CENSURE

Publié le par EXCOFFIER

Il me semble important que dans l'affrontement des projets de société, il convient véritablement de montrer le risque qui pèse sur nos libertés individuelles et citoyennes. Pour cela,je vous conseille la lecture du livre de Serge Portelli, membre du syndicat de la
magistrature, et dont l'éditeur a annulé la publication à la suite de
pressions mais  qu'on peut trouver sur


http://www.betapolitique.fr/spip.php?rubrique0043

Extraits :

"(...) Chaque jour, donc, depuis 2002, policiers et gendarmes se
réveillent avec cette double exigence. La première, celle de toujours,
la leur: assurer la paix publique, lutter contre la délinquance. La
seconde, celle du moment, celle du ministre et futur candidat, celle
qui fera ou défera leur carrière et qui tient du casse-tête chinois:
faire baisser le nombre des infractions, tout en augmentant celui des
interpellations. (...) Il serait plus honnête de dire au citoyen que
la délinquance est, en l'état, difficile à appréhender et que sa
progression impossible à calculer. (...)

(...) Ce bilan flatteur de l'action d'un ministre est faux. À plus
d'un titre. Un rapport établi par les trois inspections générales
(administration du ministère de l'intérieur, police nationale et
gendarmerie) en décembre 2005 mais non publié par le ministre de
l'intérieur - on comprend pourquoi - recense les différentes causes de
manipulation des statistiques policières (...)
La disparition statistique. On a du mal à le croire mais il suffit de
se rendre dans un commissariat pour comprendre. Nombre de personnes
qui veulent déposer plainte sont tout bonnement découragées de le
faire. (...)
(...)Les causes de cette disparition: les pressions du ministre de
l'intérieur pour améliorer les statistiques.(...)

(...)Cette avalanche de textes répressifs et la volonté constamment
martelée de privilégier la prison a évidemment eu un effet immédiat
sur la population pénitentiaire. Depuis l'arrivée de la droite au
pouvoir en 2002, cette population a augmenté de près de 10.000 détenus
(...) Ces chiffres se passent de commentaires.

(...) Nicolas Sarkozy ne souhaite d'ailleurs pas s'en tenir aux peines
plancher, l'indépendance des juges le chagrine tant qu'il cherche
n'importe quel moyen pour contraindre leur décision. On a rarement vu
un ministre de l'intérieur proposer aux juges une meilleure façon de
juger. On n'avait jamais vu, dans une démocratie, le chef de la police
dire aux juges comment ils devaient juger. Nicolas Sarkozy l'a fait.
Il ne se contente pas de faire voter ses lois. Il veut que la
magistrature obtempère et les appliquent sans défaillir.

Nicolas Sarkozy affirme donc pour justifier son cri d'alarme permanent
que la délinquance des mineurs a explosé. Il avance constamment le
chiffre terrible d'une augmentation de 80% en dix ans. Il citait
encore ce chiffre en septembre 2006 au Sénat. Voyons donc les
chiffres. Ils ne correspondent absolument pas à cette version. En
effet la part des mineurs dans la délinquance en France ne cesse de
baisser depuis 1998. (...)

Camisole chimique...
"Je demande qu'il n'y ait pas de libération provisoire pour un
délinquant sexuel qui n'accepte pas de suivre un traitement chimique.
Qu'on le mette comme condition à sa libération", déclarait Nicolas
Sarkozy dans l'émission "à vous de juger" en novembre 2006. Il ne
faisait que décliner une idée qu'il poursuit inlassablement depuis
plusieurs années. (...)

Cette proposition avait déjà soulevé un tollé parmi les psychiatres
français qui la jugeaient à la fois irréaliste et contraire à la
déontologie médicale, rappelant que ce traitement peut s'avérer utile
chez certains patients mais ne pouvait pas constituer une réponse
systématique et encore moins être administré sous contrainte. (...)

