Lundi 2 juin 2008
31/05/08]

Interview de "Libération"
Ségolène Royal confie à «Libération» son état d'esprit et sa conception du Parti socialiste.

Comment expliquez-vous la brusque accélération de votre confrontation avec Bertrand Delanoë ?

Ce n'est pas une confrontation. Et d'ailleurs, je n'ai pas l'intention de me laisser enfermer dans un duel. En même temps, un débat est légitime dès lors qu'il correspond à de vrais choix.

Pourquoi avoir insisté sur vos différences concernant la question du libéralisme ?

Parce qu'il me semble utile de répondre sincèrement aux questions qui ont été posées à ce sujet. Les choses sont claires. Les libertés sont depuis longtemps intégrées au socialisme Mais aller jusqu'à dire comme l'a fait Bertrand : "je suis libéral", je crois que ça conduit à la confusion. Je pense qu'il y a déjà tellement à faire pour inventer le socialisme du XXIe siècle qu'il n'est pas utile d'aller prendre le vocabulaire et le concept de nos adversaires. Le débat central, c'est celui sur la démocratie, car comme disait Jaurès, le socialisme, c'est la démocratie jusqu'au bout.

Pourquoi avoir souligné la proximité du maire de Paris avec Lionel Jospin ?

Elle est réelle. Cette proximité avec l'auteur du livre qui s'appelle l'Impasse est-elle dénuée de signification ?

Que répondez-vous à ceux qui agitent le spectre d'un congrès de Rennes ?

Ce qui était abominable au congrès de Rennes, c'est que les militants se sifflaient, et ne s'écoutaient pas. Avec Bertrand et j'en suis sûr tous les autres dirigeants, nous sommes suffisamment responsables pour faire en sorte que le débat se fasse dignement et que les militants puissent voter sereinement. Je n'ai aucune inquiétude à ce sujet.

Selon les «reconstructeurs», il faut absolument éviter la confrontation Delanoë-Royal…

Une fois de plus, ce n'est pas une confrontation. On ne peut pas empêcher des responsables socialistes de soumettre un texte aux militants ! Ceux-là, au fond, veulent que rien ne bouge, que tout reste comme avant. Si on craint le débat, d'ailleurs, où va-t-on ? Les socialistes peuvent être fiers de débattre publiquement de leur orientation politique. Quel autre parti en France le fait de façon aussi démocratique ? Aucun. Moi je veux un congrès serein et utile et je ferai tout pour cela.

Vous avez annoncé, le 16 mai, votre intention de prendre la tête du parti. Pourquoi cette date ?

C'était le juste moment. Mais je n'ai pas dit «prendre», au contraire, je veux offrir. Et faire, dans la cohérence de la campagne présidentielle des socialistes, une offre politique tournée vers l'avenir et sereinement soumise au vote des militants. C'est ne rien faire qui serait surprenant de ma part.

Ceux que vous avez soutenu vous soutiennent-ils à leur tour pour le congrès ?

Je n'ai jamais conçu la politique comme un troc. Les élus sont libres de leur choix. J'ai donné beaucoup de temps et d'énergie aux candidats aux municipales, quelle que soit leur sensibilité. Jamais je n'ai demandé en contrepartie un soutien pour le congrès. C'est ma façon de rendre ce qui m'a été donné et c'est toujours un honneur d'être sollicitée.

Vous ne semblez pas bénéficier de la même dynamique que lors des primaires de 2006. L'attentisme des grandes fédérations ne vous inquiète-t-il pas ?

Mais je ne suis nullement inquiète. Je travaille et ce sont les militants qui décideront. Ce qui est important, c'est de comprendre que nous, socialistes, et plus largement la gauche, nous sommes regardés par tous les Français inquiets de subir les crises et les dégâts de la politique de la droite. Ils se demandent si une autre politique est possible. Ce que j'affirme. C'est cela le véritable enjeu du congrès et celui de la mutation du parti. Les bons résultats des municipales ne doivent pas occulter la très forte abstention. Il y a un rejet de la droite, mais pas encore d'adhésion aux socialistes. Le travail à fournir est donc considérable.

Depuis le deuxième tour de la présidentielle, le temps n'a-t-il pas joué contre vous ?

La dynamique de la campagne présidentielle aurait pu, c'est vrai, être utilisée plus vite et plus fort par le PS pour engager le congrès, c'est-à-dire le débat d'idées dans la foulée des municipales. Mais inutile de polémiquer. Maintenant, il faut regarder devant.

Le calendrier du PS n'était-il pas conçu, justement, pour vous bloquer la route ?

La question n'est pas de savoir si ce calendrier est bon ou mauvais pour moi, mais pour le parti et, au-delà, pour notre capacité à répondre aux préoccupations concrètes qui tenaillent les Français. Et aujourd'hui, avec autant de candidats au premier secrétariat qu'à la Villa Médicis, nous donnons un spectacle un peu baroque ! Pendant ce temps-là, la droite démantèle les fondamentaux de la société française : durée du travail, santé, éducation, dans un contexte de très grave creusement des inégalités.


Qu'est-ce qui doit changer en priorité au PS ?


Nous ne devons pas rester entre nous. Les Français et en particulier les 17 millions d'électeurs qui ont voté pour nous à la présidentielle ont le droit de savoir comment s'organise la principale force d'opposition et de proposition du pays. Or, force est de constater que les procédures sont très complexes. Il y a urgence à les reconnecter avec la réalité. Quand je suis allé hier matin à La Rochelle revoir les pêcheurs pour m'assurer que les aides d'urgence de la région étaient bien versées aux familles en grande détresse, je me disais intérieurement qu'il faut vraiment que ce congrès empoigne à bras-le-corps le traitement de toutes les crises qui sont beaucoup plus profondes qu'on veut bien le dire.

Quel doit être le rapport du parti à ses militants ?

Le PS doit devenir le parti de toute la société française. Je pense que l'esprit d'innovation dont il a fait preuve dans la désignation interne en incitant de nombreux électeurs de gauche à nous rejoindre par une adhésion à 20 euros, a contribué fortement à nous ouvrir. Nous nous fixons l'objectif d'un parti à 700 000 adhérents. La question est de savoir comment y parvenir, comment être plus attractif, comment devenir le parti de toute la société. Je pense en particulier à tous les jeunes des quartiers populaires qui ont massivement voté à gauche à la présidentielle. Nous avons des efforts considérables à faire pour donner envie d'adhérer au PS. Il nous manque des employés, des ouvriers, des femmes et la France métissée à l'égard de laquelle je me sens une responsabilité particulière. Car c'est d'abord en pensant à tous ces jeunes plein d'espoir dont les regards qui m'imprègnent ne sont pas prêts de s'effacer, que je m'engage dans ce congrès.

La pratique, dans les sections et les fédérations, est pourtant loin de celle d'un parti de masse…

Mais les fédérations ne demandent que cela, j'en suis sûr. Enormément d'idées remontent des militants dans la consultation participative que nous avons lancée : simplifier les adhésions, déléguer aux fédérations des travaux thématiques et la responsabilité de certains sujets, ouvrir nos débats aux sympathisants, organiser des consultations régulières. Nul ne doit plus se méfier des nouveaux adhérents, au contraire.

Votre méthode de préparation du congrès, justement, avec une consultation militante, a été vivement critiquée…

Ce ne sont pas quelques critiques isolées qui font la pluie et le beau temps. Je ne connais aucun militant qui refuse d'être consulté ! J'apprécie aussi beaucoup que 25 premiers fédéraux se soient associés dès le départ à cette méthode participative. Par ailleurs, tout le monde sait qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre le fait d'écouter et de fixer une ligne.

Quel est selon vous le problème numéro un du parti ?

Ce n'est pas en termes de problèmes que doit se poser la question. Je ne me situe pas en critique du passé. J'ai même eu l'occasion de dire que la direction actuelle avait préservé l'unité du parti contre vents et marées, ce qui est la condition sine qua non pour continuer à construire. Notre défi principal, redisons-le, c'est d'augmenter assez fortement le nombre et la diversité des adhérents. La société a changé, le rapport des citoyens aux institutions a changé, donc il est évident que les formes de militantisme aussi évoluent.

Y aurait-il un problème d'autorité au Parti socialiste ?

Comment nier que les citoyens, pas seulement les socialistes, sont secoués par les trop fréquentes cacophonies ? Et surtout par le non-respect du vote des militants. Aujourd'hui, il y a des propos trop choquants - comme comparer le parti à une pétaudière - qui peuvent être dits dans une impunité totale. Il ne s'agit pas de caporaliser le parti, c'est un problème d'autodiscipline, mais aussi de droits et devoirs. Et je sais que de nombreux militants ne sont pas choqués, bien au contraire, lorsqu'on parle de sanctions quand leur vote est bafoué.

Quelles sanctions imagineriez-vous ?

C'est l'investiture donnée par le PS qui permet d'être élu grâce au vote des militants et donc ce que les militants donnent, ils doivent pouvoir le reprendre si les règles adoptées collectivement ne sont pas respectées.

Comment envisagez-vous votre rôle de premier secrétaire ?

C'est d'abord avec une équipe l'incarnation d'un projet politique, d'un parti uni et renouvelé. C'est aussi préparer dès maintenant les prochaines échéances électorales européennes et régionales, notamment par la mise en valeur des actions menées par nos élus sur les territoires. On entend dire que ces batailles seront difficiles, c'est vrai et c'est pourquoi le congrès doit être réussi pour donner un véritable élan. Il faut donner de la visibilité à une équipe associant des responsables nouveaux mais aussi expérimentés, en harmonie avec les groupes parlementaires.

