S. ROYAL SUR FRANCE 2
France 2 Journal de 20h00 David PUJADAS
Journaliste : Seule de l'équipe Royal à tirer son épingle du jeu : Delphine Batho, dans les Deux-Sèvres.
delphine BATHO : 44,54.
Journaliste : La jeune femme a hérité d'un vrai cadeau : l'ancienne circonscription de Ségolène Royal.
David PUJADAS : Merci d'être avec nous, Ségolène Royal.
Ségolène ROYAL : Oui.
David PUJADAS : Vos proches sont en difficulté, pour beaucoup. Ça vous affecte, ça vous déstabilise ?
Ségolène ROYAL : D'abord, tous les candidats socialistes sont mes proches. Permettez-moi de vous dire que le reportage que vous venez de passer est assez scandaleux pour les candidats que vous annoncez perdus d'avance…
David PUJADAS : Pas perdus d'avance.
Ségolène ROYAL : … battus d'avance…
David PUJADAS : En difficulté.
Ségolène ROYAL : Non, non, vous avez dit à plusieurs fois "ballottage défavorable". Vous avez dit sur un autre : "Il s'effondre". Je crois que le pluralisme dont parlait en effet, tout à l'heure, François Bayrou est plus que jamais nécessaire, y compris sur les médias.
David PUJADAS : C'est la réalité Ségolène Royal…
Ségolène ROYAL : Non, je crois que vous avez…
David PUJADAS : … Il y a beaucoup de ces candidats qui sont en difficulté.
Ségolène ROYAL : … je crois que vous avez abusé… Écoutez, laissez les électeurs trancher,…
David PUJADAS : Bien sûr.
Ségolène ROYAL : … si vous le voulez bien. Il y a déjà, comme vous l'avez dit, une majorité écrasante de Droite, donc laissez maintenant les députés socialistes se battrent entre les 2 tours - ça n'est pas terminé. Vous avez aussi, si vous le permettez, passer à l'instant un reportage sur Bordeaux. Vous avez cité le candidat de l'UMP 5 fois et la candidate socialiste pas une seule fois. Elle s'appelle Michèle Delaunay - Michèle Delaunay - et je serai…
David PUJADAS : Et on l'a entendue dans ce reportage,...
Ségolène ROYAL : … et je serai avec…
David PUJADAS : … on l'entendait parler.
Ségolène ROYAL : Oui, mais vous ne l'avez pas citée une seule fois et vous avez cité 5 fois le candidat de l'UMP. Je serai…
David PUJADAS : Son nom apparaissait à l'écran, en tout cas.
Ségolène ROYAL : Peut-être, mais vous ne l'avez pas citée. On sait comment marche la communication. Eh bien, je serai avec elle demain soir…
David PUJADAS : Et laissez-moi simplement préciser, Ségolène Royal, que le CSA encadre les temps de parole, que tout cela fait l'objet d'un contrôle très strict.
Ségolène ROYAL : Non mais… ne vous défendez pas, la réalité est là et ce journal prouve, une fois de plus, qu'en effet il y a encore beaucoup d'efforts à faire sur le pluralisme de la presse et sur le pluralisme politique. J'en viens maintenant…
David PUJADAS : Vous me permettrez d'exprimer mon désaccord…
Ségolène ROYAL : Oui, vous… Écoutez, les téléspectateurs…
David PUJADAS : … et de vous reposer ma question.
Ségolène ROYAL : … les téléspectateurs jugeront par eux-mêmes.
David PUJADAS : Ils jugeront. Est-ce que vous n'êtes pas déstabilisée, tout de même, par ces difficultés rencontrées par vos proches ?
Ségolène ROYAL : Je suis surtout déstabilisée, comme les Français risquent de l'être, par les décisions gouvernementales qui se préparent. Et, si vous le voulez bien, je voudrais évoquer 2 sujets que vous venez de passer à l'antenne. D'abord, la question de l'Éducation Nationale. Je voudrais dire que la suppression de l'apprentissage à 14 ans va dans le bon sens. En revanche, ce qui manque, ce qui est très décevant, suite à cet entretien entre Nicolas Sarkozy et les syndicats d'enseignants et les parents d'élèves, c'est aucune annonce sur 2 promesses de Nicolas Sarkozy, que je lui demande de réaliser, c'est-à-dire de mettre en place les moyens nécessaires pour la rentrée prochaine. C'est, d'une part, le soutien scolaire individualisé gratuit pour les élèves en difficulté et c'est, d'autre part, l'accueil de tous les enfants handicapés à l'école. Et à toutes les familles qui nous écoutent et qui ont des enfants handicapés à l'école, je leur dis de prendre le président de la République au mot et de se rendre dans les écoles, dans les collèges et dans les lycées, avant la fin du mois de juin, pour inscrire leurs enfants afin qu'ils soient accueillis à temps plein à la rentrée prochaine. Vous voyez comment l'opposition doit agir, doit réagir et doit exister, demain, à l'Assemblée Nationale…
David PUJADAS : Alors…
Ségolène ROYAL : Quant à la TVA sociale - si vous le permettez, parce que je crois que ça concerne des millions de Français qui nous écoutent -, vous avez évoqué à l'instant une annonce du Premier ministre sur la TVA sociale…
David PUJADAS : Voilà, une annonce il y a quelques minutes. On n'en connaît pas encore vraiment les détails mais…
Ségolène ROYAL : Alors…
David PUJADAS : … il est question, effectivement, "d'ouvrir ce chantier de la TVA sociale", dit François Fillon.
