Samedi 24 janvier 2009 6 24 01 2009 10:23
Chères amies, chers amis,

Aujourd’hui, j’ai présidé, à la Maison de la région Poitou-Charentes, une conférence sociale réunissant les entreprises et les salariés (et leurs organisations syndicales et professionnelles), ainsi que les acteurs de l’économie sociale et des représentants des comités d’entreprises.


Nous avons adopté un plan d’actions dans le cadre de cinq priorités (pour consulter le détail, rendez-vous sur le site de la Région) :
  • Soutien à l’activité économique avec 83 millions d’euros d’investissement en Région et 50 millions pour le financement des entreprises ;
  • Création de 4 700 stages de formation et la création de 300 emplois pour ceux qui en ont le plus besoin ;
  • Mise en place d’aides à la mise en œuvre de véhicules à un euro par jour pour les salariés d’entreprises volontaires de la région, ainsi que pour les stagiaires de la formation professionnelle, avec 2 000 premiers bénéficiaires dès 2009 ;
  • Renforcement du dialogue social par une aide aux comités d’entreprise des sites industriels en difficulté économique et la création de comité de bassins d’emplois ;
  • Soutien aux filières qui innovent et s’engagent dans le développement de la croissance verte pour créer les emplois de demain (filière bois, filière sur l’énergie renouvelable avec le plan photovoltaïque, la filière de l’agriculture biologique, l’écotourisme).

Dès demain, j’irai sur le terrain constater la bonne mise en œuvre de ces efforts de la Région en faveur de l’emploi, en me rendant à Parthenay dans les Deux-Sèvres. Après une rencontre avec les petits producteurs agricoles sur le marché, je rendrai visite à des créateurs d’entreprises grâce aux Bourses régionales Désir d’entreprendre.

Dans le même esprit, je présiderai lundi la Commission permanente du Conseil Régional qui sera consacrée au développement de l’apprentissage, à la création du service public régional de la formation professionnelle et à la mise en œuvre de l’ambitieux plan régional de développement du photovoltaïque.


Cet engagement de la puissance publique au niveau régional est indispensable mais ne suffit pas. La crise économique et financière que nous traversons nécessite une réflexion globale sur le système capitaliste tel qu’il fonctionne – ou plutôt dysfonctionne.

C’est le sens du déplacement d’étude à Belém au Brésil que je vais effectuer de mercredi à lundi pour participer au Forum social mondial, à l’invitation du Recteur de l’Université de Belém (ce déplacement est financé sur fonds privés et personnels, c’est-à-dire ni par la région Poitou-Charentes ni par Désirs d’avenir).


Depuis le premier Forum social mondial à Porto Alegre en 2001, la réflexion sur un autre monde possible est impérative. J'ai d’ailleurs accueilli dans ma Région, à deux reprises, les universités d'été d'Attac parce que je crois salutaires ces débats et ces échanges dont les militants altermondialistes ont pris l'initiative contre la pensée dominante il y a une dizaine d'années et aujourd'hui en déroute.

J'ai toujours été et je suis plus que jamais convaincue qu'on ne peut pas rebâtir une proposition alternative et crédible aux désordres actuels du monde sans être à l'écoute de tous ceux, sans exception, et en particulier des militants, des associations, des citoyens qui s'engagent sur le terrain, qui résistent à la folle logique du profit à tout prix, qui inventent d'autres façons de poser les bonnes questions et d'autres façons de faire.

La 8ème édition du Forum Social qui se tient à Belém revêt une importance particulière, non seulement parce cette grande rencontre revient dans le pays fondateur qui lui donna son impulsion originelle, mais également parce que l'état du monde (en proie à une crise financière, économique, sociale, écologique, politique, morale...) témoigne dramatiquement de l'échec des politiques ultra-libérales et de l'idéologie qui fut celle de la révolution conservatrice dont on voit aujourd'hui les dégâts planétaires.



Un cycle se clôt


A nous de faire que celui qui s'ouvre, au-delà des promesses sans lendemain de moralisation superficielle, remette réellement les choses d'aplomb en redonnant aux citoyens un vrai pouvoir de décision sur le destin collectif.

