FORUM PARTICIPATIF St JULIEN

Publié le par EXCOFFIER

COMPTE RENDU

du débat participatif du 29 janvier 2007

Thème du débat : L’ Education

Animation : Jean-Pierre Eymery, Directeur de l’Ecole Elémentaire de Thairy

Modération : Sylvie Camilleri

Rédaction du compte-rendu : Véronique Le Cauchois, Sylvie Camilleri

Lieu du débat : Espace Jules Ferry, Saint-Julien-en-Genevois

Personnalités:

Dr Ali Harabi, candidat aux Législatives, 4ème circonscription de Haute-Savoie

Jacques Encrenaz, Secrétaire Fédéral chargé de l’Education et de la Culture

Jean-Michel Thénard, Maire PS de St Julien en Genevois

Nombre de participants : 28 dont 13 de la société civile.

Thématiques abordées :

1. L’école est-elle seule responsable de tous les échecs en matière d’éducation ?

2. Aujourd’hui, dans notre société quelle place est donnée à l’école ?

3. Est-ce que les moyens humains, techniques et financiers sont en adéquation avec l’idée de

réussite scolaire dans l’égalité et la mixité sociale ?

4. Comment résoudre les problèmes de violence dans les établissements scolaires ?

5. Quelles sont les perspectives d’avenir de l’école, dans notre société en constante

évolution ?

Structure du débat :

30 minutes consacrées au cycle primaire (maternelles et élémentaires)

30 minutes sur le cycle secondaire comprenant les enseignements généraux et techniques.

30 minutes sur l’enseignement supérieur

30 minutes de débats complémentaires, synthèse générale et Conclusion

Cycle élémentaire

L’école maternelle

Les problèmes identifiés :

L’accueil des enfants de deux ans

Le passage de la crèche à la maternelle

Les effectifs (problème récurrent)

Le manque d’association des parents à la vie de la maternelle

L’apprentissage citoyen et social se fait entre 0 et 6 ans.

La maternelle obligatoire ou non ?

Les solutions proposées :

Des moyens pour accueillir les enfants de deux ans

Plus de moyens car nécessite plus de locaux, de matériel spécifique et de personnel.

Un passage progressif entre la crèche et la maternelle

Création de transversales avec les structures administratives (crèches) et l’Education

Nationale (écoles). Aujourd’hui c’est ingérable.

Réduire les effectifs

Les effectifs en crèche sont de 1 adulte pour 4 à 5 enfants.

En maternelle, ils sont de deux adultes pour 15 à 25 enfants.

Il arrive trop souvent encore d’avoir des classes surchargées chez les petits.

Il faut donc plus d’aide auprès des enseignants avec plus d’ATSEM et plus de moyens

techniques.

Un cadre formel parents/maternelle

Les parents doivent être plus associés à la vie de la maternelle, en favorisant des activités

communes. Cette relation doit être formalisée dans les textes et pensée avec les parents et

ce pour que la Fonction Education soit partagée avec l’école et les parents.

Tout se construit entre 0 et 6 ans, il est temps d’adapter l’école à cet état de fait

La socialisation et le comportement citoyen sont des acquisitions qui se font très tôt. Pour

exemple, le mélange social se fait à la maternelle de façon naturelle. Les représentations du

monde se construisent entre 0 et 6 ans et la vie citoyenne également. Il faut donc construire

une école qui transmet dès le plus jeune âge. Peut-être avec un cadre d’apprentissages

couplé avec la crèche. « Apprendre et rendre citoyen » (Jules Ferry)

La maternelle obligatoire

Car elle est un passage fondamental dans les acquisitions du très jeune enfant et le moment

propice à l’apprentissage de la citoyenneté, apprentissage qu’il faut renforcer. Le travail fait

par les instituteurs (trices) est structuré et structurant pour l’enfant.

Ecole élémentaire

Les problèmes identifiés

Le soutien scolaire

Le manque de personnalisation des apprentissages fondamentaux

La formation des enseignants

La surcharge des classes

Les solutions proposées

Un soutien généralisé pour tous

Il permettrait à tous les enfants de faire leurs devoirs avant de rentrer à la maison et ainsi

d’apporter une réponse aux parents qui ne peuvent pas aider leurs enfants, faute de temps ou

de maîtrise des matières, notamment de la langue.

Ce soutien doit aussi se faire en créant des groupes de différents niveaux avec un instituteur

chargé de travailler avec les enfants qui connaissent des difficultés dans certaines matières.

Donner la possibilité d’acquérir des savoirs à son rythme avec des modules de

« compétences »

Chaque enfant a son rythme pour acquérir les savoirs. Certains sont bons en math et pas en

français ou le contraire. En créant des modules de compétences, on permet à l’enfant

d’apprendre et d’avoir le soutien dans la matière où il en a besoin. C’est une autre forme

d’apprentissage en fonction de leur évolution, moins anonyme que celui de la classe. Il

suppose plus de moyens et de concertation.