La proposition de Nicolas Sarkozy a l'apparence de la facilité. Elle
est facile et rapide à énoncer et à comprendre. Mais, comme beaucoup
de propositions de ce type, elle est fausse et dangereuse. Fausse car
tous les délinquants ne sont pas susceptibles de recevoir un tel
traitement. (...)

L'asile pour tout le monde ?

Aujourd'hui donc, la justice, avec la bénédiction des experts, envoie
en prison des personnes qui relèvent, non d'un système d'enfermement,
mais d'un système de soins, la maladie mentale n'étant absolument pas
synonyme de violence ni même de dangerosité. Or les propositions de
Nicolas Sarkozy vont exactement à l'opposé. Il souhaite créer de
nouvelles structures qui deviendraient automatiquement le dernier
dépotoir de la société, après la prison. Il n'y aurait effectivement
plus beaucoup de questions à se poser.(...)

La politique des quotas et l'organisation de la chasse (à l'étranger)

Nous étions donc le 9 septembre 2005. Nicolas Sarkozy faisait ses
comptes. Colère: il lui manque 2484 étrangers. Il refait ses calculs.
Objectif: 23.000 pour l'année, donc 1916 par mois. Fin août police et
gendarmerie auraient déjà dû lui trouver 8 x 1916 étrangers = 15333
étrangers. Il n'y en avait que 12849! Il fallait donc d'ici la fin de
l'année mettre les bouchées doubles et multiplier les interpellations
massives.
Les instructions fermes étaient donc données en ce sens, aux préfets
qui, évidemment, allaient être relayés pas ces magistrats que sont les
procureurs de la République. On aimerait ne pas avoir à insister sur
le sordide de cette comptabilité et sur l'acharnement inhumain qu'elle
traduit.
Mais l'image de fermeté du prochain candidat est à ce prix: il faut
qu'il puisse, devant ses électeurs, soutenir qu'il a été le premier à
mener une vraie politique intransigeante et qu'il gagne cet électorat
de l'extrême droite pour qui l'étranger représente le mal absolu.
(...)

Le pire, dans cette politique, est qu'elle est absolument inefficace.
La multiplication des contrôles d'identité au faciès, cette traque
sans relâche des étrangers, cette politique forcenée de reconduite à
la frontière est impuissante à maîtriser le flux migratoire. Elle ne
peut conduire qu' à l'échec. (...) Chacun voit bien que ces hommes et
ces femmes sont prêts à risquer la mort. Quelle loi les en empêchera?
Combien de centres de rétention faudra-t-il construire. Combien de
compagnie d'aviation faudra-t-il réquisitionner? (...)

L'enfant délinquant...
Nicolas Sarkozy s'est exprimé souvent sur son souhait de remonter le
plus tôt possible dans l'enfant pour mettre en place son système de
prévention et des méthodes de surveillance. (...) Le juge peut aussi
s'étonner de cette vision très partielle, et même très partiale de la
délinquance: comment peut-on imaginer que la délinquance n'est qu'un
long continuum qui commence à l'enfance et peut se poursuivre sans
relâche à l'âge adulte. (...)

Devant la mobilisation du monde scientifique, médical et éducatif, les
bébés ont échappé pour un temps à leur carnet anthropométrique mais on
aurait tort de penser que ce fichage précoce soit une initiative
isolée, un faux pas malheureux. Il s'inscrit dans une vision très
précise de la société, une vision très policée. On ne peut qu'être
effrayé par le nombre de fichiers que Nicolas Sarkozy a créés depuis
son arrivée au ministère de l'intérieur. Une obsession qui n'inquiète
d'ailleurs pas que les démocrates ou ceux qu'effraie un quadrillage de
plus en plus serré de notre vie quotidienne.

Le président de la CNIL, sénateur UMP, déclarait en 2006: " ce qui se
passe dans notre pays est particulièrement grave. Je constate un
dérive du fichage que je considère comme très dangereuse". Police et
gendarmerie disposent de 100 millions de fiches en France. Peut-être
est-ce un peu trop. Les erreurs se multiplient. Selon l'Observatoire
National de la Délinquance les fichiers actuels contiennent jusqu'à
30% de noms inscrits par
erreur. (...)