Le Brésil et le travail conduit par le président Lula permettront, sur place, d’approfondir deux idées :

  • C’est un laboratoire de pratiques politiques innovantes (dont le Budget participatif créé à Porto Alegre, très largement mis en pratique dans tout le pays, et que j’ai repris en Poitou-Charentes au travers du Budget participatif des lycées) dont certaines peuvent être reprises en France.
  • C’est un grand pays, non pas émergent mais émergé, qui comptera de plus en plus dans les nouveaux équilibres du monde.

Plusieurs sujets abordés par le Forum social de Belém seront, à mes yeux, majeurs :

  • La crise alimentaire ;
  • Les biens publics dont l'accès libre doit être garanti à tous (l'eau, la culture, l'éducation, le net, etc.) avec, entre autres, le problème du brevetage du vivant ;
  • La lutte contre l’esclavage moderne avec une charte d’engagement signée par quatre états brésiliens dont le Para, la région dont Belém est la capitale, qui en détient le triste record (notamment dans les grandes propriétés agricoles) ;
  • La situation et l’avenir de l’Amazonie (une journée lui sera dédiée) au travers de trois dimensions : le changement climatique, la biodiversité et le respect des peuples indiens.

Tous ces sujets sont un concentré des grandes questions de la mondialisation marchande et du productivisme court-termiste à l'opposé d'un développement respectueux des équilibres écologiques.

Et puis, enfin et toujours, la démocratie participative sera au cœur du Forum : de l'élaboration des décisions ("partager les décisions pour prendre les bonnes", disons-nous en Poitou-Charentes) au contrôle citoyen de l'application des politiques publiques (rendre des comptes). Je suis d’ailleurs fière que le travail de la Région Poitou-Charentes sur la démocratie participative ait été labellisé dans le cadre de « 2009 année de la France au Brésil » par le comité franco-brésilien d’organisation.

Voilà en quelques mots les raisons de mon déplacement d’étude au Forum social mondial de Belém.

Mais je vous rendrai compte bien sûr au fur et à mesure les débats qui s’y tiendront et les entretiens que j’y aurai (à commencer, dès mon arrivée, par un rendez-vous avec le président du Parti des travailleurs du brésil, Ricardo José Ribeiro Berzoini).


Cordialement,




Ségolène Royal

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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 01 2009 18:01
Chères amies, chers amis,


Mon voyage en Amérique s'est achevé aujourd'hui. Une nouvelle ère a débuté, le changement est en marche. Barack Obama a pris une décision symbolique, la première : comme il l'avait promis, la prison de Guantanamo sera fermée d'ici un an. L'Amérique est fière à nouveau, fière du visage qu'elle offre au monde.

En quittant Washington, en dialoguant à l'aéroport avec des Américains, je sens une confiance nouvelle, dénuée d'arrogance. Je mesure la force tranquille que donne la volonté de renouer avec un destin collectif. Un pays divisé est un pays affaibli, nerveux, aux aguets, perméable aux tentations violentes. Un pays uni est fort, capable de surmonter les épreuves sans chercher à en imposer aux autres.

Les réunions de travail que j'ai eues mercredi m'ont confirmé la volonté de changement et de résultats des nouvelles équipes en place. Au Sénat, je me suis entretenu avec Amy Klobuchar, une jeune sénatrice du Minnesota, étoile montante du Parti démocrate et spécialiste des questions environnementales. Signe encourageant, elle souhaite qu'à Copenhague l'année prochaine, un accord soit enfin signé par tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre, au premier rang desquels les Etats-Unis et la Chine.

Elle s'est montrée par ailleurs confiante sur les chances de bonne entente et de coopération entre la Maison blanche et le Sénat, tout accord international de cette envergure devant être ratifié par la « Chambre des Etats ». Le fait que Barack Obama et Joe Biden en soient issus (pour la première fois depuis l'époque Kennedy/Johnson) explique cet optimisme.

Nous avons évoqué les réticences de l'industrie automobile américaine à changer ses habitudes. La demande  a évolué, les familles durement touchées par la crise préfèrent désormais des voitures plus économes en carburant. Mais l'offre américaine n'a pas su s'adapter,  avec pour conséquence la crise majeure que traversent des géants comme General Motors.

Pour toutes les entreprises automobiles qui cherchent à modifier leurs gammes de voitures en faveur de plus petites cylindrées, Amy Klobuchar propose de mettre en place, à titre transitoire, des compensations financières. Idée pertinente  à étudier  : la relance de l'économie et l'avènement d'un nouveau modèle de développement respectueux de l'environnement sont plus que jamais liés.

