SEGOLENE ROYAL SUR M6
M6
LE 12.50 – Le 20/03/2007 – 12 :55
Invitée : Ségolène ROYAL, candidat PS à la présidentielle
Nathalie RENOUX
Notre page présidentielle à présent, exceptionnelle aujourd’hui, avec en invitée, Ségolène ROYAL, merci infiniment d’être sur notre plateau.
Ségolène ROYAL
Bonjour.
Nathalie RENOUX
C’est l’occasion pour nous à un mois, maintenant du premier tour de la présidentielle, de faire le point sur votre campagne, alors avant d’en parler, nous, nous sommes intéressés à vos relations « je t’aime moi non plus » avec le Parti socialiste. Un reportage d’Antonin ANDRE, on en reparle après.
Ségolène ROYAL
Je sais ce que je vous dois, je sais ce que je dois à mon parti. Je suis une des vôtres.
Antonin ANDRE
Hommage de Ségolène ROYAL, au Parti socialiste et à ses élus, photo de famille, avec les cadres du PS pour clore meeting, opération de « calinothérapie » de la candidate ce week-end, avant de se jeter dans la dernière ligne droite de la campagne. Le rendez-vous était incontournable, après des semaines de relations tumultueuses, entre Ségolène ROYAL et les éléphants du PS. Villepinte, 11 février, seule en scène, la candidate dévoile son « pacte présidentielle » un discours fleuve pour 100 propositions et une oratrice incarnée qui semble porter par les militants.
Ségolène ROYAL
Cet avenir, il est là, il est devant nous et nous avons l’obligation, l’ardente obligation de réussir, j’en fais aujourd’hui, devant vous, le serment.
Antonin ANDRE
Mais l’effet Villepinte retombe très vite, on parle de trou d’air dans la campagne, c’est le moment choisi par la candidate, pour rappeler les éléphants. Lionel JOSPIN fait son retour, Laurent FABIUS accueille la candidate socialiste sur ses terres, pour un meeting censé illustrer le rassemblement.
Ségolène ROYAL
J’ai besoin de tous les talents et toutes les énergies.
Laurent FABIUS, député PS de Seine-Maritime
On peut avoir des différences et en même temps travailler ensemble et tendre ensemble vers le même objectif.
Antonin ANDRE
Le parti derrière sa candidate, la réconciliation paraît sceller jusqu’au 11 mars, sur le plateau de M6 et cette phrase en forme de reproche.
Ségolène ROYAL
Les dirigeants du Parti socialiste n’ont pas suffisamment fait bloc autour de moi…
Antonin ANDRE
Un retour en arrière confirmé quelques jours plus tard. Ségolène ROYAL, qui craint d’être cadenassée par le parti, déclare : « J’ai été moins libre, je reprends toute ma liberté. » La candidate s’est affranchie du PS, un choix délibéré, témoigne un de ses proches, qui ajoute, elle est seule, désormais tout repose sur elle.
Nathalie RENOUX
Alors Ségolène ROYAL, vous faites campagne seule ou avec le Parti socialiste ?
Ségolène ROYAL
D’abord je voudrais vous dire que par rapport à la mort d’un enfant, qu’on a vu tout à l’heure, c’est vrai que ces questions paraissent tellement secondaires et j’avais tout simplement envie de le dire, ici, par rapport à la détresse de cette mère.
Nathalie RENOUX
De cette famille, effectivement, mais nous sommes en campagne…
Ségolène ROYAL
Voilà nous sommes en campagne…
Nathalie RENOUX
J’imagine que le combat pour vous continue ?
Ségolène ROYAL
Oui.
Nathalie RENOUX
Alors avec le Parti ou finalement extraite et en dehors du parti et seule contre tous ?
