TEMOIGNAGES AU MEETING DE DIJON
La longue marche des femmes
Dijon, 7 mars 2007
Laure Adler
Et cette fin d’après-midi, comme vous allez pouvoir le constater, sera entièrement consacrée aux désirs d’avenir des femmes, de l’inscription pour une égalité beaucoup plus réelle des femmes à l’intérieur des cités de France. C’est pour cela que vous allez avoir toute une série d’interventions à la fois sur films, mais aussi de femmes qui se sont déplacées ici pour venir vous parler de la situation de la femme aujourd’hui et de la manière dont elle peut évoluer positivement. Je vous propose tout de suite d’écouter le témoignage d’une dijonnaise que vous connaissez bien, qui s’appelle Francine Got, et qui s’occupe du travail et de l’emploi.
Francine Got
On pense vraiment que le fait des entreprises, et pas seulement le fait des entreprises, elle se construit bien en amont. On essaie bien sûr de convaincre les filles et les femmes qu’elles ont toute leur place à prendre dans la société, qu’il faut qu’elles se battent, qu’il faut qu’elles exercent d’autres métiers.
Mais ce qu’on essaie de faire de bouger surtout, c’est leur environnement, c’est-à-dire tous ces gens dont chacun fait partie, qui inconsciemment continuent à entretenir cette inégalité entre les hommes et les femmes. Donc c’est les profs, un peu les parents, c’est les conseillers d’orientation, c’est les intermédiaires de l’emploi, les agents de l’ANPE, etc. ; et en bout de chaîne les entreprises, c’est-à-dire qu’on a l’ambition de travailler sur la chaîne de l’emploi. Il y a des lois sur l’égalité professionnelle, qu’est-ce qu’on fait pour que ces lois soient appliquées ? Si elles semblent trop lourdes, c’est quelquefois le cas, qu’est-ce qu’on fait pour qu’elles soient vraiment applicables dans les entreprises ? Qu’est-ce qu’on fait également parce que, pour moi, c’est quelque chose de très important, l’égalité professionnelle, ce n’est pas seulement une question de réduction du chômage des femmes ou des inégalités matérielles, c’est aussi le fait qu’il y a un grand nombre de talents qui ne pour peuvent pas s’exprimer parce que les femmes s’autocensurent dans pas mal de carrières ou dans pas mal de vocations parce qu’elles n’arrivent pas à y trouver leur place. C’est parce que, pour elles, y arriver, c’est un parcours du combattant, donc elles préfèrent renoncer.
Qu’est-ce qu’on fait pour ça aussi ? Parce que je pense que, si on a une croyance dans le progrès que ça représente, on doit être motivé pour faire avancer cette question-là.
Laure Adler
Merci infiniment, Francine, pour le travail que vous faites à Dijon quotidiennement. Nous avons la chance d’avoir Dominique Méda, qui est sociologue, que vous connaissez bien, qui est l’auteur de nombreux ouvrages, dont un qui vient de paraître, qui s’appelle Le second âge de l’émancipation, qui est consacré juste ment à l’inscription professionnelle des femmes dans la société française.
Première question, Dominique, on nous dit, et on le sait, hélas, que la disparité des salaires et des possibilités d’emploi entre les hommes et les femmes est toujours de mise, quand va-t-on arriver à une véritable et réelle égalité d’accès à l’emploi et d’égalité de salaire entre les hommes et les femmes ?
Quels sont véritablement les chiffres, les vrais chiffres ?
Dominique Méda
Les vrais chiffres, je crois qu’on les connaît. Il faut bien les rappeler pour qu’on cesse de croire que tout va bien. Tout ne va pas bien, les inégalités ont cessé de se réduire et on a toujours des femmes qui participent moins à l’emploi, une différence de 13 points toujours. On a toujours des femmes qui sont à temps partiel et à temps partiel dit « choisi » et aussi de plus en plus de femmes à temps partiel subi surtout qui alimentent la spirale des bas salaires : 80 % des bas salaires sont des femmes. Et puis on a les fameux écarts de salaire, 25 %, qui ne bougent plus, dont la réduction ne s’opère plus.
Pourquoi ? Pourquoi la société ne bouge-t-elle pas plus ? Pourquoi est-ce qu’elle ne prend pas ce problème à bras-le-corps ? Parce qu’on est toujours plombé par le poids des représentations traditionnelles et de la répartition des rôles qui incombent aux hommes et aux femmes. Et, comme Francine Got l’a très bien montré, c’est tout au long du cycle de vie. Cela commence à l’école où on pousse moins les filles, où elles vont moins s’orienter vers les bonnes filières, vers les filières où elles pourront avoir des bonnes carrières et des bons salaires. Cela continue dans l’entreprise, l’entreprise considère toute femme comme une mère en puissance, et donc comme quelqu’un de moins productif, qui va moins rendre. Et puis cela continue par les politiques publiques, des politiques publiques, je pense à l’APE en 1994 ou juste ment aux abattements de temps partiel, des politiques publiques qui, loin de corriger cela, au contraire accompagnent ce mouvement.
Et puis il y a l’idée que toute cette situation serait le résultat d’un libre choix, des millions de libres choix. Il faut dire que c’est faux, il n’y a pas de libre choix, il n’y a pas assez de modes de garde précisément pour établir une égalité d’accès dans l’emploi, à l’emploi et dans l’emploi pour les hommes et les femmes puisque vous savez qu’il n’y a qu’un tiers à peu près des enfants qui sont gardés dans des modes d’accueil formalisés. Donc, une fois qu’on a dit cela, il faut dire que l’emploi des femmes est absolument nécessaire, c’est-à-dire que ce n’est pas seulement une injustice que les femmes soient moins bien dans l’emploi que les hommes, c’est une aberration économique. On a besoin de l’emploi des femmes, on en a besoin pour financer la protection sociale parce que c’est un rempart contre la pauvreté et puis c’est un gigantesque gâchis, toutes ces femmes qui sont maintenant diplômées, qui travaillent bien à l’école et qui vont, ou bien s’arrêter de travailler parce qu’elles vont être obligées, ou bien moins travailler, ou bien qui vont être déclassés.