Au Congrès, j'ai eu également une réunion avec James Oberstar, président de la Commission des Transports à la Chambre des Représentants. Personnage très chaleureux, James Oberstar est par ailleurs francophile. Il m'a remis en détail la partie
« investissement » du plan de relance, Etat par Etat, dépense par dépense.

Le montant global du plan Obama est de 800 milliards de dollars sur deux ans, soit 3% du PIB chaque année. Le stimulus sur l'économie américaine est considérable, grâce notamment à un crédit d'impôt de 1000 dollars par an qui touchera 150 millions d'Américains. 85 milliards de dollars concernent les seuls investissements en infrastructures, avec un volet environnemental important :

  • 30,25 milliards pour les autoroutes et les ponts (l'engorgement du trafic conduisant à une hausse très importante de la quantité d'essence consommée) ;
  • 12 pour les transports en commun ;
  • 5 pour les voies ferroviaires ;
  • 5,25 pour l'aviation ;
  • 14,275 pour les infrastructures vertes (assainissement de l'eau par exemple) ;
  • 7 pour l'ingénierie des corps d'armée américaine ;
  • 10 milliards pour les constructions fédérales ;
  • 400 millions consacrés à l'administration du développement économique ;
  • 734 millions pour les gardes-côtes ;
  • 55 millions pour l'administration maritime ;
  • 45 millions pour le Saint-Laurent.
C'est donc un programme de modernisation sans précédent depuis le New Deal de Roosevelt en 1932 qui sera adopté dans les prochains jours. Peut-être pourra-t-il servir à acheter les TGV qui font si cruellement défaut aux Etats-Unis ! James Obestar soulignant le besoin d'équipements en trains à grande vitesse, je lui ai en tout cas suggéré d'acheter la technologie française développée par Alstom !

A la FED, la banque centrale américaine, j'ai eu un entretien avec le Gouverneur Warsh, un des quatre membres du Board. Entretien d'une grande franchise, révélateur d'un changement d'état d'esprit. Interrogé sur l'origine de la crise financière, le gouverneur a eu des mots durs à l'égard des institutions chargées de la régulation financière, parlant même de « paresse »  et de « complaisance ».  Lucidité salutaire, qui devrait rendre possible de nouvelles pratiques.



La journée de mercredi, consacrée aux problèmes financiers, économiques et environnementaux s'est achevée par un déplacement au Lincoln Memorial. Pour Barack Obama, Abraham Lincoln est le président capital de l'histoire américaine : c'est lui qui a eu le courage d'abolir l'esclavage le 1er janvier 1863 ; lui aussi qui a eu la force d'âme de prôner sans relâche l'unité de la nation.

Au centre de ce lieu de mémoire trône la statue majestueuse de Lincoln, devant laquelle Martin Luther King prononça en 1963 son célèbre
« I have a dream ». Et à côté, gravée dans le marbre, l'adresse qu'il prononça à Gettysburg, avec cette formule lapidaire qui offre la plus belle définition de la démocratie : « Un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Amicalement,



Ségolène Royal

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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 01 2009 09:25
Chères amies, chers amis,

Je viens de prendre connaissance des commentaires moqueurs sur les radios, ce matin, au sujet d’une de mes déclarations sur la campagne de Barack Obama, que j’aurais « inspirée ».

Je comprends que cette phrase ait pu surprendre ceux qui, à distance, n’avaient ni le son ni l’image : « Son ego est devenu totalement démesuré ! », se sont-il dit…

Alors, quelques précisions pour les rassurer.

Après une conférence de presse centrée sur le moment historique que nous vivions, moment auquel je participe au milieu du peuple américain, en toute humilité et sans protocole, c’est à une question amicalement provocatrice d’un des journalistes que j’ai répondu de façon humoristique ! Intention bien comprise par l'AFP, comme on peut le voir sur la vidéo de l'interview et comme en atteste la dépêche*.

Sur la campagne et l'utilisation d'Internet, c'est sans doute nous qui aurons à nous inspirer de Barack Obama, et peut-être même, ici ou là, à le
« copier ».

La force de l’événement vécu ici et dans le monde m’a impressionnée… mais pas au point de perdre la lucidité !

Il y a bien d’autres événements majeurs à vivre… Comme, par exemple, cette interview très symbolique de Colin Powell sur CNN et je voudrais vous en dire quelques mots. Car elle est révélatrice du nouveau climat politique américain.

