Mercredi 28 février 2007

I TELE
 
I POLITIQUE – Le 28/02/2007 – 08 :33
 
Invitée : Ségolène ROYAL,
Candidate PS à l’élection présidentielle 

 
Laurent BAZIN
 
Et Ségolène ROYAL est en notre compagnie avec une actualité extrêmement chargée. Bonjour, madame ROYAL. Merci d’être avec nous.
 
Laurent BAZIN
 
AIRBUS, le chômage, les banlieues bien évidemment, puisque vous étiez, hier, à Clichy-sous-Bois. On va parler de tout ça. Il y a une… on a l’habitude de parler de boule puante…
 
Nathalie IANNETTA
 
… depuis Georges Pompidou on parle comme ça.
 
Laurent BAZIN
 
… en ce moment, de la campagne, et depuis effectivement Georges Pompidou. Il y a dans LE CANARD ENCHAINE une information sur les conditions dans lesquelles Nicolas SARKOZY aurait acquis un appartement qu’il a revendu aujourd’hui, qui était sur l’île de la Jatte, en bénéficiant d’une ristourne, dit LE CANARD ENCHAINE, de 300 000 €. Est-ce que ça fait partie des informations que vous avez commentées ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je n’ai aucune information particulière sur ce sujet-là. La seule observation de nature générale que je peux faire, c’est que les dirigeants politiques doivent être honnêtes, tout simplement, et montrer l’exemple.
 
Nathalie IANNETTA
 
LE CANARD ENCHAINE annonce que la semaine prochaine il y aura des révélations sur votre patrimoine à vous et à monsieur François HOLLANDE. Est-ce que ça vous inquiète ?
 
Ségolène ROYAL
 
Pas du tout, il n’y a aucune révélation à faire puisque tout est transparent.
 
Laurent BAZIN
 
Mais alors pourquoi LE CANARD ENCHAINE laisse-t-il planer ce doute-là ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je ne sais pas. Nous verrons bien !
 
Nathalie IANNETTA
 
On verra mercredi !
 
Ségolène ROYAL
 
Voilà !
 
Laurent BAZIN
 
C’est avec sérénité apparemment que vous affrontez maintenant ce qui va vous arriver et vous savez que les coups vont être portés ou continués à être portés.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, parce que je pense aux Français, je pense à la crise démocratique, et je me dis que je dois être à la hauteur de cet enjeu de l’élection présidentielle, et que les Français ont envie de savoir si la politique sert encore à quelque chose, et moi je crois que oui. Ils attendent un changement profond, ils ont compris que le système actuel ne fonctionnait plus et que donc les rustines ne suffisaient plus et qu’il fallait une autre façon de voir les choses, une autre façon d’agir, une autre façon de comprendre à la fois les dégâts de la mondialisation, mais aussi les atouts, ce qu’elles peuvent rapporter, et en même temps changer aussi en profondeur les relations sociales en France.
 
Laurent BAZIN
 
Mais que peuvent faire les politiques ? C’est la question, Nathalie, on le lisait à la Une du PARISIEN AUJOURD’HUI CE MATIN. Que peuvent faire les politiques pour AIRBUS ?
 
Nathalie IANNETTA
 
Oui, c’est la Une, pour AIRBUS. Alors, il n’y a pas cent Français qui vont vous poser des questions, il y en a un, il est syndicaliste à Force ouvrière, qui est le syndicat majoritaire chez AIRBUS. Il était notre invité il y a quelques minutes. On lui a demandé s’il avait une question à vous poser ? Ben là voilà, il s’appelle Yvonnick DRENO.
 
Yvonnick DRENO, Délégué FO – AIRBUS (Saint-Nazaire)
 
Si elle était au pouvoir que ferait-elle pour défendre, je dirais les établissements d’AIRBUS ? Que ferait-elle pour défendre l’industrie en France parce qu’on nous parle beaucoup de défense de l’industrie mais dès qu’il y a, je dirais des dossiers concrets on a l’impression quand même que l’Etat français joue petits bras.
 
Laurent BAZIN
 
Que feriez-vous pour AIRBUS ?
 
Ségolène ROYAL
 
D’abord, cette observation est très juste. je voudrais dire que j’ai rencontré les salariés d’AIRBUS à Méaulte, leur désarroi, le sentiment d’être…
 
Nathalie IANNETTA
 
… oui, c’est l’autre usine concernée par la fermeture.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, c’est l’autre usine concernée. Leur désarroi, le sentiment d’être les jouets d’abord d’un mauvais pilotage de l’entreprise, on se souvient de l’épisode FORGEARD, qui est parti en plus avec un parachute doré.
 
Nathalie IANNETTA
 
Six millions d’euros.
 
Ségolène ROYAL
 
Six millions d’euros, alors que, là, les salariés sont dans l’angoisse de perdre leur travail. L’angoisse, on sait comment ça joue aussi sur les politiques familiales, on ne pense plus qu’à ça, il y a un désarroi extrêmement profond, et puis le sentiment d’un immense gâchis. Il y a un immense gâchis à AIRBUS et il était possible de faire autrement.
 
Nathalie IANNETTA
 
Comment ?
 
Ségolène ROYAL
 
Il était possible de faire autrement d’abord en nommant des dirigeants responsables et sérieux.
 
Laurent BAZIN
 
Vous dites que monsieur FORGEARD n’était pas un homme sérieux !
 
Ségolène ROYAL
 
Ecoutez, regardez le résultat.
 
Laurent BAZIN
 
Il n’avait pas la réputation d’être un rigolo, c’est ça que je veux dire.
 
Ségolène ROYAL
 
Vous avez le résultat quand même, donc je crois que l’Etat actionnaire doit remplir ses responsabilités d’actionnaire et ne pas instrumentaliser les entreprises pour y nommer un certain nombre d’amis politiques qui ne sont pas forcément compétents.
 
Laurent BAZIN
 
C’était l’ancien conseiller industriel de Jacques CHIRAC.
 
Ségolène ROYAL
 
Exactement ! La seconde chose, c’est qu’il faut s’entendre avec les Allemands. Or, si l’on veut défendre une industrie aéronautique, un fleuron de l’aéronautique européenne, il faudrait éviter d’être en conflit avec les Allemands.
 
Laurent BAZIN
 
On s’y est encore mal pris, à votre avis ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je pense que le double pilotage… aujourd’hui, vous le savez, il y a deux patrons, un patron français et un patron allemand, donc il y a une crise aussi du commandement à AIRBUS. Il faut s’entendre avec les Allemands et ne pas se tirailler et chercher à s’arracher les entreprises d’un pays à l’autre. Si l’Europe veut être forte sur le plan industriel, elle doit faire converger ses efforts.
 
Laurent BAZIN
 
Ca, c’est  ce qu’on aurait pu faire mieux, mais aujourd’hui, dans la situation dans laquelle nous sommes, nous sommes au lendemain de l’élection présidentielle du second tour, vous êtes élue, qu’est-ce que vous faites ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je fais en sorte que l’Etat actionnaire remplisse ses responsabilités. C’est-à-dire, je remets à plat l’ensemble de la gestion de l’entreprise.
 
Laurent BAZIN
 
Donc, vous demandez une suspension de Power 8, autrement dit.
 
Ségolène ROYAL
 
Je fais un accord… je demande une suspension, un moratoire, je travaille pour qu’il y ait une convergence et un accord avec Angela MERKEL, je la rencontre d’ailleurs le 6 prochain, je vais lui parler de cette affaire, car je pense que c’est en associant nos efforts au niveau de l’Europe que l’on peut sortir AIRBUS de la difficulté.
 
Laurent BAZIN
 
Est-ce que vous êtes prête, par exemple, comme le demande Force ouvrière, à remettre au pot, c’est-à-dire est-ce que l’Etat actionnaire prenne ses responsabilités jusqu’à une recapitalisation ou une montée dans l’actionnariat d’AIRBUS ou d’EADS ?
 
Ségolène ROYAL
 
Bien sûr, je pense qu’il faut que l’Etat remette au pot mais sur la base d’un projet industriel franco-allemand solide. D’autre part, vous savez que je suis favorable à une réforme de la Banque centrale européenne, c’est-à-dire AIRBUS indépendamment du déficit de pilotage et des erreurs industrielles, qui ne sont pas une fatalité si on les anticipe, j’y reviendrais ; je suis favorable à une réforme de la Banque centrale européenne, c’est-à-dire à ce que le taux de change entre l’euro et le dollar soit décidé aussi par les responsables…
 
Laurent BAZIN
 
… on sait que quand on perd 10 centimes dans la parité euro/dollar, AIRBUS perd un milliard, voilà la raison pour laquelle vous intervenez sur ce dossier-là.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, c’est ça, c’est-à-dire AIRBUS coûte…
 
Laurent BAZIN
 
… Nicolas SARKOZY d’ailleurs a dit qu’il fallait intervenir également.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, mais lui il est aux responsabilités, donc il pourrait le faire. AIRBUS coûte 30 % plus cher à cause de la parité très forte entre l’euro et le dollar. Donc, il faut à la fois agir sur ces politiques, agir sur les politiques industrielles, faire en sorte que l’Etat assume ses responsabilités et surtout ce que je voudrais dire, parce que si je suis élue les politiques industrielles se mettront en place à l’image de ce qui se fait dans les pays du nord de l’Europe où l’on voit que ces par les anticipations que l’on peut régler les problèmes.
 
Nathalie IANNETTA
 
Par exemple, comme dans votre pacte présidentiel, vous voulez associer davantage les salariés à ce genre de décision, ça pourrait s’appliquer et ça aurait pu s’appliquer à AIRBUS ?
 
Ségolène ROYAL
 
Bien sûr ! Je pense que si les salariés siégeaient au conseil d’administration des entreprises, ils pourraient tirer la sonnette d’alarme beaucoup plus tôt, et donc les choses ne se feraient pas dans le secret et en catimini. Et donc, les pouvoirs publics aussi pourraient intervenir. Et c’est ce qui se passe dans d’autres pays, dans les pays du nord de l’Europe où les partenaires sociaux étant plus étroitement associés, les dirigeants des entreprises sont obligés de leur rendre des comptes et de faire de la transparence sur les comptes. Et donc, dans un accord gagnant-gagnant entre les organisations syndicales, les dirigeants d’une entreprise et les pouvoirs publics, on peut anticiper les choses. Vous savez, à l’heure de la mondialisation, il est quand même désolant de voir que ce sont des entreprises de pointe qui aujourd’hui sont touchées. Donc, la bataille économique elle se fait sur l’investissement dans l’innovation et dans la recherche. Si l’on sent qu’il y a des difficultés industrielles à un moment ou des marchés qui sont fragilisés, à ce moment-là il faut garder un coup d’avance. C’est les pays qui vont garder un coup d’avance sur les innovations industrielles et technologiques qui vont s’en sortir, et c’est possible puisqu’on a à la fois un potentiel exceptionnel dans notre industrie, dans nos laboratoires de recherche, et en même temps s’il y a une espèce d’inaction ou d’inertie par rapport aux mutations industrielles et technologiques, on ne garde pas ce coup d’avance. Donc, moi, je suis favorable à la création d’une agence nationale de réindustrialisation qui permet d’anticiper les coups. Je puis favorable à une réforme en profondeur du dialogue social à l’intérieur des entreprises…
 
Laurent BAZIN
 
… et au niveau de l’Europe par ailleurs, vous l’avez dit.
 