Eh bien, qu’est-ce qu’il faut faire pour atteindre cette égalité ? Je crois qu’on le sait tous, il faut un service public de la petite enfance qui permette à tous les enfants d’être gardés. Il faut un congé parental plus court, bien rémunéré et totalement partagé entre le père et la mère parce que la question des femmes, c’est celle des hommes. Et puis, enfin, il faut vraiment regarder l’organisation de notre travail, réorganiser notre travail et notre temps de travail pour permettre aux hommes et aux femmes de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle, pour permettre aux hommes et aux femmes d’avoir enfin un vrai droit à l’emploi décent et un vrai droit à une vie familiale normale.
Laure Adler
Merci beaucoup, Dominique Méda, pour ces propositions qui seront sans doute reprises tout à l’heure. Je crois que Dominique a bien résumé la situation. La situation des femmes, évidemment c’est aussi la situation des hommes, c’est un vivre ensemble qui nous est demandé, ce n’est pas le combat des femmes contre les hommes, mais ce combat, il est commun. Ce combat, il passe par la reconnaissance des femmes aussi à l’intérieur de la possibilité de pouvoir accéder aux plus grands diplômes, que les jeunes femmes qui sont ici présentes, que les jeunes filles qui sont ici présentes croient en elles, que les parents croient en leurs possibilités. Tout est possible, tout leur est possible et tout leur est permis. Je vous propose de regarder le témoignage de Janine Bessis qui fait partie de l’Association des professeurs d’université de l’université de Bourgogne, et vous allez voir comment des femmes diplômées peuvent faire évoluer le statut de chacune d’entre nous.
Janine Bessis
Ma génération, moi je l’ai entendu tout le temps, depuis que je suis petite, c’était : « Une femme ne doit pas. Une femme doit. » Moi, j’ai fait des études, il ne fallait pas. Ce n’était pas la place d’une femme. Donc il y a déjà une lutte pour être acceptée en tant qu’individu avec des goûts et des aspirations.
Ma génération, si les femmes ne voulaient pas travailler, il fallait les inciter bien sûr, il fallait qu’elles résistent. Une femme doit toujours résister à des stéréotypes.
Le combat ne peut plus être individuel, il faut qu’il soit collectif parce qu’on subit une image des femmes. Donc il faut que toutes les femmes aillent dans le même sens pour que cette image stéréotype disparaisse.
Donc à un moment donné le combat n’est plus individuel. Il est individuel pour une certaine partie de la vie, ça a été mon cas, mais à partir d’un moment, il faut que le combat soit collectif.
Donc des associations comme nous sont utiles parce qu’elles travaillent au niveau des mentalités, comme on dit.
J’ai retrouvé une phrase de George Sand, elle ne date pas d’hier, elle est de 1830, elle disait : « J’avais oublié que si les mœurs font la loi, la loi ne fait pas les mœurs. » Elle disait exactement ce qu’on dit : il faut travailler au niveau des mentalités pour que ça change, et retrouver l’histoire des femmes, les faire sortir de l’ombre et du silence, pour qu’on ait des références, des représentations qui soient autres que la femme, la prêtresse de la famille, disons. Elle peut être aussi autre chose.
Laure Adler
Merci infiniment, Janine Bessis.
Et j’aimerais bien avoir l’avis de Sylviane Giampino qui est psychanalyste et psychologue, qui depuis plus de 25 ans travaille dans le monde de la petite enfance, qui est une spécialiste justement de ces problèmes. Sylviane a publié notamment un ouvrage qui s’intitule : Les mères qui travaillent sont-elles coupables ? Eh bien non, elles ne sont pas coupables. Et Sylviane, je crois que juste ment vous vous insurgez en ce moment contre une sorte de retour insidieux mais persistant depuis cinq ou six ans de que vous appelez le materno-centrage.
Sylviane Giampino
Oui, je crois qu’on continue à vivre sur cette espère de fonds de commerce qui serait que, pour un enfant, rien ne remplace la mère. Et ce primat du maternel est tout à fait préjudiciable, non seulement aux femmes et aux enfants, mais aussi aux hommes d’ailleurs. On répète encore cela bien que depuis plus de vingt ans on sache en psychologie de l’enfant que par exemple un bébé de quelques semaines est tout à fait capable d’avoir des attachements multiples et différenciés. On sait aussi qu’un bébé de deux mois, entre le visage bien connu de sa mère et un camarade, un enfant en bas âge, va s’intéresser davantage aux autres enfants. Il y a des compétences sociales très précoces chez les enfants aujourd’hui.
On sait aussi depuis longtemps que les enfants dont les mères travaillent à l’extérieur du foyer vont aussi bien ou aussi mal que les enfants dont la mère ne travaille pas à l’extérieur.
Alors, ce primat du maternel, re réflexe de materno-centrer les enfants a un coût, un coût psychologique et social. On est très heureux en France parce que le taux de fécondité est bon, la maternité va bien, mais les femmes, les mères, elles, sont épuisées, psychologiquement et physiquement.
Alors, on pourrait dire que les choses progressent, oui, peut-être simplement aujourd’hui cette articulation avec la vie professionnelle est de plus en plus tendue. Les choses s’aggravent à mes yeux parce qu’il y a aujourd’hui un renforcement d’une pression d’excellence sur les enfants et très tôt. Il y a un rapport de plus en plus anxiogène au travail, l’insécurité dans le travail s’aggrave. Du fait de la flexibilité des horaires, il y a une plus grande désynchronisation dans la vie des familles entre le rythme des adultes e les rythmes des enfants. Du coup, le grand rêve de l’harmonisation de la vie de famille est une gageure.
Alors, les femmes sont la variable d’ajustement entre les impératifs d’éducation et de soins des enfants et les impératifs professionnels, et évidemment c’est lourd. Alors, il y a des choses qui évoluent, ce que je peux constater, ce que nous constatons dans nos métiers, c’est le rapprochement entre les jeunes hommes et leurs enfants. Et là on voit bien comment une politique peut renforcer et améliorer des mentalités. Le congé paternité est pris par plus de la moitié des pères en France, c’est quand même formidable. Les pères sont de plus en plus présents dans les lieux de la petite enfance. Alors beaucoup reste à faire, mais je laisse les sociologues donner les chiffres un peu tristes de l’inégalité entre les responsabilités familiales entre les hommes et les femmes.