Dans cette interview, Colin Powell, ancien chef d’état-major interarmées et ancien secrétaire d’Etat de George W. Bush, a répondu sans détour sur la question de la perte de leadership moral des Etats-Unis, conséquence de la politique étrangère menée après 2001 (souvent contre l’avis de Colin Powell lui-même).

Il a reconnu dans une interview très forte, et avec beaucoup de calme que nombre de décisions de l’administration Bush avaient miné la position des Etats-Unis et décrédibilisé leur parole et leur influence dans le monde : l’invasion de l’Irak, les entraves aux droits de l’Homme à Guantanamo ou Abou Ghraib, les enlèvements secrets de personnes suspectées de terrorisme, leur internement secret et leurs tortures dans des prisons hors du territoire américain.
 
Il a salué la phrase du nouveau président Barack Obama selon laquelle « la sécurité de la nation ne pouvait pas être assurée aux dépends des libertés. »

Il a beaucoup insisté sur l’influence positive du trajet personnel de Barack Obama sur la jeunesse noire en particulier.

Dans un troisième temps, il a salué l’invitation lancée à John McCain de dîner avec les Obama la veille de l’investiture. Il a salué l’élégance du geste et de la réponse du challenger battu.

Colin Powell y a vu le signe de ce bipartisme dont l’Amérique et son président auront tant besoin pour vaincre la crise, intérieure et extérieure. D’ailleurs, les décisions que Barack Obama a prises dès aujourd’hui en sont le signe. D’une part, l’arrêt immédiat des interrogatoires musclés à Guantanamo. D’autre part, il a réuni les chefs d’état-major pour parler de l’Irak et de l’Afghanistan. Enfin, il a réuni ses conseils économiques pour continuer la mise au point, par le dialogue avec le Congrès, du plan de lutte contre la crise économique et financière.

J’observe que la crise est venue des Etats-Unis et de leur système de surendettement des ménages destiné à compenser les bas salaires.

Espérons que ce changement de politique américaine permettra l’émergence d’une gouvernance mondiale avec des règles où la finance sera au service de l’économie et l’économie au service de l’humain. 

Cordialement,



Ségolène Royal





* Vous pouvez lire ci-dessous la dépêche AFP, publiée après la conférence de presse de Ségolène Royal le 19 janvier à Washington

"A Washington, Royal retrouve "beaucoup de ses convictions" chez Obama

WASHINGTON (AFP) — L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle française, Ségolène Royal, a déclaré lundi à Washington retrouver "beaucoup des convictions" qui sont les siennes chez Barack Obama, dont elle a prévu d'assister à l'investiture de 44e président des Etats-Unis.

"Ce que je trouve formidable dans le discours et la démarche de Barack Obama, c'est à la fois la volonté d'unité et l'idée que chaque citoyen peut participer, doit contribuer à rechercher les solutions du futur", a déclaré Mme Royal lors d'une conférence de presse.

"C'est aussi l'idée que les solidarités et la justice sont des idées-clés de l'émergence d'un nouveau modèle de société", a-t-elle poursuivi. "Donc, je retrouve beaucoup de convictions qui sont les miennes et qui, je pense, vont permettre au monde d'avancer vers la paix, la sécurité et la justice".

Mme Royal, qui doit assister mardi à la cérémonie d'investiture du premier président noir des Etats-Unis, a dit vouloir "partager avec le peuple américain un moment historique exceptionnel".

"Il y a un espoir formidable que la nouvelle Amérique, Barack Obama, puisse engager les Etats-Unis d'Amérique vers des solutions qui répondent à la crise" mondiale, a observé la présidente de la région Poitou-Charentes.

"Ce que nous devons chercher ensemble, c'est un nouveau modèle de société, comment on répond à la crise du capitalisme", a-t-elle estimé.

Mme Royal devait être reçue mercredi par le président de la commission des Transports de la Chambre des représentants, James Oberstar, et par un des gouverneurs de la Réserve fédérale, la banque centrale des Etats-Unis."
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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 01 2009 15:01
Chères amies, chers amis,

Mardi 20 janvier, Washington, au café Millot, Dermon Avenue


Depuis ce café très proche des cérémonies, je vous envoie cette lettre.

