance de départ d’être aidés par des parents ou d’être encadrés, ou qui ont eu des problèmes personnels très douloureux dans leur famille, ou qui ont été des enfants maltraités, ou qui sont issus de milieux très défavorisés, et qui n’ont pas eu cette chance, qui ont décroché à un moment. Et ça je ne le souhaite pour aucun enfant. Et en même temps je crois que la pédagogie a fait d’immenses progrès, avec les ordinateurs on peut apprendre à lire différemment, on peut se raccrocher avec la culture, avec le théâtre, avec le sport, et je veux que les collèges aient une liberté pédagogique pour aider les enfants avant l’âge de 16 ans à se raccrocher à un socle de culture générale, parce que sinon ils auront beaucoup de mal dans la vie. Mettre les enfants en apprentissage, s’ils ne maîtrisent pas l’écriture, la lecture…
Viviane SOULIER
Mais on pourrait faire en alternance…
Ségolène ROYAL
… l’expression orale, ils vont devenir des salariés extrêmement malheureux, vous allez les orienter vers le chômage.
Viviane SOULIER
Et vous croyez qu’ils ne sont pas malheureux, moi j’ai quand même l’occasion justement de voir des enfants qui de 14 ans à 16 ans n’aiment pas l’école. Et vraiment usent leur fond de jean jusqu’à 16 ans parce qu’ils sont obligés…
Ségolène ROYAL
Ils viennent d’où, madame, ces enfants, de quel milieu social et familial ?
Viviane SOULIER
Défavorisé.
Ségolène ROYAL
Voilà. Donc est-ce que vous croyez que le rôle d’une République… Moi ma vision de la nation et de la République, c’est de ne laisser personne sur le bord du chemin.
Viviane SOULIER
Mais les aider différemment.
Ségolène ROYAL
Et les aider différemment, vous avez raison, je vous rejoins là-dessus.
Viviane SOULIER
Mais tel que c’est fait actuellement, ça ne les aide pas.
Ségolène ROYAL
Eh bien on va trouver des solutions, mais sans leur enlever l’école, vous voyez ce que je veux dire… En les raccrochant comme les autres enfants, en les raccrochant à l’école mais avec des activités qui peuvent être des activités dans l’entreprise.
Viviane SOULIER
Justement les valoriser, c’est ça qui me tient à cœur.
Ségolène ROYAL
Et les valoriser, voilà.
Corinne MOLLIEN, 45 ans, Amiens (80), responsable d’une boutique de prêt-à-porter
Madame ROYAL bonsoir. Je voulais vous poser une question pour la rentrée scolaire. Vous comptez faire quoi pour la rentrée scolaire ? Remonter la rentrée scolaire, mais quand ?
Ségolène ROYAL
L’allocation de rentrée scolaire ?
Corinne MOLLIEN
Voilà.
Ségolène ROYAL
À la prochaine rentrée l’allocation de rentrée scolaire sera doublée. Elle passera à 540 euros.
Corinne MOLLIEN
540 euros.
Ségolène ROYAL
Oui.
Corinne MOLLIEN
Pour les lycéennes aussi ?
Ségolène ROYAL
Oui, mais c’est sous conditions de ressources.
Corinne MOLLIEN
Ah voilà, d’accord.
Ségolène ROYAL
Ah ben oui. Je pense que les prestations… Mais c’est sous conditions de ressources… Votre enfant perçoit déjà l’allocation de rentrée scolaire ?
Corinne MOLLIEN
Je touche mais…
Ségolène ROYAL
Oui, donc si vous relevez de l’allocation de rentrée scolaire, la rentrée prochaine cette allocation sera de 540 euros. Parce que je pense que c’est une façon de relancer aussi le pouvoir d’achat en favorisant l’égalité scolaire. Veiller que cette allocation profite bien, bien sûr, aux élèves, très concrètement. Et je n’ai pas répondu à la dame tout à l’heure…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Sur le soutien scolaire.
Ségolène ROYAL
Sur le soutien scolaire, vous avez tellement raison, tellement raison. Les inégalités, mais les inégalités se nouent là, entre les familles qui peuvent aider leurs enfants et les autres. Et moi, l’école de la République que je veux, c’est une école qui donne les mêmes chances, le plus possible, à tous les enfants. Et je veux que l’école publique, laïque et républicaine s’oriente vers le soutien individualisé aux élèves. Et je pense qu’on en a la capacité. Il faut maintenant faire du sur-mesure. Et donc soit ce seront les enseignants qui feront du soutien individualisé s’ils le souhaitent, soit nous créerons un nouveau métier, qui est un métier de répétiteur, qui va encadrer les élèves gratuitement, ou dans le quartier ou dans le collège, parce qu’il y a beaucoup de collégiens qui reprennent le ramassage scolaire et qui auront envie aussi que le soutien scolaire ne se fasse pas forcément au collège, donc ça peut être fait aussi dans le quartier, en articulation avec les parents pour ne pas les disqualifier, c’est très important, et avec les collectivités locales, donc ça va être discuté par bassin scolaire, notamment dans les collèges et dans les écoles, avec les départements et les communes. Mais je veux que le soutien scolaire, c’est dans mon pacte présidentiel, soit gratuit et puisse aller à tous les élèves pour les raccrocher au bon moment. Et je veux que tous les élèves qui veulent une place en internat de proximité puissent trouvent une place en internat, pour être bien encadrés.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Monsieur essaie désespérément de vous poser une question…
Sonia BOULILA
Et sur les conditions de travail de la femme…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Non s’il vous plaît madame, que chacun puisse s’exprimer. Monsieur, s’il vous plaît…
Christophe LAVAU, 50 ans, Puisseguin (33), viticulteur
Ma question a trait à la formation, et notamment en France, puisque madame parlait de la formation par alternance. Je suis président d’un centre de formation par alternance, une maison familiale, à Vert en Gironde et on pratique cette formation dès l’âge de 14 ans sur les 4ème, 3ème et ainsi de suite, jusqu’à un haut niveau puisqu’on a des classes notamment sur la formation qualité, post-BTS, sur le notorisme depuis cette année pour diversifier. Que pensez-vous appliquer par rapport à cette formation et une question accessoire sur la viticulture, puisque le sujet n’a pas été abordé ce soir.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Il l’a été un peu, mais pas d’une manière…
Ségolène ROYAL
C’est vrai que les maisons familiales et rurales font un travail par alternance. Mais c’est vrai aussi dans le secteur public, cette possibilité est ouverte.