Enfin, nous savons qu’un obstacle majeur à l’équilibre pour les femmes entre leur vie professionnelle et leur vie familiale est le problème de la garde des enfants. C’est quelque chose qui semble incroyable que, dans un pays comme le nôtre, des parents mettent au monde un enfant sans savoir à qui ils vont le confier quelques semaines plus tard. La parentalité, on parle de soutien à la parentalité, il faudrait déjà commencer par ne pas l’abîmer. Il est invraisemblable qu’une petite merveille se transforme en gros problème ou en paquet qu’il faut déposer quelque part, qu’il faut caser quelque part. Et ça, je trouve que c’est une violence sociale qui pèse sur les enfants. Un enfant, c’est une façon de lui dire au moment où il vient au monde : « Tu n’as pas ta place ! » Et c’est une violence psychologique et relationnelle sur la relation mère/enfant et père/enfant.
Enfin, les services d’accueil, nous savons que là où il y a une vraie volonté politique, les solutions, on les trouve. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe par exemple sur une ville comme Paris, c’est impressionnant ce qu’ils ont réussi à faire ces dernières années, et qu’il n’y a pas que là… Moi qui suis un peu quand même du côté de l’équilibre psychique des gens et des enfants, je voudrais rappeler qu’il n’y a pas que la quantité des modes d’accueil qui doit être notre combat, mais aussi la qualité de nos accueils. L’un ne doit pas se faire sans l’autre.
Enfin, je voudrais, et c’est une psychanalyste qui vous le dit, que l’on cesse de psychologiser la problématique et de féminiser la problématique de l’équilibre familial, de l’articulation entre la vie professionnelle et les enfants, que l’équilibre d’un enfant, c’est un problème de femme, d’homme et de société.
Laure Adler
Merci infiniment, Sylviane.
Alors, vous avez vu dans le film, les droits des femmes avancent, pas assez, pas assez vite, Pas assez durablement. La possibilité pour les femmes d’être à égalité avec les hommes n’est pas encore inscrite non plus réellement dans la société française. Mais que signifie être une jeune femme aujourd’hui ? Je vous propose d’écouter le témoignage de Marie Lombard qui est membre des jeunes socialistes.
Marie Lombard
Il y en a des femmes qui se sont battues pour la liberté. Je trouve ça toujours bien. Se dire qu’il y a des personnes qui ont eu le courage d’affronter des hommes pour s’émanciper, pour avoir le droit sur son corps.
La gratuité de la contraception, c’est une avancée justement parce qu’il n’y a pas une égalité économique là-dessus, parce que c’est vrai que la pilule, ça coûte quand même un certain prix. C’est vrai que moi, j’ai des facilités parce que mes parents me la paient, mais je pense que toutes les adolescentes n’ont pas cette chance-là et ne le disent pas forcément à leurs parents, et n’ont pas la possibilité d’acheter la pilule, ou même des préservatifs, parce que, même si ce n’est pas cher, on n’a pas toujours la possibilité financière de s’en acheter.
Parce que l’autonomie des jeunes filles aussi est très importante par rapport aux parents qui sont toujours derrière pour la contraception, l’IVG, et les jeunes filles devraient pouvoir s’émanciper par rapport à ça et avoir la possibilité de se les acheter toute seules, de prendre la décision toute seules.
Si j’avais un message à faire passer à Ségolène Royal, ce serait de continuer toutes ces avancées parce qu’on parle d’égalité, mais elle n’est pas tout à fait réelle étant donné qu’il y a encore des inégalités dans les revenus, dans l’accès aux emplois, dans la reconnaissance de la femme, il faut justement essayer de conscientiser les personnes sur cette égalité.
Laure Adler
Merci, Marie. Marie a la pêche, Marie a la chance d’avoir des parents qui l’aident, Marie a eu la chance d’avoir Ségolène qui a permis la pilule du lendemain. Cela a été une véritable révolution pour un certain nombre de jeunes femmes. Les problèmes ne sont pas pour autant toujours résolus, n’est-ce pas, Fatima ?
Fatima Lalem, vous êtes sociologue et vous êtes membre du mouvement et je pense qu’ici il est temps de lui rendre hommage, ce mouvement qui est si important à nos yeux, du Planning familial. Alors, où en est-on ? Merci pour cet hommage au Planning familial qui depuis si longtemps œuvre pour les droits des femmes, et souvent en coulisses et sans faire de bruit et de tapage médiatique.
Où en est-on en ce moment sur le problème de contraception et de possibilités d’IVG ? Est-on dans une situation où tout est acquis, ou au contraire les choses sont encore très fragiles ?
Fatima Lalem
Effectivement, ce droit est un droit reconnu aujourd’hui aux femmes, c’est un droit acquis de haute lutte, mais il n’est pas accessible, il n’est pas exercé de manière égale par l’ensemble des femmes aujourd’hui. Vous donner quand même quelques indications chiffrées. Aujourd’hui, 30 millions de Français et de Françaises sont concernés par la contraception. Elle est enseignée en moyenne pour trois heures dans les cursus de médecins. Aujourd’hui, 30 millions de Françaises et de Français sont concernés par la contraception et trois millions de pilules sont délivrées et ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale.
Aujourd’hui, il existe donc un certain nombre d’inégalités importantes par rapport à l’accès à ce droit théoriquement reconnu aux femmes. Et ces inégalités touchent plus particulièrement les jeunes. Je crois qu’il faut parler des difficultés de remboursement effectivement de contraceptifs, mais il faut également parler de tout ce qui a trait à l’information qui est un préalable pour l’appropriation d’une démarche contraceptive. Cette information ne fait pas l’objet de mobilisation régulière de la part des pouvoirs publics Ainsi, les campagnes d’information destinées aux jeunes en particulier sont bien trop rares.
