INTERVIEW SUR RTL
RTL
L'INVITE – LE 04/05/2007 – 07 :48
Invitée : Ségolène ROYAL, candidate PS à la présidentielle.
Christophe HONDELATTE
Bonjour Jean-Michel APHATIE.
Jean-Michel APHATIE
Bonjour Jean-Christophe.
Christophe HONDELATTE
Votre invitée, notre invitée vient d'entrer dans le studio.
Jean-Michel APHATIE
Il s'agit de Ségolène ROYAL qui, après Nicolas SARKOZY hier, répondra d'abord à mes questions, et puis ensuite à celles des auditeurs de RTL entre 8 h 35 et 9 heures.
Christophe HONDELATTE
Et cette interview, vous pourrez la voir en direct et en image. Si vous avez Internet, vous vous connectez sur le site www.rtl.fr. Madame ROYAL avec Jean-Michel APHATIE dans un instant.
(...)
Christophe HONDELATTE
Nous recevons ce matin Jean-Michel APHATIE, la candidate à l'élection présidentielle.
Jean-Michel APHATIE
Bonjour Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonjour.
Jean-Michel APHATIE
Il y a une alerte rouge sur votre campagne, à 48 heures du second tour de scrutin tous les sondages donnent Nicolas SARKOZY vainqueur. L'écart se creuse même, selon la dernière étude TNS SOFRES pour RTL, LCI et Le FIGARO. 54,5 % d'intentions de vote se portent sur Nicolas SARKOZY, et seulement 45,5 % sur vous Ségolène ROYAL, êtes-vous inquiète ?
Ségolène ROYAL
Ne prenez pas une voix si triste...
Jean-Michel APHATIE
Ah ! Mais je ne suis pas triste...
Ségolène ROYAL
Ecoutez, il y a eu plus de 150...
Jean-Michel APHATIE
Le moment est solennel tout de même, il y a un programme...
Ségolène ROYAL
Il y a eu plus de 150 sondages, tous les sondages m'ont donnée perdante. Une élection n'est pas faite par les sondages, donc moi je me bats jusqu'au bout pour convaincre les Français. Vous savez ce qu'ont donné les précédents sondages, par rapport à la précédente élection présidentielle et même par rapport...
Jean-Michel APHATIE
Ils ne se sont pas trompés au 1er tour...
Ségolène ROYAL
Oui, je ne pense pas qu'ils avaient prévu que Lionel JOSPIN serait éliminé au 1er tour de l'élection présidentielle...
Jean-Michel APHATIE
Je parlais du 1er tour de l'élection de 2007.
Ségolène ROYAL
Oui, mais je veux parler moi de l'élection présidentielle précédente...
Jean-Michel APHATIE
Nous ne parlions pas de la même chose.
Ségolène ROYAL
Voilà. Donc, je crois qu'il faut mobiliser jusqu'au bout et faire comprendre aux Français quel est le choix qui est aujourd'hui devant eux, voilà. Moi je pense que le choix de Nicolas SARKOZY est un choix dangereux, et donc... et je ne veux pas que la France soit orientée vers un système de brutalité. Lorsqu'un candidat ne peut pas se rendre dans les quartiers populaires sans être entouré de 300 policiers, comme lorsqu'il a essayé de s'y rendre encore récemment, je pense qu'en effet ce n'est pas la France que nous voulons. Moi je veux que la fracture sociale ne soit pas le destin de la France de demain, et je suis convaincue que pendant ces 2 derniers jours, les Français vont réfléchir à ce qu'ils veulent pour notre pays.
Jean-Michel APHATIE
François BAYROU indique qu'il ne votera pas pour Nicolas SARKOZY, mais il refuse de dire explicitement qu'il votera pour vous. Quand on est un responsable politique qui a recueilli 7 millions de voix au 1er tour d'une élection présidentielle, est-ce que ce n'est pas manquer de clarté et de courage de ne pas dire explicitement son choix Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Non, je pense qu'il le fait à la fois subtilement et de façon responsable vis-à-vis de ses électeurs qui ne souhaitent pas de consigne de vote. Et en même temps, il a été suffisamment clairvoyant et suffisamment dur dans son constat et juste dans ce qu'il a exprimé, par rapport au système UMP, au système SARKOZY, à ce que cela représenterait (comme je le disais à l'instant) comme danger pour la France en terme de concentration des pouvoirs, en terme de brutalité, en terme de mensonges aussi sur des choses qui sont affirmées avec un aplomb invraisemblable et contraire à la vérité. Donc, François BAYROU a eu le courage de dire tout cela, et je crois qu'aujourd'hui, lorsqu'il dit clairement qu'il ne votera pas pour le candidat de la droite dure, il agit selon ses convictions et selon l'idée qu'il se fait de l'intérêt du pays.