Christophe LAVAU
On fête les 70 ans de l’enseignement par alternance pratiqué dans les maisons familiales cette année. C’est pas nouveau, c’est la première institution qui a développé ce système.
Ségolène ROYAL
Je les connais bien, elles font du bon travail et en même temps je souhaite que les formations par alternance se fassent aussi dans le secteur public et que les collèges aient la possibilité de le faire. Et certains d’ailleurs le font. Je veux libérer les initiatives de ce point de vue-là. Parce que, comme vous le dites, il y a à la fois le lien avec l’éducation scolaire, qui demeure, l’enfant n’est pas envoyé comme ça en apprentissage à 14 ans, il y a des choses en douceur qui se font, la revalorisation à la fois professionnelle…
Christophe LAVAU
Il y a un lien entre les maîtres de stage, la famille, le corps enseignant.
Ségolène ROYAL
Exactement. Et je crois que c’est quelque chose de très important… Alors sur la viticulture…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Allez-y monsieur…
Didier MULLER, 59 ans, Nantes (44), délégué d’un groupe d’assurances
Bonsoir madame. Je voulais revenir sur les problèmes de délinquance qui ont été quand même survolés dans ce débat. On sait que la gauche n’a jamais été très performante pour lutter contre la délinquance, avec notamment une augmentation de 42 % de la délinquance d’actes violents sur les personnes, sur la période 98-2002. Qu’est-ce que vous comptez faire pour lutter efficacement contre cette délinquance ? Merci.
Ségolène ROYAL
Alors, sans polémiquer, malheureusement la droite non plus n’est pas très performante, puisque les atteintes aux personnes, en cinq ans, ont augmenté de 80 %. Et moi je ne m’en réjouis pas. Je pense que la question de la délinquance doit échapper à la polémique politicienne et je crois qu’un des premiers devoirs d’un État c’est d’assurer la sécurité au quotidien pour tous. Et c’est pour ça que je trouve pas bien que la police de proximité par exemple ait été supprimée. Donc je remettrai de la police de quartiers, parce que je pense que la police la plus efficace, c’est celle qui est au contact de la population, qui est respectée par la population et qui respecte la population. Et donc c’est cette osmose qui est très importante. Et avec les policiers, y compris avec des avantages matériels, parce que c’est difficile d’être dans les quartiers les plus sensibles, je veux que le service public revienne dans les quartiers sensibles…
Didier MULLER
Excusez-moi de vous couper…
Ségolène ROYAL
Et je l’ai dit tout à l’heure, ce qui ne va pas aujourd’hui, monsieur, c’est qu’au premier acte de délinquance il n’y a pas de punition. Donc le gamin, il recommence. Et c’est que la délinquance est de plus en plus précoce. Maintenant on voit des petits délinquants à 8 ou 9 ans, qui sont utilisés par les plus grands. Et moi je veux qu’il y ait un encadrement à l’école et que les parents exercent leurs responsabilités. Et c’est parce que je suis farouchement attachée à ces valeurs de la famille, de l’ordre juste, de l’éducation des enfants, que je suis la mieux à même de régler ce problème. Parce que je tiens les deux bouts : la prévention et la sanction, l’éducation et l’encadrement. Et que ça ne me fera pas peur.
Didier MULLER
J’ai quand même une petite précision à vous apporter, vous voulez donc remettre la police de proximité au goût du jour. En fait la police de proximité, donc les commissariats de quartier sont ouverts la nuit et on sait que les phénomènes de délinquance se produisent… Pardon excusez-moi, je veux dire que les commissariats de quartier sont ouverts le jour et on sait que les phénomènes de délinquance se produisent la nuit. Donc ces commissariats de quartier ne servent pas à grand-chose si ce n’est d’avoir un lien entre la population, c’est vrai agréable, mais pour lutter contre la délinquance c’est totalement inefficace.
Ségolène ROYAL
Mais vous avez raison. Et je pense que cette question-là devra être débattue avec les professionnels concernés. La question de l’ouverture des services publics au moment où on en a le plus besoin. Et vous avez tout à fait raison. C’est vrai aussi pour les éducateurs. Et donc c’est pas en mettant moins de service public. Quand j’entends l’actuel candidat de droite dire qu’il va supprimer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite, mais c’est impensable. C’est très grave. C’est même très dangereux. Et je le dis à nouveau sans polémique puisque c’est un fait, c’est un engagement qui est pris. Mais comment est-ce qu’on va remettre du service public ? On en a besoin dans l’école, on vient de le voir ; on en a besoin dans les quartiers, on le voit à l’instant ; on en a besoin dans la santé, on l’a redit. Mais qu’est-ce que ça veut dire qu’une République qui recule sur son service public ? C’est un système qui s’écroule et c’est un système qui crée de la violence. Moi je ne veux pas une France violente, je veux une France apaisée où les gens vivent ensemble et l’État tient debout et assume ses responsabilités.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Une question en face de vous, Amaury ?