Vous évoquez un «collectif», mais vos concurrents vous critiquent sur votre pratique présumée solitaire de la politique…

On ne peut pas me reprocher à la fois d'être trop solitaire et trop participative ! Je suis entourée d'une très bonne équipe avec des fidélités au long cours. Les milliers de militants de Désirs d'avenir sont à 80 % membres du PS. Ma démarche participative prouve mon souci de l'écoute et du collectif. Ma conception de la politique est tout le contraire d'un exercice solitaire dont on voit bien d'ailleurs l'inefficacité et même le danger avec l'exemple omnipotent de Nicolas Sarkozy.

Au cas où vous ne seriez pas majoritaire, envisageriez-vous une motion de synthèse avec d'autres personnalités ?

La motion que nous présenterons sera soumise aux militants. C'est en fonction de leur choix et du contenu des différents projets que l'on pourra voir ce qui aura de la cohérence pour répondre aux attentes de la gauche et pour engager l'élan d'une alternance politique utile au pays.

Recueilli par DAVID REVAULT D'ALLONNES
par EXCOFFIER publié dans : segolene
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Lundi 26 mai 2008
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DIMANCHE + – Le 25/05/2008 – 13:16:02

Invitée : Ségolène ROYAL, présidente de la région Poitou-Charentes, candidate au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. 
 

Laurence FERRARI

     On se retrouve en direct dans « Dimanche + » avec Ségolène ROYAL, présidente de la région Poitou-Charentes et candidate déclarée au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Bonjour madame ROYAL. Les candidats à la candidature sont de plus en plus nombreux, c'est bon signe pour le PS ou c'est la peur du vide ?

Ségolène ROYAL

     C'est bon signe, comme ça les militants auront le choix au mois de novembre prochain.

Laurence FERRARI

     Est-ce que les chefs du Parti socialiste pensent plus au congrès qu'aux Français et aux problèmes des Français ?

Ségolène ROYAL

     Mais les deux sont liés. Je crois que la capacité qu'auront les socialistes à proposer un projet alternatif, à montrer qu'une autre politique est possible, la force qu'ils auront à se rassembler, à rester unis, à incarner aussi un leadership et une alternance, je crois que ça concerne tous les Français qui aujourd'hui sont très inquiets, qui voient bien aujourd'hui que la politique de la droite échoue et qui se demandent désespérément si la politique sert encore à quelque chose.

Laurence FERRARI

     D'accord, alors on a vu dans le Château et on a entendu en tout cas François HOLLANDE dire qu'il ne fallait pas vous victimiser, parce que ça vous rendrait sympathique et que vous étiez capable d'y aller en dehors du parti. Qu'en pensez-vous ?

Ségolène ROYAL

     Mais je ne me victimise pas, au contraire j'ai eu la chance immense d'être candidate à l'élection présidentielle, désignée par 60 % des militants socialistes, d'avoir soulevé un grand espoir dans le pays, de voir aussi que ce lien très profond avec le peuple français demeure puisque…

Laurence FERRARI

     Vous pourriez vous présenter en dehors du Parti socialiste madame ROYAL ?

Ségolène ROYAL

     Non, je suis au Parti socialiste et j'ai porté les couleurs du Parti socialiste, ça fait vingt ans que je suis élue au sein du Parti socialiste et que je porte cet idéal qui nous dépasse d'ailleurs, et puis que au fond encore récemment les candidats aux élections municipales et législatives sont venus me chercher. Parce que je crois en effet que nous devons inventer la France de demain, et savoir comment nous pouvons rester debout ensemble, en faisant reculer les injustices dramatiques qui aujourd'hui creusent toutes les formes de violence.

Laurence FERRARI

     Mais ça veut dire que si vous échouez dans la conquête du poste de premier secrétaire, vous ne vous présenterez pas en 2012 madame ROYAL ?

Ségolène ROYAL

     Je crois que la question n'est pas là aujourd'hui. Aujourd'hui, la question est de savoir si les socialistes vont pouvoir d'abord rester unis, rester rassemblés, donner envie…

Laurence FERRARI

      C'est pas l'impression que ça donne pour l'instant…

Ségolène ROYAL

     Donner envie, je pense que c'est justement le processus dans lequel nous sommes engagés. Je pense qu'il faut être capable d'apporter des idées neuves. Le socialiste doit bouger parce que le monde qui est autour de nous bouge. Moi je veux un débat utile et serein, tout le monde d'ailleurs peut aller sur le site « Désirs d'avenir »…

Laurence FERRARI

     Vous avez lancé une contribution consultative, c'est ça sur Internet…

Ségolène ROYAL

     Oui c'est très important à partir des dix défis que nous avons à relever, notamment le capitalisme qui perd la tête, la dégradation du niveau de vie et la fragmentation de la société française, le doute sur l'efficacité de l'Etat ; qu'est-ce que ça veut dire aujourd'hui que l'égalité des chances. Et puis les sept valeurs, il peut y en avoir d'autres, j'en ai identifiées avec ceux qui travaillent avec moi un certain nombre, les sept valeurs qui guident les socialistes et en particulier, l'idée que le bien-être de tous exige que l'économie de marché soit mise au service du progrès social.

Laurence FERRARI

     Alors madame ROYAL, on va voir comment vous abordez cette nouvelle campagne interne au PS, notamment avec cette contribution consultative. Objectif : congrès de Reims, un sujet de Thierry DAGIRAL, Eric PHILBERT (phon) et Ludovic TOURTE.

Ségolène ROYAL, déclaration de sa candidature

     Si les militants en décident ainsi, et s'ils l'estiment utile pour le PS, j'accepterai avec joie et détermination d'assumer cette belle mission de chef du Parti socialiste.

Voix Off, paris 16 mai 2008

     L'évidence est devenue une info : ROYAL à l'assaut du PS. Derrière la petite phrase, deux heures de débat participatif. C'était il y a neuf jours dans le XXe arrondissement ; le clan ROYAL avait adressé un questionnaire aux militants pour sonder leurs attentes concernant le PS. Ce soir-là c'était les premières remontées, le premier bilan.

Intervenant

     La gauche a un devoir d'invention, cela suppose un discours en cohérence avec la vie des gens.

Intervenant

     Ouvrir les réunions des sections aux sympathisants, à la société civile, afin d'établir des passerelles avec les syndicats, avec les autres partis politiques.

Voix Off

     ROYAL avait ressorti sa mise en scène de la présidentielle, des fans assis en rond, un micro qui circule et des militants qui l'interpellent.

Intervenant

     Donc il ne faut jamais se tromper d'adversaire, notre adversaire c'est la classe d'en face.

Intervenant

     C'est aussi à toi que eux ils s'adressent, c'est ne pas avoir peur de trancher, de trancher dans le vif sur certains sujets, de dire vraiment qu'il y a  une majorité, une minorité dans le congrès, qu'il y aura une majorité, une minorité dans le parti et pas une vague synthèse dans laquelle tout le monde devrait retrouver ses petits.

Voix Off

     Et puis elle au milieu, un discours de quarante-cinq minutes. Celle qu'on accuse de jouer perso, ce soir-là, cajole le PS et distribue même les bons points à son ex.

Ségolène ROYAL, presidente de la region Poitou-Charentes (ps)

     Vous ne trouverez non plus jamais dans ma bouche des mots désagréables ou désobligeants pour la direction actuelle, qui autour du premier secrétaire François HOLLANDE, conduit le parti jusqu'au congrès en ayant gagné des batailles et protégé notre unité.

Voix Off

     Etre irréprochable, ROYAL accélère le tempo. Dans son rétroviseur, DELANOË. Celui qui critiquait récemment la méthode ROYAL, cette démocratie participative, ce questionnaire envoyé aux militants.

Journaliste

     Lui il dit poser des questions c'est bien, apporter des réponses c'est quand même mieux.

Aurélie FILIPPETTI, deputee de la moselle (ps)

     Moi je vous dis la démocratie participative, c'était ce qu'il disait en 2001 quand il faisait sa campagne. Maintenant en fait il critique Ségolène là-dessus, mais c'est purement tactique, donc voilà…

Journaliste

     La bataille est lancée.

Aurélie FILIPPETTI

     Non mais la bataille est lancée, il y a des processus démocratiques dans tous les partis, pour au moment du renouvellement des équipes de direction, donc c'est normal mais ça ne sera pas une guerre.

Voix Off

     Mardi gare de l'Est, direction la Lorraine, ROYAL repart au combat.

Intervenant (interpellant segolene ROYAL)

     On t'aime et on t'aime ! Il y a encore des gens comme moi qui t'aiment, ne t'inquiètes pas. Il faut se resserrer en temps que parti socialo, ne pas faire la guéguerre entre nous, ça…et entre toi et Bertrand ! Soyez gentils et puis on verra pour 2012 après !

Ségolène ROYAL

     Voilà, on va être très gentils, on va être très gentils.

Voix Off

     Une trentaine de journalistes embarqués, le « Ségo tour » est reparti. Un déplacement par semaine, jouer l'opposante numéro un à SARKOZY, s'afficher aujourd'hui auprès des ouvriers de la sidérurgie. Le programme du jour est chargé, d'abord la visite de l'usine CORUS, une filiale d'un groupe indien qui fabrique des rails pour la SNCF. L'usine fonctionne sans délocalisation, ROYAL se la joue VRP.

Ségolène ROYAL

     Mais nous avons des ouvriers de très grande qualité, nous avons des productions de très grande qualité, et on n'a pas le droit de les laisser partir et ou se délocaliser pour des raisons purement financières. Il faut changer la loi pour que les patrons aient l'obligation d'examiner les alternatives industrielles quand elles existent.

Voix Off

     A une demi heure de Metz, rencontre avec la CFDT. Ici, le problème c'est celui de l'aciérie de Gandrange, ARCELORMITTAL, la moitié des ouvriers virée, des salariés dans l'impasse et des actes politiques qui se font attendre.

Edouard MARTIN, syndicaliste Cfdt

     C'est une mise en garde qu'on envoie à l'équipe gouvernementale, on ne mourra pas à genoux.