Dès cinq heures du matin dans un froid glacial, des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants de tous âges, de toutes les couleurs et de toutes conditions - ce que Barack Obama a appelé le « patchwork of our heritage » - ont convergé vers le Mall pour vivre ce moment historique. Comme s’ils voulaient s’assurer que tout cela était bien vrai !

Et c’est sans compter les milliards d’autres qui, à travers les écrans de télévision du monde entier, et je pense en particulier au continent africain, avaient au même moment les yeux rivés sur cette façade ouest du Capitole.

La cérémonie d’investiture a eu beaucoup d’allure. Barack Obama est sans conteste très charismatique et il se dégageait de cette immense foule, joyeuse et pleine d’espoir, une véritable force démocratique.

Que retenir du discours de Barack Obama ?

Vous le lirez en entier, mais voici les idées et les citations qui m’ont marquée :

  • Tout d’abord un diagnostic sans concession sur la crise économique et sur la violence du monde, qui sont « la conséquence de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. »
  • L'Amérique est une nation d'immigrants « qui ont pris des risques » - des hommes et des femmes anonymes -, « qui ont souffert de la morsure du fouet. » Concorde, Gettysburg, Normandy, Khe Sahn sont les quatre batailles auxquelles Barack Obama a fait ensuite référence pour mobiliser les énergies de la nation.
  • La démocratie fait chaque citoyen, qui, par son action, doit accompagner la prise de responsabilité de l’Etat.  Il y aura une transparence absolue de tous les systèmes d’aides.
  • « Cette crise nous a rappelé que sans surveillance le marché peut devenir incontrôlable, et qu'une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. » Il faut donner à chacun l’occasion de réussir sa vie. Ce n’est pas de la charité.
  • La sécurité de ne peut pas se faire aux dépens des libertés.
  • « Nous sommes réunis car nous avons préféré l'espoir à la peur. »
  • L’Amérique a vocation à dialoguer avec le monde entier. C’est parce que les Américains ont connu la ségrégation qu’ils sont conscients de la nécessité de parler à leurs anciens adversaires.
  • « Le monde a changé et nous devons évoluer avec lui. » Mais nous devons le faire, a-t-il ajouté, « avec nos valeurs de toujours ».
  • « Ce qui nous est demandé maintenant, c'est une nouvelle ère de responsabilité » (« the new area of responsability »).
  • « C'est le prix, et la promesse, de la citoyenneté (…) C'est la raison pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n'aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré. »

Ce discours a duré vingt minutes. La foule était saisie par ces paroles, par cet appel constant à chacun pour qu’il se mette en mouvement, par la force du symbole et la volonté politique.


Des centaines de personnes se sont ensuite déplacé paisiblement du Mall vers Constitution Avenue pour assister au défilé qui montrait si bien la diversité de l’Amérique.

Tout-à-l’heure, nous sommes passés devant une maison sur laquelle est affichée en grandes lettres : « 20 janvier 2009 : la fin d’une erreur ».

Cordialement,



Ségolène Royal

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Mardi 20 janvier 2009 2 20 01 2009 16:25
Chères amies, chers amis,

 
Dimanche 18 janvier

Première journée de déplacement à Washington. Bain de foule à pied, au milieu de plusieurs centaines d'Américains venus, malgré le froid glacial, écouter le message de fraternité et d'unité délivré par Barack Obama. L'émotion est palpable partout. On sent une effervescence. Une attente aussi. Comme le dit celui qui sera président dans quelques heures, nous vivons un «defining moment», un moment historique. Un moment qui ouvre à nouveau l'espace des possibles.

Dimanche, sur le Mall de Washington, au pied du Lincoln Memorial, était organisé un concert-symbole, dont vous avez sans doute vu les images. Le nom de ce concert : «We are one». L'événement est énorme, comme le disent les Américains et Barack Obama lui-même. Le Lincoln Memorial est porteur d'une mémoire vive, une mémoire d'espoir, une mémoire de combat.


Symbole, parce que devant ce même mémorial, il y a 70 ans, Marian Anderson, grande chanteuse lyrique américaine noire, produisait avec l'appui de la première dame Eleanor Roosevelt, un concert ancré encore aujourd’hui dans les mémoires. Quelques temps auparavant, l'association des filles de la révolution avait en effet dénié à Marian Anderson le droit de chanter au Constitution Hall de Washington. Devant le Lincoln Memorial, c'était donc un concert de revanche qu’elle offre au public, un concert pour la justice, pour le droit, pour la dignité.


