Samedi 24 mars 2007
Ségolène Royal reproche à Bayrou d'avoir échappé à l'ISF


CORRENS (Var), 23 mars 2007 (AFP) - Ségolène Royal a accusé sans le nommer François Bayrou d'avoir échappé au paiement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) au motif qu'il ferait partie "des exploitants agricoles".
S'adressant vendredi à quelque 400 personnes rassemblées sur la place du village provençal de Correns, la candidate socialiste a répété une formule maintes fois utilisée: "Remettre un peu d'ordre juste".
"Il ne faut plus que des responsables politiques à plein temps puissent se déclarer exploitants agricoles pour échapper à l'impôt sur le patrimoine", a-t-elle ajouté, désignant ainsi son adversaire de l'UDF, avant de passer à autre chose.
M. Bayrou, dont une partie du patrimoine est classée fiscalement en biens professionnels en raison de son activité agricole d'éleveurs de chevaux, n'est pas assujetti à l'ISF, à la différence notamment de Mme Royal et de l'UMP Nicolas Sarkozy.

par EXCOFFIER publié dans : segolene
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Vendredi 23 mars 2007

J'ai assisté hier soir à mon premier meeting. Voici mes impressions:

1ère partie du meeting: interventions de personnalités:

-Sapho (chanteuse) parlant de la culture contre "l'identité nationale" chère à NS entamant le Temps des Cerises a capella;

-Stéphane Pocrain: non adhérant du PS, excellente prestation...je l'ai senti habité par ce qu'il disait...et la gauche dite radicale devrait prendre exemple sur lui!!! Il nous a enflammé !!

2ème partie: Ségolène Royale: je ne parlerais pas du fonds de son discours mais elle m'a impressionnée par son calme, sa sérénité... Seule sur la scène devant 8 à 10000 personnes, micro à la main, elle se tenait à coté du pupitre, sans papiers elle a déroulé son programme en mettant l'accent sur sa conception de l'identité dite nationale.

Dernière partie: La Marseillaise: mes cordes vocales s'en souviennent !!!!!!!!!!!!!!!

                                                                                  AGNES, après le meeting de Marseille

par EXCOFFIER publié dans : segolene
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Vendredi 23 mars 2007
Discours de Marseille


 
 
 
 
Bonsoir. Bonsoir Marseille. Bonsoir le beau département de Jean-Noël.
 
Merci à vous tous d’être venus ce soir aussi nombreux, aussi chaleureux, aussi colorés !
 
Ce soir, je me sens marseillaise, plus que jamais. D’abord parce que ce n’est pas loin d’ici, à Vitrolles, vous vous souvenez peut-être, que j’ai fait ma déclaration de candidature. Si je suis aujourd’hui, ce soir, à Marseille parmi mes amis, Jean-Noël Guérini, Patrick Menucci, et tous les autres, Eugène Caselli, Edmonde Charles Roux, qui a parlé tout à l’heure, Michel Vauzelle, et je remercie Stéphane Pocrain aussi d’être venu et de nous rejoindre.
 
Je salue aussi Jean-Daniel qui est là parmi nous, et je vois aussi tous les premiers fédéraux des départements de toute la région, merci d’être là, tous ces élus aussi que je reconnais, Jean-Louis Bianco, qui est mon directeur de campagne, bien sûr, qui m’a accompagnée. Et vous tous, et vous toutes.
 
Oui, j’ai envie ce soir de vous parler de Marseille, parce que, d’une certaine façon, dans le débat national qui est aujourd’hui dans la dernière ligne droite, c’est un moment historique important, ce soir, fortement symbolique, puisque jour pour jour, du 22 mars au 22 avril, la France va choisir son destin.
 
Je voudrais d’abord vous dire que je ne veux pas que le 22 avril ressemble au 21 avril. Et pourtant, j’ai senti, pendant ces longues semaines, ces longs mois, de débats participatifs, j’ai senti gronder la colère des Français, j’ai senti que le doute à l’égard de la politique ne s’était pas apaisé. J’ai senti qu’il y avait encore des millions de citoyens qui pensaient ne compter pour rien, qui ne savent pas de quoi demain sera fait, qui s’imaginent encore que la politique n’est qu’une suite de promesses non tenues.
 
Et c’est pourquoi cette dernière étape est si importante. Et c’est pourquoi ce soir, je veux vous parler avec gravité, parce que vous avez une responsabilité éminente : c’est vous, dans cette salle, vous qui êtes convaincus que la France ne doit pas se tromper dans quelques semaines, c’est vous qui avez la responsabilité d’aller convaincre toutes celles et tous ceux qui attendent désespérément quelque chose qui ne vient pas, toutes celles et tous ceux qui ont désespérément aussi envie de croire à nouveau dans l’efficacité de la politique.
 
C’est pourquoi, dans cette dernière ligne droite, ce qui est important maintenant, c’est que les choix soient clairs.
 
Le premier enjeu dont j’ai envie de vous parler ici, à Marseille, dans cette ville qui, finalement, ressemble tant à la France de demain, à la France rayonnante, à celle qui ne voudra plus baisser les bras. Oh, je sais qu’à Marseille, il y a encore beaucoup de pauvreté et de précarité, je sais bien qu’à Marseille, il y a une extrême droite encore forte parce qu’on on le sait, il y a des interrogations profondes sur la mondialisation. Mais ce que je voudrais vous dire, c’est que justement, comme Marseille, la France doit avoir maintenant la force de regarder le reste du monde, et Marseille est à l’avant-garde de cette nouvelle façon de voir les choses. C’est ce courage-là que je veux donner à la France.
 
Le choix, aujourd’hui, il est clair. Il est entre la situation actuelle, celle que nous laisse la droite d’une France frileuse, repliée sur elle-même, qui a peur de regarder le reste du monde, et la France que nous devons voir se lever, celle qui considère bien sûr sans naïveté que la mondialisation peut être la pire des choses, mais qu’elle peut aussi être la meilleure des choses si nous savons mettre en place un certain nombre de nouvelles règles du jeu.
 
Le pacte présidentiel que j’ai construit avec vous, et que je propose aujourd’hui aux Français, avec lesquels je suis maintenant en dialogue direct, c’est justement le changement des règles du jeu.

Je crois que nous réussirons à tirer le meilleur parti de la mondialisation, d'abord si nous savons revenir à la table de l'Europe, mais d’une Europe qui se protège contre les délocalisations, et pas comme aujourd’hui, une Europe du tout-libéral, qui fait simplement de la monnaie ou de la recherche du profit maximal son objectif principal.
 
Cette Europe-là, nous devons la construire, cette Europe-là, nous devons la construire aussi avec un nouveau dialogue avec la Méditerranée. Cette Europe-là, nous pouvons en tirer le meilleur parti si nous savons nous redresser, si nous savons définir des nouvelles politiques industrielles, si nous savons mettre en place de nouvelles règles sociales qui tireront vers le haut l’ensemble des pays à bas salaire.
 
Moi, j’ai confiance, c’est cette force que je vous propose de mettre en marche avec moi.
 
Vous voyez qu’il y a une bataille projets contre projets, et nous réussirons aussi à nous redresser dans le cadre des nouvelles règles du jeu, si nous mettons en place, à la place de la culture que la droite défend, la culture de l’opposition de tous contre tous, la culture de la précarisation, les références de la précarisation devrais-je dire pour ne pas dévoyer le mot culture. En face, ce que je vous propose, après vous avoir longuement, patiemment écoutés, parce que je sais que c’est possible,
nous devons investir massivement, puissamment, dans la matière grise, dans l’éducation, dans la formation. C’est pourquoi l’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation est au cœur du pacte présidentiel. C’est là notre chance.

 
 
- « Ségolène, Présidente ! »


 
- C’est là notre chance, c’est là que je vois deux façons de faire de la politique. D’un côté, celle que nous laisse la droite, et comment le candidat de la droite, ou les candidats de la droite pourraient-ils… ? Non, pas de « ouh » dans nos réunions publiques, parce que les Français attendent un débat sur le fond.
 
Et moi, je veux que nous en donnions l’exemple, parce que les enjeux sont trop forts, parce que la crise démocratique, la crise sociale, la crise économique, la crise éducative, la crise écologique sont trop profondes pour que, aujourd’hui, on accepte de dévoyer le débat politique. L’heure de la vérité va bientôt sonner.
 
La première de ces vérités, c’est que ceux qui ont laissé la France dans l’état où elle se trouve, avec cet endettement insupportable, avec le déficit des comptes publics, avec toutes les formes de précarité, de brutalité, de violence et d’inégalités, ceux-là ne peuvent pas incarner la France neuve, ceux-là ne peuvent pas prétendre qu’ils feront la rupture, ceux-là doivent assumer leurs responsabilités.
 
Je crois à la morale politique.
 
La première règle de la morale politique, c’est d’assumer ses actes. C’est d’abord cela l’heure du rendez-vous de l’élection présidentielle.
 
Le choix est simple, entre la possibilité de continuer comme avant la politique telle qu’elle se fait depuis toujours.
 
J’ai entendu les candidats de la droite se moquer des forums participatifs, des jurys citoyens ; je leur dis : la politique, nous allons la réinventer ensemble.
 
C’est pourquoi je ferai une réforme profonde des institutions. C’est pourquoi je vous appelle, et c’est pourquoi nous ferons la VIe République.
 
Nous la ferons, cette VIe République, non pas pour avoir le plaisir de mettre un numéro sur la République, mais c'est quelque chose de bien plus profond que cela, c’est un enjeu considérable, c’est tout simplement refonder le lien entre le peuple français et ceux qui les gouvernent. C’est tout simplement redéfinir au nom de quoi la République se remet debout, c’est tout simplement savoir pourquoi nous tenons tant à notre identité nationale, qui n’est pas le monopole de je ne sais quel courant de l’extrême droite. L’identité nationale, c’est nous, c’est tout le peuple français. Et l’identité nationale, c’est d’abord la certitude, et c’est les nouvelles règles du jeu que je vous propose pour la République, c’est d’abord la certitude que les règles sont les mêmes pour tous, quels que soient son origine, son quartier, sa naissance, sa famille, cette garantie de l’égalité réelle. C’est là d’abord le premier fondement de notre identité nationale.