Amaury d’HAUTEVILLE, 68 ans, Paris 5ème (75), cadre supérieur à la retraite
Bonsoir madame. Le problème de la France, à mon avis, c’est la classe politique, dont vous faites partie. Pourquoi ? Parce qu’elle fait partie des gens complètement coupés de la réalité, fonctionnaires en grande majorité, qui ne courent aucun risque, qui n’en ont jamais couru et qui n’en courront jamais, ni professionnels, ni personnels. Elle a organisé la société française de telle sorte que lorsqu’on ne fait pas partie de la famille on n’a pas droit à la parole. Et les réformes que vous proposez, il faut faire des réformes de fond. Or vous ne proposez pas de réformes de fond, vous proposez des minuscules réformettes à droite, à gauche, vous promettez bien sûr, vous ne tiendrez pas en fait, vous ne pourrez pas tenir, bien évidemment. Alors les réformes importantes, aurez-vous le courage de les poser aux Français par référendum. Parce que vous n’aurez pas le courage de les faire, vous ne pourrez pas les faire. Quelles sont-elles ? Il faut changer les institutions. Vous avez évoqué tout à l’heure deux ou trois mesures qui sont bonnes. On peut les reprendre ici. Il faut réformer les mandats électifs, pas plus de deux mandats ; il faut réformer, introduire le vote blanc, effectivement, l’obligation de vote mais en même temps on ne peut pas être élu si on n’a pas moins d’un minimum, d’un pourcentage minimum de 33 % des électeurs. Cela veut dire qu’un électeur ne veut pas ni Pierre ni Paul, il trouve que les deux sont mauvais. Donc ces trois mesures doivent être liées… Proposez-vous le référendum d’initiative populaire ? Oui ou non. C’est ça la vraie démocratie.
Patrick POIVRE D’ARVOR
On va répondre à cette question…
Amaury d’HAUTEVILLE
Et enfin vous avez esquivé le problème de l’immigration, tout le monde sait qu’il est grave, tout le monde sait qu’il empêche la France de sortir de la crise et tout le monde sait qu’elle se fait au détriment des Français. Donc, inscrirez-vous dans la constitution la priorité aux Français ? Je vous rappelle qu’il y a déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Vous ne parlez jamais du citoyen.
Ségolène ROYAL
D’abord je vais vous dire, l’immigration est un problème pour tous les pays du nord. L’immigration de la misère sont finalement ce qui risque le plus de déstabiliser la planète. Et c’est aussi ce qui porte le plus atteinte à la dignité des personnes. Et je l’ai dit tout à l’heure, la solution de fond à la question des migrations de la misère, c’est que et la France et l’Europe mettent enfin en place des politiques de co-développement qui permettront aux gens de vivre dignement dans leur pays. On les a assez pillés, les pays du sud, notamment les pays africains…
Amaury d’HAUTEVILLE
Ne dites pas de banalités de ce genre, s’il vous plaît…
Ségolène ROYAL
On a quand même été chercher les matières premières…
Amaury d’HAUTEVILLE
Je vous en prie, je vous en prie, pas de banalités de ce genre…
Ségolène ROYAL
Aujourd’hui je pense que…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Sur le référendum d’initiative populaire…
Amaury d’HAUTEVILLE
… gravissime.
Ségolène ROYAL
Si si, il y a des solutions de développement et je crois qu’il faut les mettre en place parce que je ne sous-estime pas le problème des migrations que vous venez d’évoquer.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et sur l’utilisation du référendum, vous êtes d’accord ?
Ségolène ROYAL
D’abord je voudrais vous dire que je ne proposes pas que des réformes à la marge. C’est une autre façon de faire de la politique que je propose, une autre vision des choses. Je crois que la crise en effet est suffisamment grave et que les rustines ne suffiront pas. Et c’est pour ça que j’ai montré ce soir qu’il y a d’autres propositions, que c’est une autre façon de voir les choses, une autre façon de faire, une volonté politique aussi qui peut redresser la France, et il y aura des référendums, et il y a le référendum d’initiative populaire, en effet, qui est prévu, la réforme des institutions puisque un million de personnes qui ont signé un texte de loi pourront obtenir le débat de ce texte de loi à l’Assemblée nationale. Donc là-dessus vous avez satisfaction.
Patrick POIVRE D’ARVOR
J’ai une toute dernière question à votre droite, madame ROYAL.
Vincent LOUAULT, 34 ans, Cigogne (37), agriculteur
Madame ROYAL, j’avais une question sur la morale politique. Hier soir en m’endormant je cherchais un mot pour définir un peu le mot des hommes et des femmes dont vous êtes des véritables professionnels de la politique. Ce mot je l’ai trouvé dans le dictionnaire, sa définition c’est “ un peu farceur et personne peu sérieuse ”. Farceur, sur la définition de vos propositions ; personne peu sérieuse parce que l’État dilapide l’argent des contribuables avec vos frais et tout plein de choses, l’Élysée par exemple. Ce mot, il s’appelle fumiste. Je suis désolé de vous le dire. Ma question : allez-vous un jour évoluer et faire évoluer tous ces golden politique-ciens ? (applaudissements)
Ségolène ROYAL
Écoutez… Ça, ça plaît toujours, vous avez remarqué ! La réponse est oui, figurez-vous. Je pense que l’État doit devenir un État modeste. Je pense que le budget de l’Élysée doit sans doute être diminué. Que le nombre de ministères aussi. Et là aussi je l’ai fait à mon échelle pour l’instant. Vous savez, quand j’ai été élue présidente de région, j’ai supprimé les grosses voitures. Il y avait des Velsatis, je me suis dit : pourquoi je vais rouler, moi, en Velsatis ? Il y avait des réceptions, avec du champagne, etc. J’ai supprimé cela. Parce que quand je voyais les gens avoir du mal à joindre les deux bouts, je me disais : au nom de quoi on va dilapider l’argent ? Moi j’ai été élevée avec le respect justement des choses, le refus du gaspillage et j’ai une règle simple : un euro dépensé est un euro utile. Et je puis vous dire que l’État que j’incarnerai sera un État modeste, économe des deniers publics dans le train de vie de l’État. Et c’est la raison pour laquelle l’État sera en effet réformé, je l’ai dit. Et par exemple il n’y aura plus un seul ministre qui pourra habiter avec femme et enfants aux frais du ministère, nourris, logés, blanchis. Moi je ne l’ai jamais fait quand j’étais ministre. Et je trouve ça scandaleux.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Voilà, ce sera sur cette intervention, Ségolène ROYAL, que nous allons nous quitter. La semaine prochaine il y aura une autre émission, une dernière émission avec François BAYROU, puis également avec José BOVÉ, avec Arlette LAGUILLER et avec Dominique VOYNET. Je vous remercie de vous être prêtée à notre jeu des cent questions.