Ségolène ROYAL
 
… et au niveau de l’Europe, je suis favorable à l’émergence de politiques industrielles au niveau de l’Europe. Donc, ce que je veux dire aux Français qui doutent sur la capacité des politiques à intervenir, c’est possible de faire les choses autrement avec une vigueur et une rigueur politique beaucoup plus efficaces.
 
Laurent BAZIN
 
Sur le chômage, on a le nouveau chiffre du chômage, généralement en janvier, il faut le dire, les chiffres du chômage sont pas très bons parce qu’un certain nombre de CDD se terminent à la fin du mois de décembre. Une petite hausse du chômage de 0,1 %, est-ce que vous diriez, vous, qu’on n’a pas tout essayé contre le chômage ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je pense surtout que ça va très mal, sur tous les territoires où je vais, et je me déplace beaucoup en France aujourd’hui, partout il y a des entreprises qui ferment et qui délocalisent. On n’a pas parlé d’ALCATEL, eh bien ALCATEL qui est au cœur des pôles de compétitivité, c’est-à-dire des industries du futur sur les télécommunications, délocalise aussi. C’est insupportable, c’est intolérable.
 
Nathalie IANNETTA
 
Est-ce qu’il y a une démission des politiques à ce niveau-là ?
 
Ségolène ROYAL
 
Mais il y a aujourd’hui une inertie politique.
 
Nathalie IANNETTA
 
Mais depuis combien de temps, Ségolène ROYAL ?
 
Ségolène ROYAL
 
Mais parce que le libéralisme actuellement est au pouvoir. Regardez les déclarations ministérielles qui consistent à dire, “ Ben, c’est la logique du marché, c’est la logique des entreprises, on ne peut rien faire ”. Si, on peut faire quelque chose.
 
Laurent BAZIN
 
“ L’Etat ne peut pas tout ”, c’est signé Lionel JOSPIN, quand même.
 
Ségolène ROYAL
 
Mais si, mais les pouvoirs publics peuvent beaucoup. Les pouvoirs publics peuvent beaucoup, je l’ai dit à l’instant, en aidant par l’anticipation, en réindustrialisant par une agence nationale de réindustrialisation, en investissant dans l’innovation et dans la recherche ; vous savez qu’aujourd’hui les budgets publics dans la recherche sont tombés extrêmement bas, et moi je veux remettre à niveau la recherche et l’innovation.
 
Nathalie IANNETTA
 
En augmentant de 10 %.
 
Ségolène ROYAL
 
Il faut faire des alliances et des accords au niveau européen pour se défendre face aux continents émergents que sont l’Inde et la Chine, qui sinon vont nous rattraper, et l’Europe a un potentiel à développer et à a des atouts à faire valoir. Et enfin, il faut réformer en profondeur, et j’y insiste, le dialogue social pour que les partenaires à l’intérieur de l’entreprise puissent anticiper les coups. Et enfin, moi, je ferai la réforme de l’Etat, c’est-à-dire que je donnerai aux régions en proximité le pilotage des aides économiques, car aujourd’hui ce qui ne va pas dans…
 
Laurent BAZIN
 
… ce que font les landers allemands, par exemple.
 
Ségolène ROYAL
 
… ce que font les landers allemands, et ce sont les élus de proximité, les entreprises de proximité, les réseaux d’entreprises dans les petites et moyennes entreprises qui ont besoin d’argent public et qui n’en ont pas parce qu’il y a aujourd’hui des politiques beaucoup trop uniformes avec des effets d’aubaine, c’est-à-dire que les allégements de charges…
 
Laurent BAZIN
 
… les gros en profitent alors que ça devrait être destiné aux plus petits, c’est ça ?
 
Ségolène ROYAL
 
Les gros en profitent alors qu’elles n’ont pas forcément besoin, les allégements de charges sont donnés sans contrepartie en termes de création d’activité et d’emploi, il y a donc 63 milliards, vous rendez compte, de fonds publics qui vont de façon uniforme aux entreprises, et moi je veux récupérer cet argent pour l’investir massivement dans les petites et moyennes entreprises auxquelles correspondent plus de 60 % de l’emploi en France, qui créent aujourd’hui des emplois, qui sont dynamiques, qui ont besoin de recruter.
 
Laurent BAZIN
 
C’est celles que François BAYROU veut aider aussi lorsqu’il dit, “ On va exonérer de charges sociales deux emplois dans ce type d’entreprise ”.
 
Ségolène ROYAL
 
Mais je ne vois pas comment cette réforme…
 
Laurent BAZIN
 
… c’est pas bien ?
 
Ségolène ROYAL
 
Mais c’est une réformette, c’est une rustine. Le problème c’est pas d’alléger les charges sur deux emplois, c’est-à-dire créer à nouveau des effets d’aubaine où les entreprises vont mettre fin à d’autres contrats qui ne bénéficient pas des allégements de charges pour reprendre deux autres emplois qui bénéficient d’allègements de charges.
 
Nathalie IANNETTA
 
Alors, comment on garantit la sécurité de l’emploi ?
 
Ségolène ROYAL
 
Donc, ça, ça va creuser le chômage. Ce qu’il faut, c’est donner des moyens financiers aux entreprises qui créent des emplois, qui innovent, qui cherchent à conquérir des marchés étrangers, car si l’on règle le problème…
 
Laurent BAZIN
 
… ce ne sont pas forcément, madame ROYAL, les PME qui sont en situation de faire des choses comme ça.


Ségolène ROYAL
 
Si, ce sont les PME aujourd’hui, ce sont les PME, et ce sont elles qui manquent d’argent, d’argent frais, si j’ose dire.
 
Laurent BAZIN
 
Mon plombier, mon maçon, il n’est pas forcément en situation de conquête de marché à l’étranger, mais il a peut-être besoin d’être aidé aussi.
 
Ségolène ROYAL
 
Non, mais là, vous parlez des entreprises de service, de proximité, mais les entreprises industrielles ou les entreprises de service qui créent et qui conquièrent des marchés étrangers ou qui innovent toujours pour avoir un coup d’avance, comme je le disais tout à l’heure, elles ont besoin de moyens dans l’innovation, dans la recherche, elles ont besoin de moyens pour recruter des cadres supérieurs bien formés – c’est l’idée des emplois tremplins que j’aie développée pour que les entreprises puissent accéder à cette ressource humaine – c’est l’investissement massif dans la formation professionnelle, et donc les entreprises qui ont des vraies stratégies de développement économique, ce sont celles-là qui doivent être aidées. Or, aujourd’hui, on a un système bancaire, en France, qui vient d’ailleurs de publier ses résultats faramineux, qui ne prend plus de risques, et moi si je suis élue présidente de la République, chacun devra accomplir son travail et sa mission, et le système bancaire devra prendre des risques au service des petites et moyennes entreprises qui créent de l’emploi.
 
Nathalie IANNETTA
 
Prendre des risques et investir en banlieue, là où vous étiez, hier, par exemple ?
 
Ségolène ROYAL
 
Bien sûr, d’investir en banlieue. Je crois qu’il y a un potentiel, je l’ai dit, hier, à Clichy. D’abord, je voudrais dire que rien n’a été réglé dans les banlieues, que la tension est extrêmement vive, qu’une étincelle peut à nouveau tout refaire basculer.
 
Nathalie IANNETTA
 
Vous l’avez ressentie, hier, pourtant vous avez accueilli dans un climat, nous a-t-on dit, extrêmement serein ?
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, j’ai été accueillie dans un climat extrêmement serein parce que je pense pouvoir apporter la paix dans les banlieues et être la seule à pouvoir faire cela. Pourquoi ? Parce que je considère que les jeunes de ces quartiers ne sont pas un problème mais qu’ils sont une partie de la solution aux problèmes de la France au sens où si on arrive à faire bénéficier le pays tout entier du potentiel de ces générations qui ne demandent qu’à réussir à l’école, qu’à créer et là aussi qu’à innover, qu’à prendre des initiatives, qu’à faire leurs preuves, à ce moment-là, on a aussi…
 
Laurent BAZIN
 
… oui, mais, quand on a dit ça, qui est une très belle idée en soi, une idée que partagent sans doute la plupart des autres candidats, qu’est-ce qu’ont fait ? Comment est-ce qu’on la met en œuvre ?
 
Ségolène ROYAL
 
Non, je pense pas que les autres candidats partagent cela, parce que je crois qu’il faut tenir les deux bouts, c’est-à-dire à la fois un discours extrêmement ferme sur l’ordre juste, c’est-à-dire sur la façon dont l’ensemble des institutions doivent à nouveau bien fonctionner dans les quartiers, c’est-à-dire les familles, l’école, et en particulier quand je vois, comme hier, à Clichy, qu’il y a une association d’aide aux devoirs où il n’y a que trois personnes pour faire travailler les enfants de plus de 700 familles afin qu’ils fassent leurs devoirs et leurs leçons pour revenir le matin à l’école en étant assurés de réussir la journée scolaire, je me dis que c’est un scandale. Et si je suis élue, les associations de quartiers qui font du soutien scolaire auront les moyens d’aider gratuitement, individuellement, chaque enfant, parce que tout se joue à l’école.
 
Laurent BAZIN
 
On va vous dire que c’est le petit bout de lorgnette, madame ROYAL.
 
Ségolène ROYAL
 
Non, ce n’est pas le petit bout de la lorgnette, monsieur, c’est le centre du bon fonctionnement d’une société, c’est de remettre debout…
 
Laurent BAZIN
 
… ça commence par-là ?
 
Ségolène ROYAL
 
Ca commence par remettre debout l’ensemble des valeurs et l’ensemble des institutions. Et si les parents sont épaulés pour bien élever leurs enfants, et notamment les mères seules qui ont des difficultés avec leurs adolescents, si on leur regroupe, si on leur donne des emplois parents, comme le propose l’association AC le feu, qui a fait un travail formidable dans l’ensemble des quartiers populaires, et je pense que si on écoutait davantage les habitants comme le font d’ailleurs les maires de proximité, je voudrais rendre à nouveau hommage à Claude DILAIN, au maire de Clichy, qui fait un travail exceptionnel, mais ils sont épuisé, épuisés ces maires de banlieue qui ne sont pas soutenus.
 
