SEGOLENE ROYAL SUR CANAL +
MICHEL DENISOT
CANAL + - Le 03/04/07 – 19 :10
« LE GRAND JOURNAL »
Invitée : Ségolène ROYAL
candidate à la présidentielle
Michel DENISOT
Bonsoir à tous, bonsoir Ségolène ROYAL. C'est la neuvième édition spéciale du Grand journal consacrée à l'élection présidentielle. Nous allons parler bien sûr de votre programme, de votre actualité, retrouver le Petit papier de Bruno DONET comme chaque soir, le Petit journal de Yann BARTHES, la Boîte à questions de José BOVÉ, que nous recevions hier, le Point route des candidats avec Ariane MASSENET et le Journal de campagne de Jean-Michel APHATIE, bonsoir à tous les deux…
Alors la campagne a démarré très très tôt et tout s'accélère dans la ligne droite, donc il faut à la fois beaucoup d'énergie, il faut des idées nouvelles quasiment tous les jours, un œil sur le terrain, un œil sur le sondage et un troisième œil sur les adversaires. Alors je vais commencer par l'énergie. Où puisez-vous l'énergie nécessaire ?
Ségolène ROYAL
Chez les gens… Chez les gens, dans la ferveur populaire, dans ces salles remplies de milliers et de milliers de personnes, dont certaines n'ont pas fait leur décision, donc qui viennent voir, qui s'intéressent aussi à la confrontation des idées et des projets. Et c'est aussi le sentiment…
Jean-Michel APHATIE
François BAYROU disait : c'est beaucoup plus difficile que je n'avais imaginé. Vous le ressentez comme ça vous aussi ?
Ségolène ROYAL
Oui, c'est difficile. C'est difficile parce qu'à un moment on sent aussi que l'histoire est en train de s'écrire, que les Français vont faire un choix crucial et que tous les jours de suis habitée par la préoccupation qui est la suivante : est-ce que je suis à la hauteur de ce qu'attendent des millions et des millions de Français qui ont envie que ça change, et que ça change vraiment.
Ariane MASSENET
Tous nous disent qu'ils ont du mal à dormir, ils ne rêvent que d'une chose, c'est enfin dormir. Est-ce que vous êtes aussi dans cet état-là, fatiguée ?
Ségolène ROYAL
Non, non, pas du tout, je suis très éveillée…
Ariane MASSENET
Non, je ne dis pas que vous êtes fatiguée dans la journée, mais est-ce que le soir, effectivement quand vous vous couchez, vous êtes, oui, fatiguée physiquement, parce qu'on le voit bien, c'est un véritable marathon, une campagne ?
Ségolène ROYAL
Écoutez, je dois avoir une capacité physique particulièrement robuste, ça doit être de famille puisque ma mère a eu neuf enfants en une dizaine d'années, donc j'ai dû hériter de sa robustesse physique, et non, je ne ressens pas de fatigue, mais simplement une intensité qui s'accroît au fur et à mesure que le premier jour de l'élection s'approche, parce que je me rends compte de l'ampleur de la tâche. D'abord de la chance qui est la mienne aussi, de pouvoir porter des idées, des valeurs, un projet, d'avoir rencontré des millions de gens, d'avoir construit avec eux ce pacte présidentiel. Et puis j'ai envie d'incarner cette France présidente et donc je suis extrêmement concentrée, heureuse et en même temps, oui, c'est difficile, mais c'est aussi à la hauteur de l'enjeu, cette difficulté.
Michel DENISOT
Alors on est à dix-neuf jours du premier tour, on arrive aux idées nouvelles. D'abord une réaction sur l'actualité du jour : le nouveau record du monde établi par le TGV français à 574,8 km/h. Quelle est votre réaction ?
Ségolène ROYAL
Écoutez, j'en suis particulièrement heureuse parce qu'il a été construit à la Rochelle, dans ma région, par ALSTOM. Donc c'est le signal aussi que la haute technologie française ne doit pas quitter le territoire national. Ça a été une menace sur cette entreprise et quand on a la fierté d'avoir cette performance aujourd'hui, en plus le transport en commun, ce qui nous permet de lutter contre le réchauffement climatique, de se substituer à la voiture, je crois qu'on peut être fier d'être français et encore plus motivé pour lutter, pour maintenir et pour garder nos industries de pointe à l'échelle française et à l'échelle européenne.