Non non, parce qu’il y en a déjà deux en suspens, donc on va essayer de répondre aux deux questions sur l’agriculture, notamment l’agriculture bio et puis ensuite celle-là. Madame ROYAL…
Ségolène ROYAL
Alors c’est très intéressant tout ce que vous venez de poser et ça a des liens. L’excellence environnementale, l’agriculture, les circuits courts, la question des transports par route, etc. Je l’ai dit, je le répète, vous savez j’ai été ministre de l’Environnement, donc je connais bien ces sujets-là, j’ai même parfois été un peu visionnaire parce que déjà à l’époque je demandais qu’il y ait un développement des éco-industries et je disais à EDF : mais investissez ne serait-ce que 5 % de votre chiffre d’affaires dans les énergies renouvelables pour que la France soit la première au monde. Et si on m’avait écoutée, il y a maintenant plus de dix ans, je crois qu’on n’aurait pas le retard que l’on a aujourd’hui. Et donc l’un des sept piliers de ce pacte présidentiel, c’est que je veux faire de la France le pays de l’excellence, environnementale. Parce que c’est un pilier du développement économique, et qu’on peut y créer des centaines de milliers d’emplois qui ne sont pas délocalisables. Et donc la France, qui a du potentiel, qui a des laboratoires, qui a pris aujourd’hui un certain nombre de retards, doit mettre en place toutes les productions liées à l’environnement et c’est un des volets très importants de la réforme fiscale puisque je mettrai en place une réforme fiscale qui va baisser la fiscalité pour encourager toutes les entreprises à développer les éco-activités. Que ce soit les entreprises du bâtiment, où il y a énormément de choses à faire sur l’isolation des habitations, vous savez qu’on gaspille 40 % de notre énergie qui part dans l’atmosphère, et donc avec un chantier d’isolation des bâtiments déjà construits on crée à la fois des emplois dans le bâtiment et on respecte le protocole de Kyoto. Sur la question de l’agriculture, c’est une question passionnante et qui a souvent manqué de courage politique, parce qu’on sait exactement ce qui est en train de se passer, et faute d’anticiper on se prépare des lendemains assez douloureux si les décisions ne sont pas prises dès maintenant. Et moi je crois que dans des logiques gagnant-gagnant, où il n’est plus temps d’opposer l’agriculture intensive à l’agriculture protectrice de l’environnement parce que toutes les agricultures doivent maintenant protéger l’environnement, toutes…
Hubert BOUILLON
On le fait déjà.
Ségolène ROYAL
… il n’y a pas d’issue. Et donc il faut assumer cette phase transitoire pour arrêter les intrants chimiques, les nitrates, la pollution de l’eau, la pollution des sols, et pour faire en sorte que l’agriculture qui protège l’environnement, qui utilise des méthodes différentes d’agriculture durable, non polluante, soit davantage aidée que l’agriculture intensive.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et sur les faucheurs d’OGM ?
Ségolène ROYAL
Juste un mot. Aujourd’hui les aides européennes sont très injustes puisque 80 % des aides vont à 20 % des agriculteurs les plus intensifs…
Olivier DAHYOT
Non, c’est le contraire, c’est 80 % des DPU vont à 80 % des agriculteurs.
Ségolène ROYAL
80 % des aides vont à 20 % des agriculteurs. Donc je veux que ça change. C’est-à-dire je veux qu’il y ait une réforme de la politique agricole commune, qui rééquilibre avec plus de justice la répartition des aides, mais qui donne aussi à l’agriculture de nouveaux débouchés. Et une nouvelle reconnaissance. Et c’est l’environnement qui va nous le permettre, avec les biocarburants, la valorisation de la biomasse. Et je pense qu’aujourd’hui les agriculteurs sont les nouveaux pionniers de la protection de la planète, grâce à ces nouvelles filières de développement énergétique. Et on le voit maintenant, ça commence à émerger sur l’ensemble du territoire, mais c’est insuffisamment encouragé et je veux que fiscalement les productions de biocarburant, de valorisation de la biomasse, de la filière bois, soient beaucoup plus fortement encouragées parce qu’on va à la fois créer des emplois et on va protéger la planète. Sur les OGM je suis favorable à un moratoire des OGM en plein champ. Je l’ai fait dans la région que je préside, où les maires ont été envoyés au tribunal par le préfet, j’ai trouvé ça scandaleux. Parce que les OGM en plein champ ont menacé les appellations d’origine contrôlée, et je considère que dans un pays démocratique il faut un permis de construire, une déclaration de travaux pour construire une barrière ou pour modifier une fenêtre, et quand il y a des OGM qui sont cultivés en plein champ, le maire n’est même pas informé. Donc je pense qu’il y a un déficit démocratique. Je ne veux pas freiner la recherche, les OGM peuvent apporter beaucoup de réponses à des problèmes de santé, des problèmes de sécurité alimentaire qui peuvent se poser dans le monde, à condition qu’on pose très clairement la question de savoir où vont les profits tirés des OGM et qu’il y ait une répartition à l’échelle de la planète correcte. Mais en revanche, je veux un moratoire sur les cultures des OGM en plein champ parce qu’il y a des risques de dissémination qui ne sont pas acceptables.
Hubert BOUILLON
Par rapport aux faucheurs OGM, quelle est votre position ? José BOVÉ qui a déjà fait de la prison, des amendes…
Ségolène ROYAL
Mais je trouve ça scandaleux. Je vais vous dire pourquoi. Parce que si les textes européens étaient transcrits en droit français, notamment avec le principe de précaution, il n’y aurait pas d’OGM en plein champ. Et je lui ai apporté mon soutien, au tribunal… Et pour l’agriculture biologique, j’y suis bien sûr favorable, ça peut pas être toute l’agriculture, mais je pense que les aides à l’agriculture biologique doivent être fortement augmentées, parce que c’est ce qui permet aussi le maintien d’un certain nombre d’activités.
Patrick POIVRE D’ARVOR
On clôt provisoirement ce débat, José BOVÉ sera notre invité la semaine prochaine.
Jessy BITARELLE, 19 ans, Caours (80), électricien
Bonsoir madame. Ma question est sur un sujet qu’on n’aborde jamais. Serait-il possible que les politiciens ainsi que Bruxelles ne prennent pas les décisions sur les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse, et que ces dates redeviennent comme avant, car ce sont les chasseurs qui peuvent dire quand on peut chasser, et non vous. Tout simplement. Merci.