Elles devraient permettre justement à ce que les jeunes filles se reconnaissent dans la possibilité d’utiliser une contraception et de se l’approprier. Elles devraient également permettre une meilleure responsabilisation des jeunes garçons. On est loin du compte aujourd’hui puisqu’on a eu quelques campagnes, espacées, mais chaque génération ne bénéficie pas du dispositif d’information nécessaire et utile.
Je crois qu’il faut également souligner un autre aspect, qui concerne donc la santé sexuelle et reproductive des femmes, qui est celui des lieux. Les espaces où elles peuvent bénéficier d’un accompagnement sont trop rares. Vous savez qu’il existe ce qu’on appelle les Centres de planification et d’éducation familiale qui sont en principe dédiés aux jeunes, aux mineurs, mais il y a des régions entières où il n’y a pas un seul centre. Il y a également des zones où le centre le plus proche est à cinquante kilomètres, et l’accueil des jeunes s’arrête à 18 ans dans ces structures.
Donc, permettre effectivement la contraception gratuite jusqu’à 25 ans, je crois que c’est un enjeu pour les droits des femmes, c’est un enjeu pour la santé publique également. Et je voudrais souligner un autre aspect qui me semble important, c'est que nous avons connu la contraception d’urgence, aujourd’hui elle est utilisée par les jeunes filles, elle est aussi parfois demandée par les garçons puisqu’elle peut être obtenue dans les pharmacies et dans les infirmeries scolaires, mais je crois que cette petite révolution, nous la devons à Ségolène Royal, et je crois que c’est important de l’en remercier. Cette contraception d’urgence, au-delà du fait qu’elle permet de faire face à une situation de prise de risque, elle a permis effectivement de créer une véritable dynamique, d’inscrire la question de l’éducation à la sexualité dans l’institution scolaire, d’amener les débats au niveau des équipes éducatives, de faire repérer l’infirmerie scolaire comme un lieu où les choses de l’intime pouvaient se dire, et d’inscrire les infirmières scolaires comme des partenaires par rapport au réseau d’accompagnement à l’extérieur de l'Éducation nationale.
En principe, la disposition de la loi de 2001, qui prévoit trois séances d’éducation à la sexualité tout le long du cursus scolaire, aurait dû renforcer ces possibilités inscrites à partir de cette loi amenée par Ségolène, malheureusement, peu de choses ont été faites depuis et, aujourd’hui, ces dispositifs, cette éducation à la sexualité inscrite dans la loi n’est toujours pas effective. On manque de moyens et on manque de volonté politique à ce niveau.
Laure Adler
Merci, Fatima, de parler de ces choses extrêmement importantes, pour la liberté et l’indépendance des femmes aujourd’hui. Comme vous le savez, il y a des sujets qui fâchent, donc on n’en parle pas. Quelquefois, on peut garder à l’intérieur de soi des brûlures et puis des douleurs et des souffrances qui vous perturbent jusqu’à la fin de votre vie, quelquefois il y a des choses absolument inavouables, heureusement les mentalités évoluent. Nous allons maintenant aborder ce douloureux problème, mais hélas très concret et qui apparaît heureusement un peu plus aujourd’hui, c’est le problème des violences, des violences conjugales. Je vous propose d’écouter le témoignage d’une femme qui se bat à Dijon, qui fait partie de l’association Solidarité Femmes, Anne Joseleau.
nne Joseleau
Un rajeunissement des femmes victimes de violences est un élément très inquiétant. D’autant que ces femmes, quand elles ont moins de 25 ans, n’ont aucun droit : pas de RMI, aucun droit. Des lois, il y en a, mais qui peuvent parfois être contradictoires pour l’intérêt des femmes et des enfants, et qu’il faut effectivement harmoniser tout cela et mettre toutes ces lois et peut-être faire entrer des nouvelles en cohérence. Par exemple, la médiation familiale est absolument à proscrire du cadre des violences conjugales, à savoir que la médiation n’est pertinente que lorsqu’il y a une véritable égalité des parties. Dans le cadre de la violence conjugale, on sait pertinemment qu’il n’y a absolument pas d’égalité puisqu’il y a quelqu’un qui domine l’autre ou une personne qui est sous le contrôle de l’autre. Et donc, à partir de là, la médiation est complètement faussée.
Laure Adler
Voilà, je crois qu’hélas la situation est assez bien résumée. Alors, nous avons ici ce soir la chance d’avoir Jo Mercier et Suzy Rojtman qui, toutes les deux, depuis très longtemps, travaillent dans le cadre de leur association, Solidarité Femmes et l’Association aussi pour le droit des femmes pour justement aider, accompagner et essayer de prévenir, voire d’empêcher cette violence. Quand je dis « conjugale », entendons-nous bien, cette violence, ce n’est pas seulement les maris qui les exercent sur leurs femmes, cela peut être aussi des compagnons de vie. Il n’y a pas que les maris hélas.
D’autre part, je voulais préciser, mais vous le savez déjà, que cette violence dans les couples se produit dans toutes les classes sociales, que ce soit les classes sociales supérieures comme les classes sociales dites défavorisées.
Donc je donne la parole déjà à Jo qui va nous donner des chiffres parce que, même sur les chiffres on nous ment. Même sur les chiffres on ne nous dit pas la vérité, même les chiffres du ministère de l’Intérieur varient, donc il est peut-être bon d’entendre les vrais chiffres.
Jo Mercier
Les chiffres, cela a été longtemps pour nous une grave question parce que, d’abord, on les a eus très tardivement étant donné qu’il n’y avait pas d’études sérieuses, sexuées, qui étaient réalisées en France, donc chacun y allait de son interprétation. Mais depuis quelques années cela a été un grand progrès puisqu’on a eu l’enquête ENVEFF qui a démontré l’ampleur du phénomène des violences conjugales. Moi, je vous parle surtout des violences conjugales puisque je représente la fédération nationale Solidarité Femmes. Donc il y a eu cette enquête ENVEFF, il y a eu plus récemment une enquête aussi faite par le ministère de l’Intérieur, et c’est une catastrophe parce que cela va au-delà de toutes les espérances.
