LIONEL JOSPIN SUR RTL
Invité exceptionnel ce matin sur RTL ?
Jean-Michel APHATIE
L’ancien Premier ministre Lionel JOSPIN, qui dans une minute sur RTL va faire sa première intervention dans la campagne présidentielle.
Christophe HONDELATTE
Ecoutez, ceci avant de débuter l’interview.
Auditeur
Je voudrais réagir par rapport au discours de Ségolène ROYAL, lors de son meeting à Paris. Très à gauche, on ne se fait pas d’illusion, c’est de la rhétorique, François MITTERRAND aussi, parlait de rupture du capitalisme en 81. On sait ce qu’il en a fait, en fait le discours est à gauche, la pratique est beaucoup plus au centre et même à droite. Et Ségolène ROYAL fera pareil. En fait, on a le choix entre un centre gauche, Ségolène ROYAL et un centre droite qui est Nicolas SARKOZY, voilà.
Christophe HONDELATTE
Voilà, la réflexion d’un auditeur au 3.2.1.0. après la pub, Lionel JOSPIN avec Jean-Michel APHATIE.
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Christophe HONDELATTE
7 heures 48, Jean-Michel APHATIE, vous recevez le dernier Premier ministre socialiste.
Jean-Michel APHATIE
Bonjour Lionel JOSPIN.
Lionel JOSPIN
Bonjour.
Jean-Michel APHATIE
Depuis le début de sa campagne régulièrement Nicolas SARKOZY cite Jean JAURES et Léon BLUM dans ses discours. Des responsables de gauche s’offusquent de ces emprunts à leur histoire par le ministre de l’Intérieur. Etes-vous choqué, vous, Lionel JOSPIN ?
Lionel JOSPIN
Non, ça m’intéresse, parce que ça montre que Nicolas SARKOZY ne peut pas se présenter devant les Français dans une campagne sans essayer de se référer et d’attirer à lui d’immenses figures de la gauche.
Jean-Michel APHATIE
Mais c’est plutôt…
Lionel JOSPIN
Donc, oui, comme vous le dites très bien, c’est plutôt le signe que ces hommes ont marqué l’histoire, de même que la gauche a marqué l’histoire de ce pays. La manipulation commence lorsqu’il essaye de tourner ces figures contre nous, contre la gauche. Parce qu’à cet égard, il n’y a rien de changer, la droite d’hier calomniait JAURES et BLUM et on sait de quelle façon ! De ma même manière que l’homme de droite, SARKOZY aujourd’hui, dénigre la gauche.
Jean-Michel APHATIE
Mais en quoi…
Lionel JOSPIN
Donc il aime la gauche d’hier, il n’aime pas la gauche d’aujourd’hui, on est là dans un classique.
Jean-Michel APHATIE
Mais en quoi y a-t-il détournement en citant JAURES, en…
Lionel JOSPIN
Mais je viens de vous répondre, je ne vais pas répéter deux fois cette question.
Jean-Michel APHATIE
Oui, mais qu’est-ce qui vous choque dans l’utilisation de ces figures ?
Lionel JOSPIN
Non, moi, une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie d’intervenir ce matin, c’est que je trouve que le numéro de monsieur SARKOZY sur le travail et les travailleurs et en passant les critiques qu’il fait à la gauche, à cet égard, dépassent les limites de la décence et surtout du sérieux. J’ai entendu l’autre jour et ça a été une de mes motivations vraiment pour venir ce matin, alors que vous m’aviez invité, il y a déjà un certain temps.
Jean-Michel APHATIE
Nous avions déjà un dialogue antérieur.