Patrick POIVRE D’ARVOR
C’est les chasseurs et non pas Bruxelles…
Ségolène ROYAL
De quelle région ?
Jessy BITARELLE
Dans la Somme.
Ségolène ROYAL
La Somme, ah !
Jessy BITARELLE
Donc je viens défendre la Somme pour les chasseurs.
Ségolène ROYAL
Sur le gibier d’eau alors ?
Jessy BITARELLE
Pour le gibier d’eau et pour la plaine aussi.
Ségolène ROYAL
Alors il se trouve que je rencontre les chasseurs demain. Vous savez que moi je suis élue d’un département rural, les Deux-Sèvres, il y a beaucoup de chasseurs. Et avec eux j’ai fait des contrats de reboisement, replanter les haies. Parce que voyez parfois il y a des convergences dans une société, on essaye de voir ce qu’on peut faire en commun. Quand on replante les haies, ça permet aux oiseaux de nidifier et donc aux chasseurs de se consacrer à leurs loisirs. Je pense qu’il faut les laisser tranquilles, les chasseurs. Et en même temps il y a des règles. Pourquoi il y a des règles ? Parce qu’il faut protéger aussi la biodiversité. Et il faut protéger notamment les moments de reproduction, il ne faut pas qu’il y ait de chasse à ce moment-là, pour protéger la biodiversité. Et donc je pense qu’il faut trouver des solutions d’équilibre. Et on en trouve. Parce qu’il y a la connaissance de la ressource cynégétique, il y a le respect d’un loisir qui doit être respecté en tant que tel, il y a le travail que font les chasseurs dans l’espace rural, je l’ai dit à l’instant, avec le travail d’éducation avec des enfants, sur la variété des espèces animales. Et donc je pense que les chasseurs ont toute leur place, mais en même temps je ne serai pas tout à fait d’accord avec vous quand vous dites que c’est à eux de fixer les dates de chasse. Mais c’est à eux d’être associés. Les chasseurs n’ont pas non plus envie de détruire tout le gibier…
Jessy BITARELLE
On n’est pas des carnassiers.
Ségolène ROYAL
De toute façon s’ils détruisent tout le gibier au moment de la reproduction, ils n’ont pas de gibier l’année suivante. Moi je fais confiance à l’intelligence des gens pour discuter et pour faire en sorte que les règles soient les plus justes possible.
Patrick POIVRE D’ARVOR
J’essaie de donner la parole à des gens qui n’ont pas posé de questions. Mademoiselle et ensuite monsieur…
Sonia BOULILA, 19 ans, Chenove (21), lycéenne
Bonsoir madame. Moi j’ai une question essentiellement sur l’inégalité qu’il y a en France aujourd’hui. J’aurai deux questions en particulier. Pour l’inégalité au sein du travail des femmes. On ne parle pas des conditions de travail des femmes, essentiellement chez un hard discount allemand qui exploite les femmes, qui les emploie en CDD ou à la rigueur en CDI 26 heures, elles ne peuvent pas avoir d’enfants, elles ont des contraintes énormes, elles sont harcelées et aujourd’hui quand elles se retournent vers les prud’hommes, elles n’ont pas de réponse, ou trop longues. Moralement je pense que c’est dur à subir, elles savent plus vers qui se tourner et ce soir elles s’adressent à vous. Et la deuxième question, c’est l’inégalité sociale au niveau scolaire. Vous parlez de la France de demain, la France de demain elle est dans les écoles et au niveau des cours de soutien scolaire. Aujourd’hui en terminale, si on a besoin de cours de soutien scolaire, il faut avoir les moyens de pouvoir les assumer et en fait à 26 € l’heure de cours, en terminale, si on veut deux heures de cours de math par semaine, ça fait 50 € par semaine, on multiplie ça par 4, ça va faire du 200 € par mois. Il y a une inégalité, c’est pas offert à tout le monde. Que comptez-vous faire pour ça. Vous parlez de l’égalité des chances pour tout le monde, elle est où aujourd’hui en France ?
Patrick POIVRE D’ARVOR
Il y avait une question de Viviane sur la carte scolaire…
Viviane SOULIER, 59 ans, Aix-en-Provence (13), assistante familiale
Bonsoir madame. Pouvez-vous expliquer en quoi la remise en cause de la carte scolaire peut favoriser la mixité sociale. Ceux qui ont la possibilité, les moyens et les connaissances, choisiront de toute façon plus facilement les bons établissements que les autres. Et pouvez-vous aussi remettre en cause l’apprentissage à 14 ans, alors que dans le cadre de mon activité professionnelle, je vois beaucoup d’avantages à cette mesure qui peut permettre aux enfants de ne plus se trouver en échec scolaire et du coup en échec dans la société. Ce serait une main tendue, certainement, vers ces enfants.
Ségolène ROYAL
Sur l’apprentissage à 14 ans, non madame. Je ne pense pas que ce soit une bonne mesure.
Viviane SOULIER
Ou alors une alternative entre…
Ségolène ROYAL
Madame, est-ce que vous avez dans votre famille, moi c’est mon cas, un enfant de 14 ans ?
Viviane SOULIER
Oui.