Puis, l’identité nationale aussi, ce n’est pas de savoir d’où l’on vient, et à Marseille qui s’est forgée de tant d’aventures, de tant de mouvements, de tant de peuplements, riches et diversifiés, c’est ici que je peux le dire encore davantage qu’ailleurs, l’identité nationale, ce n’est pas de demander des comptes sur d’où l’on vient, mais c’est de savoir vers où l’on veut aller ensemble. Et c’est cela que je vous propose.
 
Oui, nous allons aller ensemble…
 
- Ségolène, Présidente !
 
- Oui, nous allons aller ensemble vers une France qui va reprendre confiance en elle, parce que, aujourd’hui, ce qui ne va pas, c’est que les Français se sentent tirés vers le bas. Ils n’ont plus le désir d’avenir. Et plus ils sont situés en bas de l’échelle sociale, moins ils ont ce désir d’avenir. Alors l’enjeu est bien sûr considérable, c’est cet enjeu que nous devons réussir, ce sont ces valeurs que nous devons réaffirmer et au premier rang desquelles la défense de toutes les formes de solidarité, la défense de toutes les formes de service public partout, sur le territoire national, l’invention de toutes les nouvelles formes de sécurité qui nous permettront de conquérir le goût du risque et l’esprit d’entreprendre. Et c’est nous qui réussirons. Et j’en fais ici le serment, nous réussirons à relancer la machine économique, parce que la principale inquiétude des Français, elle est là : comment, avec de tels déficits, nous allons, demain, pouvoir tenir nos engagements ? Comment, avec de tels déficits et un tel endettement, nous allons pouvoir redresser la France ?
 
Je vous dis que c'est possible, mais je vous dis aussi que nous réussirons vite, qu’il faudra renouer la confiance, qu’il faudra s’appuyer sur les petites et moyennes entreprises, celles qui attendent des pouvoirs publics parfois si longtemps les aides dont elles ont besoin. Et on le voit ici dans la Région. Nous nous appuierons sur les régions, sur les élus de proximité, et c’est pourquoi, dans la VIe République, il y aura aussi une réforme profonde de l'État, pour qu’il soit plus efficace, plus rapide, c’est ce que les Français attendent, qui lutte contre toutes les formes de gaspillage pour qu’un euro dépensé soit un euro utile, pour que tous ceux qui sont proches du pouvoir, si proches, et qui bénéficient systématiquement des aides publiques alors qu’ils n’en ont pas besoin, que tout ce système de clientélisme soit remis en cause, afin que l’argent public aille bien aux entreprises qui en ont le plus besoin.
 
Alors, nous les aiderons à investir dans l’innovation, dans la recherche, dans la matière grise. Puis nous leur demanderons, une fois que j’aurai réconcilié la France avec ces entreprises, ces dizaines de milliers de petites et moyennes entreprises qui ne demandent qu’à se redresser, qu’à aller de l’avant, qu’à créer des emplois, et je fais la différence entre les grandes entreprises, celles qui accumulent les profits, celles du CAC 40 et qui pressurisent les entreprises sous-traitantes. On le voit tous les jours, ces entreprises qui délocalisent alors qu’elles font des bénéfices.
 
Là aussi, il y aura de nouvelles règles du jeu. Et toutes les entreprises qui délocalisent alors qu’elles font des bénéfices, toutes les entreprises qui licencient alors qu’elles font des bénéfices doivent savoir que, désormais, elles rembourseront toutes les aides publiques et toutes les exonérations de charges. Voilà la nouvelle règle du jeu.
 
Mais en échange,
ce que je propose, c’est du donnant/donnant, du gagnant/gagnant, et cela dans tous les domaines de l’intervention publique. Oui, j’aiderai les petites et moyennes entreprises à recruter des jeunes, et notamment les jeunes qualifiés, et les jeunes diplômés, et il y en a sans doute dans cette salle, tous ces jeunes, et cet immense gaspillage, insupportable, c’est cela d’abord qui bloque désespérément la France, ce sont tous ces jeunes au chômage, 25 % de jeunes au chômage, le taux le plus élevé d’Europe, la durée d’attente la plus longue pour accéder au premier emploi, même l’on a fait l’effort d’avoir une qualification ou un diplôme, parce que d’un côté, les entreprises demandent aux jeunes d’avoir de l’expérience professionnelle, mais de l’autre côté, elles refusent de leur donner leur chance.
 
Alors, ce système-là, il doit changer avec de nouvelles règles du jeu : du donnant/donnant, du gagnant/gagnant, c’est comme cela, vous verrez, que nous allons déployer toutes les énergies aujourd’hui bridées sur l’ensemble du territoire national.

C’est le sens des emplois-tremplins, c’est le sens de l’allégement du coût de l’emploi pour les petites et moyennes entreprises. Les jeunes pourront être rémunérés pendant six mois par les régions, ce sont elles qui feront ce travail, l’Etat leur en donnera les moyens, et d’ailleurs, nous avons déjà commencé. Leur rémunération sera prise en charge, les entreprises pourront les recruter, pour leur donner leur chance, pour leur tendre la main, car je sais que, dans bien des cas, au bout de six mois, les jeunes ferons leurs preuves, les entreprises les garderont, et si les entreprises ne les gardent pas, alors nous récupèrerons ces jeunes et nous continuerons à leur donner une formation professionnelle complémentaire. Mais d’une façon ou d’une autre, avec toutes les formes de solution, emplois-tremplins, aides idées pour les entreprises, formation professionnelle complémentaire, je le dis ici, pour tous les jeunes déjà qualifiés et déjà diplômés, ils ne resteront pas au chômage pendant plus de six mois.
 
Cette bataille sera ma bataille centrale, c’est une bataille essentielle, c’est une bataille que nous devons gagner.
 
C’est comme cela, si je reprends le fil de mon histoire, c’est comme cela que nous construisons l’identité nationale. Un pays se délite lorsque la jeunesse doute de son avenir.
 
Sans doute, pour la première fois de l’histoire de notre pays, la nouvelle génération s’interroge sur sa retraite, se demande de quoi l’avenir sera fait.
 
Vous vous rendez compte ce que cela signifie en termes d’intériorisation de l’angoisse ? Cela veut dire que les jeunes ont parfaitement compris que, si le système continuait à être dévoyé tel qu’il est aujourd’hui, alors allait s’écrouler ce qui fait l’essentiel de la cohésion nationale, je veux dire la solidarité entre les générations.
 
Moi, je veux sauver la solidarité entre les générations, et je ne veux pas que les jeunes soient à leur âge préoccupés de leur retraite, je veux qu’ils soient fiers de leur emploi, qu’ils y soient heureux. Et je veux leur dire, à tous les jeunes que, pour moi, contrairement à ce que j’entends dans les discours des candidats de droite, et en particulier dans celui de Nicolas Sarkozy…
 
Pas de « ouh », même si vous en avez envie, parce que je m’abstiens de toute attaque personnelle, je leur laisse cela. D’ailleurs, ils s’y emploient pas mal l’un contre l’autre.
 
Non, je vous parle des idées et de la conception de la France. Je vous disais donc que, pour moi, les jeunes, ce n’est pas un problème, pour moi, les jeunes, c’est une partie, et même une grande partie de la solution. Mais bien sûr, c’est une grande partie de la solution.
 
On le sait bien, plus d’un an après les émeutes dans les quartiers, rien n’est réglé, au contraire, les choses n’ont cessé d’empirer. Les services publics ont encore reculé, tout a disparu.
 
Je voudrais dire ici, à Marseille, où il y a une situation un peu particulière, car il n’y a pas eu, comme ailleurs, dans les autres villes, dans bien d’autres villes, d’émeutes aussi violentes, je voudrais dire que c’est parce qu’il y a eu le travail des élus de proximité, et en particulier celui du Conseil général et de Jean-Noël Gassin*, plus de 560 jeunes qui sont dans les quartiers, c’est-à-dire que, là, les collectivités locales se sont substituées au désengagement de l'État. Je veux dire ici à Marseille, que, demain, j’incarnerai un État fort, conscient de ses responsabilités, assumant l’égalité entre les territoires, remettant du service public partout où il a reculé, et en particulier, je veux que, pour tous les enfants qui ont du mal à réussir à l’école, tout simplement parce que leurs parents ont du mal à leur faire faire leurs devoirs et leurs leçons, et que c’est à la base que tout se joue, est à la base, c’est à l’école, et dans l’articulation entre les familles et l’école que tout se décide pour la suite.
 
Alors, comme il est bien plus intéressant d’investir dans le fonctionnement de la famille en apportant le soutien au bon moment pour mettre les parents devant leurs responsabilités et que c’est bien plus utile d’investir dans l’école pour faire en sorte que les enfants soient raccrochés à la réussite scolaire au moment où ils trébuchent et pas quand c’est trop tard, parce que je crois que les jeunes ont le droit à une juste autorité, c’est-à-dire à des adultes qui sont cohérents entre eux, qui s’occupent d’eux, qui soient capables de les relever quand ils font des erreurs, c’est comme cela que l’on réduira tout ce qui se passe ensuite. Et moi, je préfère investir dans l’école que dans la prison, je vous le dis. Mon choix, il est clair.
 
Puis sur l’identité nationale, comment ne pas dénoncer cet amalgame insupportable entre l’immigration et la menace de l’identité nationale ? Comment accepter ce mélange entre l’immigration régulière, qui se trouve ainsi désignée à la vindicte publique ? Je disais tout à l’heure, mais si tout d’un coup, tous les travailleurs étrangers s’arrêtaient de travailler, on en verrait de drôles de choses dans des secteurs entiers de l’économie !
 
Combien de chantiers dans le bâtiment s’arrêteraient brutalement ?
 
Combien d’entreprises dans le secteur du bâtiment feraient faillite ?
 
Comment cela se passerait-il dans tous les services du nettoyage ?
 
Que se passerait-il dans nos services hospitaliers, où de plus en plus, on va chercher la matière grise dans les pays de l’autre côté de la Méditerranée, alors qu’ils en auraient tant besoin pour se développer ?
 