Nathalie IANNETTA
 
L’association AC le feu vous a dit, “ Vous pouvez le remercier sur le terrain ”.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, bien sûr, mais il faut aussi que l’Etat aide les maires qui sont en proximité.
 
Laurent BAZIN
 
Alors, comment ?
 
Ségolène ROYAL
 
Et demain, l’Etat les aidera. On sera au corps à corps avec eux.
 
Laurent BAZIN
 
On a beaucoup dit, et la COUR DES COMPTES l’a souligné, il y a eu des milliards dépensés pour ce qu’on a appelé la politique de la ville. Il y a vingt ans de politique de la ville, on a un peu de recul, on sent pas que ça ait fonctionné de manière formidable. Comment est-ce que ça fonctionnerait autrement ?
 
Ségolène ROYAL
 
Parce que l’absurdité c’est de piloter la politique de la ville au niveau central. Vous savez, dans la région que je préside, j’ai quatorze quartiers sensibles, j’ai négocié pendant trois ans les aides publiques de l’Etat sur la rénovation des quartiers. C’est inadmissibles, c’est stupide ! Donc, dans la réforme de l’Etat que je propose, les politiques urbaines seront pilotées en proximité par les communautés d’agglomération, l’Etat veillera, lui, à mettre des règles et à assurer l’égalité entre les territoires, c’est-à-dire donner davantage aux territoires qui ont le moins. Et enfin, je pense qu’il faut cesser de concevoir les politiques urbaines uniquement comme des rénovations matérielles, c’est comme pour l’entreprise, aujourd’hui il faut investir massivement dans la ressource humaine, et donc former les hommes et les femmes et donner des moyens de réussir à l’école, d’avoir des formations professionnelles et puis surtout de lutter contre le chômage des jeunes. Si on règle la question du chômage des jeunes dans les quartiers, on règlera le problème des quartiers. Si on ne règle pas cette question-là, les quartiers exploseront, et ça ne sera rien par rapport à ce que l’on a connu. Et c’est pour ça que dans le pacte présidentiel que je propose, il y a le droit d’accès des jeunes au premier emploi, et en contrepartie le devoir d’accéder à une formation professionnelle et de faire une recherche active d’emploi. Et c’est pour ça que je veux créer non seulement les emplois tremplins mais aussi aider les jeunes à créer leurs activités en leur donnant un prêt gratuit de 10 000 € s’ils ont un projet de vie ou un projet d’activité, et ça marche puisque les régions le font.
 
Laurent BAZIN
 
Et ça, ce ne sont pas des mesurettes, comme vous disiez tout à l’heure pour François BAYROU et ses deux salariés sans cotisations.
 
Ségolène ROYAL
 
Ecoutez, c’est pas sérieux, deux salariés sans cotisations, enfin c’est pas sérieux, ça crée même du chômage, je vous dis, parce que ça crée un effet d’aubaine. Il faut aider les entreprises à innover dans l’innovation et dans la recherche et dans la création de nouveaux produits, de nouveaux emplois, de nouveaux marchés, c’est ça la guerre économique, et je crois que la France a la capacité de la gagner.
 
Nathalie IANNETTA
 
Il vous inquiète François BAYROU d’ailleurs ? Vous avez vu le sondage qui va sortir demain dans PARIS MATCH, il est 19 %. C’est énorme !
 
Laurent BAZIN
 
Il dit, “ Demain, 20, 21 ”.
 
Ségolène ROYAL
 
Ecoutez, je crois qu’on est encore loin du vote. Je pense que…
 
Laurent BAZIN
 
… il mange dans votre électorat quand même, en particulier chez les professeurs dont on dit qu’ils votent traditionnellement à gauche, il arrive, pas à égalité avec vous, mais pas loin, on est à 1/3-1/3 sur le plan professoral, selon LE MONDE DE L’EDUCATION.
 
Ségolène ROYAL
 
Vous savez, la politique ça n’est pas un supermarché où on est à la recherche d’une clientèle. Je pense que les Français ont envie et ont soif de comprendre les différents enjeux, les projets, de savoir qui est capable de changer en profondeur et la façon de voir, et le système dans lequel nous vivons. Et je pense être la seule à pouvoir incarner…
 
Nathalie IANNETTA
 
… c’est son créneau à François BAYROU, c’est comme ça qu’il parle, c’est ce qu’il revendique.
 
Ségolène ROYAL
 
Mais que chaque candidat expose ce qu’il veut faire avec beaucoup de précision, de pédagogie, d’envie, et les Français choisiront.
 
Laurent BAZIN
 
Vous ne voulez pas rentrer dans l’arène, finalement, ou plus exactement rentrer sur le ring.
 
Ségolène ROYAL
 
Vous savez, moi, j’ai fait le diagnostic d’une crise démocratique profonde, c’est pour ça que j’aie pris le temps, vous le savez, pendant deux mois…
 
Laurent BAZIN
 
… ça ne nous a pas échappé.
 
Nathalie IANNETTA
 
On vous l’a assez reproché comme ça.
 
Ségolène ROYAL
 
Ca m’a été assez reproché de faire mes débats participatifs, plus de deux millions de personnes sont venues parler dans les réunions ou sur internet, sur mon site Désirs d’avenir. Je suis la seule candidate à avoir fait cela. C’est pour ça qu’aujourd’hui je sais quelle France les Français ne veulent pas et quelle France ils veulent. Et donc, c’est pour ça que je suis sereine et forte, parce que j’ai compris un certain nombre de choses, et je vais vous dire, il y a une grande maturité des électeurs, car même ceux qui souffrent et qui font partie des catégories qui sont en bas de l’échelle sociale et qui ont peur du descenseur social, c’est-à-dire d’être tirés vers le bas, qui ont peur pour leurs enfants et qui ont peur pour leur avenir, qui ne savent pas de quoi demain sera fait, même ceux-là m’ont dit, “ Mais comment vous allez faire avec la dette publique si importante ? ”.
 
Nathalie IANNETTA
 
Ben oui !
 
Ségolène ROYAL
 
“ Avec les déficits des comptes sociaux, comment est-ce que vous allez faire pour améliorer nos salaires ? ”, et donc il faut être à la hauteur de cette maturité et de cette attente. Et moi, je ne veux pas promettre des choses que ne je ne tiendrai pas, donc les engagements que je prends….
 
Laurent BAZIN
 
… mais vous pensez, madame, que vous pourrez, parce que c’était ma  question sur le ring, c’est pas une question… c’est une question bien masculine, on peut le penser, mais quand même…
 
Nathalie IANNETTA
 
… Myriam LAMARE est championne du monde de boxe, Laurent BAZIN, s’il vous plaît.
 
Laurent BAZIN
 
C’est vrai, aussi, aussi, mais pas Ségolène ROYAL, à ma connaissance. Est-ce qu’il ne faudra pas à un moment quand même que vous alliez frontalement combattre ces candidats qui vous bousculent aujourd’hui, et en particulier François BAYROU, mais on peut penser à Nicolas SARKOZY ? Est-ce qu’il ne faudra pas descendre dans l’arène ?
 
Ségolène ROYAL
 
Mais, je les combats. Je les combats au sens où je conteste leurs propositions qui, à mon avis, ne règlent aucun problème qui se pose aujourd’hui à la France. Donc, je les combats sur le thème des idées, des projets, des logiques, des cohérences et je pense que ce qu’ils proposent ce sont quelques rustines à un système qui ne fonctionne plus, et donc il faut repenser les choses autrement, et je l’ai dit, il faut repenser les choses en remettant debout les institutions sur lesquelles la France doit s’appuyer, les fondations de la maison France. Et ça, je sais que je pourrais le faire parce que…
 
Laurent BAZIN
 
… c’est de l’obstination, madame, votre principale qualité, à votre avis ?
 
Ségolène ROYAL
 
C’est une conviction profonde acquise de l’écoute des Français, et je sais à quoi les Français sont attachés, et je veux construire avec eux ce pacte présidentiel parce qu’en même temps je leur dis que je ne veux pas de société d’assistanat et chaque fois que je fais, que j’invente un droit nouveau pour apaiser les souffrances ou les précarités ou les violences, je dis aussi aux Français que j’attends d’eux des devoirs nouveaux et des engagements, et je crois que si chacun est à sa place et à la capacité de déployer son énergie, ses talents, de s’améliorer ou si sur le plan de la formation professionnelle et de l’exercice de son métier, si l’on est capable de réduire à la fois le chômage des jeunes et le chômage des plus de 50 ans qui sont en France les deux fléaux auxquels nous avons à faire face, alors la France se redressera. Je ne dis pas que ça sera facile, je pense que les deux premières années seront très difficiles. Pourquoi ? Parce qu’il faudra investir massivement, je l’ai dit et je le répète, dans la formation, dans l’éducation et dans l’innovation, et c’est au bout d’un an, un an et demi, que ces investissements dans les activités du futur et la qualification des personnes porteront leurs fruits. Et je veux dire aux Français que pendant un an, an et demi, il va falloir serrer les dents, il va falloir tenir bon sur un certain nombre d’investissements pour que demain l’emploi reparte et que la machine économique se débloque.
 
Laurent BAZIN
 
C’est entendu !
 
Nathalie IANNETTA
 
Madame ROYAL, je voudrais juste terminer avec un mot de poésie. Vous adorez Victor Hugo et “ Les Contemplations ”, c’est 1 100 vers, six livres. Lequel des six livres est celui que vous préférez ?
 
Ségolène ROYAL
 
Ah, c’est la question de cours, ça.
 
Nathalie IANNETTA
 
Dites-moi !
 
Ségolène ROYAL
 
Vous savez, je pense que lorsque l’on est engagé comme ça dans un combat politique difficile, avec énormément d’activités et de déplacements, il faut des moments de médiation et de contemplation, voilà.
 
Nathalie IANNETTA
 
Alors, le dernier livre, il s’appelle “ Au bord de l’infini ”, et c’est presque-là où vous êtes. Merci beaucoup d’être venue ce matin.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, mais à condition de ne pas…
 
Laurent BAZIN
 
… à condition de ne pas basculer.
 
Ségolène ROYAL
 
Voilà !
 
Nathalie IANNETTA
 
Merci beaucoup d’avoir été notre invitée.
 
Laurent BAZIN
 
Merci d’avoir été avec nous ce matin. Vous reviendrez, évidemment, avant le premier tour de la présidentielle ?
 
Ségolène ROYAL
 
Mais avec plaisir.
 
Nathalie IANNETTA
 
Merci beaucoup. Bonne journée.
 