Ségolène ROYAL
Est-ce que vraiment un enfant de 14 ans on va le mettre en apprentissage ? Non madame, je crois que la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans est un progrès de l’école de la République et qu’il faut absolument tenir bon sur les progrès fondamentaux et qu’il ne faut pas reculer, il ne faut jamais en rabattre sur des progrès sociaux qui ont demandé beaucoup d’énergie, beaucoup de courage, beaucoup de service public. En revanche, il y a des enfants qui s’ennuient à l’école et je suis favorable à ce que les collèges aient une liberté pédagogique, pour leur permettre à certains enfants de faire des stages en entreprises, de leur donner une formation concrète, d’avoir des méthodes pédagogiques différentes qui leur permettent de se raccrocher à l’intérêt scolaire. Je pense qu’il y a beaucoup de souffrance aujourd’hui dans les collèges chez certains élèves qui n’ont pas eu la chance de départ d’être aidés par des parents ou d’être encadrés, ou qui ont eu des problèmes personnels très douloureux dans leur famille, ou qui ont été des enfants maltraités, ou qui sont issus de milieux très défavorisés, et qui n’ont pas eu cette chance, qui ont décroché à un moment. Et ça je ne le souhaite pour aucun enfant. Et en même temps je crois que la pédagogie a fait d’immenses progrès, avec les ordinateurs on peut apprendre à lire différemment, on peut se raccrocher avec la culture, avec le théâtre, avec le sport, et je veux que les collèges aient une liberté pédagogique pour aider les enfants avant l’âge de 16 ans à se raccrocher à un socle de culture générale, parce que sinon ils auront beaucoup de mal dans la vie. Mettre les enfants en apprentissage, s’ils ne maîtrisent pas l’écriture, la lecture…
Viviane SOULIER
Mais on pourrait faire en alternance…
Ségolène ROYAL
… l’expression orale, ils vont devenir des salariés extrêmement malheureux, vous allez les orienter vers le chômage.
Viviane SOULIER
Et vous croyez qu’ils ne sont pas malheureux, moi j’ai quand même l’occasion justement de voir des enfants qui de 14 ans à 16 ans n’aiment pas l’école. Et vraiment usent leur fond de jean jusqu’à 16 ans parce qu’ils sont obligés…
Ségolène ROYAL
Ils viennent d’où, madame, ces enfants, de quel milieu social et familial ?
Viviane SOULIER
Défavorisé.
Ségolène ROYAL
Voilà. Donc est-ce que vous croyez que le rôle d’une République… Moi ma vision de la nation et de la République, c’est de ne laisser personne sur le bord du chemin.
Viviane SOULIER
Mais les aider différemment.
Ségolène ROYAL
Et les aider différemment, vous avez raison, je vous rejoins là-dessus.
Viviane SOULIER
Mais tel que c’est fait actuellement, ça ne les aide pas.
Ségolène ROYAL
Eh bien on va trouver des solutions, mais sans leur enlever l’école, vous voyez ce que je veux dire… En les raccrochant comme les autres enfants, en les raccrochant à l’école mais avec des activités qui peuvent être des activités dans l’entreprise.
Viviane SOULIER
Justement les valoriser, c’est ça qui me tient à cœur.
Ségolène ROYAL
Et les valoriser, voilà.
Corinne MOLLIEN, 45 ans, Amiens (80), responsable d’une boutique de prêt-à-porter
Madame ROYAL bonsoir. Je voulais vous poser une question pour la rentrée scolaire. Vous comptez faire quoi pour la rentrée scolaire ? Remonter la rentrée scolaire, mais quand ?
Ségolène ROYAL
L’allocation de rentrée scolaire ?
Corinne MOLLIEN
Voilà.
Ségolène ROYAL
À la prochaine rentrée l’allocation de rentrée scolaire sera doublée. Elle passera à 540 euros.
Corinne MOLLIEN
540 euros.
Ségolène ROYAL
Oui.
Corinne MOLLIEN
Pour les lycéennes aussi ?
Ségolène ROYAL
Oui, mais c’est sous conditions de ressources.
Corinne MOLLIEN
Ah voilà, d’accord.
Ségolène ROYAL
Ah ben oui. Je pense que les prestations… Mais c’est sous conditions de ressources… Votre enfant perçoit déjà l’allocation de rentrée scolaire ?
Corinne MOLLIEN
Je touche mais…
Ségolène ROYAL
Oui, donc si vous relevez de l’allocation de rentrée scolaire, la rentrée prochaine cette allocation sera de 540 euros. Parce que je pense que c’est une façon de relancer aussi le pouvoir d’achat en favorisant l’égalité scolaire. Veiller que cette allocation profite bien, bien sûr, aux élèves, très concrètement. Et je n’ai pas répondu à la dame tout à l’heure…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Sur le soutien scolaire.
Ségolène ROYAL
Sur le soutien scolaire, vous avez tellement raison, tellement raison. Les inégalités, mais les inégalités se nouent là, entre les familles qui peuvent aider leurs enfants et les autres. Et moi, l’école de la République que je veux, c’est une école qui donne les mêmes chances, le plus possible, à tous les enfants. Et je veux que l’école publique, laïque et républicaine s’oriente vers le soutien individualisé aux élèves. Et je pense qu’on en a la capacité. Il faut maintenant faire du sur-mesure. Et donc soit ce seront les enseignants qui feront du soutien individualisé s’ils le souhaitent, soit nous créerons un nouveau métier, qui est un métier de répétiteur, qui va encadrer les élèves gratuitement, ou dans le quartier ou dans le collège, parce qu’il y a beaucoup de collégiens qui reprennent le ramassage scolaire et qui auront envie aussi que le soutien scolaire ne se fasse pas forcément au collège, donc ça peut être fait aussi dans le quartier, en articulation avec les parents pour ne pas les disqualifier, c’est très important, et avec les collectivités locales, donc ça va être discuté par bassin scolaire, notamment dans les collèges et dans les écoles, avec les départements et les communes. Mais je veux que le soutien scolaire, c’est dans mon pacte présidentiel, soit gratuit et puisse aller à tous les élèves pour les raccrocher au bon moment. Et je veux que tous les élèves qui veulent une place en internat de proximité puissent trouvent une place en internat, pour être bien encadrés.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Monsieur essaie désespérément de vous poser une question…
Sonia BOULILA
Et sur les conditions de travail de la femme…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Non s’il vous plaît madame, que chacun puisse s’exprimer. Monsieur, s’il vous plaît…
Christophe LAVAU, 50 ans, Puisseguin (33), viticulteur
Ma question a trait à la formation, et notamment en France, puisque madame parlait de la formation par alternance. Je suis président d’un centre de formation par alternance, une maison familiale, à Vert en Gironde et on pratique cette formation dès l’âge de 14 ans sur les 4ème, 3ème et ainsi de suite, jusqu’à un haut niveau puisqu’on a des classes notamment sur la formation qualité, post-BTS, sur le notorisme depuis cette année pour diversifier. Que pensez-vous appliquer par rapport à cette formation et une question accessoire sur la viticulture, puisque le sujet n’a pas été abordé ce soir.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Il l’a été un peu, mais pas d’une manière…
Ségolène ROYAL
C’est vrai que les maisons familiales et rurales font un travail par alternance. Mais c’est vrai aussi dans le secteur public, cette possibilité est ouverte.