Ariane MASSENET
Vous parliez à l'instant de la Rochelle, vous deviez faire un meeting hier soir à la Rochelle et finalement vous n'y êtes pas allée. C'est Jack LANG, je crois, qui vous a remplacée. Pour quelle raison ?
Ségolène ROYAL
Oui, il y avait une réunion publique mais vous savez, vu l'ampleur des invitations et des sollicitations que je reçois, oui, il m'arrive de faire des choix…
Ariane MASSENET
Les militants sont forcément déçus, enfin je dis pas que d'aller voir Jack LANG c'est pas une bonne chose mais…
Ségolène ROYAL
C'est ma famille, la Rochelle, c'est ma région, donc ils comprennent parfaitement et puis Maxime BONO, le maire de la Rochelle a parfaitement animé cette réunion, où je suis d'ailleurs régulièrement dans cette région. Mais oui, ça m'arrive d'adapter mon calendrier, parce que je veux être très réactive dans cette campagne, être à l'écoute aussi de ce que les Français demandent à un certain moment…
Jean-Michel APHATIE
Et le choix, justement, c'était d'aller voir des salariés de chez CITROËN ?
Ségolène ROYAL
Le choix était d'aller voir les salariés de CITROËN.
Jean-Michel APHATIE
Jusqu'à présent les candidats d'extrême-gauche avaient été voir et vous y avez été vous aussi, c'était pour faire un signal à ce type d'électorat, qui ne vous choisira pas au premier tour ?
Ségolène ROYAL
J'étais invitée depuis 15 jours à rencontrer les salariés de cette usine et je pense que c'est symbolique de ce que je veux changer en France. Pourquoi ? Voilà une entreprise, un fleuron là aussi, de l'industrie française, qui fait des bénéfices et qui augmente la rémunération des actionnaires, et qui parallèlement n'augmente pas la rémunération des salariés. Il y a là donc des salariés payés au SMIC, 980 euros par mois, qui dorment dans leur voiture devant l'usine, des jeunes, parce qu'ils n'ont pas les moyens de se loger et puis parce qu'on est jeune certains ne vous font pas confiance, qu'ils ne peuvent pas payer les trois mois d'avance et de caution…
Jean-Michel APHATIE
Qu'est-ce que vous pourriez faire si vous étiez présidente, face à des situations comme ça, une entreprise privée détermine elle-même, en fonction de…?
Ségolène ROYAL
D'abord je crois que ça n'arriverait pas, je vais vous dire pourquoi. Puisque dans la réforme des institutions que je propose, c'est que le dialogue social remplace la confrontation. Ici on est dans un système, encouragé d'ailleurs par le candidat de l'UMP, je le dis très clairement et sans détour, où l'on dresse les gens les uns contre les autres. Et ce serait de la responsabilité aujourd'hui de l'État que de redemander l'ouverture des négociations. Ce que j'ai fait. Et toutes les entreprises, d'une façon ou d'une autre, reçoivent des aides publiques. Cette entreprise reçoit par exemple des aides en matière d'allègement de charges sur les bas salaires. Alors moi j'exigerai des entreprises qu'elles soient transparentes, qu'elles respectent les salariés et qu'elles mettent en place un dialogue social qui anticipe les conflits pour qu'il n'y ait pas de grève et qu'en même temps les décisions qui soient prises, comme dans les pays du nord de l'Europe, soient à la fois intéressantes pour l'entreprise, qui a besoin de garder sa compétitivité, mais aussi respectueuses des salariés qui ont le droit de savoir comment se fait la rémunération des actionnaires, quand l'entreprise fait des profits, et comment se fait la rémunération des salariés. D'autant que l'entreprise sous-traitante a obtenu des augmentations de salaires. Donc c'est incompréhensible que les salariés, qui demandent une augmentation de salaire, n'obtiennent pas satisfaction.
Michel DENISOT
Dans une interview à paraître demain dans l'Express, vous dites que les 35 heures ont parfois créé plus de problèmes que de solutions. Est-ce que vous pouvez nous préciser votre pensée ?
Ségolène ROYAL
D'abord je suis très étonnée que sur une interview de quatre pages, ce soit cette information-là qui soit sortie, puisqu'elle n'est pas nouvelle, il y a bien d'autres affirmations passionnantes dans cette interview…
Jean-Michel APHATIE
Il faut bien sortir quelque chose.
Ségolène ROYAL
Il faut bien sortir quelque chose, mais…
Jean-Michel APHATIE
Pourquoi pas ça ?