Alors je vous le dis, ma conception de l’identité nationale, c’est bien sûr de lutter contre l’immigration clandestine, mais de quelle façon ?
On mettra fin aux migrations de la misère si l’on a la force, la capacité, la volonté politique de mettre en place des politiques de co-développement, de changer en profondeur la politique africaine de la France, d’en sortir de cet immobilisme.

On la voit encore, cette inertie, par rapport à ce qui se passe au Darfour. En voilà assez de cette indifférence, de cette mollesse diplomatique, de ces égoïsmes ! En voilà assez de ces politiques hypocrites qui sont à l’origine même des dérèglements qu’elles provoquent ! Oui, il faudra remettre de l’ordre international juste, et cela aussi, c’est du projet contre projet. Là aussi, il y a deux façons de voir le monde, là aussi, il y a deux visions du respect de la personne humaine. Là aussi, il y a deux formes d’exigence, l’une qui conduit à l’efficacité des politiques mises en place, parce que nous savons bien, et ici à Marseille plus que partout ailleurs, nous savons bien que nous ne nous sauverons pas tout seuls, et que c’est en diminuant les écarts entre les continents riches et les continents pauvres que nous nous tirerons tous collectivement vers le haut.

Et la question écologique est étroitement liée à la question de la sortie du sous-développement.
 
Je voudrais ici l’aborder, là aussi, avec gravité. C’est aujourd’hui la journée mondiale de l’eau.
 
Il y a à l’échelle de la planète un milliard d’être humains qui n’ont pas accès à l’eau potable. Il y a tous les jours 50 000 personnes qui meurent parce qu'elles n'ont pas accès à l’eau potable. Voilà l’état de la planète aujourd’hui.
 
Alors l’enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique, qui a fait l’objet de tant de discours et de si peu d’action au cours de ces dernières années, oui, la bataille contre le réchauffement climatique est un enjeu considérable, et c’est à vous, à chacun de vous qu’il reviendra de conduire cette lutte.
 
Il faudra là aussi des décisions courageuses. Il faudra là aussi lutter contre toutes les formes de lobbies, les intérêts financiers, les groupes pétroliers qui encaissent des profits insolents, tout en refusant d’indemniser les communes souillées par exemple par la catastrophe de l’Erika. Les profits des compagnies pétrolières seront taxés, et ces bénéfices seront réinvestis dans les énergies renouvelables. Les énergies renouvelables feront l’objet de politiques volontaristes, déterminées, en en particulier, il appartiendra à la France d’être un pays leader au niveau européen, pour entraîner l'Europe dans ces énergies renouvelables, et non pas comme aujourd’hui, de freiner l'Europe sous prétexte que nous avons l’énergie nucléaire. Cette hypocrisie est devenue inacceptable parce qu’elle nous freine, elle nous empêche, elle nous fait prendre du retard.
 
Moi, je l’ai vécu personnellement, ce retard, cette lenteur de l'État, ces résistances qu’il faudra lever sur tout le territoire national. Lorsque j’ai voulu, dans ma région, construire une usine de biocarburants, il a fallu que j’attende trois années l’autorisation de l'État central. En Espagne, une décision comme celle-ci se prend en trois mois. C’est ce que je vous disais tout à l’heure : la réforme des institutions, que chacun le comprenne bien, la réforme de l'État, que chacun l’entende bien, ce n’est pas une affaire de spécialistes ou de juristes, ce n’est pas quelque chose qui va ralentir les réformes dont la France a besoin. Au contraire, c’est une exigence impérative pour que les décisions politiques soient rapides, que nous puissions anticiper pour que la France garde un coup d’avance sur les emplois du futur, tout simplement pour que la France reprenne la main et rattrape son retard dans tous les domaines de l’économie de l’intelligence.
 
Partout, nous avons pris du retard. Partout, les investissements ont reculé dans le domaine de l’innovation et de la recherche.
 
Alors, le travail à accomplir est considérable. Les valeurs à remettre debout, nous les connaissons, et au premier rang desquelles, la valeur travail. Je voudrais vous en dire quelques mots.
 
La valeur travail, c’est à nous, à gauche, de la défendre. La valeur travail, elle a été sapée, elle a été détruite. C’est le chômage qui tue la valeur travail, c’est la précarité qui brise la valeur travail, c’est le CPE qui a contrecarré la valeur travail. C’est tout cela qui détruit la valeur travail, lorsque les salariés ne se sentent pas respectés, lorsqu’ils observent que le besoin de flexibilité de l’économie repose essentiellement sur eux, et seulement sur eux, et jamais sur ceux qui sont protégés.
 
Alors là aussi, comprenons-nous bien, là aussi, il y a une confrontation de projets. D’un côté, le projet de la droite, qui propose de généraliser le CPE et le CNE, en pensant – c’est la logique libérale, elle a sa cohérence – que c’est la précarité qui va permettre aux entreprises de se redresser.
 
Moi, je crois tout le contraire. Je crois que ce sont des salariés sécurisés dans leur emploi, dans leur formation, dans leur travail, dans leur salaire. Je crois, moi, tout le contraire. Je crois que ce sont des salariés qui ont le sentiment et qui ont la preuve que le dialogue social fonctionne bien, et qu’ils seront associés aux décisions de l’entreprises. Ce sera la réforme en profondeur du dialogue social et la construction d’un syndicalisme de masse responsable qui sera capable de faire, avec des entreprises responsables, des compromis sociaux qui permettront de concilier le besoin d’agilité des entreprises et la sécurisation des travailleurs et des salariés, parce que ce sont des salariés sécurisés qui peuvent être des salariés bien motivés dans leur travail, donc bien productifs, et surtout des salariés qui seront alors en mesure d’amortir les chocs des mutations d’une entreprise. C’est cela le nouveau projet de société que je vous propose, la nouvelle règle du jeu : d’un côté, le projet de la droite, qui nous dit que c’est en opposant les uns aux autres que l’on progresse, ceux qui auront le droit de faire des heures supplémentaires et les autres. On nous propose même, nous dit Nicolas Sarkozy, de faire voter ceux qui vont faire la grève contre les autres.
 
Moi, je vous propose tout le contraire.
Je vous propose une société qui va trouver le sens du dialogue social, du compromis social, de la négociation, de la convergence des intérêts bien compris des uns et des autres. Et ce sont des pouvoirs publics, un État, qui va garantir la qualité de la négociation, l’honnêteté des discussions en amont, le respect de chacune des parties, le temps qu’il faudra donner à l’écoute. Donc ce sont des pouvoirs publics et un État qui va garantir cette modernité de la relation sociale dans l’entreprise, qui permettra de rendre à la fois des entreprises plus confiantes, plus compétitives, plus agiles, qui pourront dès lors se tourner vers le vaste monde, ne plus avoir peur de la mondialisation, conquérir des marchés, prendre des risques, conquérir l’esprit d’entreprendre, qu’il faudra d’ailleurs apprendre dès l’école. C’est cela la réconciliation entre les forces vives d’un pays, et non pas la lutte de tous contre tous, l’opposition des uns contre les autres, ceux qui s’enrichissent aux dépens du plus grand nombre, ceux que paient de leur précarité les profits des autres. Cette société-là, elle ne marche plus, c’est fini ! C’est la société du passé.

Donc les Français vont avoir le choix entre ce qui n’a pas marché, la politique comme avant, la société du passé, celle des confrontations, celle du manque d’écoute, et au contraire, ils vont avoir le choix avec les nouvelles règles du jeu que je viens de vous proposer, parce que je crois que c’est le sens d’un pays moderne.
 
Je pense que la France est bridée de bien des limites, de bien des hésitations, de trop de peur, de trop de méfiances réciproques, où l’on trouve toujours quelqu’un pour expliquer que c’est un autre qui est responsable de ce qui ne va pas.
 
Moi, je veux faire converger les énergies, les talents, les potentiels. Il y en a beaucoup, il y en a énormément dans cette France qui ne demande qu’à repartir de l’avant.
 
Alors tous ces combats, nous les mènerons ensemble.
 
Mais avant de les mener, il faut les expliquer aux Français.
 
Ce choix, vous l’avez compris, il est crucial, il est important, parce que je l’ai compris, je l’ai vu, j’ai entendu ce dont les Français ne voulaient plus. J’ai entendu aussi leurs espoirs, leurs aspirations, leur confiance, leur envie de se remettre debout tous ensemble, leur besoin, leur désir de comprendre vers quoi nous voulions les guider, les emmener, et c’est d’abord cela l’élection présidentielle, c’est de tracer un chemin, c’est de tracer un destin, c’est de donner à chacun un désir d’avenir, c’est de mettre en place les conditions, les vraies conditions, à égalité de droits et de devoirs, les vraies conditions qui donneront à chacun le sentiment qu’au jour le jour, ceux qui sont à la tête de l'État n’ont qu’une seule préoccupation : faire reculer au jour le jour les inégalités, pour que dans une France plus juste, chacun ait dès lors le sentiment que l’effort est justement récompensé, que chacun ait dès lors le sentiment qu’il peut assumer des libertés nouvelles et choisir sa vie, que l’effort, ça vaudra le coup, parce qu’on saura qu’il n’y a pas certains qui sont sacrifiés pour les autres. C’est donc la garantie de la justice dans la répartition des efforts et dans les nouvelles règles du jeu que je vous donne. C’est cette garantie là dont nous avons besoin pour nous redresser.
 
Vous l’avez eu entre les mains, ce pacte présidentiel.
 
Pourquoi je dis pacte ? Parce qu’il a été construit avec vous.
 
D’un côté, on l’a vu, il y a le candidat de la droite, qui donc s’inscrit dans la continuité de ce qui s’est fait. Il y a le candidat de l’UDF ; pour lui, c’est assez simple : il nous dit que son programme ne coûte rien, forcément, il nous dit aussi qu’il n’a pas de programme. Donc c’est facile, mais l’heure de vérité va sonner.
 
Et puis il y a le pacte que je vous propose, mais qui vous engage aussi, parce que la conception que j’ai de la politique, ce n’est pas une personne seule qui va, d’en haut, décider ce que les autres doivent faire.
 
Un pays se remet en mouvement lorsqu’il a bien compris au nom de quels principes et on nom de quelles règles on lui demande les efforts à accomplir, et c’est ce que je fais dans ce pacte.
 
