RTL
L'INVITE – Le 19/04/2007 – 07 :52
Invitée : Ségolène ROYAL, candidate PS à l'élection présidentielle
Christophe HONDELATTE
07h52, sur RTL, Jean-Michel APHATIE, vous recevez sur RTL et sur le site Internet RTL.FR, Ségolène ROYAL.
Jean-Michel APHATIE
Bonjour Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonjour.
Jean-Michel APHATIE
Vous avez proposé, si vous êtes élue présidente de la République, la création d'un contrat première chance à destination des 190 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification. Cette proposition a été critiquée par plusieurs de vos partenaires à gauche et aussi par certains syndicalistes. Est-ce que vous la maintenez, cette proposition d'un contrat première chance, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Ce que je maintiens, bien évidemment, c'est cette proposition qui s'inscrit dans une démarche globale, qui vise à réussir et à gagner la bataille contre le chômage des jeunes. Nous avons d'un côté des petits artisans, des commerçants, des petites entreprises de moins de 10 salariés, qui nous disent avoir 500 000 offres d'emploi non pourvues, et de l'autre, nous avons 190 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification. Faut-il rester inerte face à ce problème, comme depuis des années ? Ma réponse est non. Je veux donc rapprocher ces offres d'emploi de ces besoins d'emploi et mettre à disposition des entreprises, des jeunes sans qualification avec en effet…
Jean-Michel APHATIE
La proposition c'était un financement, voilà, une prise en charge pendant un an.
Ségolène ROYAL
Un financement public. Pourquoi ce financement public…
Jean-Michel APHATIE
Des salaires et des charges, c'est la voie que …
Ségolène ROYAL
… parce que ces jeunes sont sortis en situation d'échec, de l'école, donc ils doivent souvent réapprendre beaucoup de choses et donc je suis dans une logique donnant/donnant, gagnant/gagnant, si vous voulez. C'est-à-dire que les régions prendront en charge, et j'en sais quelque chose, puisque je suis à la tête d'une région, comme plusieurs de mes collègues, et nous avons déjà expérimenté ce type d'action, qui marche bien, et je crois que la politique aujourd'hui c'est de faire des choses qui marchent, et d'agir rapidement, et donc la contrepartie…
Jean-Michel APHATIE
Et donc les régions prendront en charge les salaires et les charges.
Ségolène ROYAL
Le salaire et les charges, pendant un an ; la contrepartie, c'est que nous demandons aux entreprises de donner à des jeunes qui sont très éloignés du marché de l'emploi, leur chance.
Jean-Michel APHATIE
Et au bout d'un an ?
Ségolène ROYAL
Et ça leur demande du temps. Il faut du tutorat, il faut de l'accompagnement, il faut de la formation professionnelle, il faut souvent de la patience et donc dans ce nouveau contrat, dans ce nouveau deal que je veux nouer avec les entreprises et notamment avec les plus petites d'entre elles, l'objectif c'est d'une part de cibler ces aides, or aujourd'hui les aides économiques aux entreprises sont dispersées entre des entreprises qui en ont besoin, ou celles, même, qui n'en ont pas besoin. Il y a beaucoup d'effets d'aubaine et donc ce qu'il faut c'est être beaucoup plus efficace et beaucoup plus concret et rapprocher les offres et les besoins d'emploi.
Jean-Michel APHATIE
Les critiques qui vous ont été faites, vous y êtes indifférente, Ségolène ROYAL, ou les critiques qui ont été faites à cette proposition ?
Ségolène ROYAL
Mais, écoutez, depuis, les choses ont beaucoup évolué, puisque les organisations syndicales se sont penchées sur la question et par ailleurs, comme je l'ai dit, toute modification du droit du travail ou des dispositifs relatifs à l'emploi et aux salaires et aux qualifications, seront d'abord précédés par une négociation entre les partenaires sociaux. Mais qui peut, aujourd'hui, de bonne foi, s'opposer à ce que se mettent en place des actions très efficaces de lutte contre le chômage des jeunes ? Vous savez, c'est une des questions qui est le plus fortement remontée des débats participatifs, pas seulement des jeunes, mais aussi des parents et des grands-parents, et une société qui accepte d'être rongée par ce chômage, c'est une société qui est extrêmement fragilisée, et j'ajoute que la meilleure action de prévention de lutte contre la délinquance, c'est de mettre les jeunes au contact du travail et de leur redonner l'estime d'eux-mêmes.