Ségolène ROYAL
Pourquoi pas ça, parce que ça n'est pas nouveau, bien sûr, je l'ai dit. Moi je veux construire une société sur la base du réel, en regardant les vrais problèmes des gens, je suis une femme libre, je ne suis prisonnière d'aucun dogme, je ne dépends d'aucune puissance d'argent, je n'ai personne à placer. Et maintenant je me situe au-dessus des partis politiques puisque je suis en dialogue direct avec les Français. Et ma responsabilité de candidate à l'élection présidentielle, et peut-être demain de chef de l'État, c'est de prendre en considération la vie des gens telle qu'elle est, pour répondre à la fois aux urgences, mais aussi pour investir dans les questions de fond qui permettent à la France de préparer son avenir, et en particulier ma première, ma toute première préoccupation, c'est de gagner la bataille contre le chômage et en particulier contre le chômage des jeunes.
Jean-Michel APHATIE
Et tant pis si Martine AUBRY n'est pas contente ?
Ségolène ROYAL
Mais je crois qu'elle ne peut pas ne pas regarder un certain nombre de choses. D'ailleurs si vous lisez la totalité de l'information, je dis que les 35 heures ont constitué un progrès social très important, il n'était pas question de les remettre en cause. En revanche, là où elles avaient dégradé les conditions de travail des salariés, à ce moment-là il fallait en effet regarder les choses de plus près et faire en sorte que toutes les réformes correspondent à un progrès social.
Michel DENISOT
Alors il est 19h19, il est largement temps de passer le Petit papier de Bruno DONET, comme chaque soir.
Michel DENISOT
Pas de commentaire sur le Petit papier de Bruno DONET ?
Ségolène ROYAL
Si, parce que la Marseillaise n'est pas un hymne belliqueux, c'est l'hymne au contraire de toutes les libertés et de la lutte contre toutes les formes de tyrannie, c'est l'hymne que Louise MICHEL faisait chanter à ses élèves le matin et le soir. C'est elle qui avait été emprisonnée pour ses idées, elle disait qu'à chaque fois qu'elle entendait la Marseillaise, elle ne pouvait pas s'empêcher de pleurer. C'est l'hymne qui a été repris dans le monde entier parce que c'est l'hymne de la liberté, de la fraternité de la Révolution française. Alors il ne faut pas…
Ariane MASSENET
Et vous vous attendiez à une telle polémique ou pas ?
Ségolène ROYAL
Mais je suis heureuse finalement que ce débat ait lieu, puisqu'il y avait comme une espèce d'autocensure par rapport aux référents de l'identité nationale. Mais je ne confonds pas l'identité nationale avec le nationalisme, il y a une très grande différence entre ce que dit Nicolas SARKOZY, ou ce que dit Jean-Marie LE PEN, et ce que je dis. Car pour la gauche il y a l'idée de nation qui va avec l'idée d'ouverture vers les autres. La gauche est internationaliste, c'est-à-dire on peut être fier d'être français, et je le suis et en même temps très ouverte sur le monde. Et je pense en particulier que notre avenir dépend aussi de notre capacité à réduire les inégalités entre les pays du nord et les pays du sud, entre les pays riches et les pays pauvres.
Michel DENISOT
On va se retrouver après la pub, dans deux minutes, et il y a deux questions qui arrivent, l'une posée par François BAYROU ce matin, c'était au micro de Jean-Michel APHATIE sur RTL, il souhaite un débat à quatre, sur Internet parce qu'à la télé c'est impossible aujourd'hui vu les contraintes du CSA. Et Nicolas SARKOZY vous demande, il y a quelques instants, d'échanger des arguments. On verra ce que ça veut dire dans un instant.
(Pub)
Donc ce matin François BAYROU a proposé qu'il y ait un débat sur Internet, qui n'est pas soumis aux mêmes règles que les chaînes de télévision par le CSA, entre vous, lui, Nicolas SARKOZY et Jean-Marie LE PEN. Êtes-vous d'accord ?
Ségolène ROYAL
Oui, bien sûr. Moi je suis disponible pour tous les débats.
Michel DENISOT
Par ailleurs Nicolas SARKOZY, il y a quelques instants dans le Morbihan, vous demande d'échanger des arguments dans la campagne après les propos que vous avez tenus, affirmant qu'il avait perdu son sang-froid. Est-ce que vous êtes d'accord ?