Un pays se relève et se remet en mouvement lorsqu’il a bien compris au nom de quelles priorités l'État engage les dépenses publiques, et c’est ce que je fais dans les sept piliers de ce pacte présidentiel. Un pays se relève lorsqu’il a le sentiment que les fonds publics ne sont pas gaspillés, et c’est ce que je fais puisque, dans chaque dépense nouvelle, et en particulier dans tout ce qui sécurise les citoyens et qui investit dans la matière grise. En retour, il y aura de l’emploi, du développement économique et des efforts, donc en retour, il y aura sur le pays des éléments positifs qui vont revenir, et que ce n’est pas comme je l’entends dire, un projet ou un programme dépensier. Non, je crois qu’au contraire, un pays qui se refuse à agir, un pays qui est dans l’immobilisme, c’est un pays qui court de grands risques.
 
Moi, ce que je vous propose, ce n’est pas de ne pas bouger sous prétexte de ne pas dépenser. Non, au contraire, c’est de faire les justes dépenses, je les ai évoquées à l’instant devant vous, c’est de faire les justes dépenses pour qu’en retour nous puissions recueillir les fruits d’une nouvelle croissance économique, qui nous permettra de créer des activités, des emplois, et de lutter contre toutes les formes de pauvreté et de précarité.
 
Voilà le pacte que je vous propose.
 
Voilà sur quoi je vous demande de vous mettre en mouvement.
 
Voilà pourquoi j’ai confiance, j’ai confiance parce que je sais que le moment de vérité va venir.
 
J’ai confiance parce que j’ai confiance dans l’intelligence des Français.
 
Je sais qu’ils cherchent encore, qu’ils écoutent, qu’ils veulent comprendre, qu’ils sont exigeants, et ils ont raison de l’être. Et je leur dis que la parole qu’ils auront prise pendant cette campagne, ils la garderont. Plus jamais avec moi la politique ne se fera comme avant. La politique se fera bien avec vous, parce que c’est comme cela qu’elle sera efficace.
 
Quand j’ai parlé de jurys citoyens, on a beaucoup plaisanté, on a ironisé. Je vous le dis : à tous les échelons de responsabilités, il y aura des jurys citoyens pour participer aux décisions publiques. Partout, les citoyens seront là, parce que rien n’est pire que la loi du silence, rien n’est pire que l’incompréhension des décisions publiques, qui soi disant sont prises au nom du peuple français et qui parfois sont prises contre lui.
 
C’est cela aussi la défense de l’identité de la France, c’est de mettre chacun et chacune en mouvement.
 
C’est ce que je vous demande : mettez-vous en mouvement pour construire une France juste et une France forte.
 
Mettez-vous en mouvement pour faire gagner la France.

Mettez-vous en mouvement pour la relever.
 
Je suis sûre que nous y parviendrons, parce que les Français ne demandent que cela, vive la République, vive la France !
 
Puisque nous avons parlé de l’identité nationale, et puisque nous sommes à Marseille, je voudrais vous dire un mot de la Marseillaise, parce qu’il y a parfois des malentendus.
 
J’entends dire des jeunes qui ne comprennent pas : « Mais ce sang impur qui abreuve nos sillons ? »
 
N’ayons pas de malentendus. La Marseillaise, c’est le chant de la lutte contre toutes les formes de tyrannie, c’est le peuple qui s’est levé contre les forces de l’Ancien Régime, c’est le chant qui a été repris dans tous les pays où il a fallu secouer le joug de l’oppression. C’est le chant que Louise Michel faisait chanter à ses élèves tous les matins et tous les soirs, et à chaque fois, elle qui avait connu la prison et les privations de liberté, à chaque fois, disait-elle, qu’elle faisait chanter la Marseillaise à ses élèves, elle ne pouvait pas s’empêcher de pleurer.
 
Alors, ne faisons pas de contresens sur ce chant, la Marseillaise. Comprenons vraiment le fond et la force historique de ses paroles. Ce n’est ni un chant sanguinaire ni un chant xénophobe, non, c’est le chant de toutes les libertés, de ceux qui risquent leur vie pour défendre les libertés, c’est le chant de républicains, c’est le chant que je vous propose, ici, à Marseille, de chanter tous ensemble pour ne jamais oublier que le message universel de la France à travers le monde est plus que jamais d’actualité : la liberté, l’égalité et la fraternité.
 
A nous, la Marseillaise !

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Vendredi 23 mars 2007

COMMUNIQUE DE SEGOLENE ROYAL

Financement des retraites


 
Ségolène Royal précise que, s'agissant de la réponse au « Journal des Finances » portant sur le financement des retraites, elle a indiqué que seul le Fonds de réserve des retraites créé en 1999 était le seul fonds qui permettrait de sécuriser à moyen et long terme  notre système de retraite par répartition. Elle n'envisage en aucune manière la création d'un autre fonds. Dans la même réponse, elle a exclu expressément la création de fonds de pension privé.

 
Le Fonds de réserve des retraites a été insuffisamment abondé depuis 2002 et la négociation avec les partenaires sociaux qui sera ouverte pour discuter de la sécurisation des retraites devra porter notamment sur la remise à niveau de ce fonds.

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Vendredi 23 mars 2007

Dans un livre d'entretiens, Ségolène Royal parle du féminisme, du couple, des enfants :

"Maintenant"



PARIS, 23 mars 2007 (AFP) - Ségolène Royal, première femme à même de conquérir l'Elysée, se confie, dans "Maintenant", un livre d'entretiens, sur ses convictions, dont la nécessaire "émancipation féminine", sa vie de couple ou la place des enfants dans la société.
"Etre féministe, pour moi, ce n'est pas être hostile aux hommes, c'est refuser un système de domination masculine dont ils sont, eux aussi, prisonniers", affirme-t-elle dans ce livre d'échanges avec Marie-Françoise Colombani, rédactrice en chef à Elle.

Des extraits de l'ouvrage, qui sortira le 27 mars en librairie, doivent paraître lundi dans l'hebdomadaire "Elle".

A propos des hommes, la candidate socialiste ajoute : "notre émancipation sera aussi la leur, même s'ils ont parfois du mal à l'admettre".
"Au bout du chemin, il n'y a pas l'indifférenciation des sexes, mais des hommes et des femmes enfin libres et égaux", selon Mme Royal.
Interrogé sur le fait que certains lui dénient une "carrure" présidentielle, Mme Royal se déclare "pas surprise". "C'est une telle révolution qu'une femme puisse incarner le pouvoir suprême !"

Sur son compagnon François Hollande, premier secrétaire du PS, elle déclare: "Oui, nous sommes ensemble et oui, nous vivons toujours ensemble."
"Si cela n'était pas le cas, je peux vous dire qu'avec le nombre de paparazzi qui nous suivent cela se saurait !", ajoute-t-elle
"Mais, au moins, quand on est une femme, on ne peut pas nous inventer un enfant caché!", ironise-t-elle.

Commentant les rumeurs, elle estime qu'il "y en a tellement qu'elles se neutralisent". "Démentir ces rumeurs ne sert à rien. Pire, ça les alimente. Il faut les laisser courir, prospérer et s'étioler".
"En revanche, dit Mme Royal, j'en parle toujours et très vite à mes enfants pour dégoupiller les +il paraît que...+ avant qu'ils n'arrivent jusqu'à eux".
"Je trouve mes enfants absolument formidables. Ils me soutiennent chacun à sa façon. François aussi. Je pense tout le temps à eux, car il faut vraiment qu'ils soient équilibrés pour rester sereins dans cette épreuve", ajoute-t-elle.
Elle qui avait caché être enceinte, lors de sa nomination dans le gouvernement Bérégovoy en 1992, considère que "dans la réalité, la maternité est encore trop souvent considérée comme quelque chose qui dérange dans une organisation du travail qui l'intègre mal".
Mais ce qui aurait pu lui faire abandonner la politique ? "Sans hésiter un enfant malade ou avec de lourds problèmes et dont il aurait fallu s'occuper à plein temps".
Elle s'indigne de ce que l'on puisse proposer l'apprentissage à 14 ans: "Je trouve invraisemblable cette façon de proposer pour les enfants des autres ce dont on ne voudrait pas pour ses propres enfants", estime-t-elle.

"Maintenant", éditions Hachette Littératures, entretiens avec Marie-Françoise Colombani, sortie le 27 mars.








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Jeudi 22 mars 2007
L'UNSA-police appelle à manifester à Marseille et à un meeting à Paris


PARIS, 22 mars 2007 (AFP) - L'UNSA-police, premier syndicat de gardiens de la paix, a appelé jeudi les policiers à une "manifestation de ras-le-bol" à Marseille mardi et à un meeting le 3 avril à Paris, a-t-on appris auprès du syndicat.
Joaquin Masanet, secrétaire général de l'UNSA-police, syndicat réputé proche du PS, a déclaré à l'AFP qu'il avait "prévu" ces initiatives "de longue date, bien avant le premier tour de la présidentielle" et se défend "de vouloir peser sur le scrutin".
Il affirme que "les policiers, sur le terrain, en ont ras-le-bol" et qu'il veut ainsi "faire entendre aux politiques le cahier revendicatif" de son syndicat.
Ce "cahier revendicatif" porte notamment sur le problème des retraites des policiers, selon l'UNSA, et "réitère notre message formulé fin 2006: +halte à la violence contre les policiers et la population+".
L'UNSA-police, qui milite pour une police de proximité, demande par ailleurs la "création de 3.000 emplois de (policiers de) proximité" et un "accompagnement financier" pour ceux-ci. Il veut aussi que des "structures immobilières de la police" soient "réimplantées au coeur des cités et quartiers" en difficulté.
Il exprime par ailleurs son "refus de la politique des résultats", chère au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui s'est traduite, dit l'UNSA, par une "politique du chiffre, véritable obsession de la hiérarchie".
L'UNSA appelle les policiers du sud de la France à manifester à Marseille mardi après-midi et leur donne rendez-vous à 13H00 au stade Vélodrome.
Ceux du nord de la France, dont les policiers d'Ile-de-France, sont appelés pour leur part à un "grand meeting" le 3 avril au gymnase Japy, dans le XIe arrondissement de Paris.
M. Masanet, réputé proche de la candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, a indiqué qu'il serait présent mardi à Marseille ainsi qu'à la tribune du meeting parisien.