Segolene ROYAL

     Qu'est-ce qu'il s'est passé depuis, concrètement ?

Edouard MARTIN

     Rien, il est là le drame, c'est rien madame ROYAL. Nous notre crainte, c'est qu'on a l'impression que l'Etat a envie, peut-être pas se désengager, mais il n'est plus aussi mordant qu'il l'avait donné espoir au début.

Voix Off

     En 2007, SARKOZY avait su séduire les ouvriers. ROYAL le sait, le PS a longtemps oublié ses classes populaires.

David ASSOULINE, senateur de paris (ps)

     Pendant quinze ans, les couches populaires, les employés, les ouvriers et les jeunes qui formaient la base, le socle du Parti socialiste s'étaient éloignés et c'est ce qui a fait le 21 avril 2002, c'est ces classes-là qui n'ont pas été au rendez-vous, on n'a pas pu être au deuxième tour. Et elle a cette conviction chevillée au corps que c'est ce peuple-là qu'il faut remobiliser derrière le Parti socialiste.

Voix Off

     Direction, le piquet de grève des ouvriers CGT d'ARCELORMITTAL : monter au front, les mains dans le cambouis. Loin des manœuvres d'appareil, ROYAL est repartie au combat avec l'envie de prouver qu'elle n'était pas juste une parenthèse dans l'histoire du PS.

Segolene ROYAL

     Beaucoup d'idées neuves ont émergé, qui ont été comprises par 47 % des français et donc on ne part pas de rien et je ne veux pas qu'il y ait ni de mépris ni d'écrasement, ni – comment dirais-je – d'effacement de cette période dont nous sommes tous fiers.

Laurence FERRARI

     Ségolène ROYAL, votre entrée dans l'arène a un peu pris tout le monde de court, il fallait agir vite avant le livre de Bertrand DELANOË ?

Ségolène ROYAL

     C'est pour les salariés menacés qu'il faut agir vite, ce n'était pas la première fois que j'allais à Gandrange, d'ailleurs je porte leur insigne, je leur ai promis de le faire pour que leur combat ne soit pas oublié. Je crois que ce qu'il faut retenir de ces contacts, c'est qu'il y avait d'autres façons de faire et que il 'y a pas de fatalité aux délocalisations. ARCELORMITTAL aurait pu être maintenu en France, les salariés que l'on a vus, les délégués CFDT que l'on a vus avaient tiré la sonnette d'alarme depuis maintenant quatre ans lorsqu'ils ont constaté qu'il n'y avait plus d'investissement et plus de formation professionnelle. Là il y a une délocalisation en Allemagne, donc ce n'est pas vers un pays de bas salaire. Autrement dit, c'est aussi l'inertie politique qui a fait qu'aujourd'hui ARCELORMITTAL est en grande difficulté. Alors je le répète, il y a des alternatives. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Laurence FERRARI

     Ça veut dire que vous voulez parler des problèmes qui concernent les Français, je le comprends, mais pas de Bertrand DELANOË ?

Ségolène ROYAL

     Mais je crois que la politique, ça concerne d'abord les Français, c'est cela l'essentiel, c'est de montrer que ARCELORMITTAL peut être maintenu si l'expertise syndicale par exemple était prise au sérieux, comme c'est le cas en Allemagne ou dans les pays du Nord de l'Europe qui sauvent leur industrie parce qu'ils considèrent que lorsqu'il y a des difficultés industrielles, les partenaires sociaux ont quelque chose à dire. Parce que dans leur droit du travail, il y a un droit d'alerte des organisations syndicales qui est respecté, parce que l'Etat est obligé d'être le garant de l'examen sérieux des solutions industrielles alternatives. Et c'est la même chose lorsque je me suis rendu auprès des pêcheurs, on voit bien aujourd'hui les dégâts du libéralisme et de l'absence de règles.

Laurence FERRARI

     Vous leur avez octroyé une subvention de 500 000 euros ?

Ségolène ROYAL

     Oui, j'ai débloqué tout de suite une subvention de 500 000 euros…

Laurence FERRARI

     Au titre de la région Poitou-Charentes ?

Ségolène ROYAL

     Au titre de la région, pourquoi ? Parce que lorsque à leur contact, ils me montrent leur fiche de salaire…regardez leur fiche de salaire pour dix jours de travail en mer, c'est un métier difficile d'être en mer…

Laurence FERRARI

     5,81 euros !

Ségolène ROYAL

     5,81 euros pour dix jours à cause de la hausse du prix du fioul ; comment cela se fait-il qu'il y ait donc un prolétariat de la mer qui gagne 5 euros pour dix jours de travail et de l'autre côté, des supers profits chez TOTAL, 10 milliards d'euros ? Comment se fait-il que les Etats ne soient pas en mesure…

Laurence FERRARI

     Qu'est-ce que vous proposez alors pour ARCELOR ; qu'est-ce que vous proposez pour…

Ségolène ROYAL

     D'abord ce qu'on voit, le point commun entre tous ces problèmes c'est que c'est le déficit démocratique. C'est aujourd'hui la question démocratique elle est essentielle pour redonner des règles au capitalisme. Jean JAURES disait déjà le socialiste, c'est la démocratie jusqu'au bout. Et donc si l'on veut imposer les droits et les devoirs et surtout les droits des peuples par rapport aux règles implacables et aux dégâts du capitalisme financier, il faut du principe démocratique partout, c'est-à-dire des Etats qui garantissent le bien-être des citoyens et des peuples, et des citoyens qui aient leur mot à dire sur la façon dont les richesse sont réparties.

Laurence FERRARI

     Madame ROYAL, on va parler du Parti socialiste, est-ce que vous avez reçu le livre de Bertrand DELANOË qui n'est pas tendre avec vous, qui parle notamment de votre côté irrationnel, qui évoque la caricature de la démocratie participative pendant la campagne ?

Ségolène ROYAL

     Vous voyez ce que je viens de dire par rapport à la question démocratique, qui est au fond le sujet central pour les socialistes prouve qu'il ne faut pas tourner en dérision la démocratie participative, elle est source d'efficacité dans la direction d'un pays.

Laurence FERRARI

     Caricature, dit-il !

Ségolène ROYAL

     Oui, je pense c'est bon, les caricatures sont inutiles. Je les ai déjà entendues d'ailleurs mais je ne renonce pas à convaincre tous ceux qui n'ont pas encore compris jusqu'où on pouvait aller pour améliorer l'efficacité de notre système grâce à la démocratie et notamment participative, c'est-à-dire le droit des citoyens à participer aux décisions qui les concernent. Quant aux attaques sur mon caractère ou sur mon irrationalité, je les ai déjà entendues.

Laurence FERRARI

     Manque de cohérence dit à l'instant Harlem DESIR à propos de votre déclaration sur le libéral et socialisme.

Ségolène ROYAL

     Oui mais moi je crois vous savez que les attaques sur les personnes ne servent à rien. Il faut rassembler les socialistes sur les valeurs qui sont les nôtres et en l'occurrence, je crois qu'il y a déjà tellement à faire pour redéfinir le contenu du mot socialisme, c'est-à-dire pour l'adapter aux défis du temps présent qui n'existaient pas au XIXe siècle : les déplacements massifs de population, le réchauffement planétaire, les grandes pandémies, les masses financières qui se déplacent à l'échelle planétaire à la recherche de placements spéculatifs, la crise alimentaire qui est due à la spéculation sur les denrées alimentaires. Donc ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est comment avec de nouvelles règles et de nouveaux principes on garantit à chacun l'accès au bien public collectif, c'est-à-dire manger, se loger, s'éduquer, se soigner et travailler ou être utile aux autres. Donc dès lors que l'on pourra garantir à chacun d'abord en France mais aussi à l'échelle planétaire, ces fondements même de la dignité humaine, alors le socialisme aura à la fois réalisé un idéal, et entre les deux il faut qu'il dise comment efficacement nous pouvons y parvenir.

Laurence FERRARI

     Et qui effectivement, qui il va désigner ? L'affrontement entre vous et Bertrand DELANOË peut-il nuire au congrès de l'automne prochain, qui est censé être un congrès de reconstruction ?

Ségolène ROYAL

     Mais vous savez, c'est important qu'il y ait un débat d'idées. C'est important qu'il y ait un choix pour les militants socialistes. D'ailleurs, nous sommes la seule formation politique à organiser cela, donc c'est une forme de fierté.

Laurence FERRARI

     Est-ce qu'il y a des choses qui vous séparent vraiment tous les deux, qu'est-ce qui vous sépare ?

Ségolène ROYAL

     Je crois que sur les déclarations récentes, je ne pourrai jamais dire comme a dit Bertrand DELANOË…« je suis libéral » a-t-il dit, il faut réhabiliter ce mot et ce concept, je ne crois pas.

Laurence FERRARI

     Pourquoi il ne s'est pas déclaré selon vous candidat ?

Ségolène ROYAL

     Ah ça je ne sais pas, il faut lui demander. Ce que je pense simplement c'est que comme je le disais à l'instant, il y a déjà tellement à faire pour redonner de la modernité, un nouveau souffle au socialisme. Le mot libéralisme est le mot de nos adversaires politiques et je crois que le socialisme a déjà intégré tout l'héritage des droits et des libertés individuelles. Les socialistes et la gauche sont issus de la déclaration de 1789, de la Convention européenne de droits de l'Homme, du combat de JAURES pour DREYFUS, du combat de François MITTERRAND et de BADINTER contre la peine de mort, donc les droits et les libertés individuelles font partie de notre patrimoine commun. C'est très important, faut-il aller donc jusqu'à réhabiliter ce mot de libéralisme, non parce que en France…

Laurence FERRARI

     Donc vous ne pourriez pas faire de motion commune avec Bertrand DELANOË ?