Laurent BAZIN
 
Très bien, vous êtes réinvitée. FIN^

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Mercredi 28 février 2007

DO N N E E S   E T

 A R G U M E N T S

LA  NOTE  QUOTIDIENNE  NUMERO 29 - 27  FEVRIER  2007

PARLONS  DE

« Z a p a t e r o v s S a r k o z y »

Nicolas Sarkozy se rend aujourd’hui à Madrid. L’occasion de saluer Jose Luis Zapatero, dirigeant reconnu et populaire avec lequel une poignée de main bien photographiée peut faire son petit effet… si ce n’est que tout les oppose.

• Zapatero l’a fait

- En 2004, il est l’un des rares dirigeants à exprimer officiellement son soutien au candidat démocrate contre le président Bush

 Nicolas Sarkozy ne cache pas ses liens avec G. Bush

- Dès son élection, il constitue un gouvernement paritaire avec autant de femmes que d’hommes

 L’UMP violera la règle de parité aux législatives

 

LE  PORTRAIT  DU  JOUR

Selon un récent sondage de l’IFOP pour M6, les français dressent un portrait singulier de Nicolas Sarkozy.

 86 % le trouvent autoritaire

 57 % jugent qu’il est source de conflits

 53 % affirment qu’il les inquiète

IL  L'A  DIT

• Gilles de Robien, qui n’a pas encore très bien compris ce que signifie être de droite :

"Nicolas Sarkozy c’est la droite qui s’assume. Je trouve très bien qu’un candidat dise « je suis de droite et je vais vous le démontrer » (…) le mérite, le travail… il décline ça très bien. Mais à côté de ça il ne développe pas assez un projet humaniste."

LE  CHIFFRE  DU  JOUR

3 : c’est le nombre de candidats dont les projets ont obtenu la moyenne sur le "bulletin de notes" publié hier par l’Alliance pour la planète.

• Parmi elles, les 2 candidates écologistes et Ségolène Royal.

• Quant à Nicolas Sarkozy, c’est 8,5/20

 

 

L' HISTOIRE  DU  JOUR

 

Nicolas Sarkozy affichait jusqu’à peu qu’il ne buvait ni vin ni alcool, au point d’émouvoir la profession viticole.

• Ni une ni deux, un verre de vin valant bien 500 voix, une rencontre avec de vignerons à Sancerre est organisée, hier.

• Pour faire bonne figure et ne pas être suspecté de rattrapage à la dernière minute, l’état major fait savoir que ce déplacement est prévu de longue date.

• Sauf qu’interrogé sur ce déplacement, un viticulteur peu coutumier des manoeuvres politiques explique en toute bonne foi qu’on l’a prévenu il y a à peine 3 jours !

 

 

 

• Pour rattraper le coup une fois pour toute, Nicolas Sarkozy se lance et propose :

 

 

- "d’ouvrir la publicité s’agissant de la consommation de vin lorsque c’est raisonnable."

• Les implications de cette propositions :

- Ouvrir la publicité signifie l’autoriser à la télévision, pour augmenter la consommation

 

 

- le vin et l’alcool causent 60 000 décès par an contre 40 000 pour le tabac !

- Flatter les viticulteurs pour parer à une image de buveur d’eau justifie-t-il de mettre en danger la santé publique ? On attend avec impatience la réaction de Xavier Bertrand, Ministre de la santé et porte-parole de Nicolas Sarkozy...

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Mercredi 28 février 2007
PRÉSIDENTIELLE-PARTIS-UMP-DÉFENSE - 26/02/2007 10h05 - AFP

    
Origine : France

Nicolas Sarkozy trébuche à son tour sur les sous-marins nucléaires


PARIS, 26 fév 2007 (AFP) - Nicolas Sarkozy a trébuché à son tour, lundi, sur la question du nombre de sous-marins nucléaires français, un mois après sa rivale socialiste Ségolène Royal qui s'était attirée les railleries de l'UMP pour s'être trompée sur le même sujet.
A la question "combien la France possède-t-elle de sous-marins nucléaires d'attaque ?", le candidat UMP à la présidentielle a répondu sur RMC/BFM TV: "quatre".
"Non, c'est cinq", lui a rétorqué le journaliste.
Selon le ministère de la Défense, la France dispose en réalité de six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA). Elle possède également quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), porteurs de missiles nucléaires.
"Honnêtement, la question est un peu spécieuse", a ajouté le candidat UMP tout en estimant que la question du nucléaire est "capitale car le président de la République, c'est lui qui appuie sur le bouton".

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Mardi 27 février 2007
Médiatrice
Alerte, par Véronique Maurus
LE MONDE | 24.02.07 | 14h12  •  Mis à jour le 24.02.07 | 16h40


'alerte est venue du club des médiateurs, ce groupe informel qui réunit les douze ombudsmans français. "Etes-vous, comme nous, inondés de messages disant : "Arrêtez de tacler Ségolène !"", demandait un confrère, doublement inquiet. Il constatait, d'une part, que l'accusation de partialité s'étendait à tous les médias et, d'autre part, que sa rédaction, à l'instar des autres, refusait tout bonnement d'entendre la mise en garde. "Une partie du public, comme pendant la campagne référendaire de 2005, nous demande de faire mieux notre boulot, mais, à l'intérieur, ils ne m'écoutent pas", se désolait l'infortunée Cassandre - dont nous tairons le nom pour ne pas gêner son travail. "Ce n'est pas concerté, il y a un côté moutonnier, peut-être un peu de sexisme, je ne sais pas !"

Le Monde ayant reçu plus que sa part d'insultes sur ce thème, une vérification s'imposait. Les lecteurs, partisans, ont-ils développé une sensibilité d'écorchés, comme le suggèrent les journalistes concernés, honnêtement convaincus de bien faire ? Ou y a-t-il quelque chose qui cloche dans notre couverture, comme le soutiennent, preuves à l'appui, des dizaines de lecteurs, tous les jours ?

Premier constat : cette campagne, nouvelle dans sa forme, impose aux journalistes une adaptation délicate. Bataille d'images plus que de programmes ou de partis, elle oppose frontalement deux grands "communicants", Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, passés maîtres dans l'art du "plan médias". Le principe est simple : pour contrôler les journalistes, il suffit de les occuper. Pas un jour, donc, sans une information "exclusive", une phrase, un "événement", un voyage, etc. D'où cette désagréable impression d'une "main invisible" manipulant une presse consentante. "Les journalistes politiques ne sont finalement que l'extension des services de communication des politiques", déplore Silvère Foucault (Nantes).

La rédaction du Monde n'est pas consentante. Mais comment résister ? Ignorer les "événements" créés à dessein revient à se couper de l'actualité, relayée en boucle par un univers médiatique de plus en plus concurrentiel et immédiat. "Trois jours après, on y vient quand même, et mal", constate Arnaud Leparmentier, chef du service France. La réponse est un système à plusieurs niveaux. Un : quelques journalistes accrédités suivent pas à pas les candidats et rapportent leurs faits et gestes. Deux : des enquêteurs démontent, dans toute la mesure du possible, les "plans médias". Trois : des reporters vont sur le terrain prendre le pouls des électeurs. Quatre : des rédacteurs spécialisés expertisent les propositions sur le fond, tandis que des éditorialistes les commentent.

Cette répartition des tâches, mal comprise par les lecteurs, explique en partie le malaise. Une relecture minutieuse des articles depuis un mois montre en effet que le suivi des candidats, fort critiqué, est, en réalité, très correct. Les deux campagnes sont également racontées, sur un ton qui, certes, varie en fonction du journaliste, mais ne traduit ni empathie ni animosité particulière. D'ailleurs, les critiques, par leur excès, s'annulent : on ne peut reprocher aux rédacteurs de narrer la réalité des campagnes avec leurs hauts et leurs bas, leurs incidents et leurs triomphes ; on ne peut pas non plus, dans le même temps, les taxer de "complaisance", et d'"hostilité".

Un journaliste n'est pas une machine. Le travail des accrédités est éreintant et délicat. Deux articles remarquables, parus les 20 et 21 février, ont raconté l'envers du décor. Philippe Ridet et Isabelle Mandraud, qui, depuis des mois, collent aux basques respectivement de M. Sarkozy et de Mme Royal, y analysent sincèrement leurs difficultés à conserver la juste distance par rapport à ces séduisants manipulateurs. Au titre du "démontage", Le Monde fait d'ailleurs beaucoup plus que lors des précédentes élections, détaillant par exemple, dès le 25 janvier, la "cellule riposte" de M. Sarkozy, les travaux d'approche auprès des célébrités, l'organisation des débats télévisés, etc. Idem pour les enquêtes de terrain, deux pages par semaine depuis le 9 décembre 2006. Ces articles font pièce aux accusations de "suivisme" ou de "perte de contact avec la réalité du pays" (Vincent Flouquet, courriel).

Reste la partie "expertise". C'est ici que le sentiment de "deux poids, deux mesures, selon que le candidat est de droite ou de gauche, homme ou femme" (Franck Lenoble, courriel) est le plus fondé. Car, si l'expertise s'est exercée dans les deux cas, elle n'a pas porté sur les mêmes domaines, reflétant des présupposés sur les candidats - incompétence d'un côté, machiavélisme de l'autre. "Il est acquis une fois pour toutes, note le docteur Elie Arié (Paris), que Ségolène Royal, étant une femme, est forcément incompétente : Nicolas Sarkozy peut, dans la seule émission sur TF1 du 5 février, parler de la moitié des salariés français qui gagnent le smic (le chiffre est de 17 %), du baril de pétrole à 90 dollars (il n'a jamais dépassé 78 dollars), de l'inflation qui était autrefois à 24 % en France (elle n'a jamais dépassé les 14 %), ce n'est pas lui qu'on traitera (d'incapable)."

Vérification faite, M. Arié a raison, et Le Monde n'a pas relevé ces erreurs. Il n'a pas non plus tenté de chiffrer le programme du candidat UMP avant que Mme Royal ne soit accrochée sur ce thème, le 13 février - soit un mois après le discours d'investiture de M. Sarkozy. L'expertise à l'égard de ce dernier a porté sur ses relations avec la police, les fonctionnaires ou les syndicats, son QG, sa présence dans les banlieues, etc.

Fait aggravant, ces articles de critique, publiés avec retard (comme les dossiers par thème), accompagnent rarement les comptes rendus de campagne. Surtout, de même que les "démontages", les reportages de terrain et les analyses, ils apparaissent dans d'autres parties du journal et ne sont donc pas assimilés par les lecteurs à la couverture politique stricto sensu. "Les informations éclairantes sont là, relève l'écrivain Jacques Gaillard, mais distillées comme à la dérobée, dans un coin, dans un supplément économique ou à quatre pages de celles relatant la campagne, tout en restant absentes des éditoriaux et des articles de fond." Résultat : "En lieu et place d'une information critique et d'une analyse véritable", la presse propose, "malgré elle", dit-il, une "caricature".