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Jeudi 22 mars 2007

LCP AN
 
QUESTIONS D'INFO – Le 21/03/2007 – 21 :00
 
Invitée : Ségolène ROYAL, candidate PS à l'élection présidentielle

 
 
Frédéric HAZIZA
 
Bienvenue à « Questions d'info ». Notre invitée aujourd'hui est Ségolène ROYAL, candidate socialiste à la présidentielle. Merci, madame ROYAL, d'avoir accepté cette invitation de « Questions d'info », LCP, Le Monde, France Info. À mes côtés pour vous interroger, et comme chaque semaine, Marie-Ève MALOUINES de France-Info et Patrick ROGER du Monde. Alors, madame ROYAL, à moins de cinq semaines du premier tour, les pronostics sont de plus en plus incertains, l'électorat de gauche paraît particulièrement volatile, alors que les candidatures se multiplient à côté du PS. Vous allez donc pouvoir nous dire comment vous comptez peut-être mobiliser votre électorat et sans doute aussi dès le premier tour. Nous parlerons aussi avec vous de vos adversaires directs, Nicolas SARKOZY et François BAYROU. À l'ordre du jour aussi, la mobilisation des enseignants cette semaine. Ce sera l'occasion d'aborder avec vous plusieurs points concernant votre programme présidentiel. Mais tout d'abord un thème que vous avez lancé ce week-end, la VIe République.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Vous avez relancé le terme ce week-end, on n'a pas très bien compris si vous voulez modifier la constitution dans la pratique ou dans les textes, et dans ce cas-là est-ce que ce serait véritablement un changement de régime ?
 
Ségolène ROYAL
 
La réponse à cette question est très claire puisque dans le Pacte présidentiel que j'ai proposé, il y a bien sûr des réformes en profondeur, y compris des textes. Comment voulez-vous…
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Ça change la constitution complètement ?
 
Ségolène ROYAL
 
Comment voulez-vous modifier la constitution sans modifier les textes et uniquement dans la pratique ? Non. Cette réforme des institutions que la France attend pour se remettre en mouvement, il faut moderniser la France et faire en sorte qu'il n'y ait plus aucune intelligence qui soit gaspillée…
 
Frédéric HAZIZA
 
Mais la question est de savoir comment.
 
Ségolène ROYAL
 
Il faut donc que les institutions fonctionnent bien, se modernisent, prennent en considération les changements profonds auxquels nous sommes confrontés, pour avoir à la fois un État plus efficace, une démocratie plus vivante, ça c'est la réforme de la démocratie parlementaire, avec en particulier l'interdiction du cumul de mandats et la suppression du 49.3 pour que le Parlement puisse correctement et sereinement délibérer. C'est la démocratie participative, avec la création des jurys citoyens, le référendum d'initiative populaire, ça c'est pour que les citoyens…
 
Patrick ROGER
 
On peut prendre tous ces points un par un, si vous le voulez bien, mais au préalable, vous avez parlé de réunir une assemblée constituante. Jack LANG, qui est un de vos proches, s'interroge lui-même sur la formule. Est-ce que vous pouvez lui préciser ce que vous entendez par là ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je veux que la réforme des institutions soit travaillée et anticipée et que ce ne soit pas dans le secret des cabinets ministériels ou dans un cercle restreint…
 
Frédéric HAZIZA
 
Anticipés, c'est-à-dire au Parlement ?
 
Ségolène ROYAL
 
… ou dans un cercle restreint de juristes, que le texte du référendum soit élaboré. Je veux donc faire en sorte de consulter en amont, dans le cadre d'un comité constituant, on peut l'appeler ainsi, qui rassemblera des parlementaires, qui rassemblera aussi des élus locaux puisqu'il va y avoir dans cette réforme de l'État…
 
Patrick ROGER
 
Un comité consultatif ?... Je vous pose la question.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, c'est un comité consultatif, bien évidemment. Mais c'est très important de changer la façon dont l'on gouverne. Et il ne vous a pas échappé que je l'ai déjà appliquée, cette nouvelle méthode de gouvernement dans le cadre de ma campagne électorale, puisque j'ai pris le temps d'écouter les Français. Et donc je crois qu'il faudra en effet consulter en amont pour bien décider ensuite. Et pour que l'autorité de l'État s'affirme bien, il faut avoir le sentiment que les décisions prises en amont sont justes. Donc je vais voir comment ce comité constituant sera composé, il y aura bien évidemment des parlementaires, je pense qu'il y aura des responsables, des exécutifs régionaux ou locaux, parce qu'il y a un volet très important d'une nouvelle étape de régionalisation et je souhaite mettre dans ce comité constituant des citoyens, qui seront tirés au sort sur les listes électorales, autrement dit…
 
Frédéric HAZIZA
 
C'est une forme de jury populaire.
 
Ségolène ROYAL
 
… autrement dit un jury citoyen national qui sera membre de ce comité constituant, de ce conseil, en effet, qui permettra ensuite au chef de l'État de définir le contenu du texte du référendum qui sera soumis au peuple français.
 
Ségolène ROYAL
 
Ça va durer combien de temps, cette consultation ?
 
Frédéric HAZIZA
 
… le texte soumis au référendum ?
 
Ségolène ROYAL
 
Non, il faut respecter les institutions. Celui qui élabore le référendum soumis au peuple français, c'est le président de la République, mais bien évidemment il s'entoure d'un certain nombre d'avis, de conseils, et je souhaite que cette façon de faire, qui renforce à la fois l'autorité du chef de l'État, parce que l'on sait qu'en amont il a pris le soin d'écouter et de consulter, pas seulement des spécialistes ou des experts, mais aussi des parlementaires, des élus, des élus de terrain et des citoyens, il sera donc éclairé dans sa décision pour que le texte soit le mieux adapté à la situation de la France et à la modernisation des institutions dont elle a besoin. Je veux que la France devienne un grand pays moderne où le dialogue fonctionne bien, où les intelligences collectives se mettent au service de l'intérêt général. C'est vrai dans le domaine de la démocratie sociale, dans le domaine de la démocratie parlementaire. Il y a quatre piliers : la démocratie territoriale et la démocratie participative.
 
Frédéric HAZIZA
 
Concernant cette réforme institutionnelle, cet éventuel changement de République, la consultation de votre conseil consultatif, je crois que vous l'appelez comme ça, ça a duré combien de temps ?
 
Ségolène ROYAL
 
Écoutez, on ne va pas là entrer dans le détail…
 
Frédéric HAZIZA
 
Le référendum que vous voulez organiser, ce serait un référendum que vous voudriez quand ?
 
Ségolène ROYAL
 
Il prendra le temps nécessaire et, vous savez, nous y travaillons déjà puisque j'ai une base de travail déjà tout à fait élaborée, avec les rapports de Jean-Pierre BEL et de Jean-Marc AYRAUD. Donc j'ai un travail déjà très approfondi sur toutes les questions, plus le rapport qui vient de m'être remis à nouveau par Jean-Pierre BEL, qui s'est appuyé sur le travail des élus locaux concernant la démocratie territoriale. Il y a donc déjà là un travail considérable et il y a des constitutionnalistes qui actuellement approfondissent un certain nombre de choses et je veux ensuite que ce débat soit totalement transparent et soit mis au débat public pour que le texte dont les Français auront à se saisir corresponde bien à la modernisation des institutions dont la France a besoin. Je crois qu'aujourd'hui la France est en panne, il y a un sentiment de déclassement, il y a un sentiment de sur-place, parce que nos institutions ne sont pas suffisamment modernes et je veux faire évoluer cette espèce de culture de l'affrontement vers une culture de la discussion et du compromis, pour que les intérêts des uns et les intérêts des autres, au lieu de s'affronter dans des logiques parfois destructrices, puissent au contraire, comment dirais-je, entrer en dialogue les unes avec les autres – tout n'est pas compatible mais justement il appartient ensuite à l'autorité de l'État de choisir, une fois que les gens ont bien discuté, de choisir ce qui correspond à l'intérêt général.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Concernant les jurys citoyens, par exemple, est-ce que ça veut dire que l'action du chef de l'État serait évaluée par une forme de jury citoyen, régulièrement, comment ça se passerait ?
 
Ségolène ROYAL
 
La démocratie participative sera mise en mouvement à tous les niveaux de l'exercice de la responsabilité politique. Je suis la seule candidate à avoir fait depuis longtemps le constat de la crise démocratique. Les citoyens qui s'éloignent des urnes, qui s'abstiennent, qui se réfugient vers des votes contestataires, qui doutent dans l'efficacité de la politique. Et donc c'est parce que j'ai pris le temps de cette réflexion, que j'ai moi-même mis en application sur le territoire régional dont j'ai la charge la démocratie participative, d'ailleurs les résultats sont là puisqu'il y a eu des enquêtes auprès des habitants de la région, alors que d'habitude la région est une institution très éloignée des gens, on voit que les gens ont parfaitement compris quelles étaient les actions de la région et les plébiscitent largement. Je crois, moi, dans l'intelligence des citoyens et je pense que la France a besoin de ces intelligences collectives pour avancer, puisque nous avons des crises profondes, crises morales, crises sociales, crises économiques, crises institutionnelles, et donc c'est tout le peuple français qu'il faut mettre en mouvement, en tout cas tous ceux qui veulent participer aux décisions qui les concernent.
 
Frédéric HAZIZA
 
Mais vous avez entendu ce qu'a dit Nicolas SARKOZY à propos de vos jurys citoyens, il a dit : « Ségolène ROYAL veut sans doute installer des jurys populaires qui ressembleraient à des soviets ».
 