Lionel JOSPIN
Absolument ! Je l’ai entendu dire : “ la vraie gauche, la gauche de BLUM, parlait aux travailleurs, aimait le travail. La gauche d’aujourd’hui, la gauche de JOSPIN, la gauche de Ségolène ROYAL, parle de statuts, fait les 35 heures, parce qu’elle n’aime pas le travail. ” Alors cette critique ne s’adresse pas à Ségolène ROYAL, puisqu’elle a mis le travail au centre de ses préoccupations dès le début de sa campagne. Cette critique s’adresse encore moins à moi, qui détient le record pour un gouvernement et en cinq ans, de création d’emploi en France, depuis la guerre, y compris, plus que pendant “ Les 30 glorieuses ” sous mon gouvernement on a crée 2 millions d’emplois, 400 000 emplois par an et on a fait baisser le chômage. Et enfin se réclamer de BLUM, qui aime le travail, pour critiquer les 35 heures quand tous ceux qui se souviennent du front populaire et de BLUM et en particulier des travailleurs, savent que BLUM est l’homme des 40 ans et des congés payés, avouez que c’est drôle, mais comme c’est drôle, ça veut dire que ce n’est pas du tout sérieux.
Jean-Michel APHATIE
Le reproche que fait Nicolas SARKOZY, aux 35 heures notamment, c’est d’avoir découragé les gens de travailler davantage et ce qu’il veut lui, dit-il, je veux autoriser les gens à s’affranchir des 35 heures et leur permette notamment dit-il de travailler plus pour gagner plus.
Lionel JOSPIN
Même si je suis poussé par un mouvement un petit peu d’indignation, je ne suis pas venu ici pour polémiquer, je suis venu pour essayer de traiter le problème de fond. Et je partirai de la déclaration de monsieur SARKOZY, puisqu’il dit “ les statuts, la gauche parle des statuts, fait les 35 heures. ” Si vous le voulez bien, j’aimerais dire un mot des statuts et puis ensuite je parlerais des 35 heures. L’agressivité ou l’hostilité de monsieur SARKOZY à l’égard de ce qu’il appelle “ les statuts ” et à mon sens assez révélatrice. Parce que ça représente quoi les statuts dont il parle de façon méprisante pour les travailleurs ? Ca représente la sécurité, ça représente la stabilité. Les ouvriers, les employés, les enseignants, les cheminots, ils n’ont pas de parachute doré, ils n’ont pas de “ golden parachute. ” Leur parachute, leur sécurité, c’est le statut. Dans les entreprises publiques naturellement ça les protège et dans le secteur privé, me direz-vous, c’est quoi le statut ? Il n’y a pas de statut mais c’est le contrat. Et évidemment, si on a un contrat à durée indéterminée, on est plus protégé que si on a un emploi précaire ou même, un contrat à durée déterminée. Or, les propositions de Nicolas SARKOZY visent sous le vocable contrat unique en fait…
Jean-Michel APHATIE
Avec du droit progressiste.
Lionel JOSPIN
En fait, à droit progressiste, en fait, à recycler le Contrat Nouvelle Embauche et le Contrat Première Embauche c'est-à-dire des contrats qui prévoient que dans les deux premières années de l’embauche d’un salarié, il peut être licencié sans justification. Et donc c’est un mirage que cette histoire de droit progressif, parce que si pendant les deux ans, on peut se débarrasser d’un salarié sans avoir à le justifier, il aura peu de chance de progresser dans ses droits progressifs. Et la proposition des socialistes et de Ségolène ROYAL, qui fera ses propositions dans peu de jours. C’est au contraire de valoriser les contrats à durée indéterminée. Alors il peut rester des contrats à durée déterminée, à condition qu’ils reposent sur des fonctions précises, remplacer un salarié par exemple, pendant une période, congés de maternité ou autre. Donc il vaut mieux avoir comme socle, le contrat à durée indéterminée et puis des contrats déterminés, spécifiques et contrôlés, plutôt que ce contrat qui va introduire la précarité dans le droit du travail français.
Jean-Michel APHATIE
Et la critique des 35 heures, elle vous fait toujours mal celle-là ?