Ségolène ROYAL

     Ça dépend, il peut peut-être évoluer, il peut peut-être se rendre compte aussi parce que je ne veux pas non plus caricaturer sa position, mais le mot libéralisme a des connotations positives dans certains autres pays, par rapport aux Etats-Unis, en France, non. Il est tellement chargé et tellement synonyme aujourd'hui de capitalisme débridé et de dégâts et d'écrasement des bas salaires, d'insécurité, de creusement des inégalités et donc de violence, il fournit de la violence. Ce n'est pas utile et ce n'est pas possible d'aller le réhabiliter puisque Jean JAURES lui-même avait déjà…

Laurence FERRARI

     Vous l'aimez Jean JAURES, c'est la troisième fois que vous le citez aujourd'hui…

Ségolène ROYAL

     Mais c'est très important parce que c'est très moderne, ça reste très moderne, ça veut dire qu'il avait déjà intégré cet héritage-là des droits et des libertés individuelles au socialisme…

Laurence FERRARI

     Retour aux fondements du socialisme, citation de Jean JAURES…

Ségolène ROYAL

     …mais agrandi à la dimension sociale de l'homme et aujourd'hui qu'est-ce qu'il nous manque honnêtement dans le monde dans lequel nous sommes, par rapport à toutes ces souffrances, par rapport à ces 5 euros, qu'est-ce qui nous manque ? Il nous manque du social, et les socialistes ne sont pas pour le social contre l'économique, ils pensent que l'un ne va pas sans l'autre.

Laurence FERRARI

     Madame ROYAL, on va parler d'un sujet qui vous intéresse aussi et qui vous tient à cœur je le sais, ce sont les OGM. Cette semaine, le parlement a donné son feu vert définitif au texte assez controversé sur les OGM. OGM, épisode quatre, c'est un reportage de Clément CASTEX avec Laurent CIRON.

     Reportage sur les OGM…

Laurence FERRARI

     Madame ROYAL, est-ce que les députés socialistes ont été politiquement malins sur ce projet de loi des OGM ?

Ségolène ROYAL

     Oui ils ont été non seulement malins, mais ils ont des convictions. Philippe MARTIN a peu près en même temps que moi il y a quatre ans, déclarait son département hors OGM. Je l'avais fait dans ma région il y a déjà quatre ans, une centaine de maires avait pris des arrêtés hors OGM sur leur territoire pour protéger les appellations d'origine contrôlée, ils avaient tous été déférés à ce moment-là par le gouvernement en place. Les arrêtés avaient été annulés et là aussi vous voyez une vraie question démocratique sur la transparence, parce qu'on ignore encore l'impact réel des OGM sur la santé publique. Il y a des rapports qui ne sont pas rendus publics et qui montrent par exemple un certain nombre de malformations sur les fœtus…

Laurence FERRARI

     Il y a des rapports cachés ?

Ségolène ROYAL

     Oui je pense qu'à l'échelle européenne, il y a des rapports…parce qu'ils n'ont pas tous été validés, les recherches…

Laurence FERRARI

     Vous les avez vus ?

Ségolène ROYAL

     Oui bien sûr…donc il doit y avoir des contre-expertises sur ces rapports, mais l'opinion a le droit de savoir. C'est parce qu'il y a eu du secret qu'il y a eu le scandale de l'amiante, c'est parce qu'il y a du secret qu'il y a eu du scandale sur le nuage de Tchernobyl, c'est parce qu'il y a du secret…d'une contamination…

Laurence FERRARI

     Vous faites la même comparaison avec le sang contaminé ?

Ségolène ROYAL

     Pas du tout, au contraire je pense…parce que sur le sang contaminé je crois que le gouvernement a réagi aussi vite qu'il a pu par rapport aux connaissances et que le débat il a été rendu public grâce d'ailleurs aux malades du Sida. Donc, la comparaison qui a été faite à l'hémicycle est proprement scandaleuse. En revanche sur les OGM, remarquez bien que la totalité du débat n'est pas mise sur la table et en plus, il y a des enjeux financiers considérables, notamment à l'égard des pays pauvres puisque vous le savez pour les OGM, il faut racheter tous les ans les semences. Donc qui va être propriétaire de ces semences ? Il y a la firme très puissante MONSANTO, on sait que c'est un lobby très puissant et donc on ne peut pas non plus régler cette question sans poser la question de la propriété du vivant, c'est-à-dire la juste répartition des semences et de la ressource de la connaissance.

Laurence FERRARI

     C'est l'ancienne ministre de l'Environnement qui parle, là qui connaît bien le dossier !

Ségolène ROYAL

     Oui bien sûr, puisqu'on avait déjà ce débat, oui.

Laurence FERRARI

     Madame ROYAL, est-ce que vous pensez que la bataille du congrès sera aussi dure que les primaires socialistes que vous avez vécues l'an dernier ?

Ségolène ROYAL

     Ça n'est pas du tout je crois le même contexte, ni le même objectif. Moi j'aborde cette démarche qui va s'achever au mois de novembre, il y a encore un peu de temps, avec beaucoup de sérénité.

Laurence FERRARI

     Les attaques sont tout aussi violentes, selon vous ?

Ségolène ROYAL

     Oui je les vois, je les entends, je pense qu'elles vont s'atténuer. J'espère que les responsables socialistes compte tenu de l'ampleur de la crise que l'on subit aujourd'hui en France au niveau européen, au niveau mondial, les socialistes doivent être à la hauteur de leur défi historique. Aujourd'hui, je l'ai dit tout à l'heure, c'est montrer et prouver que la politique sert encore à quelque chose, ce n'est pas rien ; montrer que le déterminisme et le volontarisme politiques peuvent être efficaces, ce n'est pas rien par rapport au grand doute qui étreint les Français et aux difficultés…

Laurence FERRARI

     On a vu dans le sujet que vous ne vouliez pas attaquer évidemment la direction actuelle du PS et François HOLLANDE, quelle attitude doit-il adopter dans les mois et les années à venir avant 2012 ?

Ségolène ROYAL

     Mais je crois que tous les socialistes doivent chercher à se rassembler, et doivent chercher à se rassembler autour du projet politique. Il sera à la fois le plus crédible, le plus porteur de valeur…

Laurence FERRARI

     Et lui comme les autres, avec une neutralité quand même plus importante ?

Ségolène ROYAL

     Je pense que c'est comme ça d'ailleurs qu'il conçoit son rôle en tant que premier secrétaire…

Laurence FERRARI

     C'est pas ce qu'on a vu dans le Château, mais bon…

Ségolène ROYAL

     Eh bien, je crois que l'effort il est devant nous. L'effort, il sera le fruit du travail sérieux, il sera le fruit de l'imagination, il sera le fruit aussi des expériences je crois tirées des années qui viennent de s'écouler, il naîtra aussi de la valorisation des actions que les maires et les élus font sur leur territoire et souvent en adhésion totale avec les hommes et les femmes, dont ils résolvent un certain nombre de problèmes.

Laurence FERRARI

     Vous remettrez la question des alliances sur le tapis madame ROYAL ? Avec le MoDem notamment, vous aviez bousculé beaucoup de socialistes au moment de la présidentielle.

Ségolène ROYAL

     Bien sûr, je crois que tout doit être abordé dans la clarté et dans la cohérence pour préparer les échéances futures et surtout pour dire à chaque Français, à chaque Française que chacun doit pouvoir espérer un avenir meilleur et que cet avenir meilleur pour soi-même ou pour ses enfants ne soit pas l'apanage de quelques-uns, mais soit garanti au plus grand nombre à partir de services d'intérêt général.

Laurence FERRARI

     Merci beaucoup Ségolène ROYAL d'être venue en direct dans « Dimanche + »
par EXCOFFIER publié dans : segolene
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Lundi 26 mai 2008
Intervention de Ségolène Royal sur la démocratie participative

 

 

 

 

 

 

 

 

24 mai 2008

 

À l'occasion des 4èmes Rencontres Europe-Amériques sur la démocratie participative, le 23 mai 2008, à la Maison de la Région Poitou-Charentes

Intervention de Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes


Bonjour à toutes et à tous.

Et merci à vous, Richard Descoings, d'être fidèle à ce rendez-vous annuel pour lequel, une fois encore, les équipes de Sciences Po et de la Région se sont mobilisées ensemble.

Je suis heureuse de vous souhaiter la bienvenue en Poitou-Charentes pour ces 4èmes Rencontres sur la démocratie participative qui, cette année, s'ouvrent à des chercheurs des 3 Amériques : celles du Sud, du Centre et, pour la première fois, du Nord.

Merci aux scientifiques de nos deux continents de nous apporter l'éclairage de leurs travaux.

Et merci aux élus et aux responsables gouvernementaux venus de Suède, de République dominicaine et de Catalogne de verser à la réflexion commune les démarches de démocratie participative qu'ils conduisent dans leurs pays respectifs. S'il est une mondialisation féconde et toujours heureuse, c'est celle de la circulation des idées et des initiatives qui visent à associer plus directement nos concitoyens aux choix qui les concernent.
Permettez-moi de remercier aussi deux fidèles de ce rendez-vous annuel, dont les analyses nous empêchent, au cas où nous en aurions la tentation, de nous endormir sur nos modestes lauriers participatifs : Yves Sintomer, qui nous rejoindra cet après-midi, et Loïc Blondiaux qui, lui, est déjà parmi nous. Leurs réflexions nous accompagnent depuis longtemps.

1) 1ères Rencontres 2005 : le Budget Participatif des Lycées


Je me souviens de nos 1ères Rencontres, en juin 2005. La nouvelle majorité régionale était élue depuis moins d'un an. Nous avions pris devant les électeurs l'engagement de mettre la démocratie participative en pratique, non pas comme un petit supplément d'âme sur des sujets périphériques mais comme une démarche permanente appliquée aux priorités de l'action régionale.

