EDITO EUROPE 1
EUROPE 1
EDITO POLITIQUE – 27/03/2007 – 07 :40
Christophe DELAYE
Jean Michel THENARD vous revenez ce matin sur Ségolène ROYAL qui selon vous prend sciemment le risque de choquer une partie de la gauche en vantant la Marseillaise.
Jean Michel THENARD
Depuis janvier, elle avait reçu une avalanche de coups. Depuis quelques jours, elle les rend. Les éléphants ne la voulaient pas candidate, les élites ne la jugeaient pas compétente, un secrétaire national du PS lui a même planté un couteau dans le dos pour avoir son quart d'heure de célébrité. Bref, rien ne lui a été épargné. C'est peut-être sa chance car elle a résisté. Son trop plein de détracteurs finalement lui a rendu service. Sa résistance confirme qu'elle a le cuir dur et c'est une qualité quand on prétend à la magistrature suprême. Les coups l'ont moins accablée que victimisée et en France, on aime les victimes. Surtout cela lui a donné prétexte pour recouvrer sa liberté comme elle dit. Ainsi elle a pu renouer avec ce qui avait fait son succès avant son investiture, secouer les tabous socialistes, prendre les éléphants à revers, dépoussiérer un PS pour renouer avec les classes populaires.
Christophe DELAYE
Mais la Marseillaise justement, c'est pour quoi ? C'est pour séduire ces classes populaires ?
Jean Michel THENARD
C'est pour rassurer cet électorat ouvrier, victime au premier chef de la mondialisation qui craint pour son emploi, pour son identité et se laisse parfois tenter par les extrêmes. Cet électorat qui avait fui JOSPIN en 2002 et causé la perte de la gauche. ROYAL n'a eu de cesse de vouloir le reconquérir en concédant que les 35 heures ont été parfois synonymes de précarité, que l'insécurité ce sont les plus défavorisés qui en sont les premières victimes et en expliquant donc que le drapeau français est un héritage de la Révolution et non la propriété de monsieur LE PEN. ROYAL poursuit ainsi sa reconquête. La France, juge t-elle, pourra d'autant mieux accueillir les étrangers qu'elle ne doutera pas de son identité.
Christophe DELAYE
Et là on se dit que Jean Pierre CHEVENEMENT, ancien ministre de JOSPIN, doit boire du petit lait.
Jean Michel THENARD
Oui, lui tient sa revanche. Accusé d'avoir privé la gauche de deuxième tour en 2002, le voilà spectaculairement adoubé par Ségolène ROYAL mais plus que CHEVENEMENT, c'est MITTERRAND qui est dans la tête de la socialiste. Depuis le début de la campagne, elle copie le MITTERRAND de 81. L'homme qui s'était affranchi du projet du parti avec ses 110 propositions, elle en a 100. L'homme qui avait écrit un livre intitulé « Ici et maintenant », le sien qui sort aujourd'hui en librairie s'appelle « Maintenant ». L'homme surtout qui avait surpris son monde en se déclarant le 16 mars 1981, à quelques semaines du premier tour, contre la peine de mort au risque de choquer une majorité de l'opinion. ROYAL a retenu la leçon. Sa peine de mort à elle, si on ose dire, c'est la Marseillaise et le drapeau qu'elle entend rendre à la gauche au risque de choquer dans son camp mais dans le but de séduire le plus grand nombre.