Jean-Michel APHATIE
Les indemnités versées à Noël FORGEARD, ou promises à Noël FORGEARD, ancien PDG d'EADS, huit millions et demi d'euros, continuent de susciter beaucoup de commentaires. Souhaiteriez-vous prendre une loi pour encadrer le versement de ces indemnités aux chefs d'entreprises ?
Ségolène ROYAL
Tout d'abord, lorsque nous découvrons que le gouvernement était au courant, que monsieur BRETON a donné son accord, monsieur SARKOZY était membre du gouvernement, donc je n'imagine…
Jean-Michel APHATIE
Monsieur BRETON dément.
Ségolène ROYAL
Il dément, mais pour l'instant il n'a pas apporté les preuves de son démenti, en tout cas l'Etat est actionnaire de cette entreprise et il est inimaginable que le gouvernement n'ait pas été au courant. Donc, quand j'entends le candidat de l'UMP, protester contre ces indemnités scandaleuses, je m'interroge sur sa sincérité, comme tous les Français, d'ailleurs. La première chose, je crois, c'est que monsieur FORGEARD doit rembourser, voilà ce qui correspondrait, je pense, à une décision morale qui pourrait calmer la colère des salariés.
Jean-Michel APHATIE
Rembourser, du moins y renoncer, puisqu'il ne les a pas encore touchées.
Ségolène ROYAL
Ce soir, je vais rencontrer les représentants des salariés d'AIRBUS, je crois que je vais prendre la mesure de leur colère, de leur exaspération, et je crois que là aussi, une société qui se déstabilise, est une société qui accepte une telle provocation, et moi je veux construire une France qui se rassemble et qui considère, parce qu'elle a la certitude que les droits et les devoirs sont les mêmes pour tous, que les sacrifices ne sont pas demandés aux quelques-uns, tandis que d'autres, alors qu'ils ont failli, s'en sortent ou partent avec un pactole, oui, je pense qu'il faut mettre fin à ce type d'injustice et de provocation.
Jean-Michel APHATIE
Il faut prendre une loi ? Il faut prendre une loi pour encadrer ces pratiques ?
Ségolène ROYAL
Il faut de toute façon… Bien sûr il faut réglementer les choses, il faut légiférer, il faut que le Parlement débatte, mais surtout, ce qu'il faut, c'est la transparence et je rappelle que les socialistes avaient fait voter une loi sur la transparence, concernant les rémunérations des hauts dirigeants, et que c'est l'actuelle majorité UMP/UDF qui a remis en cause cette transparence. Quand il y a de la transparence, déjà, je pense que c'est très dissuasif, parce qu'un certain nombre de grands patrons n'oseront pas se comporter de cette façon-là parce qu'il y aura une pression morale des salariés et de leurs représentants qui n'accepteront pas ces provocations.
Jean-Michel APHATIE
La présidente du MEDEF, Laurence PARISOT, dit que si nous prenons une loi, nous serons le seul pays à le faire et les sièges sociaux partiront, les meilleurs talents ne resteront pas en France. Il y a un risque, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Ecoutez, on aurait bien aimé entendre Laurence PARISOT protester contre le départ de monsieur FORGEARD dans ces conditions-là.
Jean-Michel APHATIE
Dans un meeting à Nantes, Robert BADINTER, c'était votre meeting, lundi soir, a parlé de « Lepénisation de Nicolas SARKOZY ». Reprenez-vous la formule à votre compte, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Ecoutez, il y a actuellement un certain nombre de déclarations, Serge JULY les rappelait à l'instant : si c'était moi qui avais fait ce genre d'accumulations de déclarations, de contrevérités, de provocations, de théories génétiques, je pense que je ne serais même plus candidate à l'élection présidentielle. Alors, pourquoi tolère-t-on de ce candidat UMP qu'il dérape de façon aussi scandaleuse ? Est-ce que ce n'est pas pour faire un clin d'œil vers les électeurs du Front National à n'importe quel prix ? Donc, il assume ses responsabilités devant les électeurs, vous connaissez ma posture, aujourd'hui moi je suis dans un débat d'idées, je conteste très fortement ces débats d'idées, notamment pour tout ce qui concerne la pédophilie, c'est un sujet que je connais bien, pour l'avoir très très fortement combattu en tant que ministre de la Famille et de l'Enfance et je pense que ces théories sont intolérables…
Jean-Michel APHATIE
La formule…
Ségolène ROYAL
Et sur la manifestation d'un risque de fracture républicaine avec ce candidat-là.