Lionel JOSPIN
Elle ne me fait pas mal, je vais vous dire pourquoi ? Parce que quand les Français parlent des 35 heures, c’est une des deux mesures phares des 25 dernières années qu’ils mentionnent. Quand ceux qui ont bénéficié des 35 heures, en parlent, ils sont 85 % à dire qu’ils en sont satisfaits. Quand nous avons fait les 35 heures, cela a procuré 500 000 emplois supplémentaires, 350 000 dans le privé, 150 000 dans le public. Mais nous avons dans la même période crée 2 millions d’emplois. Donc nous n’avons pas partagé le travail, nous avons multiplié le travail pendant cette période. La critique de monsieur SARKOZY porte sur les heures supplémentaires, mais les 35 heures n’ont jamais interdit de faire des heures supplémentaires. Le plafond d’heures annuel que nous avions prévu était 130, la droite l’a fait passer à 230. Savez-vous quelle est la moyenne effective d’heures supplémentaires annuelle fait par les salariés français, aujourd’hui ? 55 heures. Donc on est loin des plafonds et on peut toujours faire des heures supplémentaires en France. Quel est l’argument central sur cette question du travail de monsieur SARKOZY ? Elle est de dire, travaillez plus et vous gagnerez plus. Mais les conditions dans lesquelles on travaille, le salaire pour lequel on travaille, la précarité dans ce travail, la question de savoir si on est au travail ou si on est chômeur, ces questions sont escamotées par monsieur SARKOZY, elles sont pourtant présentes dans les manifestations qui ont lieu aujourd’hui. Et à cet égard, Nicolas SARKOZY procède à trois mystifications : la première c’est qu’il fait comme si c’était le salarié qui décidait de son temps de travail, qui décidait s’il allait faire ou non, des heures supplémentaires, la réalité pour ceux qui la connaissent est toute différente, c’est naturellement le chef d’entreprise qui dit, si en fonction des plans de charges il y aura des heures supplémentaires à faire. La deuxième mystification c’est que vous noterez que monsieur SARKOZY parle, travaille, mais il ne parle jamais emploi. On comprend pourquoi ? Le bilan de la droite c’est 60 000 emplois crées par an, en cinq ans, le nôtre, le mien, c’était 400 000 emplois crées par an en cinq ans. Donc…
Jean-Michel APHATIE
Il y a le chômage qui baisse.
Lionel JOSPIN
Non, non, je termine, on ne peut pas, on ne peut pas avoir de travail si on n’a pas d’emploi, donc le problème de la création d’emploi reste fondamental. Et la troisième mystification à laquelle procède Nicolas SARKOZY, c’est qu’il dit si vous travaillez plus, toi individu, tu pourras gagner plus, mais il ne parle jamais des salaires de la question des salaires. Or on sait que la part qui va au salaire dans le revenu national, par rapport à ce qui va au capital, a diminué, sauf pendant une brève période, celle où j’étais au gouvernement et cette question du pouvoir d’achat des salaires, de la hausse des salaires elle est passée sous silence par Nicolas SARKOZY, c’est pourquoi je pense qu’il nous fait au fond, autour du travail le coup de la fracture sociale que nous avait CHIRAC, il y a 12 ans ou 13 ans, maintenant, je ne pense pas que les travailleurs aient intérêt à s’y laisser prendre.
Jean-Michel APHATIE
Nous avons beaucoup parlé de la campagne de Nicolas SARKOZY, qu’est-ce qui…
Lionel JOSPIN
Non, non, non, on n’a pas parlé… je n’ai pas dit un mot sur la…
Jean-Michel APHATIE
De ses propositions, de ce qu’il dit ?
Lionel JOSPIN
Je n’ai pas dit un mot sur la campagne de Nicolas SARKOZY, j’ai…
Jean-Michel APHATIE
Nous avons beaucoup parlé de Nicolas SARKOZY d’accord ?
Lionel JOSPIN
Non, non, on a beaucoup parlé, non, on a beaucoup parlé du travail, de l’emploi, des 35 heures, des statuts, de ce que ça représente, c'est-à-dire de questions de fonds dans la vie des travailleurs et on a parlé à propos d’une déclaration fallacieuse de monsieur Nicolas SARKOZY, voilà la réalité de notre entretien.