Ségolène ROYAL
 
Ça en dit long sur la façon dont lui-même exerce son mandat local. Cela veut dire donc qu'il ne consulte pas ses habitants. D'ailleurs le résultat est là puisque c'est un des rares maires de France qui ne respecte pas la loi sur la construction des logements sociaux. Je crois que s'il consultait sa population, cette population-là, ces habitants lui diraient : monsieur le maire, commencez par respecter la loi républicaine, vous qui êtes chargé non seulement de l'élaborer, mais de la faire appliquer. C'est très choquant et je crois en effet qu'il y a plusieurs catégories d'élus. Ceux qui ont compris qu'en associant les populations aux décisions qui les concernaient, c'était un plus, ça n'était pas une mise en cause des élus, c'était une façon de tirer la sonnette d'alarme au bon moment, lorsque les décisions qui sont annoncées ne rentrent pas suffisamment vite en application. Et c'est très intéressant, c'est très judicieux. Moi quand je fais des jurys de lycéens dans les lycées pour vérifier que ce que je décide est bien appliqué sur le territoire et que les décisions sont bien allées jusqu'au bout du cheminement et ne se sont pas arrêtées en chemin. C'est très utile quand on tire la sonnette d'alarme, ou par exemple dans les structures de la petite enfance, lorsque l'on annonce des places de crèche et qu'au bout d'un an ou deux on ne les voit pas sur le terrain. C'est très utile s'il y avait des associations de citoyens qui disent : voilà, vous aviez dit telle chose, nous on n'en voit pas la couleur sur le territoire. Ça met les élus devant leurs responsabilités et surtout ça fait remonter l'information du terrain, et enfin ça oblige à changer les formes de décision politique. Et donc c'est tout simplement la recherche de l'efficacité.
 
Patrick ROGER
 
Parlons des élus et des élections. Dimanche vous n'avez pas abordé la question du mode de scrutin aux élections législatives. Etes-vous toujours favorable à l'introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives ?
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, c'est d'ailleurs bien indiqué dans…
 
Patrick ROGER
 
Et à quel niveau ?
 
Ségolène ROYAL
 
… dans la partie « réformes institutionnelles » du Pacte présidentiel. Pourquoi est-ce que d'ailleurs je parle de pacte et pas de programme…
 
Patrick ROGER
 
À quel niveau ?
 
Ségolène ROYAL
 
… ou de projet ? Parce qu'il a été construit avec les Français, ce Pacte présidentiel, il y a plus de 3 millions de personnes qui sont venues dans les débats ou sur le site. Donc il y aura…
 
Frédéric HAZIZA
 
Quelle dose de proportionnelle ?
 
Ségolène ROYAL
 
La dose de proportionnelle sera discutée dans le cadre de la réforme des institutions. À ce stade…
 
Frédéric HAZIZA
 
Oui mais le projet du PS ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je suis candidate à l'élection présidentielle, donc à ce stade je mets sur la table, je rends publiques les grandes orientations des réformes institutionnelles et des autres réformes que j'entends mettre en place. Il y aura donc une dose de proportionnelle. À quel niveau ? Nous en discuterons. Mais elle sera significative.
 
Patrick ROGER
 
Le projet du Parti socialiste fixait un niveau, il parlait de 120 députés ?
 
Ségolène ROYAL
 
Le Pacte présidentiel ne fixe pas de niveau…
 
Patrick ROGER
 
Et Jean-Pierre BEL vous a fait des propositions également ?
 
Ségolène ROYAL
 
Jean-Pierre BEL a fait des propositions. Ces propositions vont être examinées, vont être débattues, vont être discutées dans le cadre du comité que j'évoquais tout à l'heure.
 
Frédéric HAZIZA
 
Alors il y a aussi les propositions des enseignants. Le choix des enseignants, madame ROYAL, est l'une des énigmes de cette campagne. Un reportage de Amandine ATALAYA et Julien WINTENBERGER qui se sont promenés parmi les professeurs du collège MICHELET du 19e arrondissement de la capitale.
 
 
 
REPORTAGE
 
Journaliste
 
Discussion animée salle des professeurs. Même à la pause déjeuner, la présidentielle fait débat. On représente souvent les professeurs comme votant à gauche. À tort, cette année les voilà hésitants.
 
Frédéric GARRIGUES, professeur d'histoire-géographie
 
Je crois que les enseignants sont ancrés sur des positions politiques traditionnelles qui voulaient que les enseignements soient majoritairement à gauche. Se répartit sur tout l'éventail politique, avec effectivement une petite tendance plutôt à gauche qu'à droite, mais il y a un rééquilibrage que l'on constate depuis 2002.
 
Journaliste
 
Et chose nouvelle, le bulletin François BAYROU en tente plus d'un cette année. Comme beaucoup, le principal garde le souvenir d'un ministre de l'Éducation nationale consensuel. Aujourd'hui il sent un intérêt croissant pour sa candidature.
 
Frédéric GARRIGUES
 
Elle prend un certain écho, c'est une évidence.
 
Journaliste
 
La plupart ici voteront tout de même Ségolène ROYAL, mais par défaut. C'est le choix du moindre mal, explique ce jeune professeur. Il attendait beaucoup de la gauche, elle le déçoit.
 
Martin COLAS, professeur d'histoire-géographie
 
Que l'ancien RPR ou UMP fasse des choses, on va dire négatives pour les professeurs, c'est normal, si je puis dire, donc on peut toujours contester mais ça nous paraît logique. On sera beaucoup plus en colère si ça vient de la gauche.
 
Journaliste
 
La proposition de la candidate au début de la campagne d'obliger les professeurs à rester 35 heures à l'intérieur du collège est mal passée. Martin ne comprend d'ailleurs pas où ses collègues d'histoire-géographie et lui pourraient bien travailler. Voici leur local.
 
Sylvie SAFAR, professeur d'histoire-géographie
 
Un peu de matériel informatique, on attend toujours la connexion Internet, mais ça n'est pas encore câblé jusqu'ici.
 
Journaliste
 
Les conditions de travail, voici leur préoccupation numéro un.
 
Sylvie SAFAR
 
Voyez, entre le bureau de la principale adjointe et le bureau du principal, vous avez cet espace pour pouvoir accueillir les parents.
 
Journaliste
 
Alors lorsque l'on évoque les promesses de la candidate du PS…
 
Sylvie SAFAR
 
Il faudrait aussi qu'on prenne le porte-avion et aussi il faudra supprimer le nucléaire. Il faudrait, il faudrait… Si on écoute tout ce que madame ROYAL dit, hein, on a du souci à se faire.
 
Journaliste
 
À un mois des élections, les voilà donc dubitatifs. En tout cas le vote de gauche n'est plus automatique et dans la salle des professeurs les sensibilités n'ont pas fini de s'affronter.
 
Fin du reportage
 
 
 
Frédéric HAZIZA
 
Comment expliquez-vous cette méfiance des enseignants ou défiance, je ne sais pas, à votre égard ?
 
Ségolène ROYAL
 
Écoutez, d'abord c'est pas uniquement à partir d'un reportage qu'on peut généraliser une méfiance ou une défiance. Moi je voudrais dire aux enseignants qu'ils sont des citoyens et qu'ils ont le droit à la liberté de vote comme tous les autres. Pourquoi voulez-vous qu'il y ait tout de suite des interprétations sur le vote de enseignants ?
 
Frédéric HAZIZA
 
On dit qu'ils votent BAYROU cette année.
 
Ségolène ROYAL
 
Écoutez, on va voir, le vote n'a pas encore eu lieu.
 
Patrick ROGER
 
C'était un vote traditionnellement acquis à la gauche… Majoritairement.
 
Ségolène ROYAL
 
Aucun vote n'est traditionnellement acquis et aujourd'hui moins que jamais. Les enseignants sont exigeants et ils ont raison de l'être. Et au moment de l'heure de vérité, c'est-à-dire au moment où il faut glisser son bulletin dans l'urne, ce qu'il faudra faire, les uns et les autres, c'est de comparer les politiques des uns et les politiques des autres. Ce qui s'est passé depuis cinq années dans l'Éducation nationale, avec 125 000 emplois en moins, emplois toutes catégories confondues. Ce qui se passe à la prochaine rentrée scolaire, y compris dans des zones qui sont durement frappées par le chômage, où il y a des suppressions d'emplois et des fermetures de classes. Ça ce sont des décisions inadmissibles. Et les enseignants savent bien que pour la gauche, et en tout cas c'est mon engagement aussi, c'est que l'éducation est au cœur de mon projet présidentiel, parce que je crois que tout repart à partir de l'éducation. Quant à la polémique sur les 35 heures, elle n'a jamais fait partie de mes propositions, c'est une…
 
Marie-Ève MALOUINES
 
C'est un malentendu ?
 
Ségolène ROYAL
 
Attendez, c'est une vidéo tronquée qui, comme par hasard, réapparaît là dans les dernières semaines de campagne électorale, et je trouve le procédé totalement scandaleux…
 
Frédéric HAZIZA
 
Mais c'est un procédé au départ interne au PS.
 
Ségolène ROYAL
 
C'est un procédé scandaleux qui a été en effet diffusé par les autres partis politiques aussi sur tous les sites Internet des enseignants. C'est une vidéo tronquée, et donc je tiens à redire ici qu'il est inadmissible, comme cela vient d'être fait dans votre sujet, de présenter cela comme une proposition que j'ai faite…
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Alors quelle est exactement votre proposition là-dessus, parce que vous avez quand même idée de ce qu'il faudrait revoir…
 
Ségolène ROYAL
 
J'ai dit que se posait un problème de qualité de travail et de présence des enseignants dans les établissements. Et d'ailleurs, l'enseignant que vous avez interrogé juste ensuite n'a pas dit autre chose lorsqu'elle a montré les locaux. Et j'ai dit très clairement…
 
Frédéric HAZIZA
 
Manque de moyens.
 
Ségolène ROYAL
 
Et j'ai dit très clairement que pour que les enseignants puissent rester plus longtemps dans les établissements scolaires, y compris pour faire leur lourd travail de préparation des cours et de correction des copies, il fallait au préalable leur donner des locaux suffisants, des bureaux, des secrétariats, des moyens informatiques. Et c'est ce que je demanderai désormais lorsqu'il y aura des rénovations de collèges et de lycées, c'est ce que je fais d'ailleurs concrètement dans ma région, chaque fois qu'il y a une rénovation de lycée, je prévois des bureaux, des matériels informatiques et je veux aller plus loin en donnant des secrétariats aux enseignants, le secrétariat collectif, pour qu'ils puissent travailler dans de bonnes conditions…
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Mais l'État l'impulsera parce que c'est les régions et les départements qui le font maintenant.
 
