LE COMBAT CONTINUE

Publié le par EXCOFFIER

Ségolène Royal lance l'offensive pour s'imposer comme leader naturel du PS
 
LE MONDE | 07.05.07 | 10h29  •  Mis à jour le 07.05.07 | 10h30

ne bataille perdue, une autre commence. L'échec de Ségolène Royal à l'élection présidentielle enregistré dimanche 6 mai, après celui de 1995, et surtout du 21 avril 2002, ouvre la voie à de nouveaux règlements de comptes au PS. Consciente de ce risque, et contrairement à l'attitude qu'elle avait eue au soir du premier tour, la candidate socialiste a tôt fait de préempter les événements dès son retour de Melle, sa circonscription des Deux-Sèvres. A 20 h 05, à peine le résultat du vote est-il annoncé sur les chaînes de télévision, qu'elle s'avance pour faire sa déclaration à la Maison de l'Amérique latine, à Paris. "J'ai donné toutes mes forces et je continue avec vous et près de vous", lance Mme Royal à ses partisans. "Je continue le combat", précise-t-elle avant de se diriger vers le siège du Parti socialiste, tout proche.

Dehors, une foule se précipite dans une incroyable cohue pour lui dire "Merci" et l'accompagner tout au long du trajet dans une ambiance survoltée qui contraste singulièrement avec celle qui prévaut à l'intérieur du PS. C'est au balcon du parti que Mme Royal réapparaît aussitôt, sous les acclamations de plusieurs milliers de personnes, en majorité des jeunes. "Tous ensemble! Tous ensemble!", s'exclame la candidate en reprenant le refrain des manifestations de 1995. Nous allons rénover la gauche, nous devons continuer à changer la politique, nous devons continuer la démocratie participative, le souffle de la liberté ne vas pas s'arrêter là, au contraire, il va grandir (…) Nous allons préparer les lendemains d'une France qui finira bien par choisir les vrais Désirs d'avenir !" Les responsables socialistes qui ne sont pas sur les plateaux de télévision, se pincent pour le croire. "Désirs d'avenir ?" Ils ne sont pas au bout de leur surprise. Mme Royal annonce, comme elle l'avait prévu, "un grand rassemblement de la fraternité dans quinze jours" et, promet-elle, "nous y serons plus nombreux qu'à Charléty". "Je reste avec vous en première ligne des combats de demain", conclut Mme Royal avant d'entonner au micro un bout de la Marseillaise. A l'intérieur, le message est reçu cinq sur cinq : la candidate a bien l'intention de prendre le leadership du PS et de conduite la bataille des législatives.

Mais elle n'est pas seule à revendiquer un rôle de premier plan. Sans prendre de gants, Dominique Strauss-Kahn tire le premier. Sur France 2, l'ancien ministre évoque une "grave défaite" et dit sa "disponibilité" pour mener à bien une refondation "sociale-démocrate". Laurent Fabius réclame que la nouvelle campagne des législatives soit menée "collégialement". "La victoire ne peut être que collective, la gauche, c'est le nous , ce n'est pas le je ", souligne-t-il. Plus tard, dans la salle du bureau national, François Hollande, se sachant particulièrement dans la ligne de mire des partisans de "DSK", de M. Fabius, mais aussi de Mme Royal, qui entendent bien mettre fin à son bail à la tête du PS, prend à son tour la parole : "Comme premier secrétaire, avec tous les talents, toutes les personnalités du Parti socialiste qui ont leur place et leur rôle" , il conduira la prochaine bataille. Stéphane Le Foll, son directeur de cabinet, tente de contenir les joutes qui s'annoncent : "Dominique Strauss-Kahn a dit ce qu'il avait à dire, Ségolène Royal a évidemment toute sa place mais la priorité est de faire en sorte que l'on se rassemble face à une droite dure. Le temps des conclusions et des conséquences à tirer viendra après." Les "Royalistes" donnent cependant de la voix. La candidate "jouera un rôle central" , prévient son codirecteur de campagne, Jean-Louis Bianco sur TF1. "La gauche et tous ceux qui se sont attachés à son projet ont désormais une grande dirigeante" , déclare Julien Dray sur France 2 qui dénonce, au passage, les "chausse-trappes" tendues par "un certain nombre de responsables socialistes qui étaient toujours en train de se demander si elle n'allait pas chuter" .

Dès samedi, à la veille du vote, au vu des sondages qui pronostiquaient sa défaite, la question du leadership a été abordée avec Mme Royal. Plusieurs de ses proches, dont François Rebsamen et Patrick Mennucci, lui ont ouvertement conseillé de reprendre le mandat de députée qu'elle avait abandonné pour s'imposer comme le chef de l'opposition – difficile à assumer sans être présente au Parlement. Le soir, à son domicile de Boulogne-Billancourt, en présence d'une quarantaine de personnes, elle aurait, selon un participant, annoncé sa décision : prendre la tête de l'opposition, développer toujours son association Désirs d'avenir, et se représenter à l'élection présidentielle en 2012. "Le problème du leadership à gauche est résolu, annonce tout de go M. Rebsamen. Avec 16, 8 millions de voix, Ségolène Royal a réunit plus de suffrages sur son nom que Mitterrand en 1988." La rénovation idéologique et stratégique du PS est également en jeu, sa mutation vers un parti "progressiste" aussi. M. Rebsamen se dit ainsi partisan d'appeler à "un large désistement républicain avec toutes celles et ceux qui traduisent le premier tour" – entendre le centre de François Bayrou. Tout en sachant que les socialistes doivent impérativement serrer les rangs pour passer l'épreuve des législatives, deux premiers rendez-vous ont été fixés : un bureau national extraordinaire dès lundi 7 mai, suivi, selon toute probabilité d'un conseil national samedi 12 mai. Avis de tempête.


Isabelle Mandraud
Publicité

Publié dans segolene

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article