C’est enfin une question qui est prise en compte, qui est prise en considération, même si c’est un peu tardif de notre point de vue. Mais enfin, c’est arrivé. Néanmoins, cela ne solutionne pas tout puisqu’il y a toujours persistance, aggravation de ces réalités-là. Les moyens que nous avons dans les soixante associations que je représente ici ce soir, ne sont pas à la hauteur des missions qu’on s’était fixées, c’est complètement évident. Les faits sont là, ils résistent et la domination des hommes aussi. Une femme meurt tous les trois jours en France, c’est un chiffre incontestable donné par le ministère de l’Intérieur, et d’ailleurs tout le monde a été un peu ahuri de ce résultat. Victimes de violences conjugales : une femme tous les trois jours.
Une femme sur dix subit des violences conjugales en France, probablement qu’une personne sur trois connaît dans son entourage des personnes victimes des violences des violences conjugales.
Alors, on voit bien que cette triste réalité, on ne peut pas réduire cela à une simple analyse politique ou à une froide leçon de morale. Pour nous, il y va de bien autre chose parce que c’est de notre espérance féministe dont il s’agit. Espérance féministe, surtout espérance humaniste puisque nous sommes dans une société faite de femmes et d’hommes. C’est une certaine idée de l’humanité qui est responsable de notre point de vue, les violences conjugales n’étant qu’une conséquence de ce phénomène.
Je voudrais dire aussi que cette réalité terrible, terrible quand on travaille dans ce domaine, elle est constamment bafouée, y compris dans nos prétoires puisque, comment accepter par exemple qu’aujourd’hui, dans ce beau pays de France nous avons des associations qui sont poursuivies pour avoir mis à l’abri une femme et ses trois enfants ? On a procès actuellement qui va se dérouler à Dunkerque, les dirigeantes sont assignées, la présidente en tant que présidente d’association et la directrice à titre personnel, pour avoir fait quoi ? Pour avoir hébergé une femme, ses trois enfants, à la demande d’une assistante sociale d’un service public, et bien évidemment l’anonymat a voulu être gardé puisque les associations sont tenues et sont engagées même pour mettre à l’abri les femmes qui sont victimes.
Eh bien, voyez-vous, c’est loin d’être solutionné puisqu’on se retrouve avec un procès et qu’on va essayer encore d’évidemment soutenir puisqu’il y a une grande manifestation où on met en avant cette réalité.
Cette réalité nous amène à dire quoi ? Elle nous amène à dire qu’il y a tout de même aujourd’hui, il y a des lois, il y a des mesures qui sont prises, mais elles sont cloisonnées. Pour nous, il y a une incohérence aujourd’hui entre les conditions, ce qu’on appelle les applications du Code pénal et les applications du Code civil. On sait bien que, par exemple, le plus grand danger que courent les femmes, c’est lorsqu’il y a séparation. Or, on est bien obligé de prendre des mesures à ce moment-là, je ne vais pas m’étendre là-dessus, mais d’un côté le Code pénal condamne, et de l’autre côté le Code civil, et cela fait obligation, donne des obligations pour que les enfants voient le père, etc. Qu’il n’y ait pas de malentendu sur cette question, la Fédération nationale Solidarité Femmes est complètement favorable aux droits du père, pas de malentendu là-dessus. Simplement, on pose la question que dans ces conditions où il y a violence, où il y a condamnation, est-ce qu’il n’y a pas tout de même pas un moment où il faudrait mettre en cohérence ces mesures parce qu’un père qui frappe son épouse ou sa compagne, la mère de ses enfants, peut-il toujours être considéré comme un bon père ?
Alors, je pense que la réponse est dans la question, de mon point de vue, et que là c’est dans ce cadre-là que nous réclamons qu’il y ait une plus grande cohérence, et dans bien d’autres endroits aussi.
Laure Adler
Ce qu’on peut peut-être dire, Jo, c’est que le Parti socialiste travaille d’arrache-pied sur le plan législatif en attendant les échéances présidentielles et qu’il y a des propositions très concrètes qui sont déjà articulées et on va peut-être passer la parole à…
Jo Merci
Simplement, je voudrais dire qu’il y a encore beaucoup à faire pour les droits des femmes dans ce cadre-là aussi. Et ce beau pays qui est le pays des droits de l’Homme n’est pas encore celui des droits des femmes.
Laure Adler
Alors, Suzy, il y a un document déjà qui circule et ce n’est pas que des paroles, tout cela.
Suzy Rojtman
Oui, ce que je voudrais dire, déjà, c’est que cela fait depuis 1972 que les féministes luttent contre les violences faites aux femmes et que ces violences s’adossent, se reposent sur toutes les inégalités, discriminations, infériorisation dont souffrent les femmes. Elles font système et elles amènent à s’interroger sur le caractère égalitaire et démocratique de ce type de société où les violences faites aux femmes sont perpétrées massivement.
Je ne citerai qu’un seul chiffre : 48 000 femmes de 20 à 59 ans sont violées par an, et seulement 8 % portent plainte. C’est un constat alarmant. Les féministes ne veulent pas victimiser les femmes, ce sont les personnes qui préconisent que les femmes se taisent qui les victimisent. Les féministes, en laissant parler les femmes victimes de violences, et c’est ce qu’elles font, posent des jalons pour leur reconstruction ultérieure. Alors, on nous dit sans cesse : « Ce n’est même pas la peine de légiférer, nous avons tout. » Oui, nous avons tout du côté de la répression, il manque simplement les violences psychologiques dont la droite n’a pas voulu, lors du vote de la loi du 4 avril 2006, qui portait sur les violences conjugales et les mariages forcés.
Mais allons-nous nous border à la répression ? Sommes-nous sarkozystes ? N’avons-nous pas un projet un peu plus ambitieux ?
Ne devons-nous pas mettre en avant une réelle volonté politique d’éradiquer les violences faites aux femmes ? Je disais tout à l’heure en guise d’introduction que c’est depuis 1972 que nous luttons. C’est pour vous montrer que depuis trente-cinq ans, certes un corpus législatif a été constitué grâce aux luttes des féministes, mais c’est uniquement du côté de la répression.