Ségolène ROYAL
 
Attendez, laissez-moi parler, parce que c'est quand même suffisamment grave et comme j'entends reprendre cette polémique, qui s'était calmée puisque j'avais eu l'occasion de refaire le point et comme par hasard elle ressort à quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, je tiens à mettre les points sur les « i ». Le débat avait lieu dans le cadre d'un débat informel, d'un brain storming informel, dans une réunion qui n'était pas filmée. Elle a été tronquée, c'est-à-dire qu'on a ressorti seulement une phrase me faisant dire que je voulais exiger que les enseignants restent 35 heures dans l'établissement. Ceci est faux, est inexact. Ce qui fait foi, c'est ce qui est dans le Pacte présidentiel. Qu'est-ce que je dis, dans ce pacte ? C'est que premièrement l'éducation redeviendra la priorité et les enseignants savent que sur cette question ils peuvent comparer les politiques de droite et les politiques de gauche et ils savent que ce sont les gouvernements de gauche qui ont rendu et qui ont augmenté les moyens donnés à l'Éducation nationale. Deuxièmement, ce que je leur dis, c'est qu'au plus haut niveau du chef de l'État et de la présidence de la République, il y aura l'affirmation de la reconnaissance du métier d'enseignant…
 
Frédéric HAZIZA
 
De quelle manière ?
 
Ségolène ROYAL
 
Car ce dont ils souffrent aujourd'hui, c'est un sentiment de déclassement. Ils ont l'impression d'être concurrencés par une foultitude d'informations périphériques, Internet, la télévision, et donc ils ne savent plus si la nation, la République, accordent autant d'importance à leur métier. Je leur dis oui, le creuset de la République est là, et il est uniquement là. Et dans tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés, la question du lien social dans les banlieues, la question de la désertification rurale, la question de la préparation des jeunes à leurs futurs emplois, la question de la lutte contre les inégalités sociales, la question de l'articulation avec les familles, l'articulation aussi de la prévention de la délinquance. C'est par l'éducation que l'on pourra le mieux répondre à l'ensemble de ces défis. Mais je leur dis aussi qu'ils ne seront pas seuls, et en particulier lorsque la droite a supprimé tous les aides éducateurs, la droite a supprimé les contrats éducatifs locaux, la droite a supprimé la police de proximité et donc souvent la délinquance fait irruption dans l'établissement scolaire, parce que les services publics sont à la périphérie de l'école et qu'ils permettent justement à l'école d'être ce lieu sanctuarisé, apaisé, à l'abri des tensions et des problèmes extérieurs. Aujourd'hui ça n'est plus le cas. Eh bien moi je rendrai à l'école son exigence d'harmonie et de lieu paisible, parce que je remettrai du service public à la périphérie de l'école pour prendre en charge les problèmes qui n'ont pas à retomber sur les enseignants…
 
Frédéric HAZIZA
 
Ça passera par une augmentation du budget de l'Éducation nationale ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je rendrai, dès la rentrée prochaine, les moyens aux écoles qui viennent d'être annoncés… dont les suppressions viennent d'être annoncées maintenant, c'est-à-dire déstabilisant un peu plus le système scolaire. Et ce que je voudrais dire aussi solennellement aux enseignants, c'est que le ministre de l'Éducation nationale que je choisirai aura comme instruction de cesser d'accabler l'école par une accumulation de réformes, simplement pour y attacher son nom, des réformes qui s'empilent les unes sur les autres avant même qu'elles n'aient le temps d'entrer en application, c'est ce qui se passe encore aujourd'hui, avec les décrets ROBIEN sur la bivalence, alors même que les réformes antérieures ne sont toujours pas appliquées. Le décret ROBIEN sera retiré et les principales actions que je mettrai(s) en place, c'est la remise à niveau des moyens d'un côté et le droit à l'expérimentation pédagogique de l'autre, sans subir les contrôles tatillons.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Pas de réforme mais des moyens ?
 
Ségolène ROYAL
 
Pas de réformes inutiles et supplémentaires avant de faire l'état des lieux des réformes précédentes, de celles qui marchent, de celles qui sont utiles, de celles qui ne marchent pas et de celles qui ne sont pas appliquées. Il n'y aura donc pas de réforme nouvelle avant que les moyens ne soient remis à disposition des établissements scolaires et en particulier aussi tous les moyens pour lutter contre la violence à l'école, où là il faudra mettre en place des nouveaux moyens et des nouveaux métiers, notamment à la périphérie de l'école. Et deuxièmement, avant que l'on puisse libérer les initiatives pédagogiques et le droit à l'expérimentation des équipes pédagogiques, et les établissements scolaires qui voudront mettre en place des actions par équipes, parce que c'est la principale demande, c'est : donnez-nous des moyens horaires, des heures, pour pouvoir travailler en équipes, parce que c'est comme cela que l'on peut échanger nos savoir-faire et c'est comme cela que l'on peut le mieux faire réussir les élèves.
 
Patrick ROGER
 
Est-ce que le ministre de l'Éducation que vous nommerez aura pour instruction de revoir la carte scolaire ?
 
Ségolène ROYAL
 
Ça n'est pas la principale priorité ni la principale préoccupation. Vous l'avez noté, dans le cadre de ce que je viens de dire, les priorités sont celles que je viens d'indiquer. La question de la carte scolaire qui est celle de la mixité scolaire, c'est-à-dire des enseignants qui souffrent d'être dans des établissements qu'ils qualifient eux-mêmes de ghettos scolaires, se pose donc en effet le problème de la mixité scolaire. Nous mettrons le temps de l'année scolaire – je l'ai déjà dit – pour poser très clairement les problèmes qui se posent aux établissements scolaires, aux équipes pédagogiques, mais surtout aussi, comme me l'ont dit les enseignants, pour bien affirmer l'idée que la mixité scolaire se traduit aussi dans la mixité urbaine. C'est parce qu'on a laissé faire aussi des ghettos urbains qu'un certain nombre d'écoles se sont retrouvées dans des situations de ghettos scolaires. Mais en même temps ça permettra aussi de donner beaucoup plus aux écoles qui en ont le plus besoin. Aujourd'hui, dans certaines zones d'éducation prioritaire, l'écart des moyens n'est pas suffisant. Il est beaucoup trop faible. Et donc il va falloir mettre le paquet, si j'ose dire, sur les établissements scolaires pour qu'ils aient les moyens de mettre en place des pédagogies par projet, pour que les enseignants qui y travaillent ne soient pas freinés par un certain nombre de manques de moyens matériels et de manques en terme de dotations horaires pour travailler en équipes, comme je l'ai dit tout à l'heure, et qu'il y ait aussi, sur la base du volontariat avec des rémunérations supérieures, donner aux enseignants qui travaillent dans les endroits les plus difficiles. Moi je veux donner plus aux établissements qui en ont le plus besoin et là où le travail quotidien des enseignants est le plus difficile.
 
Frédéric HAZIZA
 
Alors on va abandonner les enseignants et on va voir qu'il n'y a pas que chez les enseignants, madame ROYAL, que vous ne faites pas l'unanimité. Marie-George BUFFET, la candidate du Parti communiste, semble…
 
Ségolène ROYAL
 
Heureusement que je ne fais pas l'unanimité partout…
 
Frédéric HAZIZA
 
On va voir ce qu'elle dit de vous. Elle semble douter de ce qu'elle a appelé votre capacité…
 
Ségolène ROYAL
 
Sinon il n'y aurait même pas de débat politique.
 
Frédéric HAZIZA
 
… à changer la vie des Français, et puis on essaye de débattre ensuite avec vous.
 
Marie-George BUFFET
 
Aujourd'hui il faut avoir la lucidité de voir la gravité du danger. La candidate qui semble susceptible de représenter toute la gauche au second tour ne propose pas à notre peuple un projet qui change vraiment la vie. Elle ne permet donc pas que la gauche, dans sa diversité, se rassemble face à la droite, elle désoriente profondément le peuple de gauche. La droite n'a pas gagné. Qui aujourd'hui a vraiment tranché ce qu'il votera le 22 avril ? Sinon toutes celles et ceux qui veulent forcer la main des électeurs et électrices au nom d'un soi-disant vote utile. Le vote utile, c'est d'abord le vote utile à vous-même, à votre famille, à vos proches. Le vote utile, c'est le vote qui répond à vos attentes, le vote qui porte votre espoir d'un véritable changement en France. Le vote utile à gauche, c'est le vote qui sort de la spirale des échecs et des renoncements pour mettre en avant les valeurs de justice sociale, d'égalité et de solidarité.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Alors comment est-ce que vous prenez ces propos de Marie-George BUFFET, qui sont un peu agressifs pour vous, en disant que vous n'êtes pas assez à gauche, finalement ?
 
Ségolène ROYAL
 
Écoutez, moi je suis mon chemin, c'est-à-dire que je veux à la fois une France juste et une France forte. J'ai entendu le désespoir des Français, leurs inquiétudes…
 
Frédéric HAZIZA
 
C'est votre nouveau slogan « une France juste et une France forte » ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je crois qu'on ne fait pas de la politique par slogans, mais par valeurs. Et ma conviction profonde, c'est que lorsque la France est plus juste, elle est aussi plus forte. Et qu'on ne peut pas aujourd'hui faire de l'efficacité économique sans lutter aussi contre toutes les formes de précarité. Et moi mon projet s'oppose à celui de la droite. Il s'oppose à celui de la droite parce qu'il n'est pas fondé sur les mêmes valeurs. Je le vois dans le projet de Nicolas SARKOZY, il propose de généraliser le CNE, les précarité, il pense que c'est comme cela que l'on va pouvoir lutter pour la productivité des entreprises. Moi je crois tout le contraire, je crois que l'efficacité économique, qui est quand même aujourd'hui un des ressorts pour remettre la France en mouvement, parce que c'est en débloquant la machine économique que l'on pourra aussi distribuer des salaires et créer à nouveau des emplois, et c'est cela aujourd'hui qui ne va pas en France. Il va falloir donc réinvestir dans la recherche, qui a été dramatiquement sacrifiée, dans l'innovation, dans la qualité des relations sociales…
 
Marie-Ève MALOUINES
 
On va parler de Nicolas SARKOZY tout à l'heure. Mais là on voudrait parler un peu de la gauche parce que le problème qui se pose, c'est des sondages mais quand même, la gauche n'a jamais été aussi faible globalement. C'est quand même un peu inquiétant pour vous, parce que vous arrivez au premier tour et comment vous faites pour le deuxième, comment vous faites pour vous rassembler avec Marie-George BUFFET qui a des propos assez distants de vous ?
 