Vingt ans plus tard, en 1963, c’est en ce même endroit que Martin Luther King prononçait un discours resté dans l'Histoire : « I have a dream ». Et là encore que, avant-hier, le premier président noir des Etats-Unis, qui prêtera serment tout à l’heure, fredonnait les airs des plus grands chanteurs de sa nation.


Le Lincoln Memorial est la pierre angulaire, le lien de mémoire de la démocratie américaine dans la capitale fédérale. En face, on voit le Capitole. Au Nord, la Maison Blanche. Et au Sud, le Jefferson Memorial. Magnifique évocation dans l'espace de cette unité que Lincoln avait toujours recherchée et qui inspire, dans chacun des gestes, le nouveau président américain.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Barack Obama a choisi, comme Lincoln l'avait fait en son temps, de se rendre à Washington pour son discours d'investiture en prenant le train à Philadelphie, ville fondatrice de la démocratie américaine.

Ce que j'ai vu dimanche lors de ce concert, c'est une nation rassemblée, fraternelle, dépassant ses divisions pour prendre son destin en main. Les gens voulaient partager leur émotion en toute simplicité et avec sobriété. Il y avait des familles américaines de toutes origines, de toutes conditions, des enfants, des personnes âgées, des Noirs, des Blancs, des Latinos. Tous étaient là pour affirmer leur détermination à faire face aux défis de notre temps. Tous étaient là pour dire leur fierté. Tout simplement.




Lundi 19 janvier

En me rendant à Washington avec Pierre Yves Le Borgn, secrétaire de la Fédération des Français de l’étranger du PS, Christian Monjou, historien des Etats-Unis, j’ai voulu être avec le peuple américain, au milieu du peuple américain. Pour ressentir et partager sa joie, pour témoigner aussi de notre espoir. Car nous avons toujours été ensemble, Américains et Français, quand l’espoir d’un monde meilleur était possible.


La France a été le premier ami des Etats-Unis. J’ai été marquée hier par la visite du Mont Vernon, lieu de résidence de Georges Washington, celui que La Fayette appelait le Père de la liberté. Au Mont Vernon, les clés de la Bastille offertes en gage d’amitié sont toujours précieusement conservées. Symbole que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous sépare.

Nous pouvons redevenir les partenaires que nous avons été : c’est encore ce que me disait lundi matin Craig Kennedy, le président du German Marshall Fund, l’un des plus grand centre de réflexion américain sur les relations entre les Etats-Unis et l’Europe. L’Amérique de Barack Obama ne réussira pas sans l’Europe ; et nous avons besoin des Etats-Unis pour affronter la crise économique.

J’aurai l’occasion d’en parler mercredi avec James Oberstar, représentant du Minnesota, président de la Commission des transports de la Chambre des représentants, qui a travaillé très étroitement avec l’équipe économique d’Obama sur le volet industriel du Plan de relance. C’est également un point que j’aborderai lors de mes contact à la FED, la Banque centrale américaine.

Pendant sa campagne électorale, pendant la période de transition, Barack Obama a incarné le meilleur de l’Amérique. Il a incarné cette Amérique qui vit encore l’idéal des Pères fondateurs, l’Amérique qui se rassemble autour des principes posés il y a maintenant plus de deux cent trente ans dans la Déclaration d’indépendance. Cette élection est le signe d’une ouverture de l’Amérique. Ouverture à elle-même. Ouverture au monde. Elle lève l’espoir d’une résolution commun des grands enjeux de la planète.


En ces jours mémorables, nous espérons que Barack Obama aura la lucidité et la clairvoyance de comprendre que le monde aujourd’hui est multipolaire et qu’il ne peut en être autrement. Il a la chance de remettre l’Amérique au coeur du monde, non pas en agissant seul, mais en choisissant la voie de la coopération.

Nous devons devenir de vrais partenaires.
 
 
Amicalement,
 

Ségolène Royal

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Lundi 18 août 2008 1 18 08 2008 17:44

Communiqué de presse
Le 16 août 2008

Ségolène Royal exprime sa disponibilité au Dalaï Lama pour soutenir la cause tibétaine

Le Tibet vit une tragédie et subit des atrocités. Un peuple en péril, une culture écrasée, une religion pacifiste menacée, c'est toute l'humanité qui s'en trouve blessée. C'est pourquoi j'avais exprimé au Dalaï Lama ma disponibilité si une rencontre avec lui pouvait être utile à la cause qu'il défend. Je l'avais rencontré il y a 3 ans et en avril dernier nous devions nous voir en Inde, mais comme il était au Japon il avait demandé à sa sœur, une femme remarquable, de le représenter auprès de moi.