Nous avons présenté, dans cet hémicycle, le Budget Participatif des Lycées créé quelques mois plus tôt et le choix qui était le nôtre: commencer par le coeur de métier historique des Régions françaises, les lycées, et un domaine qui engage, en Poitou-Charentes, presque le quart du budget régional.
Notre conviction était que la participation des citoyens ou des usagers d'un service public ne doit pas être une vague consultation aux règles floues et aux conséquences opérationnelles incertaines. Cette forme de démocratie doit donner à ceux qui acceptent de s'y engager un vrai pouvoir d'influer sur les politiques conduites en leur nom et, dans le cas des Budgets Participatifs, d'orienter la dépense publique.


Ce n'est pas la même chose, en effet, de concéder à la marge une petite enveloppe ou de permettre de peser sur les orientations budgétaires d'une collectivité. C'est pourquoi nous avons décidé d'affecter chaque année à notre Budget Participatif la somme globale de 10 millions d'euros.

Ce processus est expliqué dans le petit dossier qui vous a été remis. J'en soulignerai simplement 3 caractéristiques, à mes yeux essentielles :

– Premièrement, sa dimension doublement « inclusive », comme disent les chercheurs : dans chaque établissement, les Assemblées du budget participatif sont ouvertes à tous (élèves, personnels, parents) et, sur l'ensemble du territoire régional, toutes les filières d'enseignement (général, technologique, professionnel, agricole et adapté), tous les milieux sociaux, toutes les zones d'habitation (urbaines, péri-urbaines et rurales) sont concernées.
– Deuxièmement, l'attention portée à ce qui est le plus difficile : la qualité de la délibération, en petits groupes (propices à l'expression de chacun, même les moins habitués à prendre la parole) et en séances plénières (moment d'échange des arguments et de mutualisation des préoccupations dans une perspective de construction de l'intérêt général) ;
Troisièmement, le pouvoir effectivement partagé de décider puisqu'au terme du processus, les participants votent sur les projets qu'ils ont eux-mêmes proposés et estiment prioritaires (chacun dispose de 10 bulletins qu'il peut répartir à son gré) ; la Région s'engage à financer non pas toutes leurs propositions mais celles arrivées en tête, ce qui correspond en général aux 3 premiers projets qui ont recueilli le maximum de suffrages dans chaque lycée.


Aujourd'hui, ce Budget participatif, généralisé à tous les établissements de la région, est entré dans les moeurs. L'expérience concrète a eu raison des craintes, des réticences et des résistances qu'il a suscitées lors de sa création.

La participation augmente régulièrement, preuve sans doute que l'appétit participatif vient... en participant et au vu des résultats.


2) 4èmes Rencontres 2008 : Ateliers Participatifs et Jurys Citoyens


Je sais que l'expression « jury citoyen» est souvent mal comprise, en France, à cause de son rapport avec les jurys d'Assises et peut laisser croire qu'il y a là un pouvoir de condamnation. C'est pourquoi nous les appellerons Ateliers Participatifs d'évaluation citoyenne.

Nous voilà maintenant en 2008 et je suis heureuse, à l'occasion de ces 4èmes Rencontres, de vous annoncer que nous venons de franchir un nouveau pas en mettant en place ces Ateliers Participatifs tirés au sort et chargés d'évaluer l'efficacité des politiques régionales dans différents
domaines où la Région intervient.

C'est, là aussi, un engagement que nous avions pris devant les électeurs. Nous avons tenu parole avec le souci d'avancer sans précipitation mais avec détermination, de l'amont (les décisions) à l'aval (leur évaluation). En prenant le temps de caler à chaque fois une méthodologie qui tire les leçons d'expériences menées ailleurs (c'est pourquoi ces Rencontres annuelles nous sont si précieuses) et s'efforce de répondre aux attentes des citoyens dans le contexte qui est le nôtre, en liant étroitement ces deux préoccupations pour moi indissociables : l'approfondissement politique de la démocratie et l'efficacité de l'action publique.


3) La remise en cause de nos façons de travailler


Cela suppose d'accepter l'impact en retour de la démocratie participative sur nos façons de travailler. Ce choc-là n'est pas le moindre ! Pour les élus comme pour les fonctionnaires. Il a bousculé l'idée que chacun se faisait de l'exercice de son mandat ou de son métier.

Nous avons été confrontés à une obligation de transparence et de reddition des comptes que je crois salutaire mais qui constitue une petite révolution culturelle, parfois vécue comme déstabilisante.

Chacun, cependant, s'est peu à peu aperçu de l'intérêt qu'il y avait à pouvoir s'appuyer sur l'intelligence collective des citoyens. Les préjugés et les préventions ont battu en retraite. Et c'est pour moi une grande satisfaction de découvrir que, de lui-même, tel ou tel service de la Région  prend aujourd'hui l'initiative d'une démarche participative qui lui semble aller de soi.

Ces citoyens que certains disaient trop ignorants pour juger en connaissance de cause, trop égoïstes pour se hisser au niveau de l'intérêt collectif, trop naturellement dépensiers pour optimiser la dépense publique, trop ceci ou pas assez cela, et bien ils se sont révélés à l'usage fort sensés, fort responsables, capables de poser des questions très pertinentes et d'effectuer des choix judicieux.

Mieux : nous leur devons une véritable « opération vérité » sur nos procédures et le chiffrage des opérations qui nous incombent.

Je ne réduis bien sûr pas la démocratie participative à une simple technique managériale mais elle nous aide beaucoup à faire qu'« un euro dépensé soit un euro utile ». L'argent public, fruit de l'impôt, est celui des citoyens. Ce n'est donc que justice qu'ils puissent participer plus directement aux choix et aux évaluations concernant son utilisation.


4) Légitimité politique et expertise d'usage des citoyens


Budget Participatif ou Atelier Participatif d'évaluation citoyenne, c'est la même conviction qui nous anime : les citoyens ont une légitimité politique à s'occuper des affaires communes non seulement lors des rendez-vous électoraux mais pendant toute la durée d'une mandature. Ils ont en outre une expérience concrète de ce qu'ils vivent quotidiennement, une expertise d'usage que des traditions politiques jacobines, un certain tropisme technocratique et une conception souvent frileuse de la démocratie nous ont, en France, trop longtemps dissuadés de mobiliser.

Lorsque les citoyens sont placés dans les conditions d'une délibération de qualité (c'est le point central et l'objet de vos travaux d'aujourd'hui), lorsqu'on ne cherche pas à les transformer en tenants d'une expertise savante, lorsqu'on leur donne les moyens de produire un avis éclairé, leur apport est un formidable enrichissement de l'action publique.


5) Pour des politiques publiques réactives


Au fil d'une assez longue expérience politique, j'ai souvent constaté que des politiques publiques animées des meilleures intentions pouvaient rater leur objectif, ne pas atteindre ceux auxquels elles étaient destinés ou les enferrer dans la situation dont elles devraient les aider à sortir ou encore s'accompagner d'effets pervers non pris en compte à l'origine. Les signaux d'alerte ne fonctionnent pas toujours et elles continuent sur leur lancée jusqu'à la prochaine échéance électorale comme s'il s'agissait de tankers trop lourds à manier pour qu'on rectifie le cap en cours de traversée.
Ma conception de l'action publique est à l'inverse.

Il faut, bien sûr, fixer un cap et des objectifs auxquels mesurer les résultats. Mais, de nos jours, les politiques publiques doivent être plus réactives. Elles doivent pouvoir être ajustées, chemin faisant, aux attentes des citoyens et être rectifiées dans une temporalité plus brève que l'écart entre deux mandats.

L'expertise technique est nécessaire mais elle doit pouvoir être croisée avec l'expertise citoyenne.

La modernisation de l'action publique comme la revitalisation de la démocratie sont à ce prix. C'est pour cela que nous mettons en place des Ateliers Participatifs Citoyens qui évaluent nos politiques dans différents domaines : les bourses d'aide à la création d'activités et d'emplois, la lutte contre le changement climatique, les actions variées mises en place dans les lycées, le micro-crédit régional, l'installation des jeunes agriculteurs, etc.


6) Un faux procès en populisme


Je me souviens d'avoir parlé pour la première fois des Jurys Citoyens en 2002, à la tribune de l'Assemblée nationale. Dans l'indifférence générale. En 2004, nous avons intégré ce projet dans notre programme régional pour la mandature.

Mais lorsqu'en 2006, je les ai à nouveau évoqués, quel tollé !

Je vous fais grâce de tous les noms d'oiseaux dont on m'afffublât alors mais je ne résiste pas au plaisir de vous citer cet extrait d'une des charges les plus virulentes : « Depuis plusieurs années, on cherche par tous les moyens à donner le pouvoir à des non élus pour éviter et contourner le suffrage universel. Des peureux et des battus, des riches, des prétentieux, certains intellectuels, des ratés et j'en passe, veulent gouverner sans l'onction du peuple. C'est contraire aux principes fondamentaux de la République. On sait bien que tout cela déborde très vite sous la pression des petits justiciers de chef-lieu de canton qui crient plus fort que les autres. Pourquoi aussi ne pas embarquer les élus sur un cheval et les emmener dans la pampa pour les pendre haut et court, comme au bon vieux temps du Far West ? Trêve de plaisanteries : la démocratie est fragile et doit rester à l'abri des gadgets ».

Sur tous les tons, on instruisit contre moi un féroce procès en populisme (mais les Français, eux, trouvèrent majoritairement l'idée intéressante). Pourtant, le meilleur moyen de contrer le populisme qui instrumente les peurs et les ressentiments de ceux qui se sentent délaissés et méprisés, c'est justement d'ouvrir plus largement les portes de la démocratie en donnant aux citoyens un pouvoir accru de contrer le désordre des choses et d'influer sur le destin collectif.