Christophe LAVAU
On fête les 70 ans de l’enseignement par alternance pratiqué dans les maisons familiales cette année. C’est pas nouveau, c’est la première institution qui a développé ce système.
Ségolène ROYAL
Je les connais bien, elles font du bon travail et en même temps je souhaite que les formations par alternance se fassent aussi dans le secteur public et que les collèges aient la possibilité de le faire. Et certains d’ailleurs le font. Je veux libérer les initiatives de ce point de vue-là. Parce que, comme vous le dites, il y a à la fois le lien avec l’éducation scolaire, qui demeure, l’enfant n’est pas envoyé comme ça en apprentissage à 14 ans, il y a des choses en douceur qui se font, la revalorisation à la fois professionnelle…
Christophe LAVAU
Il y a un lien entre les maîtres de stage, la famille, le corps enseignant.
Ségolène ROYAL
Exactement. Et je crois que c’est quelque chose de très important… Alors sur la viticulture…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Allez-y monsieur…
Didier MULLER, 59 ans, Nantes (44), délégué d’un groupe d’assurances
Bonsoir madame. Je voulais revenir sur les problèmes de délinquance qui ont été quand même survolés dans ce débat. On sait que la gauche n’a jamais été très performante pour lutter contre la délinquance, avec notamment une augmentation de 42 % de la délinquance d’actes violents sur les personnes, sur la période 98-2002. Qu’est-ce que vous comptez faire pour lutter efficacement contre cette délinquance ? Merci.
Ségolène ROYAL
Alors, sans polémiquer, malheureusement la droite non plus n’est pas très performante, puisque les atteintes aux personnes, en cinq ans, ont augmenté de 80 %. Et moi je ne m’en réjouis pas. Je pense que la question de la délinquance doit échapper à la polémique politicienne et je crois qu’un des premiers devoirs d’un État c’est d’assurer la sécurité au quotidien pour tous. Et c’est pour ça que je trouve pas bien que la police de proximité par exemple ait été supprimée. Donc je remettrai de la police de quartiers, parce que je pense que la police la plus efficace, c’est celle qui est au contact de la population, qui est respectée par la population et qui respecte la population. Et donc c’est cette osmose qui est très importante. Et avec les policiers, y compris avec des avantages matériels, parce que c’est difficile d’être dans les quartiers les plus sensibles, je veux que le service public revienne dans les quartiers sensibles…
Didier MULLER
Excusez-moi de vous couper…
Ségolène ROYAL
Et je l’ai dit tout à l’heure, ce qui ne va pas aujourd’hui, monsieur, c’est qu’au premier acte de délinquance il n’y a pas de punition. Donc le gamin, il recommence. Et c’est que la délinquance est de plus en plus précoce. Maintenant on voit des petits délinquants à 8 ou 9 ans, qui sont utilisés par les plus grands. Et moi je veux qu’il y ait un encadrement à l’école et que les parents exercent leurs responsabilités. Et c’est parce que je suis farouchement attachée à ces valeurs de la famille, de l’ordre juste, de l’éducation des enfants, que je suis la mieux à même de régler ce problème. Parce que je tiens les deux bouts : la prévention et la sanction, l’éducation et l’encadrement. Et que ça ne me fera pas peur.
Didier MULLER
J’ai quand même une petite précision à vous apporter, vous voulez donc remettre la police de proximité au goût du jour. En fait la police de proximité, donc les commissariats de quartier sont ouverts la nuit et on sait que les phénomènes de délinquance se produisent… Pardon excusez-moi, je veux dire que les commissariats de quartier sont ouverts le jour et on sait que les phénomènes de délinquance se produisent la nuit. Donc ces commissariats de quartier ne servent pas à grand-chose si ce n’est d’avoir un lien entre la population, c’est vrai agréable, mais pour lutter contre la délinquance c’est totalement inefficace.
Ségolène ROYAL
Mais vous avez raison. Et je pense que cette question-là devra être débattue avec les professionnels concernés. La question de l’ouverture des services publics au moment où on en a le plus besoin. Et vous avez tout à fait raison. C’est vrai aussi pour les éducateurs. Et donc c’est pas en mettant moins de service public. Quand j’entends l’actuel candidat de droite dire qu’il va supprimer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite, mais c’est impensable. C’est très grave. C’est même très dangereux. Et je le dis à nouveau sans polémique puisque c’est un fait, c’est un engagement qui est pris. Mais comment est-ce qu’on va remettre du service public ? On en a besoin dans l’école, on vient de le voir ; on en a besoin dans les quartiers, on le voit à l’instant ; on en a besoin dans la santé, on l’a redit. Mais qu’est-ce que ça veut dire qu’une République qui recule sur son service public ? C’est un système qui s’écroule et c’est un système qui crée de la violence. Moi je ne veux pas une France violente, je veux une France apaisée où les gens vivent ensemble et l’État tient debout et assume ses responsabilités.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Une question en face de vous, Amaury ?