Lors de mon entretien avec le Dalaï Lama, je l'ai interrogé sur la réalité de la situation au Tibet. Il m'a indiqué que, depuis les évènements du 10 mars dernier, la répression était très grave et n'avait pas cessé. Mais il continue à souhaiter et espérer l'ouverture d'une véritable négociation avec la Chine.

Je lui ai demandé ce que je pouvais faire, ce que la France pouvait faire, pour que cette négociation sur l'autonomie du Tibet s'ouvre enfin. Sa réponse a été claire : « J'ai besoin de votre appui, j'ai besoin de l'appui de tous les amis du Tibet pour que se concrétise enfin l'espoir d'un accord ».

Tous les peuples libres et les pays démocratiques doivent donc se mobiliser pour sauver le Tibet. Il y a urgence : le Tibet vit en effet une tragédie telle qu'elle crée une situation d'urgence appelant des actes contre l'indifférence.

Pour ma part, je compte aborder la question du Tibet à l'occasion de chacune de mes rencontres internationales. J'en appelle à la Chine pour que l'avenir du Tibet trouve une solution pacifique. J'ajoute que je suis prête à me rendre au Tibet dès que les circonstances le permettront.

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Jeudi 14 août 2008 4 14 08 2008 15:00

Ségolène Royal rencontrera le dalaï lama samedi

NOUVELOBS.COM | 13.08.2008 | 19:36

Le prix Nobel de la paix sera à Nantes dans le cadre d'un cycle d'enseignement bouddhique. Il sera reçu lundi à l'Hôtel de Ville de Nantes par le député-maire socialiste de la ville, Jean-Marc Ayrault. Nicolas Sarkozy devrait recevoir l'ensemble des prix Nobel de la Paix, dont le dalaï lama, à Paris le 10 décembre.

Ségolène Royal (sipa)

Ségolène Royal (sipa)

Ségolène Royal rencontrera le dalaï lama samedi à Nantes, a-t-on indiqué mercredi 13 août dans l'entourage de l'ancienne candidate PS à la présidentielle, et le chef tibétain sera aussi reçu lundi à l'Hôtel de Ville de Nantes par le député-maire socialiste de la ville Jean-Marc Ayrault.
Selon France Inter, l'entretien entre la présidente de Poitou-Charentes et le chef tibétain durera une demi-heure. Le prix Nobel de la paix sera à Nantes de vendredi à mercredi dans le cadre d'un cycle d'enseignement bouddhique.
De son côté, Jean-Marc Ayrault a précisé sa réception du leader tibétain: "j'ai pris l'initiative d'inviter le dalaï lama à l'Hôtel de Ville de Nantes pour une rencontre officielle et cette invitation a été acceptée et aura lieu lundi à 16H00", a souligné Jean-Marc Ayrault, qui aura avant cette cérémonie "un entretien de 20 minutes" avec le leader tibétain.

"Le drapeau du Tibet flotte sur l'Hôtel de Ville"

Jean-Marc Ayrault sera aussi présent vendredi au Zénith de Nantes où le leader spirituel et politique tibétain prononcera un discours en début d'après-midi.
"Il y a des signes à donner vis-a-vis de la Chine, des droits de l'homme et du Tibet", a estimé Jean-Marc Ayrault, en soulignant que "le drapeau du Tibet flotte sur l'Hôtel de Ville de Nantes depuis le 29 mars. "Il faut faire preuve de courage et de respect des valeurs dont on se réclame".
"Recevoir le dalaï lama, c'est recevoir le prix Nobel de la paix, certes on peut le recevoir collectivement en décembre mais ce n'est pas la même chose. Le dalaï lama et ce qu'il représente méritent un peu plus de considération", a affirmé le patron des députés socialistes, dans une allusion à la réception par Nicolas Sarkozy le 10 décembre des prix Nobel de la paix, dont le chef tibétain.