Le populisme se méfie comme de la peste des citoyens informés et éclairés, capables de confronter leurs arguments dans le respect mutuel. C'est le sentiment d'impuissance qui alimente le populisme. Et c'est le sentiment d'appartenance constructive à une collectivité qui tient compte de leur avis qui renforce l'attachement des citoyens à la démocratie et désamorce la peur de l'autre.

Le lieu de la politique, c'est la société. Dans l'espace politique doivent s'articuler le particulier et l'universel. Alors oui, le meilleur antidote à la démagogie populiste, cette promesse fallacieuse de fusion au rabais, c'est une démocratie participative bien pensée et loyalement mise en pratique, qui redonne du poids à la parole de ceux qui peuvent la prendre et de ceux qu'on invite à la prendre.


7) Démocratie participative et démocratie représentative :
mieux exercer son mandat


J'entends dire, parfois, que la démocratie participative nierait la compétence et ferait bon marché de la responsabilité élective. Quel contre-sens ! La démocratie participative n'est pas l'ennemie de la démocratie représentative mais son renfort, son complément, son aiguillon indispensable.

Ici, en Poitou-Charentes, ces confusions nous font sourire car les élus régionaux savent bien, d'expérience, que, loin de les dessaisir, le Budget Participatif et les Ateliers Participatifs d'évaluation citoyenne les aident à mieux exercer leur mandat et à agir plus juste.

Je ne crois pas, chers amis venus de Suède, de République dominicaine et de Catalogne, que vous viviez la démocratie participative que vous mettez en pratique comme un amoindrissement de vos responsabilités. Chez vous comme chez nous, les élus qui s'engagent dans ces démarches ne sont pas masochistes mais soucieux de renouer avec la force originelle de la démocratie : le droit égal de tous à prendre part aux affaires communes.

8) Tirage au sort : mieux refléter la diversité sociale


J'ajoute que mon expérience personnelle de responsable politique m'a très tôt convaincue de ce que nombre d'enquêtes de terrain mettent également en évidence : les dispositifs participatifs fondés sur le volontariat tendent à rassembler en priorité ceux qui ont l'habitude de s'exprimer, ceux sont assurés de leur compétence culturelle, technique ou civique, ceux qui ont le temps. Généralement sous-représentés : les femmes salariées qui ont de jeunes enfants (du fait de la double journée qui pèse prioritairement sur leurs épaules), les salariés de toutes origines qui sont les moins qualifiés, les jeunes aussi.

J'en ai tiré deux leçons :
– la plupart des gens n'ont pas de temps à perdre dans des réunions sans enjeux ou des simulacres de participation où ils ne peuvent peser sur rien d'essentiel ;
– le tirage au sort permet, s'il est bien fait, de corriger cette sous-représentation structurelle de catégories entières de la population, à commencer par les milieux populaires.
Je suis donc très heureuse que, dans l'Atelier Participatif Citoyen chargé d'évaluer nos politiques régionales de lutte contre le changement climatique, se soient mêlés (grâce à un tirage au sort appuyé sur les données socio-démographiques régionales de l'INSEE) des actifs et des chômeurs, des retraités et des mères au foyer, des salariés du public et du privé, des ouvriers et des cadres, des enseignants et des artisans, venus de nos différents territoires urbains et ruraux.

9) L'espoir que ce ne soit pas pour rien


J'ignore, à ce stade, ce qu'il nous en dira dans l'Avis qui sera remis publiquement aux élus régionaux le 23 juin et les propositions qu'il formulera. Car la Région, initiatrice et organisatrice de cet Atelier Citoyen, a pris soin de ne pas assister à ses discussions et à ses délibérations pour ne pas les influencer.

Ce que je sais c'est ce que les participants nous ont dit de l'expérience qu'ils ont vécue :
leur étonnement d'avoir été contactés et d'être pris au sérieux,
l'envie suscitée lorsqu'ils en ont parlé autour d'eux,
leur prise de conscience de problèmes dont ils n'étaient pas familiers,
l'effort fait par chacun pour s'approprier un sujet complexe
et tenir un rythme de travail intensif,
leur volonté d'élaborer ensemble un Avis motivé et sérieux,
dans une ambiance où la parole de chacun était respectée.

Leur espoir, surtout, que ce ne soit pas pour rien : que la Région tienne parole en leur donnant clairement les raisons pour lesquelles, le cas échéant, elle refuse certaines de leurs propositions et en leur indiquant précisément les conséquences concrètes qu'elle tire des propositions qu'elle retient pour améliorer ou réorienter ses politiques.

La démocratie participative est exigeante. Elle ne s'accommode pas de faux-semblants. Si l'on ne tient pas compte du travail demandé aux citoyens, non seulement on ne les y reprendra plus mais l'effet boomerang de leur déception peut saper durablement les bases de leur adhésion démocratique.
Qu'on ne s'étonne pas, alors, que l'abstention augmente car, comme le disait Albert Hirschmann, quand la prise de parole est réputée inutile, la défection devient l'attitude rationnelle.

Quand je vois nos amis brésiliens qui, dans leur Constitution de 1988 et le Statut de la Ville adopté en 2001, ont donné force de loi à la gestion participative, quand je vois l'élaboration participative du projet de statut de la Catalogne ou la loi sur la démocratie participative adoptée par la Toscane, je me dis qu'il nous reste, en France, bien du chemin à parcourir.

10) 2002 : 1ère occasion manquée


C'est pourquoi je voudrais élargir mon propos à ce que je tiens pour quelques rendez-vous manqués de mon pays avec la démocratie participative. Et cela malgré les expériences qui, depuis quelques années, se développent à l'initiative d'élus motivés.
Depuis un quart de siècle, nous avons décentralisé, hardiment au début des années 80, plus confusément au début des années 2000. Il le fallait. Cela n'a pas toujours été fait dans l'équité financière ni avec un grand souci de cohérence et de solidarité territoriale. Et cela n'a que très peu contribué à démocratiser le fonctionnement de nos institutions.

Les espaces ouverts à la participation des citoyens ont toujours été des plus modestes et des plus encadrés. Rien de décisionnel, que du consultatif, du facultatif et, souvent, du cosmétique.

Lors de la discussion parlementaire de la loi de 2002 qui a institué les conseils de quartier, l'expression « démocratie participative » a très vite cédé la place à celle, minimaliste, de « démocratie de proximité ».

Les conseils de quartier, dont la création devait initialement concerner toutes les communes de plus de 20.000 habitants, n'ont finalement été rendu obligatoires que pour celles de plus de 80.000 habitants.

Cantonnés à un échelon de moindre pouvoir, ces conseils de quartier n'ont la libre de disposition que de petites enveloppes sur de petits sujets. Ce n'est pas rien mais ce n'est pas beaucoup. Résultat : quelle que soit la bonne volonté des élus qui les ont mis en place et des habitants qui ne les désertent pas, ils s'essouflent et, souvent, finissent par ne rassembler que ceux qu'on appelle les « habitants professionnels », toujours partants pour une réunion.

Je ne le dis pas de gaieté de coeur car cette loi était portée par un gouvernement de gauche auquel j'appartenais. Elle s'est heurtée, si timide qu'elle ait été, à de fortes résistances d'élus de droite et de gauche. Pourtant, historiquement, c'est la gauche qui fut, en France, la plus encline à ouvrir de nouveaux droits. L'honnêteté m'oblige pourtant à dire que cette loi sur la « démocratie de proximité » ne fut ni l'Acte II attendu de la décentralisation ni l'Acte I d'une démocratie plus participative, pourtant largement expérimentée à la même époque dans bien d'autres pays.

11) 2003 : 2ème occasion manquée


En 2003, cette fois sous un gouvernement de droite, nouveau rendez-vous manqué à l'occasion d'une réforme qui inscrit dans notre Constitution la décentralisation mais toujours pas la démocratie participative.

Je m'en tiens ici à ce qui concerne la participation des citoyens (il y aurait beaucoup à dire du reste !) : tout juste a-t-on concédé, au titre de ce que le Premier Ministre de l'époque avait pompeusement baptisé « République des proximités », un modeste droit de pétition qui permet aux citoyens de solliciter l'inscription d'un sujet à l'ordre du jour d'une collectivité. Et encore ce droit mineur était-il encadré par de strictes conditions pour ne pas, comme l'a dit alors un sénateur, donner lieu « à des demandes répétées ou abusives ».

Le referendum d'initiative locale qui a, lui, une portée décisionnelle fut réservé aux exécutifs des collectivités territoriales. Démocratie fort descendante et bien peu ascendante…

Comme l'a écrit Cécile Blatrix, ici présente, il s'agissait « de donner le change plus que de changer la donne ».
J'avais à l'époque opposé une démocratie participative ouvrant aux citoyens de nouveaux espaces de délibération et d'intervention à cette démocratie de proximité timorée et méfiante.


12) Participer : une injonction paradoxale


Depuis ces deux rendez-vous manqués, nous sommes toujours sous le règne de l'injonction paradoxale : participez, répète-t-on aux citoyens sur tous les tons, mais si vous parlez trop fort, on vous coupera la parole, si vous sortez des clous, on vous tapera sur les doigts et, de toute façon, les choses importantes se passent ailleurs.

Quand j'entends stigmatiser à tort et à travers l'égoïsme, l'individualisme, la fixation sur les intérêts particuliers, le désintérêt pour la chose publique et autres défauts sempiternellement imputés à nos concitoyens, je me dis qu'en démocratie, on récolte ce qu'on sème.