Amaury d’HAUTEVILLE, 68 ans, Paris 5ème (75), cadre supérieur à la retraite
Bonsoir madame. Le problème de la France, à mon avis, c’est la classe politique, dont vous faites partie. Pourquoi ? Parce qu’elle fait partie des gens complètement coupés de la réalité, fonctionnaires en grande majorité, qui ne courent aucun risque, qui n’en ont jamais couru et qui n’en courront jamais, ni professionnels, ni personnels. Elle a organisé la société française de telle sorte que lorsqu’on ne fait pas partie de la famille on n’a pas droit à la parole. Et les réformes que vous proposez, il faut faire des réformes de fond. Or vous ne proposez pas de réformes de fond, vous proposez des minuscules réformettes à droite, à gauche, vous promettez bien sûr, vous ne tiendrez pas en fait, vous ne pourrez pas tenir, bien évidemment. Alors les réformes importantes, aurez-vous le courage de les poser aux Français par référendum. Parce que vous n’aurez pas le courage de les faire, vous ne pourrez pas les faire. Quelles sont-elles ? Il faut changer les institutions. Vous avez évoqué tout à l’heure deux ou trois mesures qui sont bonnes. On peut les reprendre ici. Il faut réformer les mandats électifs, pas plus de deux mandats ; il faut réformer, introduire le vote blanc, effectivement, l’obligation de vote mais en même temps on ne peut pas être élu si on n’a pas moins d’un minimum, d’un pourcentage minimum de 33 % des électeurs. Cela veut dire qu’un électeur ne veut pas ni Pierre ni Paul, il trouve que les deux sont mauvais. Donc ces trois mesures doivent être liées… Proposez-vous le référendum d’initiative populaire ? Oui ou non. C’est ça la vraie démocratie.
Patrick POIVRE D’ARVOR
On va répondre à cette question…
Amaury d’HAUTEVILLE
Et enfin vous avez esquivé le problème de l’immigration, tout le monde sait qu’il est grave, tout le monde sait qu’il empêche la France de sortir de la crise et tout le monde sait qu’elle se fait au détriment des Français. Donc, inscrirez-vous dans la constitution la priorité aux Français ? Je vous rappelle qu’il y a déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Vous ne parlez jamais du citoyen.
Ségolène ROYAL
D’abord je vais vous dire, l’immigration est un problème pour tous les pays du nord. L’immigration de la misère sont finalement ce qui risque le plus de déstabiliser la planète. Et c’est aussi ce qui porte le plus atteinte à la dignité des personnes. Et je l’ai dit tout à l’heure, la solution de fond à la question des migrations de la misère, c’est que et la France et l’Europe mettent enfin en place des politiques de co-développement qui permettront aux gens de vivre dignement dans leur pays. On les a assez pillés, les pays du sud, notamment les pays africains…
Amaury d’HAUTEVILLE
Ne dites pas de banalités de ce genre, s’il vous plaît…
Ségolène ROYAL
On a quand même été chercher les matières premières…
Amaury d’HAUTEVILLE
Je vous en prie, je vous en prie, pas de banalités de ce genre…
Ségolène ROYAL
Aujourd’hui je pense que…
Patrick POIVRE D’ARVOR
Sur le référendum d’initiative populaire…
Amaury d’HAUTEVILLE
… gravissime.
Ségolène ROYAL
Si si, il y a des solutions de développement et je crois qu’il faut les mettre en place parce que je ne sous-estime pas le problème des migrations que vous venez d’évoquer.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Et sur l’utilisation du référendum, vous êtes d’accord ?
Ségolène ROYAL
D’abord je voudrais vous dire que je ne proposes pas que des réformes à la marge. C’est une autre façon de faire de la politique que je propose, une autre vision des choses. Je crois que la crise en effet est suffisamment grave et que les rustines ne suffiront pas. Et c’est pour ça que j’ai montré ce soir qu’il y a d’autres propositions, que c’est une autre façon de voir les choses, une autre façon de faire, une volonté politique aussi qui peut redresser la France, et il y aura des référendums, et il y a le référendum d’initiative populaire, en effet, qui est prévu, la réforme des institutions puisque un million de personnes qui ont signé un texte de loi pourront obtenir le débat de ce texte de loi à l’Assemblée nationale. Donc là-dessus vous avez satisfaction.
Patrick POIVRE D’ARVOR
J’ai une toute dernière question à votre droite, madame ROYAL.
Vincent LOUAULT, 34 ans, Cigogne (37), agriculteur
Madame ROYAL, j’avais une question sur la morale politique. Hier soir en m’endormant je cherchais un mot pour définir un peu le mot des hommes et des femmes dont vous êtes des véritables professionnels de la politique. Ce mot je l’ai trouvé dans le dictionnaire, sa définition c’est “ un peu farceur et personne peu sérieuse ”. Farceur, sur la définition de vos propositions ; personne peu sérieuse parce que l’État dilapide l’argent des contribuables avec vos frais et tout plein de choses, l’Élysée par exemple. Ce mot, il s’appelle fumiste. Je suis désolé de vous le dire. Ma question : allez-vous un jour évoluer et faire évoluer tous ces golden politique-ciens ? (applaudissements)
Ségolène ROYAL
Écoutez… Ça, ça plaît toujours, vous avez remarqué ! La réponse est oui, figurez-vous. Je pense que l’État doit devenir un État modeste. Je pense que le budget de l’Élysée doit sans doute être diminué. Que le nombre de ministères aussi. Et là aussi je l’ai fait à mon échelle pour l’instant. Vous savez, quand j’ai été élue présidente de région, j’ai supprimé les grosses voitures. Il y avait des Velsatis, je me suis dit : pourquoi je vais rouler, moi, en Velsatis ? Il y avait des réceptions, avec du champagne, etc. J’ai supprimé cela. Parce que quand je voyais les gens avoir du mal à joindre les deux bouts, je me disais : au nom de quoi on va dilapider l’argent ? Moi j’ai été élevée avec le respect justement des choses, le refus du gaspillage et j’ai une règle simple : un euro dépensé est un euro utile. Et je puis vous dire que l’État que j’incarnerai sera un État modeste, économe des deniers publics dans le train de vie de l’État. Et c’est la raison pour laquelle l’État sera en effet réformé, je l’ai dit. Et par exemple il n’y aura plus un seul ministre qui pourra habiter avec femme et enfants aux frais du ministère, nourris, logés, blanchis. Moi je ne l’ai jamais fait quand j’étais ministre. Et je trouve ça scandaleux.
Patrick POIVRE D’ARVOR
Voilà, ce sera sur cette intervention, Ségolène ROYAL, que nous allons nous quitter. La semaine prochaine il y aura une autre émission, une dernière émission avec François BAYROU, puis également avec José BOVÉ, avec Arlette LAGUILLER et avec Dominique VOYNET. Je vous remercie de vous être prêtée à notre jeu des cent questions.
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