Ségolène ROYAL
 
On verra, c'est le déroulement de la campagne électorale.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Ça ne vous inquiète pas du tout de voir la gauche si faible ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je ne fais pas de polémique avec les autres candidats de gauche. Moi, mon adversaire, il est clair. Mon adversaire c'est le candidat sortant, parce que je crois qu'il nous laisse une France en très mauvais état, chacun en fait le constat et il est comptable, il est responsable de ce bilan, et notamment du profond endettement de la France, du déficit du commerce extérieur, de la machine économique en panne, du creusement des inégalités et des précarités, la question des cités ou des banlieues, où il ne peut même pas se rendre, où ce problème n'est pas réglé, où ça peut repartir à tout moment, on vient de le voir, le désengagement sur les services publics, et notamment dans le domaine de l'Éducation nationale, la santé aussi, où la situation va mal. Et en même temps… et en même temps, ce que je veux dire aux Français, parce que je ne veux pas leur tenir non plus un discours misérabiliste…
 
Frédéric HAZIZA
 
On essaye de vous poser quand même quelques questions…
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, misérabiliste… Oui, mais on est dans une élection présidentielle. Et ce que je crois c'est que les Français ils ont besoin maintenant de comprendre la cohérence des projets. Et ça n'est pas ceux qui se mettent telle ou telle étiquette qui sont le plus forcément à gauche ou à droite. Les Français en ont assez justement de l'instrumentalisation des étiquettes politiques. Ce qu'ils veulent, c'est la politique par la preuve. Comment la politique par la preuve ? D'abord il faut qu'ils regardent pour chaque candidat, ce que chaque candidat a fait dans son expérience passée par rapport aux responsabilités qu'il a exercées. Moi je peux dire, la tête haute, que chaque fois que j'ai eu des responsabilités publiques, que ce soit dans les ministères, éducation, famille, environnement, que j'ai profondément réformés, que je suis allée de l'avant, que j'ai affronté les lobbies et les rapports de force de toutes sortes, que j'ai fait prévaloir l'intérêt général, que j'ai accompli des réformes en profondeur, je peux dire aujourd'hui aussi, à la tête de la région Poitou-Charentes que j'ai montré que j'étais capable à la fois de faire baisser le chômage, de réduire l'endettement, sans augmenter les impôts et en mettant en place des actions nouvelles. Donc il va falloir aussi que chaque candidat puisse dire ce qu'il a fait et comment il a géré le pouvoir public dont il a été dépositaire à un moment… En ce qui concerne les deux autres candidats, leur bilan il faudra aussi que vous le fassiez.
 
Frédéric HAZIZA
 
Oui mais également d'autres candidats à gauche.
 
Ségolène ROYAL
 
Parce que c'est trop facile les discours et les écarts entre les discours et les actes.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Revenons quand même sur la gauche, permettez-moi d'insister. Vous dites : mon adversaire c'est Nicolas SARKOZY et François BAYROU. Lionel JOSPIN aussi en 2002 disait : mon adversaire c'est Jacques CHIRAC. Et puis finalement il n'a pas été au second tour, pourquoi, parce que la gauche avait énormément de candidats. Et vous avez un peu ce problème quand même cette année, c'est qu'il y a énormément de candidats à gauche. Alors comment vous faites pour les concilier, ou au moins leur électorat ?
 
Ségolène ROYAL
 
D'abord je voudrais rectifier ce que vous venez de dire. Bien sûr j'ai des adversaires, mais je suis aussi en bataille politique de façon positive, c'est-à-dire autour d'un pacte présidentiel, d'un projet. Je suis en bataille pour un dépassement, pour que la France ait vraiment ce qu'elle mérite, pour qu'elle puisse saisir toutes ses chances. Et c'est là-dessus, sur les nouvelles règles du jeu, sur les nouvelles valeurs et sur les propositions concrètes que je propose aux Français, y compris donc sur l'évaluation de mes actions passées, que j'entends être évaluée, être jugée, être choisie et mériter ce vote. Alors maintenant j'en viens à votre question. Il y a en effet une grande dispersion des candidats de gauche au premier tour…
 
Frédéric HAZIZA
 
Une trop grande dispersion ?
 
Ségolène ROYAL
 
Pas trop grande puisque c'est leur liberté d'être candidats et à partir du moment où ils ont eu les parrainages. Mais en effet, il y a un risque de dispersion au premier tour, c'est vrai… Et c'est pourquoi…
 
Frédéric HAZIZA
 
Risque d'un nouveau 21 avril ?
 
Ségolène ROYAL
 
Ça n'est pas écarté, bien évidemment, compte tenu de cette dispersion qui est plus forte à gauche qu'à droite, et comme l'électorat de gauche souvent est très exigeant, c'est vrai, donc cette campagne, il y a encore plusieurs semaines pour convaincre. Et donc tout dépend de ma force de conviction, de ceux qui sur le terrain avec moi se battent pour faire comprendre que la France a besoin d'un réel changement, mais aussi d'un changement réaliste au sens où il sera effectivement concrétisé et mis en application. C'est aussi la crédibilité d'un projet. Il ne s'agit pas de s'autoproclamer de gauche, il faut aussi que les citoyens aient la conviction que ce qui est proposé, et c'est cela le sens de mon engagement, sera effectivement et rapidement réalisé, c'est-à-dire faire réduire les inégalités et les précarités et en même temps agir pour la compétitivité des entreprises dans un pays qui est en panne sur le plan économique. Et moi c'est ce dépassement-là, très neuf, que je veux réaliser et tenir bon sur un certain nombre de valeurs et sur le lien social. Et en même temps regarder la réalité en face, telle qu'elle est. Et avant devenir vous voir j'étais avec un groupe de chefs d'entreprises qui me font confiance et qui disent : en effet il est temps de réconcilier la France avec les entreprises pour que l'envie de créer, l'envie de prendre des risques, l'envie de conquérir des marchés soit conciliable avec la hausse des bas salaires, la formation professionnelle et la sécurisation au travail.
 
Frédéric HAZIZA
 
Qu'est-ce que vous répondez aux électeurs de gauche qui disent aujourd'hui : le vote utile pour battre Nicolas SARKOZY, c'est plus BAYROU que ROYAL ?
 
Ségolène ROYAL
 
Je leur dis qu'ils se trompent, dans la mesure où ces deux candidats sont des candidats de droite. En plus, il y en a un qui n'a pas de programme et qui s'en vante…
 
Frédéric HAZIZA
 
C'est ?
 
Ségolène ROYAL
 
Eh bien c'est François BAYROU. Il le dit sur toutes les chaînes de télévision : je n'ai pas de programme et je m'en vante puisqu'on n'est pas élu sur un programme. Donc c'est quand même aussi tromper, d'une certaine façon, les électeurs que de ne pas dire à l'avance ce qui sera fait. Donc c'est une exigence aussi de transparence, de vérité et de réalisme…
 
Frédéric HAZIZA
 
Et sur l'autre candidat ?
 
Ségolène ROYAL
 
L'autre candidat est le candidat qui va prolonger la politique sortante. Il fait un certain nombre de propositions nouvelles, il y a donc une confrontation des projets, des valeurs, des points de vue, du regard que l'on porte sur la France, sur son potentiel, sur ses capacités. Il a échoué dans ses responsabilités ministérielles, ça c'est la réalité. Comment peut-il prétendre demain réussir à un autre niveau de responsabilités, mais il faut que ce débat-là ait lieu en respect des personnes pour que les électeurs puissent choisir dans quelle France ils veulent vivre demain.
 
Frédéric HAZIZA
 
On va voir justement ce que pense cet autre candidat de vous, madame ROYAL, Nicolas SARKOZY.
 
Nicolas SARKOZY
 
À l'arrivée les Français vont choisir. Et ils vont choisir sur une stratégie claire. Madame ROYAL, qu'est-ce qu'elle veut ? Elle veut revenir à la politique socialiste de l'époque JOSPIN. C'est son droit le plus absolu. Moi je propose une stratégie de changement pour la France.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Alors Nicolas SARKOZY a reçu aujourd'hui le soutien de Jacques CHIRAC. Qu'est-ce que vous en pensez, est-ce que vous pensez que c'est un appui de poids et déterminant dans cette campagne ?
 
Frédéric HAZIZA
 
Et pour être précis, madame ROYAL…
 
Ségolène ROYAL
 
Mais je n'en ai jamais douté.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
De l'appui de CHIRAC ?
 
Ségolène ROYAL
 
Oui, que l'UMP soutienne l'UMP, oui, ça me paraît… ça me paraît cohérent. Ce qui est plus surprenant c'est que ça vous surprenne.
 
Frédéric HAZIZA
 
Non mais Jacques CHIRAC dit : je soutiens Nicolas SARKOZY et je lui accorde mon vote et mon soutien.
 
Ségolène ROYAL
 
Oui.
 
Frédéric HAZIZA
 
Pour vous c'est chaleureux, c'est pas excessivement chaleureux ou pas ?
 
Ségolène ROYAL
 
Mais c'est la continuité de la politique de la droite telle qu'elle est conduite. Donc effectivement Nicolas SARKOZY, et c'en est la preuve, même s'il s'en défend, est le candidat sortant de la majorité sortante.
 
Marie-Ève MALOUINES
 
Et donc il est comptable du bilan du gouvernement VILLEPIN ?
 
Ségolène ROYAL
 
Évidemment. Il fait partie de ce gouvernement depuis le départ, il y a exercé des fonctions éminentes et donc bien sûr il est responsable. Et heureusement, c'est la démocratie, on est responsable de ses actes. C'est la politique par la preuve. Donc il est responsable du constat lui-même catastrophiste qu'il fait de la situation de la France. Voilà. Le niveau de la dette, c'est quand même un des résultats de la politique de ce gouvernement. Le déficit des comptes sociaux aussi, la ma