Rémi Lefebvre évoque, dans un ouvrage collectif sur « La démobilisation politique », quelque chose qui nous ramène directement au sujet d'aujourd'hui : quelle délibération pour quelle participation ? Il raconte comment, après avoir effectué un consciencieux porte à porte, certains élus s'effarent que les gens chez qui ils sonnent ne leur parlent que de problèmes très particuliers et s'inscrivent, d'emblée, dans une relation de type clientéliste. Ils y voient la confirmation de cet individualisme auto-centré qui rendrait le peuple de plus en plus incivique. Ils ne semblent pas s'être avisés que la situation même du porte à porte, cette forme de rencontre individualisée et impromptue, pouvait induire le comportement qu'ils déplorent.
Les mêmes habitants, dans un Atelier Participatif d'évaluation citoyenne prenant le temps et les moyens d'une délibération collective et informée, auraient, j'en suis sûre, adopté une tout autre posture. Car ce ne sont pas « les gens » qui sont d'abord en cause mais, souvent, les conditions dans lesquelles la parole des citoyens est sollicitée.

13) 2008 : 3ème occasion manquée


Aujourd'hui, voilà qu'à nouveau on s'apprête à modifier notre Constitution (le tiers de ses articles) et que l'occasion n'est, une fois encore, pas saisie d'y faire entrer la démocratie participative.

On modifie quelques équilibres entre l'exécutif et le législatif, encore que, dans l'exercice effectif du pouvoir, les choses risquent d'être moins radieuses que ce qui est annoncé.

Mais, pour les citoyens, on n'a quasiment rien prévu si ce n'est la possibilité de saisir le Conseil Constitutionnel dans le cadre d'une procédure juridique que le justiciable considérerait comme contraire aux droits fondamentaux constitutionnellement garantis et la création d'un Défenseur des Droits du Citoyen qui réunit trois Autorités indépendantes jusque là distinctes. Je n'ai rien contre mais le compte n'y est pas !

Pas de garantie claire, non plus, sur l'éventualité d'introduire enfin le référendum d'initiative populaire que nombre de pays voisins pratiquent depuis belle lurette.

Et pas un mot de ce qui constitue depuis toujours le frein majeur à toute démocratisation de la démocratie française : le Sénat et son mode d'élection archaïque, injuste, qui garantit depuis un demi-siècle l'inamovibilité d'une majorité de droite quelles que soient, dans le pays, les alternances
politiques.

Tout se tient : une démocratie représentative verrouillée et la mise à distance obstinée de quelque forme que ce soit de démocratie participative.
Et l'on s'étonne que les citoyens ne se passionnent pas pour ce débat !

Encore une occasion manquée. Encore du temps perdu. Et un système replié sur lui-même.

Bien sûr, dans les territoires, des élus innovent et ouvrent grandes les fenêtres. Mais ce mouvement est privé de l'effet de levier que représenterait la constitutionnalisation d'une démocratie réellement participative, la reconnaissance de sa légitimité par notre loi fondamentale. Sans entrer dans le détail des outils mais en affirmant un principe fort.

14) La démocratie participative pour réussir des réformes justes


Je ne commenterai pas ici l'exercice très particulier du pouvoir qui se donne aujourd'hui à voir à la tête de l'Etat.
J'observe simplement qu'une fois encore, on traite avec bien peu d'égards ce tiers encombrant, ce tiers intempestif, ce tiers sans lequel, en démocratie, rien n'est possible : le citoyen. On le harcèle de sondages, on convoite périodiquement ses suffrages, mais on n'attend pas de lui qu'il s'implique, réfléchisse et propose avec d'autres.

J'observe également qu'à surjouer la toute-puissance du chef solitaire, on récolte l'inefficacité, la déception, les conflits.

Je ne crois pas aux « réformes » qui s'abattent sur les citoyens comme un oukase. Même quand elles sont animées de principes de justice, elles doivent être débattues et, le cas échéant, amodiées par une discussion démocratique qui, de nos jours, doit associer bien plus largement et plus directement élus et citoyens.

On ne pilote plus comme avant les sociétés complexes qui sont les nôtres.

On ne décide plus comme avant dans les situations d'incertitude qui sont désormais notre lot.

On ne consent pas d'efforts sans avoir débattu de leur bien-fondé et pu arbitrer entre les priorités. La concertation avec les corps intermédiaires (associations, syndicats) est nécessaire. La consultation directe des citoyens l'est aussi.

15) De l'importance des questions pour des réponses efficaces et une démocratie forte


J'entends dire, parfois, que poser des questions prouve qu'on n'a rien à dire.

Je crois, tout au contraire, qu'interroger les citoyens sur leurs attentes et sur les effets des politiques publiques, leur permettre de peser effectivement sur leur définition et leur conduite, cela enrichit l'action dont on a la charge, renforce la légitimité des décisions politiques, aide à mieux assumer ses responsabilités électives et, au bout du compte, ce que je ne crains pas d'appeler le leadership politique.

La démocratie participative n'est pas le risque d'une démocratie faible mais la condition d'une démocratie forte, capable d'empoigner son temps et de vaincre pire que la peur de l'avenir : la peur de ne pas avoir d'avenir.

J'entends dire, parfois, que les gens n'ont que faire des questions et se moquent bien qu'on les interroge : ce qu'ils veulent, ce sont des réponses.
Bien sûr, les Français veulent des réponses aux difficultés qui les assaillent mais pas n'importe quelles réponses : des réponses efficaces parce que construites avec eux, témoignant d'une juste perception de leurs craintes et de leurs espérances, attentives aussi à ce qu'ils sont capables de proposer.

Les bonnes réponses procèdent des questions bien partagées et bien posées.

Le temps passé à y réfléchir avec celles et ceux qu'elles concernent directement n'est pas du temps perdu : c'est du temps gagné pour l'action.

A tous ceux qui croient pouvoir sauter directement aux réponses sans prendre le temps des questions, je dédie cette phrase de Saul Alinski, dans le sillage duquel Barak Obama fit jadis ses classes d'organisateur de quartier à Chicago : « Ce n'est pas un hasard, écrivait Saul Alinski, si le point d'interrogation ressemble à une charrue renversée qui retourne la terre dure des vieilles croyances et la prépare pour de nouvelles semailles »...

1 6) Pas une affaire de « pédagogie » ou de « communication » !


J'entends aussi dire, parfois, que la démocratie participative doit se borner à une « pédagogie » des élus à destination des électeurs. Mais cela se saurait si les dysfonctionnements actuels de notre démocratie se limitaient à un banal problème de « communication » ou de « pédagogie » !

Cette conception verticale, paternaliste, d'une parole qui circule à sens unique : de ceux qui savent (élus, experts) à ceux réputés ne pas savoir ou ne pas comprendre (citoyens, usagers), cette conception-là est totalement dépassée.

Tout comme ce véritable déni de citoyenneté : l'oubli par le gouvernement des « actions de groupes » (class actions) qui permettraient aux consommateurs d'agir ensemble, par exemple, contre l'hégémonie des grands distributeurs, fortement responsable de la dégradation actuelle du pouvoir d'achat des Français. C'est aussi cela, pour moi, une démocratie plus participative et des contre-pouvoirs utiles.

De plus en plus instruits, de plus en plus informés, de plus en plus attentifs à leurs droits, les citoyens supportent de moins en moins d'être exclus du jeu.

Voilà pourquoi le pouvoir ne peut plus s'exercer comme avant et c'est, au fond, une excellente nouvelle.

17) Des règles formalisées pour un contrat participatif loyal


Pour ne pas être un leurre ou une promesse mal tenue, la participation citoyenne suppose quelques règles du jeu claires et formalisées car elles sont la base d'un engagement réciproque, d'un contrat participatif loyal. Les procédures n'ont pas besoin d'être sophistiquées à l'extrême car je crois qu'en matière de démocratie participative, le mieux, s'il débouche sur des usines à gaz, devient vite l'ennemi du bien. Elles doivent garantir que les conditions de la délibération citoyenne ne sont pas biaisées, instrumentalisées, manipulées car, comme l'a écrit Bernard Manin, « la décision légitime n'est pas la volonté de tous mais celle qui résulte de la délibération de tous ». Cela suppose une information contradictoire, l'égalité de traitement des participants et, en contre-partie de leur engagement, le pouvoir d'influer effectivement sur tout ou partie de la décision.
Telles sont, à mes yeux, quelques conditions à respecter, ce qui, je vous l'accorde, n'épuise pas la question du : comment faire ?

Mais vous allez, là-dessus, nous éclairer.

18) Des nos Rencontres annuelles à quelques coopérations européennes


Ces Rencontres annuelles, ce sont aussi des amitiés et des complicités qui débouchent sur des coopérations au long cours. Je pense aux projets européens qui associent aujourd'hui le Poitou- Charentes, la Catalogne et la Toscane.

Je pense en particulier à celui qui nous permettra d'organiser, en novembre prochain, une Assemblée participative électronique qui se déroulera simultanément dans nos trois Régions sur le thème du changement climatique.

Je pense aussi au Réseau Européen pour la Démocratie participative dont avons jeté ensemble les fondations pour mettre en commun les bonnes pratiques et favoriser la construction d'un savoir commun accessible à tous.

Merci à toutes et à tous, encore une fois, d'avoir fait le voyage jusqu'à notre Maison de la Région.

Merci aux étudiants de Sciences Po Poitiers pour leur mobilisation.

Je ne pourrai pas rester avec vous toute cette journée car je dois retourner auprès des pêcheurs qui, dans le port de La Rochelle, protestent contre l'envol du prix du carburant qu'ils subissent de plein fouet.

Je vous laisse mon équipe d'ardents promoteurs de la démocratie participative : ils me rendront compte de vos échanges car ils savent le prix que j'y attache et tout le parti que nous en tirons pour l'action que nous menons en Poitou-Charentes.

Je vous remercie et vous souhaitent d'excellents travaux.

 

 

 

 


par EXCOFFIER publié dans : segolene
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Jeudi 22 mai 2008

Interview de François Rebsamen dans le Point Jeudi 22 Mai par Michel Revol  
 

La candidature de Ségolène Royal au poste de premier secrétaire ne ruine-t-elle pas le projet d'une grande majorité au congrès du PS ?