Véronique Maurus
Article paru dans l'édition du 25.02.07
par EXCOFFIER publié dans : segolene
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Mardi 27 février 2007

FRANCE INTER
 
L'INVITE – Le 26/02/2007 – 08 :16
 
Invitée :
Ségolène ROYAL, Candidate PS à la présidentielle


 
 Nicolas DEMORAND
 
On est ensemble jusqu’à 9 heures. Je vous rappelle les quatre moments de cette matinale spéciale. 8 heures 16, 17, dans quelques secondes, entretien sur votre programme dans cette campagne présidentielle, sur le moment politique aussi dans lequel on se trouve. A mes côtés Hélène JOUAN, chef du service politique de FRANCE INTER. 8 heures 30 votre revue de presse. Vous êtes dans les locaux de FRANCE INTER depuis l’aube pour lire les journaux et vous nous proposerez donc tout à l’heure votre analyse de la presse du jour. 8 heures 40 l’invité de l’invité. Vous êtes venue accompagner pour nous faire rencontrer quelqu’un dont vous vous sentez proche. Vous nous direz qui tout à l’heure. Et puis dernier moment 8 heures 50, c’est Inter Activ. Les auditeurs de FRANCE INTER ont la main et le micro pour vous interroger. Numéro de téléphone 01 45 24 7000. Je vous le dis d’ores et déjà, il y a énormément d’appels ce matin. Alors commençons donc la première étape de cette matinée. Ces dernières semaines la presse, les commentateurs, les sondages vous donnaient perdante. C’était plié selon l’expression. Et désormais les choses semblent évoluer différemment. Comment vivez-vous ce contraste ? La campagne est t-elle, d’après vous, à un tournant ?
 
Segolene ROYAL
 
Oui en effet c’est une nouvelle étape qui s’ouvre. Tout simplement parce que c’est le déroulement de ce que j’avais prévu. Il y a d’abord une phase d’écoute, de démocratie participative, une nouvelle façon de faire de la politique tout simplement parce que je pense qu’il n’est plus possible de faire autrement, au sens où la gouvernance d’une société complexe nécessite cette phase d’écoute et cette compréhension de la façon dont les gens vivent tout simplement leur vie quotidienne et ce qu’ils attendent aujourd’hui de la politique. Je crois qu’il y a une montée des insécurités, des inquiétudes, des frustrations, de l’attente désespérée de quelque chose qui ne vient pas. Les Français ont le sentiment d’être tirés vers le bas et ils veulent d’abord et avant tout, que l’échéance présidentielle mette un coup d’arrêt à ce sentiment d’être tirés vers le bas et ensuite que la France se relève. Je suis la seule candidate à avoir pris du temps pour cette phase d’écoute. Elle m’a été d’ailleurs beaucoup reproché, donc il y a eu une attente. Les Français se sont parfois demandés si j’avais disparu et donc aujourd’hui ils me retrouvent avec mon pacte présidentiel. Pourquoi un pacte et pas un projet ou un programme ? Parce que ce pacte m’engage dans la mesure où je l’ai construit avec les Français et eux aussi, je leur demande de s’engager car je crois profondément que si chaque citoyen est à sa place avec son talent, son potentiel, sa volonté d’aller de l’avant, c’est comme ça que la France se redressera.
 
Nicolas DEMORAND
 
Aviez-vous perdu confiance ces dernières semaines quand on parlait de trou d’air, de cafouillage ? La scoumoune en quelque sorte dans l’équipe présidentielle.
 
Segolene ROYAL
 
J’ai eu des interrogations parce que justement, je suis une femme politique qui écoute et qui est toujours en éveil et en adaptation. Et en même  temps, je savais comment me raccrocher à mes convictions profondes sur la façon de changer la politique et donc j’ai décidé de tenir bon. Et j’ai eu raison.
 
Nicolas DEMORAND
 
Et pourquoi avez-vous éprouvé le besoin d’aller voir et ramener dans votre campagne un certain nombre de poids lourds du Parti socialiste alors que vous êtes arrivée à la position de candidate en vous portant, précisément, à la marge du Parti socialiste ? Pour quelles raisons donc avoir ramené les éléphants, comme on dit, dans la campagne?
 
Segolene ROYAL
 
Parce que je crois que c’est nécessaire de rassembler sa famille. Je l’ai fais sur mes bases, c’est à dire après avoir arrêté et proposé le pacte présidentiel sur à la fois les valeurs socialistes, les valeurs de gauche mais aussi ma façon de voir la société française telle qu’elle est. Le souci d’un socialisme moderne qui regarde la réalité en face, qui ne s’enferme pas dans des dogmes mais qui, au contraire, assume une mutation de la pensée, des idées et des façons de faire. Avec ce que j’appelle, la morale de l’action. Je crois que les gans attendent une très forte efficacité et en même  temps, qu’on soit au clair et fidèle à ces valeurs. C’est à dire à al fois assumer les clivages entre la droite et la gauche mais en même  temps ne pas les proclamer mais les prouver. Et donc le moment était venu de rassembler toutes les énergies, les talents, les compétences.
 
Nicolas DEMORAND
 
Faire du neuf avec du vieux quand même non ?
 
Segolene ROYAL
 
Ecoutez je crois que d’abord les militants socialistes et les électeurs de gauche attendaient ce rassemblement. Je pense, personnellement, que pour rassembler les socialistes la gauche et au-delà de la gauche tous ceux qui veulent que ça change en profondeur et que ça change durablement et que ça change vite. Alors à ce moment-la, il faut en effet rassembler et voilà qui est fait.
 
Nicolas DEMORAND
 
Encore une question de contexte. Est-ce que François BAYROU vous fait peur ?
 
Segolene ROYAL
 
C’est pas vraiment le cas, il n’est pas un homme qui effraie, qui fait peur. Mais je comprends bien le sens de votre question.
 
Nicolas DEMORAND
 
J’ai plutôt l’impression qu’il vous fait rire, à vous entendre.
 
Segolene ROYAL
 
Non parce que vous savez moi je respecte mes adversaires politiques. Et en même  temps, je comprends qu’il y a un certain discours qui plait à une partie de l’opinion au sens où il y a un tel discrédit parfois sur la politique, qu’un responsable politique qui dit et ce n’est pas la première fois d’ailleurs, à chaque élection il avance cet argument, il y a plus de droite, il y a plus de gauche, mettons tous les gens de bonne volonté ensemble. C’est une espèce de discours de bons sens et je comprends que ce discours plaise. Seulement ce qu’il faut regarder lorsqu’on est un responsable politique, c’est comment se transforme le discours à l’épreuve des faits. Et moi je regarde les faits. Je suis présidente d’une région, vous le savez. Il y a beaucoup de chefs d’exécutif que ce soit dans les départements, les communes ou les régions et j’observe que nulle part, les élus de l’UDF ne viennent en appui des politiques de gauche lorsqu’elles sont conduites dans l’intérêt général.
 
Nicolas DEMORAND
 
L’UDF c’est la droite pour vous ?
 
Segolene ROYAL
 
Les élus UDF votent toujours avec la droite et font des campagnes de droite.
 
Nicolas DEMORAND
 
Et l’idée d’une grande coalition que lançait Daniel COHN BENDIT ici même , en disant justement que les gens de bonne volonté de l’UDF, du Parti socialiste et des Verts travaillent ensemble dans cette présidentielle à recomposer le paysage politique français, ça, ça vous semble aussi une idée à pousser de côté ?
 
Segolene ROYAL
 
Je crois qu’il ne faut pas tout mélanger, que la politique n’a rien à gagner dans le ramollissement des identités politiques. Qu’il y ait des rassemblements d’idées lorsqu’une majorité est au pouvoir et fait des choses intéressantes et qu’à ce moment-la l’Assemblée nationale ait des votes convergents. Quand j’ai, par exemple, créé le congé de paternité ou quand j’ai fais des réformes fondamentales sur les politiques familiales, j’ai observé qu’un certain nombre de parlementaires UDF ou UMP avaient soutenu un certain nombre de dispositions et réciproquement. Il arrive aux socialistes de voter les dispositions législatives qui ont intéressantes pour l’ensemble des Français qui dépassent les clivages politiques.
 
Nicolas DEMORAND
 
Mais pas formaliser ça dans une alliance ou une coalition à la française ?
 
Segolene ROYAL
 
Je pense même  que c’est assez dangereux. C’est très dangereux.
 
Nicolas DEMORAND
 
Pourquoi ?
 
Segolene ROYAL
 
Parce qu’une fois de plus dans ce discours de la confusion, on cherche à empêcher les Français de choisir entre deux modèles de société, deux visions qui s’opposent et qui ne correspondent pas au même choix politique en profondeur. Et en particulier, je considère et ce n’est ni le cas du candidat de l’UMP, ni le cas du candidat de l’UDF, aujourd’hui que la relance économique de la France dépend de la capacité que nous aurons à sécuriser les salariés dans leur travail et non pas l’inverse. Je crois qu’on avancera pas avec la France en mettant une pincée de social dans un océan de libéralisme, ce que proposent les deux candidats de droite, mais bien au contraire en relançant la machine économique sur les trois piliers à égalité que sont le progrès économique, le progrès social et le progrès environnemental. Et ça c’est une mutation majeure que je propose à la France.
 
Nicolas DEMORAND
 
Encore un mot avant de passer la parole à Hélène JOUAN. Quand on regarde les raisons qui poussent un certain nombre d’électeurs et même  de gauche à se décider éventuellement pour François BAYROU, alors ceux de droite disent, Nicolas SARKOZY fait peur et ceux de gauche disent, nous jugeons que Segolene ROYAL n’est peut-être pas taillée pour le job, qu’elle n’est pas compétente pour être présidente de la République. Alors ça, ça vous suit depuis le début de votre ascension, depuis les primaires et même  aujourd’hui dans la campagne. Alors qu’est-ce que vous répondez à cette critique récurrente sur votre capacité ou non à assumer la fonction présidentielle ?
 
Segolene ROYAL
 
D’abord j’observe que si on m’attaque à titre personnel, c’est qu’on n’a pas grand chose à reprocher aux propositions et aux idées que j’avance. Je crois que je suis la seule, avoir été la seule à prendre le temps d’écouter les Français, à proposer des solutions, c’est à dire une vision différente de ce qui se passe aujourd’hui à l’échelle du monde et de la mondialisation à l’échelle de l’Europe avec les propositions de relance de l’Europe et à l’échelle de la France sur une autre façon d’engager le redressement du pays comme je viens de le préciser à l’instant. Donc du coup…
 
Nicolas DEMORAND
 
Mais comment tordre le coup à cette chose-la pour vous, politiquement ?
 