Le collectif national pour les droit des femmes dont je suis une des porte-parole a élaboré une proposition de loi cadre par rapport aux violences faites aux femmes. Pourquoi ? Parce que je disais tout à l’heure que les violences faites aux femmes faisaient système et il faut répondre donc de façon cohérente et globale par rapport à ces violences.
Qu’est-ce qu’il manque dans la loi à l’heure actuelle ? D’abord la loi cadre devra concerner toutes les violences faites aux femmes. Il y a les violences conjugales, évidemment, mais pas seulement. Il y a le harcèlement sexuel au travail, il y a les mariages forcés, il y a les viols, il y a les crimes d’honneur etc., etc.
Que devrait comporter une loi cadre contre les violences faites aux femmes ? De la prévention dans les écoles, des plans de sensibilisation pérennisés, une solidarité psychologique, sociale et financier des femmes les plus démunies qui sont victimes des violences, la prise en compte au travail des violences que subissent les femmes. Quand une femme est victime de violence conjugale, par exemple, quand elle arrive au travail, eh bien elle n’est pas très productive, elle n’est pas assidue, elle va manquer parce que sa tête et son corps sont ailleurs. Il faut prendre cela en compte, il faut bâtir encore plus, et la Fédération nationale Solidarité Femmes gère des maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violences tout en mettant en œuvre l’éviction du conjoint violent qui est prévu par la loi du 4 avril 2006.
Les femmes doivent pouvoir choisir. Il faut aussi, et je cite en vrac : travailler très sérieusement sur la prévention de la récidive. Il ne suffit pas de doubler les peines en cas de récidive comme l’a fait Nicolas Sarkozy pour prévenir quoi que ce soit, ce n’est pas vrai. Il y a tout un travail à faire social, criminologique, sociologique, etc., auprès des agresseurs, il faut le prendre en compte.
Il faut aussi, on dit sans cesse que tous les trois jours une femme meurt victime de violences conjugales, il faut les protéger, ces femmes, et les textes existent déjà, mais ils sont dispersés. Ce que préconise le Collectif national pour les droit des femmes, dans sa proposition de loi cadre, c’est de regrouper ces textes dans ce que nous avons appelé une ordonnance de protection. Qu’est-ce qui se passe ? La femme qui se sent en danger peut aller voir le juge, ou peut aller voir un policier qui transmet à sa demande écrite explicite, ou un travailleur social qui transmet dans les mêmes conditions. Le juge a 24 heures pour convoquer la femme et l’homme séparés s’il le juge nécessaire et mettre en avant ces mesures de protection : éviction du conjoint violent, interdiction de communiquer, interdiction de s’approcher, suspension de l’autorité parentale s’il le juge nécessaire, etc.
C’est à ce prix seulement qu’on réussira à faire en sorte qu’il y ait moins de décès. Et j’ai oublié de le dire, et c’est très important, la proposition de loi qu’a élaborée le Collectif national pour les droit des femmes s’appuie sur la loi organique contre la violence de genre qu’a fait voter José Luis Zapatero en décembre 2004 en Espagne.
Alors, une chose maintenant, qui est très controversée dans notre proposition de loi cadre, mais qu’a mis en avant Zapatero : nous désirons créer des tribunaux de la violence à l’encontre des femmes. Rassurez-vous, on ne va pas recréer la cour de sûreté de l’État qui a été abrogée par François Mitterrand au début de son premier septennat, et nous n’allons pas non plus recréer Guantanamo. Nous jugeons, comme l’a dit Jo tout à l’heure, que c’est la seule façon de prendre en compte l’énormité du contentieux que tous les magistrats reconnaissent des violences faites aux femmes au sein des tribunaux. Et c’est la seule façon d’articuler le pénal et le civil.
Par exemple, quand le juge pénal instruit une plainte pour violences conjugales, en même temps le juge civil dit qu’il doit avoir un droit de visite, soit une garde alternée, etc. C’est-à-dire que l’enfant est encore soumis au conjoint qui dévalorise la mère, la traite plus bas que terre, etc., et ce n’est pas possible ces choses-là. Ces tribunaux que nous préconiserons comporteront évidemment toutes les garanties démocratiques. Nous sommes dans un État de droits et nous tenons à y rester.
Nous savons que, pour pouvoir faire aboutir cette loi cadre, il faudra une très forte mobilisation. C’est pour cela que pour la première fois en France les associations qui militent contre les violences faites aux femmes, et pas uniquement puisque le Collectif national pour le droit des Femmes milite sur tous les sujets mais aussi la Fédération nationale Solidarité Femmes dont j’ai eu la présidence, mais aussi le Mouvement français pour le planning familial, mais aussi le Collectif féministe contre le viol, mais aussi Femmes solidaires appellent, avec le soutien de nombreuses associations féministes, de nombreux partis, dont le Parti socialiste, de nombreux syndicats à une manifestation nationale à Paris le 24 mars.
Alors toutes et tous, à 14 h 30 à République le 24 mars. Merci.
Laure Adler
Merci infiniment pour tous vos témoignages et votre analyse. Je voulais vous annoncer qu’aujourd’hui nous sommes toutes et tous ensemble à Dijon et que Ségolène Royal vient nous rejoindre.
Laure Adler
Merci infiniment d’être avec nous, Ségolène Royal. Certains crient dans la salle « Ségolène présidente ! » On sait qu’hier vous étiez avec Angela Merkel, on sait qu’il y a un mois et demi vous étiez avec Michelle Bachelet. Je vous propose d’écouter le message de soutien, d’empathie, qu’elle a fait pour vous en cette journée particulière.
Michelle Bachelet
Chère Ségolène, chère amie, c’est avec une grande émotion que je t’adresse ce message d’encouragement en cette veille de la journée internationale des femmes. Le rôle des femmes est essentiel pour approfondir nos démocraties et les rapprocher davantage aux citoyens.
Je garde le souvenir très vif de ta présence parmi nous le dernier jour de notre campagne présidentielle, au moment où mon peuple s’apprêtait à prendre une décision cruciale. La participation grandissante de femmes à des postes de plus haute responsabilité politique est un pas vers l’égalité et la modernisation de nos sociétés. Je te félicite. Par ta contribution, tu fais une grande contribution à la cause des femmes dans le monde. Je t’adresse mes meilleurs vœux pour la démocratie en France. Je t’embrasse.