Ségolène ROYAL
Ah, non seulement je suis d'accord qu'il faut échanger des arguments de fond. J'observe qu'il a retenu la leçon que je lui ai donnée, parce que c'est vrai qu'avoir prétendu, pour exploiter les graves incidents de la gare du Nord, avoir prétendu que j'étais du côté des fraudeurs, des voleurs et de ceux qui étaient en infraction avec la loi, moi qui suis une élue de la République, qui étais magistrate, qui étais ministre et qui suis responsable, et qui suis candidate à l'élection présidentielle, je pense que ce sont des méthodes qui sont particulièrement indignes du débat public. Donc je lui ai donné un avertissement et je me réjouis d'entendre qu'il a entendu cet avertissement.
Jean-Michel APHATIE
Il dit quand même : quand elle soutient les fraudeurs – il parle de vous – elle ne doit pas s'attendre de ma part à des applaudissements.
Ségolène ROYAL
Où a-t-il vu que j'ai soutenu les fraudeurs ? Moi je défends un ordre juste. Ce n'est pas moi qui appartiens à un gouvernement, c'est lui qui a prononcé l'amnistie pour Guy DRUT, vous vous en souvenez ? Donc si je suis présidente de la République, il n'y aura pas de décision de ce type, c'est-à-dire que les règles seront les mêmes pour tous, pour les puissants comme pour les petits, comme disait La Fontaine. Et donc j'attends en effet du candidat sortant qu'il puisse d'abord rendre des comptes sur ce qui se passe en matière de sécurité, puisqu'il a dit récemment que les ministres qu'il aurait éventuellement à nommer devraient rendre des comptes et si au bout d'un an ils n'avaient pas fait leur travail, il les changerait.
Michel DENISOT
Quinze ministres, a-t-il dit, avec la parité. Est-ce que pour vous ce sera un gouvernement à peu près avec autant de ministres et avec la parité ?
Ségolène ROYAL
Oui, je pense qu'il faut diminuer le train de vie de l'État, ça c'est vrai. Mais surtout, ce que j'observe, c'est qu'en matière de sécurité, 80 % des Français estiment que la violence a augmenté. Qui est ministre de l'Intérieur, monsieur Nicolas SARKOZY. Alors pourquoi ne s'applique-t-il pas à lui-même ce bilan qu'il va demander plus tard aux éventuels ministres ? Je veux dire par là que la politique c'est sérieux, c'est moral, et qu'il faut s'appliquer à soi-même ce que l'on recommande aux autres.
Ariane MASSENET
Et sur la parité ?
Jean-Michel APHATIE
Sur le gouvernement paritaire ?
Ségolène ROYAL
Il y aura un gouvernement qui tend vers la parité, mais je crois qu'il y a deux critères : le critère de parité et le critère de compétence.
Ariane MASSENET
Ça peut être plus, d'ailleurs, est-ce qu'il peut y avoir plus de femmes que d'hommes, par exemple, dans votre gouvernement ?
Jean-Michel APHATIE
Ce serait plus la parité, ça…
Ariane MASSENET
Mais oui, mais justement, de temps en temps, hein…
Michel DENISOT
Le poste de président de la République peut compter double si vous êtes élue…
Ariane MASSENET
Ou même triple, si vous êtes élue…
Jean-Michel APHATIE
Ah, c'est des nouvelles règles !
Ariane MASSENET
Donc il peut y avoir plus de femmes que d'hommes, c'est envisageable, dans votre gouvernement ?
Ségolène ROYAL
Vous savez, ce qui compte surtout, je le répète, c'est la compétence, c'est la feuille de route qu'auront les ministres, ils auront comme responsabilité de mettre en application ce pacte présidentiel que j'ai construit avec les Français et en particulier de gagner la bataille contre le chômage.
Michel DENISOT
Alors on va passer à la vérification des rumeurs, donc c'est Ariane chaque soir qui réunit toutes les rumeurs qui viennent de la presse…
Ariane MASSENET
Ah oui, on ne les invente pas.
Michel DENISOT
… et qui donne les origines, et vous dites vrai ou faux.
Ariane MASSENET
Vous auriez dit de Dominique STRAUSS-KAHN, suite à l'appel qu'il avait lancé à BAYROU dans le Monde du 9 mars : « Décidément, on ne peut pas lui faire confiance, il en a trop fait. » C'est le Canard Enchaîné qui révèle cette information. Vrai ou faux ?