Ségolène ROYAL
L’élection présidentielle, c’est un lien direct entre une personne et le peuple français et donc aujourd’hui, je suis dans la dernière ligne droite de cette élection présidentielle. J’ai décidé parce que c’est l’essence même et le cœur même des institutions de la République française de m’adresser maintenant, directement aux Français, à partir non seulement du pacte présidentielle, que je leur ai proposé, c'est-à-dire de la façon dont j’entends redresser la France, la relever, lui donner toutes ses chances. Mais aussi à partir de ce que je suis, de ma vie, de mon expérience professionnelle, des valeurs auxquelles je crois, des épreuves que j’ai subies, du travail qu’a fait le Parti socialiste et des mandats que m’ont donnés les élus socialistes. C’est pour ça que je les ai remerciés, c’est tout à fait normal. Tout le monde s’étonne de mes propos…
Nathalie RENOUX
Est-ce aussi que…
Ségolène ROYAL
C’est normal, ils m’ont donné 4000 parrainages, les élus socialistes, je les en remercie.
Nathalie RENOUX
Mais est-ce que vous vous éloignez du parti aussi parce que certains d’entre eux ne sont pas toujours très sympathique avec vous. Je veux parler par exemple de Claude ALLEGRE ou d’Eric BESSON, qui aujourd’hui publie un livre intitulé « Qui connaît madame ROYAL ? » et je le cite : « seule sa propre gloire la motive, elle ne doit pas devenir présidente, je ne le souhaite pas pour mon pays, je le redoute pour mes enfants. » Ce n’est pas un adversaire politique, qui le dit, mais quelqu’un de votre propre camp. Comment est-ce que vous réagissez à de telles attaques ?
Ségolène ROYAL
D’abord ce n’est pas la première fois que je subis ce type de méchanceté, chacun comprend qu’une campagne présidentielle est très difficile et donc il faut être très solide et je suis très solide, parce que justement, je pense aux millions de gens qui attendent que ça change en profondeur. Et c’est pour ça que je tiens bon et c’est pour ça que je veux gagner cette élection présidentielle, parce que je crois que la France mérite mieux que ce qu’elle a. Et qu’en particulier, il faut changer les règles du jeu, il faut faire en sorte que tous les talents puissent s’épanouir. Il faut mettre fin à l’assistanat et en même temps maintenir et même renforcer les liens de solidarité. Il faut lutter contre toutes les formes de désordres et remettre de l’ordre…
Nathalie RENOUX
Mettre fin à l’assistanat, est-ce que ça aussi, c’est une forme d’opposition à la politique menée par le Parti socialiste lorsque le parti était au pouvoir ?
Ségolène ROYAL
C’est une mutation, vous savez j’ai trois révolutions à accomplir : changer la politique et je l’ai fait y compris dans cette campagne et par la démarche participative, trois millions de Français sont venus m’aider à construire ce pacte présidentiel et je pense que le monde a changé, la France a changé donc la politique doit changer. Elle doit s’occuper de la résolution des problèmes concrets des gens et s’écarter des dogmes. Alors oui, je prends, voilà, je prends la liberté…
Nathalie RENOUX
Ça veut dire que les frontières, ne sont plus les mêmes qu’auparavant ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr, bien sûr. Et il faut que le Parti socialiste fasse ce mouvement et d’ailleurs il est en train de le faire. Et tout le monde est en train de se rassembler.
Nathalie RENOUX
Est-ce que ça veut dire par exemple que vous pourriez discuter éventuellement avec François BAYROU, le moment venu ?
Ségolène ROYAL
Je ne négocie rien, il n’y a rien à négocier, ce sont aux Français de choisir entre deux projets. Je veux que cette élection serve à quelque chose et qu’il y ait vraiment une confrontation de projet. Les projets sont aujourd’hui sur la table, il y a celui de la droite, de Nicolas SARKOZY, qui s’appuie sur un certain nombre de convictions qui sont les siennes et en particulier, il pense que par exemple, que c’est en précarisant le contrat de travail, puisqu’il veut généraliser le CNE, que les entreprises seront plus compétitives. Moi, je pense le contraire, je crois que c’est au contraire en modernisant le dialogue social, en sécurisant les salariés dans leur travail, en faisant la Sécurité sociale professionnelle, en maintenant les services publics, que les entreprises seront plus compétitives, voilà par exemple un clivage. Et puis François BAYROU…
Nathalie RENOUX
Et puis il y a François BAYROU, alors justement…
Ségolène ROYAL
Qui a dit qu’il n’avait pas de programme, donc on l’attend ce programme, pour pouvoir en discuter.