Laure Adler
Vous avez sans doute remarqué que cela Devient à la mode d’être présidente maintenant et qu’il y a de plus en plus de femmes présidentes. Moi, je suis très heureuse d’accueillir ici Yvette Roudy, qui est notre maman dans le féminisme socialiste. Yvette, tu vois, tu n’as pas perdu tes supporters qui depuis le congrès d’Épinay à l’intérieur du Parti socialiste, fait de manière opiniâtre, obstinée, volontaire, enflammée, ardente, fait progresser les droits des femmes. C’est elle qui a été la première ministre des Droits des femmes sous François Mitterrand, c’est elle qui a fait voter la loi : à travail égal, salaire égal, c’est elle qui a permis et permet encore aujourd’hui à toutes les femmes qui sont sur le bord du chemin et à toutes les jeunes femmes qui veulent avancer, croire en l’avenir, de pouvoir continuer.
Donc merci infiniment, Yvette. Et maintenant tu va nous raconter ce qui s’est passé parce que, aujourd’hui, à Dijon, il s’est passé beaucoup de choses ; et à l’intérieur du Parti socialiste, on sait que c’est un parti international, mais peu de gens, trop peu de gens savent qu’il y a un Parti socialiste aussi européen qui a tenu ses assises cet après-midi, que de nombreuses femmes sont venues pour rejoindre Ségolène tout à l’heure et vont intervenir, pas seulement des femmes européennes, mais aussi des femmes du monde entier. Et tu vas peut-être nous raconter à quel point finalement solidarité, femmes, internationalisme et socialisme, ça rime et ça va ensemble.
Yvette Roudy
Eh bien, merci, Laure, de cet accueil si chaleureux. C’est vrai, j’ai fait tout ça, quand tu le rappelles, au fond je me dis : c’est vrai, après tout… Plus le remboursement de l’IVG, et plus la transmission du nom, et plus la possibilité de transmettre son nom à son enfant si on le souhaite. Et ça, ça a pris quinze ans parce que les droits des femmes ça prend beaucoup de temps, ça prend énormément de temps.
Et depuis que Klara Zetkind* a proposé que le 8 mars soit la journée des femmes, c’était en 1910, nous avions commencé avec François Mitterrand à proposer que chaque année effectivement on marque cette journée du 8 mars par des événements pour rappeler le chemin parcouru, parce qu’il y a quand même des chemins parcourus, mais aussi tout ce qui reste à parcourir.
Alors, c’est international, c’est une fête internationale qui rassemble toutes les femmes, et c’est pourquoi aujourd’hui nous avons beaucoup de femmes, que vous allez voir tout à l’heure, qui sont venues de tous les coins d’Europe.
En France, cela ne s’est pas passé facilement. Il a fallu deux siècles, deux siècles pour que les femmes arrivent à conquérir d’abord le droit à l’instruction, ensuite le droit au travail puisque Proudhon disait : « Oh, les femmes, non, ce n’est pas bien de les avoir dans une usine, ça va troubler les ouvriers et puis ça va créer des difficultés. Elles sont très bien, ménagères ou courtisanes. » Nous, on avait ça en France. Les Allemands avaient Klara Zetkind*, c’était mieux quand même. Mais enfin, on a emprunté à Klara Zetkind* le droit au travail. Le droit à disposer de son corps, ça a été très long, très dur, certaines d’entrevous s’en souviennent. Il y a là des femmes du Planning familial que vous avez entendues, qui ont parlé. Cela a pris trente ans et plus.
Et puis le droit de vote, et maintenant nous en sommes à essayer d’arracher la parité, ce n’est pas acquis parce qu’une place pour une femme c’est encore perçu comme une place en moins pour un homme. Et, croyez-moi, les malheureux hommes blancs souffrent en ce moment parce qu’ils ont le sentiment qu’on va leur prendre leur place. Je leur dis : « Ne vous inquiétez pas, vous, vous attendrez un peu, nous ça fait deux cents ans qu’on attend, on comprend votre souffrance et on ne veut pas votre place, on veut seulement la nôtre. » Donc ce jour, ici, est historique parce que nous allons accueillir une femme que nous voulons présidente. Nous voulons Ségolène présidente, nous la voulons parce qu’elle n’est pas, Ségolène n’est pas arrivée comme ça, elle est arrivée parce que, derrière, il y a eu toutes ces luttes de femmes. Je vous ai dit deux siècles, et cela a été long et cela a été dur. Et elle, elle est arrivée là où elle est, et je peux vous dire qu’on ne lui a pas fait de cadeaux.
Je ne veux rien rappeler en termes de mauvais souvenirs aujourd’hui, on est content, on est heureux, elle va gagner, donc on oublie tous les mauvais moments derrière nous, évidemment.
Mais Ségolène, ce n’est pas n’importe qui, on ne lui a pas fait de cadeaux, elle a vraiment gagné tous ses galons à la sueur de son front, mais dans les pires difficultés. Elle sait ce que c’est que de travailler à la dure, elle sait ce que c’est que les difficultés, elle sait aussi ce que c’est que de se faire insulter. On compte beaucoup sur elle, on compte sur elle pour réconcilier les Français avec la politique. Parce que, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ils n’allaient plus aux urnes, les Français. Elle a déjà réconcilié le oui et le non chez nous, c’est pas mal. On compte sur elle aussi pour qu’elle relance l’Europe et qu’elle fasse admettre que les droits des femmes doivent faire partie des conditions indispensables pour adhérer à l’Union, c’est-à-dire que des pays comme la Pologne, l’Irlande, Chypre, Malte, qui refusent d’entendre parler de contraception et d’IVG, moi je leur aurais imposé, avant d’entrer dans l’Union. Donc nous comptons sur elle pour cela.
