SEGOLENE ROYAL S'EXPLIQUESUR L'EDUCATION SUR FRANCE 2
Interrogée jeudi soir sur France 2 par un proviseur de lycée, SEGOLENE ROYAL s'explique sans détours sur le service des enseignants, la carte scolaire, les moyens pour l'Education...
Arlette CHABOT
Alors on va aller directement au lycée si j’ose dire Paul Bert, madame KHAYAT qui est proviseur du lycée donc Paul Bert dans le 14ème arrondissement. Madame KHAYAT allez-y.
Monique KHAYAT
Bonsoir. Vous avez été ministre déléguée à l’enseignement scolaire et vous avez approché de près les enseignants. Vous connaissez donc leur situation et leur préoccupation, selon vous quel est l’horaire hebdomadaire qu’un enseignant doit fournir dans son établissement ?
Segolene ROYAL
Je vois à quoi vous faites allusion.
Arlette CHABOT
Pour ceux qui n’auraient pas compris, c’est le jour où on vous avait surpris…
Segolene ROYAL
Sur les 35 heures.
Arlette CHABOT
Sur les 35 heures voilà.
Segolene ROYAL
Je crois que c’est une bonne référence les 35 heures et ce que je veux dire par là et au delà de la polémique qui m’a été faite, c’est que bien des enseignants font déjà les 35 heures. Et parfois bien au delà. Quand j’ai parlé des 35 heures, qu’est-ce que je voulais dire ? Je voulais dire qu’il y a non seulement les heures de cours, qu’il y a aussi le travail que vous faites en liaison avec les parents. Qu’il y a les conseils de classe, qu’il y a la préparation des cours, la correction des cours et ce que j’ai voulu dire et ce que je redis très clairement, franchement, devant vous, c’est que je souhaite que les enseignants puissent avoir des conditions de travail bien, correctes, dans les collèges.
Arlette CHABOT
Pour qu’ils passent 35 heures dans les collèges et les lycées.
Ségolène ROYAL
Non, ce n’est pas ce que j’ai dit.
Arlette CHABOT
Moi je vous pose la question.
Monique KHAYAT
Qu’incluez-vous dans les 35 heures ?
Ségolène ROYAL
Tout, je calcule tout dans les 35 heures.
Monique KHAYAT
C’est-à-dire le soutien scolaire, le travail qu’ils auront à fournir auprès de leurs élèves. Vous dites que vous souhaitez que les élèves bénéficient d’un soutien scolaire gratuit, donc les enseignants devront également rester dans l’établissement pour dispenser ce soutien scolaire ?
Ségolène ROYAL
Non madame ce n’est pas ce que j’ai dit. Vous savez moi je ne veux pas polémiquer sur la question de la durée du travail. On a déformé mes propos dans le cadre d’une campagne interne et je pense que la question du travail et de la qualité du travail des enseignants est une question majeure, ils souhaitent d’ailleurs eux-mêmes que cette question soit abordée. Les élèves souhaitent avoir davantage de contacts avec leurs enseignants et quand je dis soutien scolaire individuel gratuit, c’est gratuit pour les élèves. Et j’ai dit que les enseignants qui souhaitaient faire ce soutien scolaire pourront le faire en étant rémunérés, s’il n’y a pas suffisamment d’enseignants disponibles ou volontaires pour faire ce soutien scolaire gratuit, individualisé qui commencera à la rentrée prochaine, parce que moi je ne tolère plus les inégalités entre les enfants qui peuvent être aidés par leurs parents et qui ont un endroit où travailler tranquillement chez eux et ce qui reviennent le matin, la peur au ventre parce qu’ils n’ont pas pu faire leur travail, ni étudier leur leçon parce que les parents sont démunis sur le plan scolaire pour les aider…
Arlette CHABOT
Soutien scolaire gratuit.
Ségolène ROYAL
Et qu’il y a des parents qui peuvent payer pour aider leurs enfants, je vois sur l’arrière des autobus, en ce moment, cette semaine, il y a une grande publicité pour un organisme de soutien scolaire coté en bourse. Vous trouvez ça normal dans l’école de la République ?
Arlette CHABOT
Vous aviez dit que c’était les enseignants du public qui donnent les profs… qui donnent ces cours…
Ségolène ROYAL
Oui, si les enseignants veulent faire le soutien scolaire gratuit, je préfère qu’ils soient payés dans l’école de la République pour le faire, plutôt que payés à l’extérieur parce que je considère aussi que le pouvoir d’achat des salaires des enseignants a beaucoup baissé et donc il y a un sentiment de dévalorisation du métier d’enseignants et je veux que demain l’Etat soit garant de la reconnaissance du métier d’enseignant. Et en particulier madame, vous aurez une liberté pédagogique et d’expérimentation dans les établissements scolaires sans subir des contrôles tatillons parce que je pense que les enseignants et les chefs d’établissement qui sont en première ligne au contact des élèves savent souvent mieux que les chefs de bureaux et du ministère de l’Education nationale qui pondent des circulaires toutes les semaines, et ensuite il faut inventer des contrôleurs pour voir comment les circulaires sont appliquées. Eh bien moi je vais libérer l’expérimentation et donner des dotations horaires aux établissements qui feront du travail collectif, du travail d’équipe.