Une formation appliquée sur le terrain

Les enseignants ont des formations tout au long de leur carrière en plus des années d’école

mais souvent ils entrent dans le moule sans optimiser les outils appris.

Des classes moins lourdes

Moins d’élèves pour plus d’efficacité et moins de stress pour les enfants.

« Il faut tout un village pour éduquer un enfant »

Chaque structure dans son domaine de compétences pour finalement un travail d’éducation à

plusieurs niveaux, pris en charge à la fois par l’école, les structures sociales et culturelles. Un

« village », c’est un partenariat.

A propos de la carte scolaire

Aujourd’hui elle ne fonctionne plus, au lieu de développer la mixité sociale, elle enferme les

enfants dans des ghettos.

Pour exemple, dans le groupe scolaire Buloz de Saint-Julien-en-Genevois, le rapport 60%

d’enfants issus de familles moyennes ou aisées contre 40% d’enfants issus de familles

défavorisées a basculé vers un rapport de 40 à 60% de par le coût de l’immobilier et des

déménagements. La mixité sociale a disparu d’elle-même. Si la carte doit être gardée, elle

doit éventuellement être transformée par le choix du nombre d’écoles.

Cycle secondaire : collèges et lycées

Les problèmes identifiés

Sélection par l’élimination

Une place pour l’élite

Des enseignements très lourds

Le technique et le professionnel mal vus

Problème d’éducation civique

Pas de retour en arrière possible ou de pause dans les études

Des lycéens mal représentés

Pas assez de non enseignants dans ces établissements

Un système stressant

Le cas des enfants immigrés qui ne maîtrisent pas la langue

L’histoire des colonies et des religions telles qu’elles sont enseignées

Les solutions proposées

Revoir le système de sélection dans son fondement

Sans place pour la différence, sans possibilité de pause dans ses études car l’enfant ne sait

pas ou croit seulement savoir ce qu’il veut faire plus tard, il ne reste plus d’espace pour les

« non formatés ou formatables ».

Le système français est un vaste entonnoir qui procède par élimination au lieu de sélectionner

en fonction des qualités de chacun. C’est une question de valeurs qui pour être changées doit

passer par un travail de questionnement de toute la société.

On pourrait aménager certains points comme une orientation plus performante et peut-être

la découverte « ludique » des métiers dès la sixième.

Dépasser l’élite des cols blancs

Les diplômes ne mènent pas au travail même si il faut des diplômes pour travailler. ..

Les cols blancs sont-ils l’élite de la France ? Cette réalité est franco-française et ne

correspond pas aux enjeux du monde actuel.

Il est nécessaire de revoir les passages obligés de la réussite et de tenir un autre discours aux

élèves avec, par exemple, une sensibilisation des parents sur les métiers possibles d’avenir

pour sortir finalement du « ton bac d’abord ! ».

Des enseignements mieux répartis

Avec une place pour le sport et les matières liées à la création en étudiant les autres modèles

européens.

Revaloriser les filières techniques et l’apprentissage

Ne plus faire une bonne fois pour toute du lycée professionnel la solution du pis aller.

L’exemple de la Suisse est éloquent. Faire preuve d’humilité en regardant ce qui se fait de

bien autour de nous. Les techniciens sont reconnus d’abord par les entreprises … qui

accordent des salaires aux apprentis et aux techniciens à la hauteur de leurs compétences.

Le monde de l’entreprise a un énorme rôle à jouer dans la valorisation des filières

professionnelles en rémunérant mieux son personnel technique et en le valorisant. Un

changement dans cette direction aura une incidence sur l’enseignement.

Education civique

Un programme plus complet sur ces volets et des expériences sur le terrain. Intégrer

l’enseignement sur les syndicats. Développer la démocratie lycéenne.

Avoir le droit de ne pas savoir ce que l’on veut à 14 ans

Un retour en arrière doit être possible, une sorte de contrat où le lycéen ou le collégien

s’oriente vers une filière qu’il teste mais si cela ne lui convient pas il a la possibilité de revenir

dans le système d’éducation classique comme cela se fait pour les enfants en grande

difficulté.

On ne peut pas être homogène dans l’enseignement : les orientations sont multiples et

l’entrée ou le retour au cursus classique doit pouvoir se faire lorsque l’on est prêt.

Un syndicat pour les lycéens

Un vrai syndicat représentatif pour les lycéens et une meilleure représentation des parents

d’élèves avec le droit à l’absence en tant que salariés pour les conseils de classes, CA ou

autres activités de parents d’élèves.