Jean-Michel APHATIE
D’accord, alors je voulais juste faire une petite transition, qu’est-ce qui ne va pas dans la campagne de Ségolène ROYAL, Lionel JOSPIN ?
Lionel JOSPIN
Ségolène ROYAL a déterminé une stratégie, un calendrier et une méthode, elle s’y tient et cela est bien qu’elle s’y tienne. Elle est dans sa logique.
Jean-Michel APHATIE
Mais ça ne marche pas très bien, vous le voyez comme nous ?
Lionel JOSPIN
Je suis intervenu pour la raison que je vous ai dite, ça m’a un peu…
Jean-Michel APHATIE
Chauffé l’esprit oui.
Lionel JOSPIN
Oui, non, enfin l’intellect, il faut quand même introduire un peu de vérité dans ce débat. Et puis aussi, c'est peut-être un moment qu’on dit un tout petit peu plus difficile, alors si ça tombe, si c’était un moment pour s’engager…
Jean-Michel APHATIE
C’est pour l’aider que vous avez souhaité intervenir ?
Lionel JOSPIN
Pardon !
Jean-Michel APHATIE
C’est pour l’aider que vous avez souhaité intervenir ?
Lionel JOSPIN
Il me semble que quand je rappelle quels les caractères fallacieux des propositions de la droite, je rappelle aussi quelles sont les propositions de Ségolène ROYAL sur le travail, sur le CDI, le Contrat à Durée Indéterminée. Il me semble que c’est effectivement une façon d’agir positivement et c’est mon sens. J’entends gloser, là, ces derniers jours sur être ou ne pas être à tel endroit, je veux dire…
Jean-Michel APHATIE
C’est une nouvelle question être ou ne pas être ? Oui, et vous n’y êtes pas ?
Lionel JOSPIN
Non, mais, je n’y étais pas le 6 et je n’y serais pas non plus le 11.
Jean-Michel APHATIE
Donc vous n’y êtes pas ?
Lionel JOSPIN
Alors vous ne pouvez pas me dire à la fois que je suis avec vous en train de parler du fond et me dire que je n’y suis pas. Ces histoires d’éléphants ça ne m’intéressent pas, ce n’est plus de mon âge si j’ose dire. Donc j’interviendrais dans la campagne de façon positive à ma façon et honnêtement c’est le mieux que je puisse faire, de temps en temps, je pense que ça sera plus utile que de m’asseoir sur une chaise.
Jean-Michel APHATIE
Bernard-Henri LEVY dans LE POINT qui sort aujourd’hui, raconte son dîner avec Ségolène ROYAL, vendredi à l’Hôtel Monceau et il cite Ségolène ROYAL “ je comprends Lionel JOSPIN, qu’une fille comme moi, qu’une bécassine dit-elle, réussisse des choses où il s’est lui, cassé les dents. Je conçois que ça le fasse rager. ”
Lionel JOSPIN
Ecoutez, je ne peux pas me rapporter à des propos rapportés ou à un dîner, je peux vous dire qu’en tout cas, quand moi, j’ai lu dans la bouche de certains journalistes, d’un journaliste qui avait fait de grands compliments à Ségolène ROYAL, qu’il utilisait lui maintenant ce terme “ bécassine ” j’ai été profondément choqué. Donc je ne sais pas comment quelqu’un s’est exprimé dans un dîner, en tout cas, moi, j’interviendrais autour de valeurs, de principes, de façon positive, non seulement, on n’entendra rien de négatif venant de moi. Mais comme j’ai essayé de le faire ce matin et comme je le ferais sans doute encore un peu, à ma façon, librement, c’est du positif qui viendra de moi, parce que l’enjeu est important.