Jean-Michel APHATIE
La formule « Lepénisation de Nicolas SARKOZY ».
Ségolène ROYAL
Je laisse à Robert BADINTER, il a …
Jean-Michel APHATIE
Vous ne la reprenez pas à votre compte ?
Ségolène ROYAL
Moi, je suis candidate à l'élection présidentielle, et donc ma responsabilité c'est de ne pas, comment dirais-je, porter de jugement sur les personnalités des uns et des autres, mais c'est de critiquer les projets, les théories et en l'occurrences celles-ci sont très pernicieuses.
Jean-Michel APHATIE
C'est une façon de dire que vous trouvez la formule excessive : « Lepénisation de Nicolas SARKOZY ».
Ségolène ROYAL
J'ai répondu à cette question, je n'ai rien d'autre à ajouter. Je crois que les Français sont suffisamment intelligents pour comprendre les risques, les éléments de violence, de brutalité, qu'il y a aujourd'hui dans les projets du candidat de l'UMP. Il y a d'autres brutalités et d'autres risques dans ce qu'il dit, par exemple les déremboursements en matière de couverture de soins, là aussi il y a un risque de rupture du pacte républicain.
Jean-Michel APHATIE
Dans les derniers sondages, vos intentions de vote baissent, celles de François BAYROU montent. Etes-vous inquiète pour le second tour, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Moi, j'appelle les électeurs à venir voter massivement pour le premier tour de l'élection présidentielle…
Jean-Michel APHATIE
Avec inquiétude, cet appel ?
Ségolène ROYAL
… et à faire un vote conscient.
Jean-Michel APHATIE
Vous êtes inquiète ?
Ségolène ROYAL
Je suis sereine.
Jean-Michel APHATIE
Donc, pas inquiète.
Ségolène ROYAL
Et j'ai beaucoup de sang froid et je considère, et vous le savez très bien, qu'il y a encore 17 millions d'électeurs qui ne sont pas encore décidés, et j'aimerai bien que les instituts de sondages, parce qu'il y a eu un gros business autour du sondage au cours de cette campagne, il y a eu plus de 300 sondages, rendez-vous compte, tout cela ça fait beaucoup d'argent…
Jean-Michel APHATIE
C'est bien, les affaires marchent !
Ségolène ROYAL
Et que les instituts de sondages, pour vendre…
Jean-Michel APHATIE
On ne va pas s'en plaindre.
Ségolène ROYAL
… leurs sondages, et les journaux, pour vendre les sondages qu'ils achètent, ont besoin d'entretenir un suspense et souvent en s'abstenant de préciser qu'il y a encore 40 % d'électeurs qui n'ont pas fait leur choix ou qui ne veulent pas répondre aux instituts de sondages. Donc je crois que tout est ouvert, mais j'appelle bien sûr les électeurs à se mobiliser autour d'un vote conscient pour qu'ils aient au deuxième tour, un vrai choix.
Jean-Michel APHATIE
François BAYROU était à votre place hier matin et il a dit qu'il avait dîné avec Michel ROCARD. C'est une trahison de la part de Michel ROCARD quand il dîne avec François BAYROU ?
Ségolène ROYAL
Ça n'est pas une façon de me faciliter la tâche, mais certains éléphants, vous l'aurez constaté, n'ont pas fait tout pour me faciliter la tâche ; un certain nombre d'entre eux ont encore du mal à accepter ma désignation, mais là aussi je garde mon sang froid. Si je suis ici, devant vous, c'est que je garde beaucoup de sérénité et de force intérieure.
Jean-Michel APHATIE
Ségolène ROYAL, avec du sang froid face aux éléphants, était l'invitée de RTL. Merci, bonne journée.
Christophe HONDELATTE
Demain, donc, dernier candidat, sur RTL, ce sera Nicolas SARKOZY, dans le même exercice, à quelques heures de la clôture de la campagne. Merci Madame ROYAL.