 Non. Ségolène devait sortir de l'ambiguïté. Elle porte un texte et veut en assurer le leadership, comme Delanoë le fera sans doute. Ensuite, un conseil national de synthèse se tiendra en septembre. On verra alors si les différents textes, dont les leurs, sont compatibles. Quand les gens sont en accord sur 90 % des choses, ils ont vocation à se rassembler sur une motion commune.

 Mais Delanoë ne pourra accepter que Royal prenne la tête de cette majorité ?

 C'est aux militants de décider, et je vous rappelle que l'élection du premier secrétaire a lieu une semaine après le congrès. Respectons le calendrier.

 Les opposants de Royal lui reprochent justement d'aller trop vite...

 Je trouve paradoxal que les candidats au poste de premier secrétaire critiquent sa candidature ! Elle a autant de légitimité qu'eux, sinon plus, à briguer cette fonction.

 

par EXCOFFIER publié dans : Préparation du congrès PS
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Lundi 19 mai 2008
Je voudrais commencer par vous remercier d'être venus si nombreux à cet atelier citoyen organisé par le Pacte rénovateur. Merci à vous David, Dominique, Thomas, pour votre travail, merci à tous ceux qui ont participé à la rédaction des synthèses, et merci enfin à ceux qui se sont exprimés ce soir.

La consultation participative pour préparer le congrès est une démarche indispensable et rassembleuse. C'est une démarche de respect. Et les militants méritent ce respect, eux sans qui aucune victoire ne serait possible. On a vu dans les deux synthèses présentées ce soir que vous avez les mots justes.

Nous croyons que le débat d'idées et le respect des arguments de chacun est la seule méthode digne de notre idéal, capable de surmonter les épreuves, les discordes, les incompréhensions, les facilités et de nous remettre, comme nous le devons, en ordre de bataille pour proposer demain une alternative à la politique de la droite.

C'est parce que nous sommes profondément attachés à notre parti que nous voulons le rendre plus fort, plus attractif, en faire un parti avec de très nombreux adhérents, le parti de toute la société française, ouvert sur la société, engagé dans les luttes de son temps, menant les batailles idéologiques, portant un projet sans double langage, responsable, moderne, capable de faire vivre nos valeurs de justice sociale, de laïcité, de progrès partagé. Ce Congrès, pour nous, doit être un Congrès utile et serein, qui permette une dynamique de rassemblement, de projet, de conquête et de victoire ; d'amitié et de sérénité aussi.

La méthode qui consiste à faire vivre le dialogue et la réflexion entre nous, à écrire ensemble notre projet, en associant toutes celles et tous ceux qui le souhaitent, est la bonne méthode. Parce qu'elle est respectueuse des militants, parce qu'elle ne reproduit pas les anciennes méthodes, parce qu'elle se déroule dans la clarté, parce qu'elle préserve notre unité, parce qu'elle permet de mobiliser l'attention et l'écoute des Françaises et des Français. La démocratie doit être le cœur de notre projet. La gauche, pour gouverner demain, pour conquérir le pouvoir d'abord, a besoin de construire dans la société un vrai pouvoir de conviction.

C'est pourquoi nous avons choisi cette méthode, avec toutes celles et tous ceux qui voudront se joindre à nous, pour réfléchir ensemble au nouveau parti socialiste que nous allons devoir construire tous ensemble, pour être à la hauteur de notre tâche historique dans cette période où les Français sont profondément inquiets. Ce travail, nous l'accomplissons avec les acquis des trois forums de la rénovation conduits par François Hollande et l'actuelle direction sur le marché, la nation et l'individu.

Dans la continuité de l'espérance soulevée dans la campagne présidentielle puis des bons résultats des élections législatives et municipales, les socialistes peuvent et doivent réussir un beau congrès. Je ferai tout pour cela.

Et si l'on veut une gauche qui permette à chacun d'être acteur de sa propre vie et donc de la société, parce que les deux vont de pair, alors c'est une gauche qui doit permettre la prise de parole de chacun et qui prend en compte la parole de tous.

D'ailleurs nous nous sommes tous sentis socialistes quand un homme a dit un jour, en 1990, dans un discours sur les banlieues : « Sans la participation la plus large de tous, il n'y aura pas d'identité, il n'y aura pas de dignité, jamais non plus il n'y aura de citoyenneté ». Cet homme, c'était François Mitterrand. C'est auprès de lui que j'ai forgé mes convictions, que j'ai appris ce que qu'était la politique, lui qui répétait : la « politique, c'est parler aux gens »

Cet homme là, le 13 juin 1971, lors d'un congrès fondateur pour le parti socialiste, à Epinay, cet homme, appuyé par Pierre Mauroy pour réussir la mutation et la modernisation, avait dit aussi ceci : « la démocratie... finit par manquer d'imagination, par confisquer tout cela au citoyen, à l'individu, à celui qui veut lui même être capable, par l'information et par la formation, par le dialogue et aussi par l'organisation des partis de gauche, capable de penser lui-même et de décider ». Que dire de plus pour convaincre ceux qui déforment ou dénigrent la méthode que nous avons choisie.

Cette consultation, contrairement à ce que j'entends parfois, ne part pas de rien. Nous y proposons, avant les 10 questions, les valeurs qui nous rassemblent et un diagnostic de la période

Les sept valeurs et objectifs qui nous guident

1.Le monde a changé. Le socialisme doit changer pour rester fidèle à sa mission.

2.Le bien-être de tous exige que l'économie de marché et la concurrence ne dictent pas leur loi désordonnée au service d'intérêts particuliers.

3.La volonté publique et l'Etat organisent la conciliation de l'intérêt général et des préoccupations des gens, notamment à travers les services publics.

4.La lutte contre toutes les formes d'injustices et de discrimination est au cœur du droit de chacun à la réussite individuelle.

5.Les socialistes doivent participer à la construction d'un ordre économique, social et écologique juste, au niveau mondial comme au niveau national.

6.Au niveau national comme au niveau local, le socialisme défend la complémentarité qui unit la démocratie représentative, la démocratie participative et la démocratie sociale.

7.La laïcité est le fondement de la République et de l'identité française, enrichie par le métissage.

- Les dix sources d'inquiétude des Français

1. un capitalisme qui perd la tête ;

2. la dégradation du niveau de vie ;

3. les fragmentations et le descenseur social à l'intérieur ; la perte de compétitivité de la France à l'extérieur ;

4. l'affaiblissement de la valeur travail et l'exagération de la valeur du capital ;

5. le trouble qui pèse sur l'identité française, secouée par les peurs de l'autre ;

6. le doute sur l'efficacité de l'Etat ;

7. le scepticisme sur la réalité de l'égalité des chances par l'école ;

8. l'Europe perçue comme indifférente au sort des citoyens ;

9. les désordres du monde et les interrogations sur la fin de l'hégémonie occidentale ;

10. une planète menacée d'autodestruction.

Bien sûr que les militants et les Français veulent des réponses ! Mais pas n'importe lesquelles : des réponses efficaces parce que fondées sur une juste perception des attentes du peuple français, des problèmes qu'il affronte, des obstacles qu'ils rencontre.

Je crois que s'écouter et échanger entre responsables et citoyens, c'est le contraire du « populisme démagogique». C'est même le meilleur moyen de lutter contre le populisme qui surfe sur les peurs et les sentiments de ceux qui se sentent délaissés, abandonnés à leur solitude, parfois même méprisés. Vingt-cinq premiers fédéraux ont adhéré à cette démarche, animée par Vincent Peillon. Gérard Collomb, François Rebsamen ont signé un texte de maires. Maxime Bono a lancé un appel ouvert à d'autres élus, déjà une cinquantaine de ma région.

Le populisme se méfie comme de la peste des citoyens informés et éclairés capables de se placer du point de vue de l'intérêt général d'un territoire, petit ou grand. Ou d'un parti politique !

Alors je le dis ici, je le redis : oui le responsable politique doit décider, trancher, oui il doit prendre ses responsabilités. Parfois d'ailleurs en allant à contre-courant de l'opinion dominante. Mais les conditions dans lesquels il décide et prend ses responsabilités ont profondément changé. L'heure du politique jupitérien, omniscient et omnipotent, qui décide dans la solitude de son bureau du destin du pays, cette heure est passée. L'heure du politique élu tous les cinq ans, qui décide entouré d'experts, sans écouter les citoyens et évaluer auprès d'eux ses décisions, cette heure là aussi est dépassée. La première année de présidence Sarkozy ne m'a pas fait changé d'avis sur ce point ! C'est le moins qu'on puisse dire. Chacun constate aujourd'hui les dégâts causés par un pouvoir enfermé dans sa surdité aux malaises et aux colères.

Aujourd'hui, non seulement N. Sarkozy n'a pas su rétablir la confiance mais la défiance est revenue encore plus fortement. Parce qu'il n'a pas mobilisé les acteurs individuels, sociaux, économiques et politiques de la société française. Et de ce fait, le fossé entre les gouvernants et le vécu des Français est revenu bien vite. Là réside une des causes profondes de cette déception. A la racine, il y a une pratique du pouvoir, une conception de l'Etat et de la société qui est erronée, inefficace et aux sources de désordres. Ce discours volontariste qui ne s'est appuyé ni sur la démocratie parlementaire, ni sur la démocratie sociale ni sur la démocratie citoyenne a conduit non seulement à l'abaissement de la fonction présidentielle mais à la révolte sociale comme elle s'est manifestée hier dans toute la France pour défendre les services publics, ciments de la Nation.

Fragilité démocratique, faiblesse économique, dureté sociale. Dans ce moment d'inquiétude et d'abaissement national, nous devons avoir une grande ambition collective. La France s'enfonce dans une crise multiform