Nathalie RENOUX
Alors on va en parler de François BAYROU, troisième homme dans les sondages. Il s’impose ainsi depuis plusieurs semaines, et certains de vos électeurs, traditionnellement ancrés à gauche, sont tentés par le vote BAYROU, Cécile MICHARD est allée les rencontrer, regardez.
Cécile MICHARD
Un meeting ordinaire de François BAYROU à Nice, à l’entrée des militants UDF bien sûr, mais aussi ces électeurs inattendus, ceux venus des rangs de la gauche.
Anne-Claire, agent ANPE
Je n’aurais jamais cru qu’un jour, je puisse venir à un congrès UDF.
Cécile MICHARD
C’est vrai ?
Anne-Claire
Ah ! Oui, oui, moi, j’étais plutôt socialiste.
Cécile, professeur des écoles
On peut être de gauche et voter François BAYROU.
Cécile MICHARD
Pourquoi vous ne votez pas pour Ségolène ROYAL ?
Cécile
Parce que je pense, enfin moi, je suis déçue.
Cécile MICHARD
La réponse est hésitante, elle révèle la position de nombreux enseignants, plus d’un sur quatre selon un récent sondage qui envisage de voter BAYROU. Comme Mathieu par exemple, ce professeur de la banlieue parisienne, évoque un choix par défaut, il pointe les propos de Ségolène ROYAL, sur son temps de travail.
Mathieu HUCK, professeur d’Education musicale
J’ai l’impression qu’elle fait un grand pot comme ça, et dedans on y met évidemment, le temps de présence devant les classes, la préparation des cours, la correction des copies, les réunions diverses avec les parents, les conseils de classe, le soutien scolaire gratuit pour les élèves, mais sans préciser exactement qui fait quoi ? Comment ça va s’organiser ?
Cécile MICHARD
Les nouveaux centristes viennent pour la plupart de la classe moyenne, à l’instar de ce père au foyer, ils paraissent souvent plus résignés qu’enthousiastes.
François LETENDRE, père au foyer
C’est vrai que moi, ça m’embête un petit peu de ne pas voter en plus à gauche, je pense que les vieilles recettes que ce soit à gauche ou à droite, elles n’ont pas fonctionné, dont il faut tenter autre chose.
Cécile MICHARD
Cet appel du centre résonne dans toutes les franges de l’électorat de gauche, même à l’université, pour ces étudiants rennais, le bulletin BAYROU est un choix pathétique.
Victor JOUANNON, étudiant
Je suis personnellement anti-sarkozyste et la seule manière de le contrer pour moi, c’est de voter pour celui qui est le plus apte à le battre au deuxième tour.
Cécile MICHARD
Malgré tous ces nouveaux soutiens qui ont porté le candidat UDF dans le trio de tête des sondages, François BAYROU reste le plus fragile. Moins de la moitié de ses sympathisants se disent certains de voter pour lui, le 22 avril.
Nathalie RENOUX
Alors faire sauter les clivages et les lignes c’est aussi ce sur quoi s’appuie François BAYROU. Est-ce que vous craignez ce vote BAYROU ?
Ségolène ROYAL
Il y a une forme quand même d’imposture de dire qu’il n’y a pas de clivage et de ligne, puisque, regardez toutes les réformes dont se plaignent aujourd’hui, les enseignants, l’UDF les a votées à l’Assemblée nationale. Les 125 000 emplois, vous, vous rendez compte, 125 000 emplois qui ont été supprimés pendant cinq ans et qui ont gravement affaibli l’école et les conditions de travail des enseignants l’UDF les a votées. Moi, je crois que le rendez-vous de l’élection présidentielle est aussi un moment de vérité et donc il faut que des clivages existent, pour qu’il puisse y avoir un choix. Et que le 22 avril ne ressemble pas au 21 avril. Et en même temps, il faut pas instrumentaliser les votes. Et je respecte tout ce que je viens d’entendre parce que je l’ai beaucoup entendu dans les débats participatifs. C'est-à-dire que les électeurs…
Nathalie RENOUX
Et vous l’avez pris en compte ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr, c’est pourquoi je dis aux électeurs que s’ils votent pour moi, je n’instrumentaliserais pas leur vote. Je ne leur dirais pas, c’est la revanche du Parti socialiste, je ne leur dirais pas c’est une revanche contre la droite. Je leur dirais….