Monique KHAYAT
Vous dites madame avoir entendu les demandes de restauration d’image des enseignants, vous dites que vous souhaitez travailler à leur reconnaissance. Est-ce que vous considérez que seule la valorisation ou l’amélioration de leur pouvoir d’achat suffira à restaurer l’image des enseignants ?
Ségolène ROYAL
Je pense qu’il y a plusieurs choses pour restaurer l’image des enseignants, c’est d’abord une posture d’un chef d’Etat qui rappelle à la Nation le rôle fondateur de l’école. on l’a vu tout à l’heure dans les quartiers. C’est à l’école que tout commence et c’est là que tout fini. Et quand l’école fonctionne bien, quand la famille fonctionne bien, quand l’école fonctionne bien et qu’elle a les moyens de fonctionner, lorsqu’elle garantit à tous les parents que les enfants auront à égalité des chances pour réussir, alors à ce moment là la République se met debout et moi, en tant que chef d’Etat, je dirais cela aux Français. Et en même temps si je donne des moyens supplémentaires à l’école, je demanderais aussi à l’école de réussir davantage contre l’échec scolaire, là aussi on sera dans le gagnant, gagnant avec les familles, avec les enseignants, avec les pouvoirs publics parce qu’aujourd'hui les collectivités locales investissent beaucoup matériellement dans les établissements scolaires, je le fais à la tête de ma région, où j’ai notamment par exemple dans les établissements scolaires mis des animateurs culturels partout et donc les élèves aussi ont soif de culture.
Arlette CHABOT
On termine là dessus si ça ne vous ennuie pas…
Ségolène ROYAL
Je voudrais juste terminer si vous le permettez, au cours des cinq années du gouvernement de la droite qui s’achève, il y a eu 125 000 suppressions d’emplois dans l’éducation nationale.
Arlette CHABOT
Vous les rétablissez ?
Ségolène ROYAL
Oui je les rétablis.
Arlette CHABOT
Les 125 000, vous dites 125 000 suppressions d’emplois, je ne sais pas si c’est vrai mais on vous croit, ça veut dire que vous rétablissez 125 000 postes dans l’Education nationale ?
Ségolène ROYAL
Je fais comme je l’ai dit des états généraux de l’Education nationale.
Monique KHAYAT
Vous créez donc des postes à l’Education nationale, vous vous engagez à créer des postes ?
Ségolène ROYAL
Oui madame dès la rentrée prochaine, pas 125 000 à la rentrée prochaine…
Arlette CHABOT
Non mais progressivement. Vous dites en cinq ans, vous les rétablissez en cinq ans.
Ségolène ROYAL
Je suis sérieuse, les 5 000 qui ont été supprimés là dernièrement je les remets dans l’école et je regarde où est ce qu’il y a eu des destructions les plus profondes parce qu’entre les suppressions d’infirmières scolaires, du conseil d’orientation…
Arlette CHABOT
Je vous demande de faire plus court…
Ségolène ROYAL
Non mais juste dire, il y a aussi tous les métiers qui vous aident à accomplir…
Arlette CHABOT
Je suis d’accord mais ils sont là et ils ont envie de poser des questions…
Ségolène ROYAL
… qui sont aujourd'hui à l’os comme on dit. A l’os, il n’y a plus personne, il n’y a plus rien dans les établissements scolaires. Donc on remettra à nouveau, mais gagnant gagnant, c'est-à-dire que je demanderais aussi à l’école de réussir davantage sur la lutte contre l’échec scolaire et donc je libérerais les initiatives pédagogiques.
Arlette CHABOT
Réponse courte, encore une fois parce que sinon ils vont tous être déçus de ne pas pouvoir parler. Sur la carte scolaire vous ne changez pas d’envie, il faut la bouger un petit peu, modifier un petit peu ?
Ségolène ROYAL
C’est un élément qui fait partie d’un tout, d’une discussion globale…
Arlette CHABOT
Non mais c’est un souhait, vous dites les parents doivent avoir du choix entre trois établissements, c’est ça ?
Ségolène ROYAL
Je pense que la fuite vers l’école privée est un problème pour l’école de la République. Et donc il faut regarder ce problème en face. Moi je suis pour la politique du réel et lorsque les familles par milliers écrivent en disant finalement il y a une sélection par l’habitat, ce n’est pas l’école qui fait la ségrégation, c’est la politique urbaine et donc l’un ne va pas sans l’autre, c’est aussi par les politiques urbaines de mixité et par le libre choix pour les familles. Et comme ça on verra quels sont les collèges qui sont abandonnés ou les écoles qui sont abandonnées et dans celles-là on y mettra le paquet. On y mettra le paquet comment ? Des sections sports-études, des sections européennes, de la culture etc, et donc on pourra rattraper, donner plus à ceux qui ont le moins, à ce moment là. Mais on ne fera pas peser doublement sur les familles la double discrimination, la discrimination du logement et la discrimination de l’école. Moi je suis pour défendre l’école de la République et pour lui donner tous les moyens pour qu’elle fonctionne bien.