Ségolène ROYAL
Faux.
Ariane MASSENET
François HOLLANDE vous aurait dit : « Tu as trop de vieux dans les pattes, tu ne peux pas faire un pas sans les avoir dans les pattes. » Vrai ou faux ?
Ségolène ROYAL
Faux.
Jean-Michel APHATIE
Ah, ça vous fait sourire quand même… Il l'a peut-être pas dit comme ça mais ça doit pas être loin…
Ariane MASSENET
Oui, mezzo mezzo.
Jean-Michel APHATIE
Vous confirmez que c'était pas loin ?
Ségolène ROYAL
Non non, c'est inexact.
Ariane MASSENET
Samedi vous avez assisté au concert de Michel DELPECH, jusque-là j'ai bon, et Michel DELPECH vous aurait dédicacé cette chanson, écoutez.
Chanson Michel DELPECH
« Dieu, mais que Marianne était jolie, quand elle marchait dans les rues de Paris… »
Ariane MASSENET
En disant que c'était pour la jolie dame du quatrième rang. Il paraît même que vous avez dansé sur « Pour un flirt avec moi ». Vrai ou faux ?
Ségolène ROYAL
Alors la première partie est vraie mais la deuxième non, je n'ai pas dansé sur « Un flirt avec moi ». Je l'ai écouté, parce que c'est une très jolie chanson.
Ariane MASSENET
Et vous étiez effectivement au quatrième rang ?
Ségolène ROYAL
Effectivement.
Ariane MASSENET
La jolie dame du quatrième rang, ça aurait pu être quelqu'un d'autre mais vous étiez effectivement au quatrième rang.
Ségolène ROYAL
C'était moi.
Michel DENISOT
Merci Ariane. On va voir le Journal de campagne dans lequel vous pourrez intervenir avec Jean-Michel APHATIE, il vous reste combien, quatre minutes à peu près… trois minutes quarante de temps de parole jusqu'à 19h50. C'est l'heure maintenant de la Boîte à question avec José BOVÉ.
(Boîte à questions)
On va passer au Journal de campagne avec Jean-Michel APHATIE qui a retenu les trois livres des trois candidats qui sont en tête des sondages aujourd'hui. On n'a pas parlé de sondages tout à l'heure mais c'est vrai qu'il y a une certaine stabilité. Un, toujours Nicolas SARKOZY ; deux, c'est vous ; et en trois, François BAYROU. Donc il y a « Maintenant » par Ségolène ROYAL ; « Ensemble » par Nicolas SARKOZY ; et « Confidences » par François BAYROU.
Jean-Michel APHATIE
Effectivement, trois livres, c'est assez rare à dix-neuf jours du premier tour. En général, les livres sont sortis avant, là tous les trois sont en librairie. Alors on peut noter, déjà dans la présentation, on pensait que vous aviez préempté le drapeau pendant la campagne électorale, Ségolène ROYAL, mais Nicolas SARKOZY a mis en couverture bleu-blanc-rouge, « ensemble », c'est le premier mot de son slogan de campagne. Et vous, la couverture est violette, avec ce mot « maintenant ». C'est plus impératif, « maintenant », et puis ça renvoie aussi à François MITTERRAND qui avait publié « Ici et maintenant » en novembre 1981, juste avant la campagne électorale qui allait être victorieuse. Le choix du mot n'est sans doute pas innocent. Dans le contenu, il y a des thèmes communs, mais abordés différemment, évidemment…
Michel DENISOT
C'est assez personnel…
Jean-Michel APHATIE
Nicolas SARKOZY dit « je suis fier d'être Français », quand Ségolène ROYAL dit « j'aime la France ». C'est pas tout à fait la même chose et au passage Ségolène ROYAL trouve même que Nicolas SARKOZY est nationaliste, ce dont se défend bien entendu le président de l'UMP. Nicolas SARKOZY dénonce dans son livre la faillite, la capitulation morale et intellectuelle de la France qui serait due, selon lui, à la génération de 1968. Et là aussi, ce qu'écrit Ségolène ROYAL sur 1968 est très différent. Et puis tous les deux évoquent leurs principaux thèmes. Nicolas SARKOZY dit qu'il est pour le capitalisme mais qu'il faut le moraliser. Il dépeint aussi ce qu'est la mondialisation. Et Ségolène ROYAL revient sur les thèmes de campagne qu'on a déjà entendus : démocratie participative, carte scolaire, elle parle aussi de la dette, de la culture, et donc, vous le disiez Michel, de choses plus personnelles, le couple, elle aurait souhaité, elle le dit, se marier avec François… - oui François