Segolene ROYAL
 
D’abord je pense qu’il y a une grande part de misogynie dans ces attaques qui sont faites.
 
Nicolas DEMORAND
 
Vous croyez vraiment ?
 
Segolene ROYAL
 
Je le pense. Je pense que n’importe quel homme politique qui aurait l’itinéraire politique que j’ai conduit, que j’ai construit, y compris sur déjà mes références de diplômes même  si je pense que l’on peut faire de la politique sans diplômes mais enfin, la réalité est là. Je suis une ancienne élève de l’Ecole nationale d’administration, je suis diplômée d’économie, j’ai passé sept ans auprès de François MITTERRAND donc je connais les rouages de l’Etat et j’ai participé…
 
Nicolas DEMORAND
 
Et pourtant on dit, elle n’est pas taillée pour le job.
 
Segolene ROYAL
 
Ecoutez je prouverais le contraire et en particulier parce que mon expérience politique est parfois supérieure à ceux qui me font ces attaques. J’ai été trois fois ministre, quatre fois parlementaire. Je suis présidente de région et tout ça en mettant quatre enfants au monde. Et en les élevant bien. Donc je pense que je n’ai d’abord aucune auto justification à faire et que ce sont les électeurs qui décident.
 
 
Helene JOUAN
 
Dans une interview au PARISIEN hier, Segolene ROYAL, vous disiez “ il reste 71 jours avant l’élection ”. Ca veut dire que vous êtes convaincue aujourd’hui d’être au second tour, qu’il n’y a pas de possibilités de 21 avril à nouveau ?
 
Segolene ROYAL
 
Mais rien n’est écrit à l’avance. Tout se mérite. Et tout se mérite, surtout aujourd’hui dans un contexte où les Français sont extrêmement exigeants. Je l’ai compris, je l’ai vu. Dans ces milliers de débats participatifs. Ils ont raisons d’être exigeants parce qu’ils ont souvent été déçus. Ils savent aussi que la situation est difficile. Vous savez les Français ont la perception, même  les plus modestes d’entre eux, de la situation d’endettement de la France, du déficit du commerce extérieur, des déficits des comptes sociaux. Ils savent que ce sera difficile et moi, je ne veux pas leur dire le contraire.
 
Helene JOUAN
 
Mais ça veut dire qu’il y a encore un risque LE PEN ou pas ?
 
Segolene ROYAL
 
Je pense qu’il y a un risque d’un 21 avril à nouveau si il y a une dispersion des voix. Je crois que dans les sondages, l’extrême droite est sous estimée. On le sait puisqu’un certain nombre de personnes interrogées n’osent pas forcément dire qu’ils votent pour l’extrême droite. On en a eu la preuve lors des scrutins précédents. Et donc en effet, je pense que cette dernière ligne droite de campagne électorale est tout à fait importante pour convaincre les Français qu’il y a des solutions. Moi je ne veux pas d’un pays où les gens sont désespérés et ne croient plus dans la politique. Je pense que la politique a encore des marges de manœuvre très importantes et en particulier comme je le propose, si l’on investit massivement dans la ressource humaine, dans la formation professionnelle, dans le dialogue social, dans la recherche, dans l’éducation, dans la culture, dans l’environnement parce que cela fait partie aussi de la densité de l’humanité, je crois que si on fait ces choix comme l’ont fait les pays du Nord de l’Europe qui ont réussi à sortir des déficits, à relancer la croissance économique et à rétablir l’équilibre extérieur, je crois que c’est possible. Et que la volonté politique, en tous cas, je l’ai pour redresser la France.

 
Helene JOUAN
 
Un de vos problèmes, c’est aussi le manque de dynamique à gauche pour l’instant. Est-ce que vous n’avez pas envie de tendre la main à certains petits candidats entre guillemets de gauche qui, en plus, ont du mal à avoir les parrainages ? Est-ce que dire à José BOVE, à Dominique VOYNET, venez avec moi pour être plus fort, est-ce que ça c’est envisageable aujourd’hui ?
 
Segolene ROYAL
 
Comment dirais-je, le rassemblement ou la convergence d’un certain nombre de sensibilités ou de partis dès le premier tour est tout à fait possible et en même  temps, ils ont leur liberté et la possibilité d’être candidats au premier tour si ils le souhaitent.
 
Helene JOUAN
 
Mais est-ce qu’aujourd’hui, vous discutez avec eux pour essayer de savoir si vous pouvez pas vous retrouver dès le premier tour ?
 
Segolene ROYAL
 
Non je crois que c’est à eux de voir ce qu’ils ont envie de faire. Ce que je pense, c’est que la façon et les convictions qui sont les leurs se retrouvent largement dans mon pacte présidentiel, que ce soit l’excellence environnementale ou le regard sur l’alter mondialisme et sur une autre façon de concevoir le développement à l’échelle de la planète et en particulier la nécessité de réduire les écarts entre le Nord et le Sud. Et bien évidemment, si ces candidats veulent converger dès le premier tour, je crois que ce ne sera pas quelque chose qui pourrait leur être reproché.
 
Nicolas DEMORAND
 
Un dernier mot. On entendait Jamel DEBOUZE dans le journal de 8 heures tout à l’heure, il était sur FRANCE INTER pour dire sa déception que son film “ Indigènes ” n’ait pas reçu d’Oscar. Il a dit de transmettre ce message à Segolene ROYAL, c’était sur les ondes, on l’a entendu. “ Dites à Segolene ROYAL que je la kiffe grave ”. Vous lui répondez quoi à Jamel DEBOUZE ?
 
Segolene ROYAL
 
Qu’est-ce que je lui réponds ? D’abord que je kiffe le film “ Indigènes ”. Je trouve déjà formidable qu’il ait été sélectionné parce que ce n’est que justice. J’ai rappelé ici qu’il a fallu attendre ce film pour faire justice aux tirailleurs sénégalais, à tous les anciens combattants d’Afrique du Nord. Donc là il y a à la fois une œuvre artistique et en même temps, une œuvre politique qui était attendue.
 
Nicolas DEMORAND
 
Voilà Segolene ROYAL se met en quatre donc ce matin sur FRANCE INTER. (…) Avec un petit peu de retard donc, la revue de presse de Segolene ROYAL. C’est à vous.
 
Segolene ROYAL
 
La campagne s’invite sur le plan social. Ainsi titre LES ECHOS à propos d’ALCATEL LUCENT et d’AIRBUS et les suppressions d’emploi chez ces fleurons de l’industrie, j’ai d’ailleurs rencontré à la fois les salariés d’ALCATEL à Rennes la semaine dernière ainsi que ceux d’AIRBUS précédemment. C’est vrai qu’ils m’ont fait part de leur colère et de leur incompréhension. Plusieurs journaux, LA TRIBUNE, LA CROIX, braquent leurs projecteurs sur les suppressions de poste prévues par l’équipementier télécoms et sur la modernisation des salariés qui ne comprennent pas et ils ont raison, que soient délocalisées maintenant nos industries de pointe. A noter d’ailleurs à propos d’AIRBUS, cette exclamation dans l’HUMANITE, “ les salariés refusent d’être bradés, la colère monte d’un cran. Nul doute que l’avenir industriel et social de la France seront aux avant poste de l’actualité dans les semaines qui viennent ”. Pour Bernard THIBAULT, les questions sociales demeurent centrales. Dans un entretien accordé au journal, il estime qu’il ne faut pas laisser le monde des affaires décider des affaires du monde. Une enquête du PARISIEN AUJOURD’HUI EN FRANCE met l’accent sur la conséquence principale du stress au travail. L’absentéisme, le stress, les maladies professionnelles en France, beaucoup plus qu’ailleurs, sont le fruit des insécurités au travail au sens large et là aussi, il n’y a pas de fatalité dans ce domaine et d’autres façons de faire. Enfin plusieurs journaux font leur Une sur les candidats. Sans commentaires. Pour les raisons que vous comprendrez, je me borne à les citer. LIBERATION “ Musulmans, SARKOZY à la pêche aux voix ”. Enquête sur la stratégie communautariste du ministre de l’Intérieur candidat qui n’a d’ailleurs pas beaucoup remporté beaucoup de voix à en croire l’éditorialiste de ce journal. Et pour LE FIGARO, “ LE PEN durcit le ton ”. L’Afrique occupe aussi beaucoup de vos journaux, je m’en réjouis. Bien sûr avec l’attente des résultats des élections présidentielles mais c’est surtout l’occasion de faire un portrait de ce pays auquel m’attachent des liens particuliers puisque c’est mon pays natal, vous le savez. Et donc on voit aussi que ce pays mérite de connaître le développement économique avec une jeunesse très impatiente de trouver de l’activité, de l’emploi et de l’éducation. LIBERATION consacre un portrait à la seule femme secrétaire générale d’un syndicat en Afrique, madame Rabiatou SERAH, l’intrépide de Guinée, qui incarne malgré les intimidations la résistance syndicale et populaire de ce pays. Et le même  journal annonce l’ouverture aujourd’hui, au Mali, du forum pour la souveraineté alimentaire qui réunit des ONG et des organisations paysannes. Le coordinateur de ce forum note qu’aujourd’hui, 850 millions de personnes souffrent de la faim. Cette question n’a pas fini de nous prendre à la gorge. Si les choses ne changent pas entre les pays du Nord et ceux du Sud et là se trouve, vous savez c’est une de mes convictions profondes aussi, notre avenir. Vos journaux accordent une place particulière à deux menaces internationales, l’Iran et le terrorisme. D’abord la menace nucléaire iranienne avec la réunion à Londres des membres permanents du Conseil de sécurité. LE FIGARO titre “ Nouvelle sanction à l’étude contre l’Iran ” et Dominique MOISI dans OUEST FRANCE souligne que la prolifération généralisée du nucléaire militaire entraînerait la multiplication des risques de marche vers l’abîme. Dans LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST, Daniel LLOBREGAT écrit “ Le régime iranien n’a aucunement évolué quant à son rejet absolu de l’Etat d’Israël ”. Et il s’alarme de la perspective inquiétante que l’Iran parvienne à se doter un jour de l’arme nucléaire. Heureuse nouvelle cependant du côté de l’Iran. La libération de notre compatriote Stéphane LHERBIER qui était emprisonné depuis quinze mois et auquel mon conseiller spécial Jack LANG avait rendu visite en prison. Quant au PARISIEN AUJOURD’HUI EN FRANCE, il titre sur la nouvelle menace terroriste avec une double page sur l’accroissement, selon les spécialistes, de la menace pendant la campagne présidentielle. Mais heureusement des bonnes coopérations entre les services des différents pays concernés. Tous vos journaux évidemment mettent en exergue la terrible épreuve que vivent nos compatriotes de La Réunion. Ce cyclone dévastateur. J’ai lancé hier un appel à la solidarité nationale pour que très rapidement, La Réunion puisse se relever de cette catastrophe. Et plusieurs journaux tirent la sonnette d’alarme sur les retards de la recherche française et de l’enseignement supérieur. L’HUMANITE, LES ECHOS, LA TRIBUNE. A noter notamment deux interviews passionnantes, l’une d’Alain FISCHER connu pour ses travaux sur les maladies génétiques dans LES ECHOS. Alain FISCHER que j’ai récemment rencontré, lance un appel au renforcement de la culture scientifique en France. Et puis l’interview de François HEISBOURG, président de l’institut international pour les études stratégiques de Londres. Dans LA TRIBUNE, il pose avec éclat la question suivante, “ Que peut t-on faire pour éviter que la classe ouvrière ne soit la victime de la mondialisation pendant que d’autres se remplissent les poches avec des bonus immérités ? ”. Réponse, “ suivre l’exemple financier qui consacre une part substantielle de son PIB à la recherche, à l’éducation et à la reconversion professionnelle ”. Et François HEISBOURG ajoute ceci, “ Un enseignant en Finlande c’est quelqu’un qui a été soigneusement sélectionné, qui est bien payé et qui bénéficie de la considération de la société ”. Et je pense qu’en France, en effet, les enseignants ont soif de reconnaissance. La culture est t-elle aussi au cœur d’une vision nouvelle de la société ? Les intermittents, source vivante de la création, se sont une fois de plus invités dans l’actualité, notamment à la cérémonie des César. Pascale FERRAN a interpellé le gouvernement avec éclat et l’HUMANITE titre “ Les intermittents exigent plus qu’un César ”. Enfin comme chaque lundi, le sport tient une place importante dans vos journaux qui reviennent notamment sur la douche froide subie par le PSG, pour reprendre le titre de L’EQUIPE. Au titre des bonnes nouvelles, LE FIGARO se réjouit de la victoire des Bleus au rugby. LA CHARENTE LIBRE titre en Une “ Les Bleus prennent date pour Twickenham ”. Une appréciation plus nuancée de L’EQUIPE. “ Les bleus affichent des lacunes malgré leur évidente montée en puissance ”. Et pour finir, revenons à la campagne. Dans le journal ELLE, Marion RUGGIERI relève, je le cite, “ qu’on n’avait pas vu ça depuis 25 ans. Les émissions politiques font une entrée en force dans la campagne audiovisuelle et  raflent toutes les audiences ”. Et concluons par cette note humoristique de Francis BROCHET dans LE PROGRES qui invite à la modestie au sujet des enquêtes d’opinion et des sondages. “ N’oublions pas la leçon du 21 avril 2002. En campagne c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ”.
 