Jean-Michel APHATIE
Voilà, Lionel JOSPIN a inauguré son entrée en campagne sur RTL ce matin. Bonne journée. FIN ”
Jean-Michel APHATIE
L’ancien Premier ministre Lionel JOSPIN, qui dans une minute sur RTL va faire sa première intervention dans la campagne présidentielle.
Christophe HONDELATTE
Ecoutez, ceci avant de débuter l’interview.
Auditeur
Je voudrais réagir par rapport au discours de Ségolène ROYAL, lors de son meeting à Paris. Très à gauche, on ne se fait pas d’illusion, c’est de la rhétorique, François MITTERRAND aussi, parlait de rupture du capitalisme en 81. On sait ce qu’il en a fait, en fait le discours est à gauche, la pratique est beaucoup plus au centre et même à droite. Et Ségolène ROYAL fera pareil. En fait, on a le choix entre un centre gauche, Ségolène ROYAL et un centre droite qui est Nicolas SARKOZY, voilà.
Christophe HONDELATTE
Voilà, la réflexion d’un auditeur au 3.2.1.0. après la pub, Lionel JOSPIN avec Jean-Michel APHATIE.
PUBLICITE
Christophe HONDELATTE
7 heures 48, Jean-Michel APHATIE, vous recevez le dernier Premier ministre socialiste.
Jean-Michel APHATIE
Bonjour Lionel JOSPIN.
Lionel JOSPIN
Bonjour.
Jean-Michel APHATIE
Depuis le début de sa campagne régulièrement Nicolas SARKOZY cite Jean JAURES et Léon BLUM dans ses discours. Des responsables de gauche s’offusquent de ces emprunts à leur histoire par le ministre de l’Intérieur. Etes-vous choqué, vous, Lionel JOSPIN ?
Lionel JOSPIN
Non, ça m’intéresse, parce que ça montre que Nicolas SARKOZY ne peut pas se présenter devant les Français dans une campagne sans essayer de se référer et d’attirer à lui d’immenses figures de la gauche.
Jean-Michel APHATIE
Mais c’est plutôt…
Lionel JOSPIN
Donc, oui, comme vous le dites très bien, c’est plutôt le signe que ces hommes ont marqué l’histoire, de même que la gauche a marqué l’histoire de ce pays. La manipulation commence lorsqu’il essaye de tourner ces figures contre nous, contre la gauche. Parce qu’à cet égard, il n’y a rien de changer, la droite d’hier calomniait JAURES et BLUM et on sait de quelle façon ! De ma même manière que l’homme de droite, SARKOZY aujourd’hui, dénigre la gauche.
Jean-Michel APHATIE
Mais en quoi…
Lionel JOSPIN
Donc il aime la gauche d’hier, il n’aime pas la gauche d’aujourd’hui, on est là dans un classique.
Jean-Michel APHATIE
Mais en quoi y a-t-il détournement en citant JAURES, en…
Lionel JOSPIN
Mais je viens de vous répondre, je ne vais pas répéter deux fois cette question.
Jean-Michel APHATIE
Oui, mais qu’est-ce qui vous choque dans l’utilisation de ces figures ?
Lionel JOSPIN
Non, moi, une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie d’intervenir ce matin, c’est que je trouve que le numéro de monsieur SARKOZY sur le travail et les travailleurs et en passant les critiques qu’il fait à la gauche, à cet égard, dépassent les limites de la décence et surtout du sérieux. J’ai entendu l’autre jour et ça a été une de mes motivations vraiment pour venir ce matin, alors que vous m’aviez invité, il y a déjà un certain temps.
Jean-Michel APHATIE
Nous avions déjà un dialogue antérieur.