Jean-Michel APHATIE
Mais il ne dit pas qu'il votera pour vous, il peut voter blanc...
Ségolène ROYAL
Ah ! Mais c'est sa liberté, bien sûr.
Jean-Michel APHATIE
Donc, on n'est pas certain... vous n'êtes pas certaine Ségolène ROYAL qu'il votera pour vous !
Ségolène ROYAL
Mais non, je ne fais pas d'intrusion dans le secret de l'isoloir.
Jean-Michel APHATIE
Et alors sur quelle base pouvez-vous dire, puisque vous l'avez dit hier, ma décision est prise, si je suis élue je travaillerai avec le centre et avec François BAYROU en particulier. S'il ne vote pas pour vous, sur quelle base pouvez-vous travailler avec lui ?
Ségolène ROYAL
Mais parce que je rénove la politique...
Jean-Michel APHATIE
Ah !
Ségolène ROYAL
Bien sûr...
Jean-Michel APHATIE
En travaillant avec des gens qui ne votent pas pour vous ?
Ségolène ROYAL
Oui, bien sûr, c'est ça...
Jean-Michel APHATIE
C'est audacieux.
Ségolène ROYAL
C'est très audacieux, mais je pense que la France aujourd'hui en a besoin, la France a besoin d'être débloquée. Et contrairement au candidat de la droite dure, je ne suis pas la femme d'un clan, je ne suis liée à aucune puissance financière, à aucun système médiatique, qui aujourd'hui fonctionnent comme de véritables tracts. Je regardais hier les informations sur LCI, une fois de plus, et le résumé qui était fait du débat que nous avions eu ensemble, à croire cette chaîne c'est moi qui avait tout faux et c'est Nicolas SARKOZY qui avait tout juste. On ne relevait même pas la grave erreur qu'il a commise, pour quelqu'un qui est candidat à l'élection présidentielle, de confondre pour l'Iran le nucléaire civil et le nucléaire militaire. On ne rappelait pas que sur l'EPR, il avait fait cette grave faute de confondre la 3ème et la 4ème génération de centrale. Donc, je crois qu'il y a là un candidat qui est lié aux puissances médiatiques et financières, comme l'a dit d'ailleurs François BAYROU, et de l'autre une France qui précisément ne veut pas que le pouvoir continue à être concentré entre les mains d'un même système qui est au pouvoir depuis 5 années. Et moi, je veux débloquer le système politique, je crois que lorsqu'il y a un affrontement bloc contre bloc, ce n'est pas la France qui gagne, au contraire. Et en effet, ma main tendue vers les centristes, quel que soit le vote intime de François BAYROU, reste là, parce que je pense que c'est en élargissant une majorité que l'on peut faire à nouveau avancer le pays, en reprenant un certain nombre d'idées sur l'Etat impartial, sur la question de la lutte contre la dette, sur une vraie réforme de l'Europe qui corresponde à l'aspiration des citoyens.
Jean-Michel APHATIE
Il est assez rare que dans le procès général que les responsables politiques ont fait aux médias durant cette campagne, une chaîne précisément soit citée, vous l'avez fait, vous l'assumerez comme ça ?
Ségolène ROYAL
Oui bien sûr, de toute façon tout le monde le sait, tout le monde le voit et je ne vois pas pourquoi j'aurai la langue de bois, et je ne dirai pas les choses telles qu'elles sont aujourd'hui...
Jean-Michel APHATIE
Sans doute cette chaîne vous répondra.
Ségolène ROYAL
Oui.
Jean-Michel APHATIE
Ma décision est prise, dites-vous, pour le travail avec les centristes, pensez-vous que les dirigeants socialistes sont d'accord avec votre décision, qui est une décision solitaire finalement ?
Ségolène ROYAL
Mais vous savez, il faut toujours des éclaireurs pour assurer une mutation de la politique, pour moderniser la politique. Et aujourd'hui, j'ai cette responsabilité-là en lien direct avec le pays, j'ai compris que les Français ne voulaient plus qu'il y ait comme cela des alternances brutales et schématisées d'un camp contre un autre. J'ai entendu les valeurs qui sont défendues par les électeurs du centre, et par François BAYROU en particulier. Et sur certaines de ces valeurs je me reconnais, en particulier sur les valeurs liées à l'humanisme, au respect de la personne humaine, au refus du mensonge, au refus de la concentration des pouvoirs, au refus de la défense d'un certain nombre d'intérêts, au refus du creusement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres, pace que c'est cela le programme de Nicolas SARKOZY, c'est cela que la France sera demain si Nicolas SARKOZY est élu. Et ma responsabilité aujourd'hui, c'est à la fois de lancer une alerte par rapport au risque de cette candidature et par rapport aux violences, aux brutalités qui se déclencheront dans le pays, tout le monde le sait mais personne ne le dit, il y a une sorte de tabou sur ce qui se passe...