Nicolas Sarkozy a donc du mal à respecter quelques lois élémentaires
en matière de fichier mais ce sont des principes bien plus
fondamentaux qui le gênent. Sa grande idée est de pouvoir ficher selon
la race. On ressent une certaine gêne à oser écrire ce qui suit mais
ce sont les paroles du ministre. "Le fait que l'on ne puisse pas, en
France, connaître la diversité de la population parce que l'origine
ethnique des délinquants est interdite, participe à la panne de notre
système d'intégration", déclarait-il à RTL le 6 février 2006 avant de
déclarer, le 13 février, sur RMC "il faut faire de la transparence. Il
n'y a aucune raison de dissimuler un certain nombre d'éléments qui
peuvent être utiles à la compréhension de certains phénomènes".

L'incitation à la délation...
(...) l'article 5 de la loi (qui crée un article L.121-6-2 du code de
l'action sociale et des familles). prévoit dans son dernier état, que
"tout professionnel de l'action sociale" (ce qui est extrêmement
vaste: assistant social, infirmière de PMI, inspecteur de la DDASS,
éducateur de prévention spécialisée...) doit dénoncer au maire et au
président du conseil général la situation d'une personne ou d'une
famille qui s'aggrave et nécessite l'intervention de plusieurs
professionnels. (...) La vraie rupture est là: nous passons ainsi sans
crier gare d'un système d'aide à un système de surveillance.

(...) Un changement radical du régime de garde à vue. Nicolas Sarkozy
affirme à loisir qu'il veut faire passer la police de la culture de
l'aveu à celui de la preuve. Il soutient même que nous sommes déjà
dans cette culture. Il suffit d'écouter ne serait-ce que les acquittés
d'Outreau racontant la façon dont se sont déroulées leurs gardes à vue
pour comprendre que le ministre n'est pas vraiment informé de ce qui
se passe dans les commissariats. La commission parlementaire d'Outreau
a d'ailleurs, parmi ses recommandations, fait figurer en bonne place
la présence de l'avocat et l'assistance aux interrogatoire de police.
Cette mesure se heurte à l'hostilité de la plupart des syndicats de
policiers et surtout à celle du ministre de l'intérieur.

(...) nous avons assisté en France depuis quelques années, à un
exercice inédit de prise du pouvoir du ministre de l'intérieur sur
l'appareil judiciaire. Jamais, sous la Vème République, aucun
gouvernement n'avait osé faire ce qu'a fait Nicolas Sarkozy.

Nouvelle frontière intérieure, la déviance.
À quoi ressemblerait la France une fois rompus ces équilibres, oubliés
ces principes, abolies ces limites?

Le pays qui se profile est un pays profondément divisé. Car la vraie,
la profonde rupture est là: dans une nouvelle frontière intérieure qui
séparerait deux catégories d'individus: les citoyens ordinaires et
ceux de seconde zone. Du bon côté de la ligne, les "normaux". De
l'autre, les "déviants". Ici, ceux qui ont réussi, les riches, les
puissants, les chanceux, les "méritants", pour lesquels l'Etat donnera
le meilleur de ce qu'il a. Là-bas, du mauvais côté, les exclus, les
ratés du système, tous ceux qui, à un moment donné de leur vie ont
failli, ceux qui, un matin plus dur qu'un autre, n'ont pas réussi à se
lever assez tôt, pour lesquels l'Etat se montrera "implacable". Mais
aussi tous ceux qui ne correspondent pas au modèle idéal. Cette France-
bis risque de regrouper plus de monde qu'on ne le pense. Car la
frontière ne sera pas seulement celle de l'argent. Elle sera aussi et
surtout celle de la déviance."

L'auteur mérite bien qu'on lui achète la version online à 6 euros.

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Publié dans ump

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