Lionel JOSPIN
Absolument ! Je l’ai entendu dire : “ la vraie gauche, la gauche de BLUM, parlait aux travailleurs, aimait le travail. La gauche d’aujourd’hui, la gauche de JOSPIN, la gauche de Ségolène ROYAL, parle de statuts, fait les 35 heures, parce qu’elle n’aime pas le travail. ” Alors cette critique ne s’adresse pas à Ségolène ROYAL, puisqu’elle a mis le travail au centre de ses préoccupations dès le début de sa campagne. Cette critique s’adresse encore moins à moi, qui détient le record pour un gouvernement et en cinq ans, de création d’emploi en France, depuis la guerre, y compris, plus que pendant “ Les 30 glorieuses ” sous mon gouvernement on a crée 2 millions d’emplois, 400 000 emplois par an et on a fait baisser le chômage. Et enfin se réclamer de BLUM, qui aime le travail, pour critiquer les 35 heures quand tous ceux qui se souviennent du front populaire et de BLUM et en particulier des travailleurs, savent que BLUM est l’homme des 40 ans et des congés payés, avouez que c’est drôle, mais comme c’est drôle, ça veut dire que ce n’est pas du tout sérieux.
Jean-Michel APHATIE
Le reproche que fait Nicolas SARKOZY, aux 35 heures notamment, c’est d’avoir découragé les gens de travailler davantage et ce qu’il veut lui, dit-il, je veux autoriser les gens à s’affranchir des 35 heures et leur permette notamment dit-il de travailler plus pour gagner plus.
Lionel JOSPIN
Même si je suis poussé par un mouvement un petit peu d’indignation, je ne suis pas venu ici pour polémiquer, je suis venu pour essayer de traiter le problème de fond. Et je partirai de la déclaration de monsieur SARKOZY, puisqu’il dit “ les statuts, la gauche parle des statuts, fait les 35 heures. ” Si vous le voulez bien, j’aimerais dire un mot des statuts et puis ensuite je parlerais des 35 heures. L’agressivité ou l’hostilité de monsieur SARKOZY à l’égard de ce qu’il appelle “ les statuts ” et à mon sens assez révélatrice. Parce que ça représente quoi les statuts dont il parle de façon méprisante pour les travailleurs ? Ca représente la sécurité, ça représente la stabilité. Les ouvriers, les employés, les enseignants, les cheminots, ils n’ont pas de parachute doré, ils n’ont pas de “ golden parachute. ” Leur parachute, leur sécurité, c’est le statut. Dans les entreprises publiques naturellement ça les protège et dans le secteur privé, me direz-vous, c’est quoi le statut ? Il n’y a pas de statut mais c’est le contrat. Et évidemment, si on a un contrat à durée indéterminée, on est plus protégé que si on a un emploi précaire ou même, un contrat à durée déterminée. Or, les propositions de Nicolas SARKOZY visent sous le vocable contrat unique en fait…
Jean-Michel APHATIE
Avec du droit progressiste.
Lionel JOSPIN
En fait, à droit progressiste, en fait, à recycler le Contrat Nouvelle Embauche et le Contrat Première Embauche c'est-à-dire des contrats qui prévoient que dans les deux premières années de l’embauche d’un salarié, il peut être licencié sans justification. Et donc c’est un mirage que cette histoire de droit progressif, parce que si pendant les deux ans, on peut se débarrasser d’un salarié sans avoir à le justifier, il aura peu de chance de progresser dans ses droits progressifs. Et la proposition des socialistes et de Ségolène ROYAL, qui fera ses propositions dans peu de jours. C’est au contraire de valoriser les contrats à durée indéterminée. Alors il peut rester des contrats à durée déterminée, à condition qu’ils reposent sur des fonctions précises, remplacer un salarié par exemple, pendant une période, congés de maternité ou autre. Donc il vaut mieux avoir comme socle, le contrat à durée indéterminée et puis des contrats déterminés, spécifiques et contrôlés, plutôt que ce contrat qui va introduire la précarité dans le droit du travail français.
Jean-Michel APHATIE
Et la critique des 35 heures, elle vous fait toujours mal celle-là ?