Jean-Michel APHATIE
Il y aura des violences s'il est élu...
Ségolène ROYAL
Il y a une sorte de tabou, vous le savez, sur ce qui...
Jean-Michel APHATIE
Il y aura des violences si Nicolas SARKOZY est élu ?
Ségolène ROYAL
Je le pense. Un candidat qui ne peut pas se rendre dans les quartiers populaires, sans susciter des mouvements qui le conduisent et qui le contraignent à être encadré par plusieurs centaines de policiers, je pense en effet qu'il a crée dans le parti... dans le pays, et en étant uniquement à la tête d'un parti. Parce qu'il reste aujourd'hui président de l'UMP, ce qui ne s'est jamais vu depuis le début de la Vème République, je pense en effet qu'il y aura des tensions très fortes dans le pays parce qu'il a multiplié les provocations et les violences verbales, en particulier à l'égard des quartiers populaires. Et je crois en effet que cette candidature...
Jean-Michel APHATIE
Mais si Nicolas SARKOZY est élu...
Ségolène ROYAL
Je crois en effet que cette candidature est dangereuse, et c'est pourquoi je demande aux électeurs de bien réfléchir pendant ces deux derniers jours de campagne.
Jean-Michel APHATIE
Si Nicolas SARKOZY est élu, il le sera démocratiquement et les violences, si elles existaient, seraient illégitimes, nous en sommes d'accord ?
Ségolène ROYAL
Mais il faut qu'il se demande pourquoi il en suscite autant, je crois qu'il en est aussi responsable...
Jean-Michel APHATIE
Il n'y a pas de violence encore aujourd'hui !
Ségolène ROYAL
Non, mais il y a des violences verbales, il y a une attente très tendue dans un certain nombre de quartiers, on le sait. Il a encore récemment, lors de son dernier meeting à Bercy, utilisé un certain nombre de propos qui ne sont (je crois) pas dignes d'un candidat à la présidence de la République, en tout cas qui ne sont pas conformes aux valeurs républicaines. Lorsqu'il parle de liquider mai 68, lorsqu'il dit qu'il va reformater les Français, lorsqu'il fait acclamer le mot de « kärcher », je pense qu'il flatte ce qu'il y a de plus sombre dans l'être humain. Et moi, je veux au contraire encourager ce qu'il y a de plus clair, je veux encourager la lumière qu'il y a dans toute personne humaine, parce que je crois que la France a besoin de paix civile, de réconciliation, d'être réformée sans brutalité, de vérité de la parole politique et aussi d'ouverture et d'élargissement d'une majorité, pour que toutes les bonnes idées et toutes les sensibilités – le plus largement possible – soient rassemblées pour réformer la France.
Jean-Michel APHATIE
C'est vous ou le chao Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Ce n'est pas ce que je dis, mais il y a quand même quelque chose de vrai dans cette vision des choses. Je crois qu'en effet, Nicolas SARKOZY a accumulé au cours de cette campagne, à la fois les contrevérités, un certain nombre de mensonges, y compris sur la question de la sécurité, puisque depuis qu'il est ministre de l'Intérieur il y a eu 30 % d'augmentation des agressions depuis 2002. Il a menti aussi sur la question des retraites en prétendant que l'équilibre des retraites était assuré, ce qui n'est pas exact. Donc, il a avec un aplomb multiplié, y compris des promesses qu'il ne pourra pas tenir, il a promis à tous les Français la suppression des droits de succession, le bouclier fiscal alors que le pays est gravement endetté. Donc quand effet un candidat a autant d'aplomb pour dire des mensonges, des contrevérités, et qu'en même temps il ne peut pas se déplacer sur l'ensemble du territoire national, oui je pense que cette candidature est à risque.
Jean-Michel APHATIE
Vous voyez, la campagne se termine sur un mode assez dur Christophe, et nous poursuivrons ce dialogue...
Christophe HONDELATTE
En effet, en effet, et on est très fier de terminer, nous sur RTL, cette campagne en vous recevant l'un après l'autre, c'était Nicolas SARKOZY hier, c'est vous aujourd'hui qui dialoguerez avec les auditeurs. Dernière opportunité de vous parler en direct avant le vote de dimanche : 3, 2, 1, 0 pour cela. On a battu tous les records d'appels hier, peut-être qu'on les battra tout à l'heure aussi.