JOURNAL – Le 17/05/2008 – 20:17:38
Invitée : Ségolène ROYAL, présidente PS de la région Poitou-Charentes.
Laurent DELAHOUSSE
On revient en France avec une phrase politique attendue certes, mais qui en a surpris plus d'un, question peut-être de timing. Une phrase qui officialise en tout cas, le lancement de la campagne de Ségolène ROYAL pour le poste de premier secrétaire du Parti socialiste, c'était hier soir devant les militants à Paris. On l'écoute avant de retrouver Ségolène ROYAL sur ce plateau.
Ségolène ROYAL, parti socialiste
Si les militants en décident ainsi et s'ils l'estiment utile pour le PS, j'accepterai avec joie et détermination d'assumer cette belle mission de chef du Parti socialiste.
Laurent DELAHOUSSE
Bonsoir Ségolène ROYAL, merci d'être avec nous. Cette fois-ci c'est fait, vous êtes donc candidate au poste de premier secrétaire du Parti socialiste.
Ségolène ROYAL
Oui, mais vous savez cette phrase a été prononcée au terme d'une longue intervention de trois quarts d'heure…
Laurent DELAHOUSSE
Avec les militants…
Ségolène ROYAL
Avec des militants, oui. Comme je l'avais dit, j'avais lancé une étape de consultation participative et je faisais hier la synthèse de cette consultation et en rendant des comptes sur les engagements que j'avais pris, j'ai dit en effet très clairement les conséquences que j'en tirais. Voilà, donc je crois que les choses sont à la fois simples, elles sont mûrement réfléchies, elles s'adressent aussi à une conception du Parti socialiste, à la prise de conscience aussi de la gravité de la situation en France aujourd'hui et je crois que ça va être un moment historique pour le congrès.
Laurent DELAHOUSSE
Un moment historique, rien à voir avec la montée en puissance de Bertrand DELANOË, la sortie de son livre prochainement. Ce n'est pas un agenda précipité, donc ?
Ségolène ROYAL
Non au contraire, c'est l'agenda que je m'étais fixé, d'abord la réflexion après l'élection présidentielle pour en tirer les leçons. J'ai beaucoup appris, j'ai beaucoup changé aussi depuis cette élection. J'ai vu ce qui avait fonctionné, ce qui n'avait pas été compris des Français. Il y a aussi un an que la droite est au pouvoir et que les Français se demandent si la politique a encore un sens. C'est pourquoi la mission historique du Parti socialiste lors du prochain congrès au mois de novembre prochain sera de démontrer à nouveau qu'une autre politique est possible…
Laurent DELAHOUSSE
Il lui faut un leader au Parti socialiste ?
Ségolène ROYAL
C'est ce que en tout cas les militants m'ont dit et disent aujourd'hui dans le Parti socialiste. Et c'est pour ça aussi que je veux leur répondre en toute clarté.
Laurent DELAHOUSSE
Et finalement sincèrement, il n'y a pas trop de candidats au Parti socialiste : un, deux, trois, quatre…mais là on a l'impression qu'ils se multiplient.
Ségolène ROYAL
Oui je pense qu'il faut savoir maîtriser les choses, ça peut surprendre un peu les Français, mais au bout du compte, vous savez, les militants vont choisir. Et puis la question centrale qui se pose et qui va se poser dans ce texte, dans ce projet sur lequel je travaille maintenant avec une équipe, avec aussi des responsables socialistes dans vingt-cinq départements, j'espère qu'ils seront plus nombreux bientôt, c'est de savoir comment dans le monde tel que nous vivons aujourd'hui où la précarité augmente, où les inégalités n'ont jamais été aussi criantes, où le capitalisme perd la tête, où les valeurs financières l'emportent sur les valeurs humaines…dans socialisme, il y a social et il n'y a aucune raison de laisser broyer le social par l'économique. Au fond la question est de savoir aussi…si vous voulez, ce qui va être au cœur du projet, c'est la question suivante : quels sont les droits et les devoirs qu'il faut aujourd'hui redéfinir pour que les responsables politiques, la société et les individus puissent avoir les mêmes droits pour réussir leur vie. Au fond, comment faire en sorte que chacun puisse rêver à un avenir meilleur. Vous savez dans une de ses contributions, un jeune dit mais finalement je n'ai pas peur de l'avenir, c'est presque pire, j'ai peur de ne pas avoir d'avenir. Moi je pense que le rôle de la politique et le rôle des socialistes, c'est de dire à chaque homme, à chaque femme ou à chaque enfant qui naît, qu'il peut avoir un espoir d'un avenir meilleur.