HOLLANDE, j'ai failli dire un autre nom de famille – avec François HOLLANDE, avant la campagne électorale. Vous le dites. Vous racontez aussi des souvenirs d'enfance qui ne sont pas très… qui sont un peu douloureux encore à votre mémoire visiblement. Et puis vous évoquez aussi, pour citer un thème, le baptême. Marie-Françoise COLOMBANI, qui vous questionne dans ce livre, vous demande si vous avez fait baptiser vos enfants. Et vous dites ceci : « Oui, mais pas à leur naissance, j'ai attendu qu'ils aient l'âge de choisir et de comprendre, vers 10 ou 12 ans. Saviez-vous que les filles de Jean JAURÈS avaient fait leur communion ? » Et on retrouve là ce qu'on a pu ressentir à un autre épisode que vous avez en mémoire, bien sûr, Ségolène ROYAL, c'est votre rapport à la religion, qu'on ne connaît pas vraiment, vous avez l'air d'être sensible à la religion, proche de la religion, et vous ne le dites jamais. Alors voilà, en lisant ces pages on se dit : tiens, on ne la connaît pas tout à fait.
Ségolène ROYAL
Oui, mais en même temps je suis très attachée à la laïcité. Mais si vous le permettez je voudrais dire…
Jean-Michel APHATIE
Mais sur la religion, votre rapport personnel à la religion ?
Ségolène ROYAL
Est-ce que vous permettez que je dise quelque chose d'abord avec une certaine gravité ? À propos des couvertures des livres, vous savez il y a une commission de contrôle des opérations électorales qui interdit aux candidats d'utiliser le drapeau français sur tous les documents de campagne. Un livre publié dans le cadre d'une campagne électorale émarge au compte de campagne, il faut le savoir, et la façon dont les couvertures sont affichées sont assimilables à des affiches, donc à des documents de propagande électorale. C'est la raison pour laquelle, moi qui respecte les règles, et je ne crois pas que l'ancien ministre de l'Intérieur puisse ignorer cette règle. C'est la raison pour laquelle moi-même je me suis abstenue d'utiliser le bleu-blanc-rouge sur mon livre et sur l'ensemble des documents de campagne.
Jean-Michel APHATIE
Vous allez saisir la commission ?
Ségolène ROYAL
Je ne saisirai pas la commission mais je veux que les citoyens sachent qu'il y a des règles très claires en période de campagne électorale, et notamment lors de la plus importante, la campagne pour l'élection présidentielle et qu'un candidat à l'élection présidentielle doit respecter les règles qui sont posées et chacun doit appliquer ces règles. Et en effet on verra ce que la commission décidera de faire. En tout cas la projection ou l'affichage de la couverture de ce livre n'est pas autorisée par la commission de contrôle. Et je regrette que monsieur SARKOZY ne respecte pas les règles d'un débat démocratique.
Michel DENISOT
La question de Jean-Michel était sur la religion.
Jean-Michel APHATIE
Oui, votre rapport à la religion ?
Ségolène ROYAL
Mon rapport est très simple. C'est vrai que j'ai été élevée dans une tradition religieuse, catholique, et que j'ai transmis à mes enfants un certain nombre de repères, en leur laissant bien sûr cette liberté, comme vous avez vu. Aujourd'hui je ne pratique pas et je suis justement profondément attachée à la laïcité intelligente, c'est-à-dire celle qui respecte l'exercice de toutes les religions et qui est favorable au dialogue inter-religions, ou à ceux d'ailleurs qui n'en ont pas et qui n'ont pas de religion. C'est la raison pour laquelle aussi je considère que l'absence de signes religieux à l'école est une règle très importante.
Michel DENISOT
Alors on va passer maintenant au Petit journal avec Yann BARTHES et on se retrouve tout de suite après.
(le Petit journal)
On va passer au Point route avec Ariane MASSENET et les voyages que vous faites.
Ariane MASSENET
Juste j'ai calculé le nombre de kilomètres que vous avez faits, Ségolène ROYAL, comme on l'a fait pour tous les candidats qui sont venus dans cette émission. Vous avez une idée du nombre de kilomètres que vous avez faits ?
Ségolène ROYAL
Non.