Ségolène ROYAL : Alors, permettez-moi de dire aux Français qui nous écoutent que la TVA n'a rien de sociale ; c'est un impôt sur la consommation. On en sait dès lors donc un peu plus, c'est-à-dire que les 20 milliards de cadeaux fiscaux annoncés pour les plus privilégiés seront donc financés par une augmentation de l'impôt sur la consommation, c'est-à-dire une baisse du pouvoir d'achat de tous les Français et, en particulier des catégories moyennes et modestes puisque plus la part de la consommation est élevée dans le revenu des Français, plus cet impôt sera proportionnellement lourd dans le budget des ménages. Alors, si les Français veulent être protégés, c'est-à-dire s'ils veulent qu'il y ait un vrai débat à l'Assemblée Nationale pour faire la vérité des choses, pour que le débat politique puisse éclairer les décisions que prend la nouvelle majorité de Droite, alors je le dis : il faut que les abstentionnistes du 1er tour viennent revoter.
David PUJADAS : Alors…
Ségolène ROYAL : Il y a eu 10 millions d'électeurs…
David PUJADAS : … on revient…
Ségolène ROYAL : Une seconde… il y a eu 10 millions d'électeurs de Gauche au 1er tour. Lors des élections… de l'élection présidentielle, 17 millions de Français m'ont accordé leur confiance. Alors, je demande aux 7 millions d'électeurs qui sont restés chez eux…
David PUJADAS : De se déplacer.
Ségolène ROYAL : … de venir voter, parce qu'ils voient bien à partir des quelques exemples que je viens d'évoquer qu'il s'agit d'abord de voter pour eux,…
David PUJADAS : Alors, on revient à ces élections…
Ségolène ROYAL : … pour qu'ils soient protéger.
David PUJADAS : Vous avez laissé un message - donc on l'entendait - sur le téléphone de François Bayrou ; est-ce qu'il vous a répondu ? Est-ce que vous vous êtes parlés ?
Ségolène ROYAL : Eh bien, oui, indirectement il m'a répondu. J'ai laissé un message qui n'attendait pas de conversation particulière. C'est un message en direction… en direction des électeurs du MoDem, pour dire à François Bayrou que j'appréciais…
David PUJADAS : Et de leur président ?
Ségolène ROYAL : … et de leur président… que j'appréciais cette vision du pluralisme. Je crois que c'est une bonne façon de faire de sa part. C'est-à-dire le respect des électeurs, d'un côté, l'appel au pluralisme, de l'autre. Le Parti Socialiste a fait de même - contrairement à ce qui a été montré dans le reportage. Il n'y a pas de conflit sur cette question puisque François Hollande a dit lui-même que là où les… là où les candidats du MoDem étaient en situation d'être élus, il fallait aussi que…
David PUJADAS : Voilà.
Ségolène ROYAL : … les électeurs socialistes comprennent…
David PUJADAS : Mais il a dit : "Je m'adresse à vos électeurs, pas à leur président". Vous avez choisi une autre voie.
Ségolène ROYAL : Oui, mais moi, j'ai un contact personnel, vous le savez, depuis l'élection présidentielle avec François Bayrou. Il m'a semblé tout à fait normal de lui laisser un message pour pouvoir, sur votre plateau, devant vous, lancer un appel aux électeurs. Mais le principal appel…
David PUJADAS : Donc, vous ne l'avez pas encore eu au téléphone directement ?
Ségolène ROYAL : Pas directement, mais je n'attends pas de négociations particulières.
David PUJADAS : Vous ne le rencontrerez pas ? Il n'y aura pas de discussions sur de possibles accords ?
Ségolène ROYAL : Non, non, non, il n'en n'est pas… non, ce n'est pas… ça n'est pas du tout prévu, car ce que j'ai dit tout à l'heure, c'est qu'il y aurait des accords ou des désistements circonscription par circonscription, en fonction des circonstances locales, dans le respect des électeurs et dans le respect des valeurs communes, qui sont celles du pluralisme, qui sont celles de la recherche de l'État impartial et qui sont celles de la vérité de la parole politique par rapport à la façon dont les promesses fiscales seront financées sans laisser filer la dette.
David PUJADAS : Une dernière chose, Ségolène Royal : on entend des voix critiques au Parti Socialiste ; on entendait celle de Manuel Valls, par exemple, qui disait : "J'en ai assez que la vie politique, et notamment celle de mon parti, tourne autour de la vie d'un couple". Il y en a d'autres, mais il y a cette critique-là qui est faite aussi, après cette nouvelle défaite du Parti Socialiste lors de ce 1er tour.
Ségolène ROYAL : Écoutez, je ne vais pas commenter des propos un petit peu déplacés. Chacun sait, quand même, depuis les 15 années que le… enfin même les 20 années que nous sommes engagés en politique, que nous avons chacun notre autonomie politique, nos engagements politiques, comme tout responsable politique, avec nos différences aussi, nos sensibilités. Vous savez d'ailleurs qu'au cours de ces élections, je ne suis pas candidate puisque je suis déjà présidente de la région Poitou-Charentes ; en revanche, je soutiens et je me déplace pour soutenir les candidats et les candidates de la Gauche.
David PUJADAS : Ces critiques ne vous affectent pas ?
Ségolène ROYAL : Non, pas du tout.
David PUJADAS : Merci, Ségolène Royal d'avoir répondu à notre invitation.