Nicolas DEMORAND
 
C’était la revue de presse de Segolene ROYAL. FIN DE LA PREMIERE PARTIE§
  
 
Nicolas DEMORAND
 
Quelques questions supplémentaires sur le rapport justement à la presse et aux médias. Vous avez  durement critiqué le traitement médiatique dont vous étiez l’objet, dans cette campagne présidentielle, avec des accusations assez graves pour le travail des confrères. Qui visiez-vous exactement ? Et que reprochez-vous exactement donc au traitement médiatique dont vous êtes l’objet ?
 
Segolene ROYAL
 
Je me souviens pas avoir durement attaqué les médias.
 
Nicolas DEMORAND
 
C’était en meeting. On l’a entendu ici même au journal de 8 heures. Des extraits disant très durement, voilà il y a des puissances médiatiques etc.
 
Segolene ROYAL
 
Vous savez bien qu’il y a eu toute une phase dans la campagne où il y avait des sondages absolument tous les jours, où on prédisait mon décrochage, où on m’a traitée de tous les noms. Je ne voudrais pas les répéter ici. Et donc voilà c’était une phase et il faut savoir réagir en effet contre un système médiatique qui, de temps en temps, vous porte aux nues, de temps en temps vous met plus bas que terre. Et à un moment il faut savoir se faire entendre et réagir.
 
Nicolas DEMORAND
 
Dans votre revue de presse, vous n’avez pas noté ce pourtant très drôle dessin de WILLEM qui vous montre en meneuse de revue avec Laurent FABIUS, Lionel JOSPIN et Dominique STRAUSS KHAN et leurs petits canotiers et vous dites-vous, voilà ce qu’il vous met dans la bouche, “ On ne change pas une équipe qui gagne ”.
 
Segolene ROYAL
 
C’est très important l’humour en politique, ça permet de prendre de la distance.
 
Nicolas DEMORAND
 
Non ça ne vous inspire pas de commentaire politique sur la suite ?
 
Segolene ROYAL
 
Il faut en rire mais en même  temps, je crois que les choses sont aussi également sérieuses, je vous l’ai dis tout à l’heure. Je crois que c’est très important à ce moment de la campagne qu’il y ait un rassemblement et que tous les talents qui veulent nous soutenir, sont les bienvenus.
 
Nicolas DEMORAND
 
Alors “ Ségolène bien sûr ”, c’est le titre de la chronique de Jacques JULLIARD, toujours dans LIBERATION. Voilà ce qu’il écrit, “ Si la gauche intellectuelle n’était pas affectée d’un génie pour compliquer les données très simples, elle aurait déjà réalisé que pour éliminer SARKOZY il faut soutenir Segolene ”. Commentaire ?
 
Segolene ROYAL
 
C’est exact.
 
Nicolas DEMORAND
 
Et votre rapport aux intellectuels ?
 
Segolene ROYAL
 
Il est bon.
 
Nicolas DEMORAND
 
Il est suivi, soutenu ?
 
Segolene ROYAL
 
Il est bon oui, vous le verrez d’ailleurs dans les prochains jours. Et d’ailleurs mon invité fait partie de ces intellectuels qui s’engagent.
 
Nicolas DEMORAND
 
Encore une question d’Hélène JOUAN.
 
Helene JOUAN
 
Juste sur François BAYROU qui propose, lui une loi, si il est élu, pour interdire aux grands groupes qui feraient affaire avec l’Etat de détenir des organes de presse. Est-ce que pour vous, c’est effectivement un problème en France ça, cette collusion entre grands groupes et médias ?
 
Segolene ROYAL
 
Je crois que cette question de la concentration entre les médias et le pouvoir financier est en effet un problème, tout simplement parce que les lecteurs ne sont pas forcément au courant de ces enjeux. Et que la démocratie aurait à gagner déjà dans une première étape un progrès dans la transparence, de qui détient quel journal. Et en même temps, je veux dire par respect pour les journalistes, je crois qu’ils ont aussi leur liberté de conscience, leur liberté surtout d’expression et qu’ils sont suffisamment aguerris pour défendre leur liberté d’expression lorsque celle ci est menacée, même si les enjeux financiers, on le sait, pèsent très lourdement sur les financements des organes de presse.
 
Nicolas DEMORAND
 
Il est 8 heures 42 et je vous rappelle que c’est Segolene ROYAL qui se met en quatre ce matin sur FRANCE INTER. Après l’interview et la revue de presse, troisième moment, l’invité de l’invitée. Qui avez-vous souhaité nous faire rencontrer ?
 
Segolene ROYAL
 
Michel BROUE qui est un mathématicien de renommée mondiale, qui appartient à la brillante école française des mathématiques et qui est directeur de l’Institut Henri Poincaré qui réunit régulièrement les meilleurs spécialistes du monde en mathématiques, en physique théorique. C’est en même  temps un combattant des libertés puisqu’il a animé naguère la campagne internationale pour la liberté de Leonid PLIOUTCH. Mais c’est surtout quelqu’un qui est resté au contact des enseignants qui sont en première ligne dans les classes, dans les collèges et dans les lycées, au contact des élèves. Et donc je crois que c’est cette alliance entre l’excellence d’un côté et en même  temps, la connaissance du travail au quotidien des enseignants dont je veux, ici, reconstruire la reconnaissance, la dignité et ré affirmer le rôle central qu’ils occupent dans le pacte présidentiel que je défends. Savoir aussi parce que je crois qu’il a un regard très aigu sur les élèves, comment est-ce que l’on peut lutter contre l’ennui des élèves et contre l’attirance pour les mathématiques et pour les matières scientifiques dont notre pays a besoin. Enfin vous le savez, la France souffre énormément depuis plusieurs années, ces dernières années, du recul des efforts dans le domaine de la recherche. Les jeunes chercheurs fuient notre pays et je pense que c'est extrêmement dangereux. Je veux non seulement faire revenir la matière grise en France et en Europe mais surtout, donner envie à des jeunes de s’engager dans le domaine de l’éducation et de la recherche et d’articuler très étroitement éducation, recherche, industrie et développement économique. Je crois que c’est là que se trouvent les clés du relèvement de la France.
 
Nicolas DEMORAND
 
Alors la matière grise a rougi devant tant d’éloges. Michel BROUE bonjour.
 
Michel BROUE
 
Bonjour.
 
Nicolas DEMORAND
 
C’est le Michel BROUE qui était proche de Lionel JOSPIN en 2002 qui est dans ce studio ?
 
Michel BROUE
 
Oui bien sûr.
 
Nicolas DEMORAND
 
Voilà donc on prend les mêmes .
 
Michel BROUE
 
Si vous voulez. Il y a une continuité oui, bien sûr.
 
Nicolas DEMORAND
 
Donc chercheur, mathématicien. L’état de la recherche en France aujourd’hui, votre analyse ?
 
Michel BROUE
 
L’état de la recherche en France n’est pas encore dramatique mais va le devenir très vite. Et je voudrais ajouter à ce qu’a dit Segolene ROYAL qu’on le sait, il faut le répéter, l’état d’un pays, son activité, son avenir dépend de manière absolument essentielle aujourd'hui, de la recherche et entre autre de la recherche théorique. Y compris parfois de la recherche la plus pure. Il faut savoir ici que tout dans notre vie quotidienne aujourd’hui dépend du travail des chercheurs. Par exemple lorsqu’un avion atterrit et lorsqu’il calcule son point d’atterrissage sur l’aéroport, il utilise un système GPS qui lui-même  utilise des données de la théorie de la relativité générale. C’est à dire la partie de la théorie d’EINSTEIN la plus théorique, la plus difficile, la plus lointaine.
 
Nicolas DEMORAND
 
La plus inutile a priori.
 
Michel BROUE
 
Vous voyez bien que justement…
 
Nicolas DEMORAND
 
Vous vouliez éviter le terme mais je suis là pour le dire.
 