Davantage de non enseignants dans les établissements

Les infirmières, les personnels d’orientation sont des oreilles attentives qui jouent un rôle

préventif et de dépistage fondamental dans les problèmes de l’enfance et de l’adolescence.

Leur rôle et leurs effectifs doivent être renforcés.

Des écoles d’accueil pour les jeunes immigrés

Les enfants venant d’autres pays se retrouvent souvent dans une classe qui ne correspond

pas à leur niveau faute de connaître la langue.

Des écoles relais devraient être mise en place pour une courte période, le temps que l’enfant

acquiert les bases linguistiques pour continuer ses études le plus vite possible dans

l’enseignement classique.

Exprimer les mémoires plurielles

En intégrant dans les programmes d’histoire une réflexion plus profonde sur les vagues

successives d’immigration, mais attention les mémoires personnelles ne doivent pas être

confondues avec les mémoires collectives.

Enseignement supérieur

Les problèmes identifiés

Un manque d’infrastructures en Haute-Savoie

Un modèle universitaire écorné

Un rapport universités/grandes écoles tronqué

Le statut de l’étudiant qui travaille

L’égalité et la mixité sociales ne sont pas au rendez-vous

Les solutions proposées

Un enseignement supérieur en Haute-Savoie

90% de réussite au bac, 50% de ces étudiants rentrent dans la vie active, les autres

poursuivent leurs études supérieures à Lyon ou Grenoble et ne reviennent pas… Ceci pose

un réel problème localement.

Afin de former et de garder sur place les chercheurs, les diplômés, il faut doter le territoire

d’un système d’enseignement supérieur, soit une université de Haute-Savoie, soit une

université franco genevoise (intéressante pour la complémentarité) avec des départements

centrés coté français. Attention à la concurrence européenne !

Un modèle universitaire mieux financé

Avec un des coûts européens les plus faibles par étudiant en Europe, l’enseignement

universitaire français souffre d’un manque de moyens. Par ailleurs, les entreprises

s’intéressent plus aux diplômés des grandes écoles ou des écoles supérieures privées. Il faut

donc rétablir la situation.

Les enseignants sont actuellement uniquement valorisés par leur travail de recherche et les

publications qui en découlent et non pas par leur activité d’enseignement. Il faut donc rétablir

la situation en valorisant en premier la qualité de l’enseignement dispensé. Il est aussi urgent

de donner les moyens financiers nécessaires à la rénovation de l’université française.

Un modèle à revoir

L’élitisme et le travail individuel sont les grandes spécificités de l’enseignement supérieur. Il

faut apprendre aux élèves le travail d’équipe, la collaboration, le savoir « travailler ensemble »

et ne pas en faire uniquement des bêtes à concours.

Libérer celui qui veut étudier de l’obligation d’avoir une activité professionnelle pour

survivre

Les problèmes à résoudre : l’égalité des chances et de la mixité sociale.

Les bourses ne répondent pas aux besoins réels. Un étudiant qui doit travailler a de moins en

moins le temps le temps d’étudier plus il avance dans ses études. Il doit à un moment

abandonner le travail pour se consacrer exclusivement aux études. Il faut donc donner une

autonomie financière à l’étudiant soit par le biais d’une allocation ou d’un système de prêt

financé par l’Etat (comme en Suède) et remboursé sur la fiche de salaire dès les premières

années de sa vie active.

Les grandes écoles doivent s’ouvrir davantage aux étudiants de toute classe sociale.

Aujourd’hui il s’agit d’une élite où le relationnel du tissu des dirigeants des grandes entreprises

fonctionne énormément.

Quelles sont les recommandations que vous pouvez proposer en

complément des réponses formulées ?

Les attentes des participants sont éloignées de celles des politiques.

L’enjeu de la réussite scolaire ne se mesure pas aux résultats des enfants

mais bien à leur réussite de vie dans l’école, le reste en découlant

forcément. Aujourd’hui parents et enseignants souhaitent une école où

l’enfant se sente chez lui et qui le prenne en considération dans sa

différence et dans l’unique potentiel qu’il représente.

Nous sommes très loin en termes d’attentes des critères de masse qui

régissent l’éducation d’aujourd’hui et des valeurs qui misent tout sur

l’élitisme classique.

Les gens attendent un renouveau et refusent la stigmatisation des parents

dans leurs défaillances, bien qu’il soit nécessaire d’en faire des parents

citoyens.

Le modèle familial a changé sous les pressions de l’économie et d’une

société à l’ère de la vitesse numérique, médiatique, etc. Le modèle familial

et sa fonction ont éclaté au détriment d’une certaine vision de l’éducation.

Aujourd’hui c’est tout un village pour élever un enfant qu’il faut réinventer

avec l’école sur la place de ce village virtuel.

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Publié dans segolene

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