Et enfin nous comptons aussi sur elle pour élargir ce message qu’elle va lancer au-delà de l’hexagone, et je dirai même au-delà de l'Europe, jusque vers cette Afrique qu’elle connaît et qu’elle aime, qui souffre de maladies, de sida, etc., où les femmes sont encore très mal traitées, nous avons ici une amie qui anime une association qui lutte contre l’excision, elle nous a accompagnées, elle a bien des choses à raconter aussi. Nous avons beaucoup à faire avec cette Afrique, elle a beaucoup de travail.
Elle a beaucoup de travail, c’est pour cela qu’elle a besoin de nous. Mais elle est forte, elle n’a aucune illusion, mais elle est optimiste. C’est une femme qui n’a peur de rien, je peux vous le garantir, donc ce n’est pas la peine de se dire : elle va craquer, elle va lâcher, elle ne va pas réussir, elle va être fatiguée.
Alors là, je veux les rassurer tout de suite, ils risquent d’être déçus ceux qui pensent cela. Donc, Ségolène, c’est une chance, pas seulement pour les femmes, c’est une chance pour la démocratie, c’est une chance pour le pays, pour la France, pour l'Europe et au-delà, bien au-delà. Elle va porter très loin et très haut son message, son énergie, son talent, sa force de caractère. Nous la voulons présidente !
Laure Adler
Merci, Yvette. Je te propose d’accueillir toutes ces femmes qui sont venues de l’international et qui vont venir sur le plateau témoigner : j’appelle Zita Gurmaï, présidente du Parti socialiste européen des femmes, qui est venue de Hongrie ; j’accueille Estela Carlotto, présidente de l’Association des grands-mères de mai de disparues en Argentine ; j’accueille Nouzha Chekrouni, ministre marocaine ; et je retrouve Shoukra Haîdar, que j’ai la chance de connaître depuis très longtemps, qui lutte pour le sort des femmes afghanes.
Zita Gurmaï
Chers camarades, amis socialistes et militants, chère Ségolène, en tant que présidente du Parti socialiste européen des femmes, je suis vraiment heureuse d’être ici avec vous. Je sens que c’est le grand moment qu’on peut décider de qui fait quoi. Je suis ici pour montrer une vraie solidarité européenne, j’ai des amis là-bas, de Lettonie, de l’Espagne, et tous les pays membres de l'Union européenne, parce que nous, femmes socialistes européennes, nous soutenons Ségolène qui, en tant que femme compétente, femme socialiste, a réussi sa carrière professionnelle aussi bien que sa vie de famille. Nous sommes convaincus que toi, Ségolène, tu es la gagnante dans cette bataille. Je suis convaincue.
Pourquoi elle est la gagnante ? Connaissez-vous les cent points des présidentielles ? C’est très important de connaître ce qu’il y a dedans. Ségolène, tu promeus également des principes qui contribuent à l’égalité entre femmes et hommes, et construisent une Europe sociale. Une Europe sociale de Jacques Delors, de Poul Nyup de Rasmussen. Et toi, tous les Français, nous avons besoin d’une Europe sociale beaucoup plus sociale, et avec toi, Ségolène, on peut le faire.
Ségolène, tu proposes un service public de la petite enfance et la scolarisation obligatoire dès trois ans. Non seulement cela permet à chaque enfant une base de départ solide et toutes possibilités égales en ce qui concerne leur futur et l’entrée sur le marché du travail.
Elle a déjà prouvé son engagement, elle a fait sa signature dans notre livre de la petite enfance, une campagne lancée par notre Parti socialiste européen. C’est très important, elle était la première à soutenir cet acte très important.
Investir dans la petite enfance, c’est investir dans le futur de nos citoyens et dans une Europe sociale. C’est ce dont nous avons besoin, Françaises et Estoniennes, et tous les membres de l’Europe nous avons besoin de cette Europe sociale.
Pourquoi promouvoir l’égalité ? Nous voulons tous une Europe sociale, une Europe avec plus d’emplois, une Europe adaptée à la société d’aujourd’hui prenant en considération le changement démographique et les besoins économiques, c’est-à-dire que nous devons inclure tous les citoyens dans la construction d’une Europe que nous souhaitons, une Europe sociale.
Chers amis, vous demandez une France et une Europe plus sociale, une France plus sensible à la réalité de notre société, une France qui ne laisse personne de côté. Je suis convaincue qu’en tant que future présidente passionnée par l'Europe, Ségolène, tu es capable de mener les citoyens français et françaises qui croient en une Europe sociale et plus solidaire.
Tu nous as montré tes capacités, ta motivation et ton bon courage dans le passé. Je suis convaincue que tu peux le faire. Nous croyons en toi, Ségolène, nous croyons en une France et une Europe beaucoup plus sociale. Merci beaucoup.
Laure Adler
Nouzha Chekrouni
Bonsoir à toutes et à tous. On vous l’a dit, je viens du Maroc, vous connaissez ? Je viens de l’autre rive, la rive Sud, et votre combat n’est pas du tout étranger au nôtre, nous sommes aussi de l’autre côté en train de mener notre bataille, celle pour la démocratie, pour les droits de la femme, pour dire non à la violence, pour dire oui à la stabilité, pour dire oui ensemble pour un Maroc démocratique, moderne et nous suivons avec beaucoup d’intérêt ce qui se fait chez vous.
Alors, aujourd’hui, je suis là pour apporter un message, un message d’amitié au nom de mon parti, l’Union socialiste des forces populaires, qui partage avec vous toutes et tous les valeurs sociales de la démocratie, de l’équité, de la justice sociale. Je viens donc au nom de mon parti, en mon nom personnel, pour vivre avec vous ce moment, le partager. Ce n’est pas le 8 mars, on a un peu grignoté pour la seule journée qui nous était offerte, on a même pris le 7 mars après-midi et on se réunit ici tous pour dire à Ségolène que nous sommes là pour te soutenir, pour être avec toi, pour aller de l’avant avec toi, pour une nouvelle France, une France qui est dirigée au féminin.
Je voudrais vous dire : si j’ai fait le déplacement, c’est parce que j’y crois, c’est parce que ma conviction profonde de venir partager ce moment et dire que deux siècles de combat pour l’égalité, deux siècles de combat des femmes, la France ne mérite-t-elle pas une présidente femme ?
Eh bien, la présidente femme, elle est là, c’est Ségolène Royal.