Lionel JOSPIN
Elle ne me fait pas mal, je vais vous dire pourquoi ? Parce que quand les Français parlent des 35 heures, c’est une des deux mesures phares des 25 dernières années qu’ils mentionnent. Quand ceux qui ont bénéficié des 35 heures, en parlent, ils sont 85 % à dire qu’ils en sont satisfaits. Quand nous avons fait les 35 heures, cela a procuré 500 000 emplois supplémentaires, 350 000 dans le privé, 150 000 dans le public. Mais nous avons dans la même période crée 2 millions d’emplois. Donc nous n’avons pas partagé le travail, nous avons multiplié le travail pendant cette période. La critique de monsieur SARKOZY porte sur les heures supplémentaires, mais les 35 heures n’ont jamais interdit de faire des heures supplémentaires. Le plafond d’heures annuel que nous avions prévu était 130, la droite l’a fait passer à 230. Savez-vous quelle est la moyenne effective d’heures supplémentaires annuelle fait par les salariés français, aujourd’hui ? 55 heures. Donc on est loin des plafonds et on peut toujours faire des heures supplémentaires en France. Quel est l’argument central sur cette question du travail de monsieur SARKOZY ? Elle est de dire, travaillez plus et vous gagnerez plus. Mais les conditions dans lesquelles on travaille, le salaire pour lequel on travaille, la précarité dans ce travail, la question de savoir si on est au travail ou si on est chômeur, ces questions sont escamotées par monsieur SARKOZY, elles sont pourtant présentes dans les manifestations qui ont lieu aujourd’hui. Et à cet égard, Nicolas SARKOZY procède à trois mystifications : la première c’est qu’il fait comme si c’était le salarié qui décidait de son temps de travail, qui décidait s’il allait faire ou non, des heures supplémentaires, la réalité pour ceux qui la connaissent est toute différente, c’est naturellement le chef d’entreprise qui dit, si en fonction des plans de charges il y aura des heures supplémentaires à faire. La deuxième mystification c’est que vous noterez que monsieur SARKOZY parle, travaille, mais il ne parle jamais emploi. On comprend pourquoi ? Le bilan de la droite c’est 60 000 emplois crées par an, en cinq ans, le nôtre, le mien, c’était 400 000 emplois crées par an en cinq ans. Donc…
Jean-Michel APHATIE
Il y a le chômage qui baisse.
Lionel JOSPIN
Non, non, je termine, on ne peut pas, on ne peut pas avoir de travail si on n’a pas d’emploi, donc le problème de la création d’emploi reste fondamental. Et la troisième mystification à laquelle procède Nicolas SARKOZY, c’est qu’il dit si vous travaillez plus, toi individu, tu pourras gagner plus, mais il ne parle jamais des salaires de la question des salaires. Or on sait que la part qui va au salaire dans le revenu national, par rapport à ce qui va au capital, a diminué, sauf pendant une brève période, celle où j’étais au gouvernement et cette question du pouvoir d’achat des salaires, de la hausse des salaires elle est passée sous silence par Nicolas SARKOZY, c’est pourquoi je pense qu’il nous fait au fond, autour du travail le coup de la fracture sociale que nous avait CHIRAC, il y a 12 ans ou 13 ans, maintenant, je ne pense pas que les travailleurs aient intérêt à s’y laisser prendre.
Jean-Michel APHATIE
Nous avons beaucoup parlé de la campagne de Nicolas SARKOZY, qu’est-ce qui…
Lionel JOSPIN
Non, non, non, on n’a pas parlé… je n’ai pas dit un mot sur la…
Jean-Michel APHATIE
De ses propositions, de ce qu’il dit ?
Lionel JOSPIN
Je n’ai pas dit un mot sur la campagne de Nicolas SARKOZY, j’ai…
Jean-Michel APHATIE
Nous avons beaucoup parlé de Nicolas SARKOZY d’accord ?
Lionel JOSPIN
Non, non, on a beaucoup parlé, non, on a beaucoup parlé du travail, de l’emploi, des 35 heures, des statuts, de ce que ça représente, c'est-à-dire de questions de fonds dans la vie des travailleurs et on a parlé à propos d’une déclaration fallacieuse de monsieur Nicolas SARKOZY, voilà la réalité de notre entretien.