Michel BROUE
 
Mais justement il est contradictoire avec ce que je dis. Si on n’utilisait pas la relativité générale, l’avion atterrirait à 300 mètres de sa piste d’atterrissage. Ce serait dommage.
 
Nicolas DEMORAND
 
Ce qui arrive quand même  parfois. Mais alors donc il faut  d’après vous fonder, vous avez évidemment le droit Segolene ROYAL de poser des questions, il faut d’après vous fonder la croissance de demain sur ce qu’on a appelé, je crois que c’était Nicolas SARKOZY, l’économie de l’intelligence ?
 
Michel BROUE
 
C’est pas qu’il faut la fonder, c’est qu’elle est fondée, elle en dépend de manière essentielle. Si la France ne redresse pas la politique de recherche et d’éducation et entre nous, Nicolas SARKOZY est quand même  mal placé lui qui était le ministre du Budget lors du mouvement des chercheurs en 2004, il est quand même  mal placé pour venir nous dire maintenant, nous parler politique de l’intelligence. C’est pas qu’il faut la fonder, c’est qu’elle l’est et que si la France ne redresse pas dans ce domaine-la, on fera du service, on créera plus rien. On fera du service au milliard. J’ai rien contre le service au milliard vous comprenez ce que je veux dire mais on fera une activité de service, on ne fera plus de production d’industrie. On sera à la traîne par rapport à l’Inde, par rapport à la Chine et certainement par rapport aux Etats Unis.
 
Segolene ROYAL
 
Oui je crois que le défi qui nous est lancé, c’est comme le disaient les chercheurs dans les laboratoires que j’ai visités récemment à Rennes, c’est de garder un coup d’avance. Elle est là la bataille internationale. Et pour garder ce coup d’avance, il faut remettre de l’excellence sur l’ensemble de la chaîne, c’est à dire nous aurons des chercheurs brillants si le système éducatif scolaire est remis à niveau. Je précise qu’en cinq ans, le gouvernement de la droite a supprimé 125 000 postes dans l’éducation, réduit un certain nombre de moyens et donc je remettrais en place un plan pluri annuel de création d’emploi de l’école maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur. On sait aussi que l’université, malgré l’effort de ces enseignants, et sa réputation internationale est aujourd’hui en grande difficulté matérielle. C’est pourquoi j’ai décidé de faire en sorte que la remise à niveau des universités, matérielle, sera confiée aux régions. L’Etat leur donnera les moyens financiers de remettre, de refaire cette mise à niveau. Et je voudrais interroger peut-être Michel BROUE sur la façon dont on peut remettre les enseignants au cœur du système, au cœur de la société française par rapport au défi qui est le leur, au changement aussi des jeunes. Le métier d’enseignant est devenu aujourd’hui plus difficile. Les familles attendent beaucoup, il y a des pressions très fortes sur l’école. Donc il faut à la fois régler les problèmes sociaux, les problèmes urbains qui sont à l’entour, aux alentours de l’école, donc redonner aussi des moyens en terme de médecine scolaire, de logements, de services sociaux aux familles. Mettre le soutien scolaire individuel gratuit dans l’école, c’est un de mes objectifs. Et je voudrais justement l’interroger sur la question des vocations scientifiques dans l’école pour les encourager,  notamment chez les filles.
 
 
Michel BROUE
 
Oui les vocations scientifiques c’est un problème dramatique dans notre pays. Aujourd’hui c’est lié d’abord aux conditions, je dirais, matérielles de fonctionnement de la  science. La France a, est encore dans la pointe internationale sur la qualité de son enseignement, sur la qualité de sa recherche mais nous voyons aujourd’hui et nous ne crions pas au loup, le loup est là, nous voyons les chercheurs quitter le pays parce que les conditions de travail sont ce qu’elles sont, parce que les salaires des chercheurs, un chercheur qui a fait dix ans d’études après le bac, qui est au niveau international, ne peut pas se loger à Paris aujourd’hui. Je veux pas faire pleurer sur les chercheurs. Des centaines de milliers de gens ne peuvent pas se loger à Paris aujourd’hui. Mais dans ce domaine-la où la concurrence est terrible, aujourd’hui la France perd des plumes. Les vocations scientifiques, elles sont aussi la victime disons de l’ambiance générale du pays, de l’ambiance générale internationale. Il faut la combattre cette ambiance  internationale qui veut qu’on n’est plus respecté si on fait du fric que si on comprend, que si on crée. La vocation scientifique des filles, ça s’est beaucoup redressé.
 
Nicolas DEMORAND
 
Ca c’est un vrai problème.
 
Michel BROUE
 
Non ça c’est beaucoup redressé.
 
Nicolas DEMORAND
 
On parle des femmes dans la classe politique, en sciences c’est pas mal non plus.
 
Michel BROUE
 
Voyez, ça dépend aussi d’une forme de sexisme qui est tout aussi inadmissible en sciences qu’elle l’est en politique. C’est à dire qu’on dénie le droit aux femmes d’avoir de l’intérêt. Une femme scientifique est par définition pas séduisante, pas féminine, pas compétente etc. Ce qui est évidemment faux. Donc là aussi, il faut lutter contre un certain nombre de ringardise de notre société.
 
Nicolas DEMORAND
 
J’ai sous les yeux un texte de vous publié dans LE MONDE à la date du vendredi 19 avril 2002. Je suis pas mathématicien mais ça fait donc deux jours avant le 21 avril. Cette tribune écrite avec Bernard MURAT, metteur en scène, était intitulée de la manière suivante “ A nos amis de gauche qui deviennent fous ”. J’en cite un extrait, “ Etes-vous devenus fous ? LE PEN talonne JOSPIN dans certains sondages ! ”. Et c’est à ma connaissance le seul texte qui deux jours avant le 21 avril, pointait le risque justement du 21 avril. Quel constat faites-vous pour 2007 ?
 
MIchel BROUE
 
Le constat que je fais, c’est que j’ai pas envie d’écrire un texte inutile trois jours avant le premier tour. Et par conséquent, je suis content de vous annoncer aujourd’hui que dans quelques jours, dans LE NOUVEL OBSERVATEUR qui sortira jeudi, il y aura un appel d'un certain nombre d'intellectuels, d’intellectuels, des vrais, pas des intellectuels paillette, pas Doc GYNECO, enfin je sais pas si qui que ce soit appelle Doc GYNECO un intellectuel. Mais enfin en tous cas, des vrais intellectuels qui appellent à voter Segolene ROYAL au premier tour. J’en suis. J’ai été un des initiateurs de cet appel. On le sait maintenant que le deuxième tour se joue dès le premier tour. On sait aujourd’hui qu’on a en face la droite qui n’est pas n’importe quelle droite. C’est une droite dangereuse. Le mélange de BERLUSCONI et des institutions de la Vème République me fait peur et je suis pas le seul. Et je n’en veux pas et moi je sais qu’il faut voter Segolene ROYAL au premier tour.
 
Nicolas DEMORAND
 
Merci Michel BROUE d’avoir été l’invité de Segolene ROYAL. Michel BROUE mathématicien qui dirige l’Institut Henri Poincaré. 8 heures 51 bienvenue dans Inter Activ. Je vous rappelle que Segolene ROYAL se met en quatre ce matin sur FRANCE INTER. Après l’interview, la revue de presse et le dialogue donc avec Michel BROUE à l’instant, dernier moment, les questions des auditeurs. Vous avez la parole jusqu'à 9 heures au 01 45 24 7000. Enormément de questions au standard. On commence avec Stéphane qui nous appelle de l’Eure. Bonjour à vous et bienvenue à l’antenne.
 
Stephane
 
Bonjour madame ROYAL, bonjour monsieur DEMORAND. Madame ROYAL je voudrais savoir si vous étiez favorable à un régime présidentiel fort comme c’était le cas par exemple sous Valery GISCARD D’ESTAING ? Ou si dans le cas où vous seriez élue, vous préfèreriez confier la politique du gouvernement au Premier ministre ?
 
Segolene ROYAL
 
Je pense que la société française a changé, que la politique doit profondément changer et ma vision nouvelle de l’équilibre des pouvoirs est la suivante, je crois qu’il faut un Etat fort puisque aujourd’hui nous vivons dans un monde d’insécurité, à la fois à l’échelle planétaire on l’a vu tout à l’heure par exemple avec la prolifération nucléaire, la montée des intégrismes, du terrorisme. Il y a aussi des insécurités à l’intérieur du pays avec l’ensemble des précarités. Et puis il y a un travail considérable à faire pour que l’Europe puisse se relever. Et enfin les Français sont très attachés à l’égalité et donc l’Etat fort doit assurer l’égalité de développement sur l’ensemble du territoire national. Et en même  temps, je pense qu’un Etat pour être efficace doit engager une nouvelle phase de la régionalisation parce que ça permettra à la fois d’économiser les gaspillages de fond public en étant plus efficace, c’est à dire en rapprochant la dépense publique des problèmes tels qu’ils se posent dans le domaine des aides économiques aux entreprises par exemple, de la remise à niveau des universités pour ne prendre que ces sujets très importants. Et donc je crois que c’est l’articulation entre un Etat fort et une régionalisation bien pensée et dynamique qui permettront un nouvel élan.
 
Nicolas DEMORAND
 
Sur la question du style présidentiel, on sait qu’une fois que les candidats sont élus, ils disent en général qu’ils vont baisser le train de vie de l’Etat, défendre l’Etat modeste etc. Mais comment faites-vous vivre ce qui a fait aussi votre succès dans cette campagne, à savoir l’idée de démocratie participative ? Une fois que vous êtes élue à l’Elysée, si vous l’êtes, comment continuez-vous à résoudre le problème de lien social que vous avez diagnostiqué dans votre campagne ?
 
Segolene ROYAL
 
Mais j’ai avancé l’idée d’une réforme institutionnelle profonde qui s’appuiera sur trois piliers, la réforme de la démocratie parlementaire avec un renforcement de pouvoir de contrôle du Parlement et en même  temps une réforme très importante qui est la fin du cumul des mandats. Une réforme du Sénat aussi, qui n’aura plus le droit de veto. Et la suppression du 49.3 qui permettra à une démocratie parlementaire de vivre correctement. Il y a le deuxième pilier qui est la démocratie sociale. Je crois profondément que c’est la modernisation du dialogue social dans l’entreprise, là aussi comme c’est le cas dans les pays du Nord de l’Europe où parce qu’on peut anticiper les mutations industrielles grâce à une transparence des comptes, à une visibilité pour les représentants des salariés de ce qui va se passer et donc à leurs capacités de faire des compromis sociaux gagnant gagnant pour que l’entreprise soit compétitive, les salariés soient sécurisés et bien payés et bien formés. Et donc ça va dans l’intérêt du pays. Et enfin le troisième pilier, c’est la démocratie participative avec la création d’un r