Laurent DELAHOUSSE
Voilà pour quelques éléments de votre programme en tout cas auprès des militants. On va écouter les deux premières réactions au sein de votre propre camp, au sein du Parti socialiste, on écoute.
Jean-Christophe CAMBADELIS (document FRANCE INFO), depute ps
On est en train de transformer le Parti socialiste en une pétaudière. On ne respecte ni les règles, ni le calendrier, ni les militants.
Pierre MOSCOVICI, depute ps
Nous n'avons pas intérêt dans le congrès de 2008 à une confrontation entre ceux qu'on appelle les présidentiables, entre Ségolène ROYAL et Bertrand DELANOË, que ce n'est pas de ça dont le Parti socialiste a besoin, qu'il ne doit pas désigner son candidat à la présidentielle ou le pré désigner dès 2008.
Laurent DELAHOUSSE
Ségolène ROYAL, est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'il y a une tendance on va dire, au « tout sauf Ségolène » comme vous l'avez vécu un petit peu pendant la campagne électorale. Oui ou non, sincèrement ?
Ségolène ROYAL
Ecoutez moi je crois que si un jour je suis à la tête du Parti socialiste, si les militants m'accordent cette confiance et me donnent cette joie et cette lourde tâche, les responsables socialistes ne pourront plus s'exprimer de façon désobligeante ou violente à l'égard d'autres socialistes.
Laurent DELAHOUSSE
Pourquoi, comment vous allez faire pour faire taire toutes ces paroles ?
Ségolène ROYAL
Mais il y aura des règles qui seront appliquées, il y aura des droits et des devoirs et il y aura des sanctions parce que je pense que nous avons une responsabilité commune, nous socialistes, de construire un parti fort, un parti uni, un parti où l'on se respecte…
Laurent DELAHOUSSE
Où l'on fait taire ses adversaires, c'est étonnant comme…
Ségolène ROYAL
Non ce n'est pas une question de se faire taire, de faire taire les uns ou les autres, c'est une question de la qualité dans l'expression, du respect dans l'expression. Je crois que les militants aujourd'hui attendent d'être respectés et s'il y avait un mot à retenir, c'est le sens de ma démarche aujourd'hui. Ensuite les militants vont choisir, donc les choses seront très simples. Mais je crois que chaque fois qu'un socialiste s'exprime, il doit d'abord penser à la France et aux Français. Et aujourd'hui ce qui fait peur aux Français, c'est une mondialisation mal maîtrisée, c'est l'émergence de grands continents à l'égard desquels la France ne trouve plus sa place, c'est une identité française qui est bousculée par la peur de l'autre et nous avons tellement de travail à faire ensemble, que nous devons garder notre sérénité et notre plaisir aussi de faire de la politique.
Laurent DELAHOUSSE
Une question importante également, est-ce que le poste de premier secrétaire est lié au poste de candidat à la présidentielle. Vous êtes candidate, si vous êtes élue au poste de premier secrétaire, obligatoirement vous serez candidate à la présidentielle ? Est-ce que c'est lié ?
Ségolène ROYAL
Je crois que ce qui s'est passé lors de la précédente élection présidentielle a prouvé qu'il fallait une harmonie entre le principal parti pour l'instant le parti d'opposition, et le candidat ou la candidate à l'élection présidentielle, je crois que cette harmonie…
Laurent DELAHOUSSE
Donc un leader au sein du parti et un candidat pour la présidentielle.
Ségolène ROYAL
Je pense que cette harmonie est indispensable, mais elle n'est pas forcément un automatisme, tout se mérite.
Laurent DELAHOUSSE
Tout se mérite…merci beaucoup Ségolène ROYAL. Juste une dernière question, le livre de Bertrand DELANOË sort cette semaine, vous allez le lire avec intérêt ?
Ségolène ROYAL
Oui, j'aime beaucoup les livres politiques donc oui. Vous savez, je n'ai aucun…d'abord je n'ai pas d'ennemi moi dans le Parti socialiste et c'est ça qui est important, vous savez. Vous savez, la guerre des chefs, les militants n'en veulent pas, et il n'y en aura pas. En tout cas, vous n'entendrez jamais dans ma bouche une quelconque parole désobligeante. Alors c'est vrai que j'ai vu dans le texte que Bertrand DELANOË a signé avec Lionel JOSPIN, une certaine critique de la démocratie participative. Ecoutez, je la prends comme un élément du débat d'idées et moi je défends au contraire cette idée que pour bien diriger, que pour bien décider, que pour bien gouverner avec volonté, avec détermination, il faut d'abord avoir écouté les citoyens. Et en l'occurrence, dans le cadre du congrès, écouter les militants.

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