Jean-Michel APHATIE
D’accord, alors je voulais juste faire une petite transition, qu’est-ce qui ne va pas dans la campagne de Ségolène ROYAL, Lionel JOSPIN ?
Lionel JOSPIN
Ségolène ROYAL a déterminé une stratégie, un calendrier et une méthode, elle s’y tient et cela est bien qu’elle s’y tienne. Elle est dans sa logique.
Jean-Michel APHATIE
Mais ça ne marche pas très bien, vous le voyez comme nous ?
Lionel JOSPIN
Je suis intervenu pour la raison que je vous ai dite, ça m’a un peu…
Jean-Michel APHATIE
Chauffé l’esprit oui.
Lionel JOSPIN
Oui, non, enfin l’intellect, il faut quand même introduire un peu de vérité dans ce débat. Et puis aussi, c'est peut-être un moment qu’on dit un tout petit peu plus difficile, alors si ça tombe, si c’était un moment pour s’engager…
Jean-Michel APHATIE
C’est pour l’aider que vous avez souhaité intervenir ?
Lionel JOSPIN
Pardon !
Jean-Michel APHATIE
C’est pour l’aider que vous avez souhaité intervenir ?
Lionel JOSPIN
Il me semble que quand je rappelle quels les caractères fallacieux des propositions de la droite, je rappelle aussi quelles sont les propositions de Ségolène ROYAL sur le travail, sur le CDI, le Contrat à Durée Indéterminée. Il me semble que c’est effectivement une façon d’agir positivement et c’est mon sens. J’entends gloser, là, ces derniers jours sur être ou ne pas être à tel endroit, je veux dire…
Jean-Michel APHATIE
C’est une nouvelle question être ou ne pas être ? Oui, et vous n’y êtes pas ?
Lionel JOSPIN
Non, mais, je n’y étais pas le 6 et je n’y serais pas non plus le 11.
Jean-Michel APHATIE
Donc vous n’y êtes pas ?
Lionel JOSPIN
Alors vous ne pouvez pas me dire à la fois que je suis avec vous en train de parler du fond et me dire que je n’y suis pas. Ces histoires d’éléphants ça ne m’intéressent pas, ce n’est plus de mon âge si j’ose dire. Donc j’interviendrais dans la campagne de façon positive à ma façon et honnêtement c’est le mieux que je puisse faire, de temps en temps, je pense que ça sera plus utile que de m’asseoir sur une chaise.
Jean-Michel APHATIE
Bernard-Henri LEVY dans LE POINT qui sort aujourd’hui, raconte son dîner avec Ségolène ROYAL, vendredi à l’Hôtel Monceau et il cite Ségolène ROYAL “ je comprends Lionel JOSPIN, qu’une fille comme moi, qu’une bécassine dit-elle, réussisse des choses où il s’est lui, cassé les dents. Je conçois que ça le fasse rager. ”
Lionel JOSPIN
Ecoutez, je ne peux pas me rapporter à des propos rapportés ou à un dîner, je peux vous dire qu’en tout cas, quand moi, j’ai lu dans la bouche de certains journalistes, d’un journaliste qui avait fait de grands compliments à Ségolène ROYAL, qu’il utilisait lui maintenant ce terme “ bécassine ” j’ai été profondément choqué. Donc je ne sais pas comment quelqu’un s’est exprimé dans un dîner, en tout cas, moi, j’interviendrais autour de valeurs, de principes, de façon positive, non seulement, on n’entendra rien de négatif venant de moi. Mais comme j’ai essayé de le faire ce matin et comme je le ferais sans doute encore un peu, à ma façon, librement, c’est du positif qui viendra de moi, parce que l’enjeu est important.
Jean-Michel APHATIE
Voilà, Lionel JOSPIN a inauguré son entrée en campagne sur RTL ce matin. Bonne journée. FIN ”
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