Nathalie RENOUX
Donc vous, vous dites qu’il y a des clivages, mais vous faites quand même sauter les frontières malgré tout.
Ségolène ROYAL
Non, ce n’est pas cela, il y a des clivages parce qu’il y a des options de fond bien différentes qu’il faut clarifier. Voter par exemple pour un candidat, François BAYROU qui dit qu’il n’a pas le programme, c’est quand même un problème et don cil faut une confrontation des projets et des valeurs. En revanche, il ne faut pas parce que les gens n’y croient plus, ce n’est pas parce qu’on se met une étiquette, gauche ou droite, qu’on est meilleur ou moins bon que son voisin. Mais il y a des solutions progressistes, des solutions de gauche, il y a des solutions de droite, on l’a vu sur les options fondamentales qui sont prises, sur la question du libéralisme. Moi, je dis par exemple qu’il faut que l’Europe se protège contre les délocalisations et que c’est possible. Je dis aussi, qu’il n’est pas incompatible d’avoir la sécurité au travail et la compétitivité des entreprises, au contraire s’en est une des conditions.
Nathalie RENOUX
Sur l’éducation, puisque les profs manifestent aujourd’hui, quelle est votre position ? Est-ce que par exemple vous suspendrez le décret Robien qui installe la bivalence et qui supprime des postes ou en tout cas allonge le temps de travail sans contrepartie salariale ?
Ségolène ROYAL
Je ferais plusieurs choses, d’abord ce décret sera retiré puisque je crois que les enseignants et ils ont raison, en ont assez d’être accablés par une succession de réformes auxquels les ministres veulent attacher leur nom. Ce dont l’école a besoin aujourd’hui, d’abord c’est qu’on lui redonne les moyens qui ont été retirés par l’UMP et par l’UDF. Et donc la rentrée scolaire prochaine, se fera en restituant les moyens qui ont été retirés, c'est-à-dire dès cet été, les 5000 postes qui ont été enlevés, là, en fin d’année, seront remis dans les établissements scolaires. Deuxièmement…
Nathalie RENOUX
Elue présidente, ce serait votre première mesure ?
Ségolène ROYAL
Oui, je l’ai dit, c’est de préparer la rentrée scolaire avec les mêmes moyens en redonnant aux écoles, les moyens et notamment les postes de personnels non enseignants qui aident tant les enseignants aussi à bien accomplir leur métier central qui est celui de la transmission des savoirs. Donc les emplois tremplins seront rétablis pour encadrer les élèves, les infirmières scolaires, les assistantes sociales, les conseillers d’orientation seront rétablis dans les établissements scolaires et surtout que c’est la parole d’un chef de l’Etat qui affirme la reconnaissance du métier d’enseignant et qui donne aux établissements scolaires de la souplesse, de la possibilité d’expérimentation avec les moyens qui vont avec, qui permettront à l’école d’améliorer ces résultats. Mais il n’y aura plus de réforme inutile qui déstabilise le système scolaire. Ma priorité sera à l’augmentation des moyens, mais en répartissant bien ces moyens et en demandant en contrepartie à l’école, de mettre en place toutes les solutions qui permettent de faire reculer l’échec scolaire. Et bien sûr vous connaissez aussi, une autre grande proposition qui est le soutien scolaire individuel gratuit pour les élèves.
Nathalie RENOUX
Le temps qui est imparti s’achève malheureusement, mais nous avons compris cette priorité que vous donnez à l’Education, merci Ségolène ROYAL, d’avoir été notre invitée sur ce plateau aujourd’hui.
Ségolène ROYAL
Merci. FIN »