Rencontre avec Sarkozy le 10 décembre

Nicolas Sarkozy recevra l'ensemble des prix Nobel de la Paix, dont le dalaï lama, à Paris le 10 décembre, a assuré Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, confirmant une information du Parisien. L'Elysée n'a pas fait de commentaire.
Par EXCOFFIER - Publié dans : Politique internationale
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Samedi 2 août 2008 6 02 08 2008 12:39

PARIS,  1 août 2008 (AFP) - Ségolène Royal, candidate au poste de Premier secrétaire du PS, appelle ses soutiens à un "rassemblement de la fraternité" au Zénith à Paris le samedi 27 septembre, pour lequel une souscription sera lancée, indique-t-elle sur son site "Désirs d'avenir".
L'ancienne candidate à la présidentielle remercie dans ce message les signataires de sa contribution "Combattre et proposer", leur indiquant: "nous allons continuer à nous mobiliser avec joie et force".
Elle donne rendez-vous aux militants pour ce rassemblement du 27 septembre (18H00-22H00), qui aura lieu deux jours avant la date limite d'arrivée des motions chez les militants.
A ce rassemblement, il y aura "des artistes, des grands témoins, des citoyens victimes de la politique de la droite, des petits films, de l?humour, de la gravité mais aussi des raisons d?espérer et d?avancer", écrit-elle.
"Nous allons vivre un moment collectif chaleureux et réconfortant", assure-t-elle.
Une souscription sera lancée "pour payer les frais de location, le techniciens, les musiciens et pour le bon déroulement de la soirée".
La présidente de Poitou-Charentes précise qu'elle sera présente à l?ouverture de l?Université d?été du PS à La Rochelle, le vendredi 29 août 2008, pour le "mot d?accueil" à 14H30.

Par EXCOFFIER - Publié dans : segolene
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Mercredi 16 juillet 2008 3 16 07 2008 09:40

Interview de Ségolène Royal sur France Inter


 

Thierry STEINER

Bonjour Ségolène ROYAL.

Ségolène ROYAL

Bonjour.

Thierry STEINER

Vous êtes en duplex avec nous depuis les studios de France Bleu La Rochelle. Les députés examinent aujourd'hui le projet de loi sur le service minimum à l'école. L'objectif, c'est d'imposer aux communes l'organisation d'un service d'accueil pour les élèves quand les enseignants sont en grève. C'est une mesure qui sera appréciée par de nombreux parents.

Ségolène ROYAL

D'abord beaucoup de communes le font déjà. Voyez, je suis dans votre studio avec le député-maire de La Rochelle et je peux vous dire qu'ici à La Rochelle on ne laisse jamais les parents sans solution d'accueil. Donc c'est la première observation que je voudrais faire ; c'est que lorsque l'on mène une réforme dans un pays, il faut la faire avec respect et en prenant en considération ce qui a déjà été fait. Voyez, quand on dit : « On va faire le service minimum », on a l'impression que le gouvernement finalement agresse tous les maires, leur fait la leçon et leur dit : « On va vous expliquer par une loi autoritaire et uniforme sur l'ensemble du territoire ce qu'il faut faire ».

Thierry STEINER

Il leur propose d'accompagner les dépenses que cela va occasionner, évidemment.

Ségolène ROYAL

Voilà. La deuxième chose, c'est qu'il faut que l'État compense les dépenses par un transfert de ressources, des obligations nouvelles.

Thierry STEINER

Qui est prévu par la loi.

Ségolène ROYAL

Oui, mais il y a beaucoup de choses qui sont prévues par la loi et qui en fait ne sont pas appliquées. Savez-vous qu'actuellement en France ¾ des lois ne sont pas appliquées, faute des moyens financiers d'accompagnement ?

Thierry STEINER

Un autre texte, Ségolène ROYAL, qui occupe les parlementaires aujourd'hui même, c'est cette fois au Sénat, l'examen du texte sur la réforme des institutions. Le congrès se réunira lundi prochain à Versailles. Ça va se jouer à quelques voix paraît-il. Vous croyez que certains de vos camarades parlementaires socialistes seront sensibles au geste si Nicolas SARKOZY concède que son temps de parole soit pris en compte ?

Ségolène ROYAL

Je pense que les problèmes vont bien au-delà que celui-là. Je trouve que nous avons une sorte de dérive des institutions, une mainmise du pouvoir en place sur les médias. On vient de le voir avec les intentions du chef de l'État par exemple de nommer le responsable du service public de l'audiovisuel, France 2, France 3, France Inter ; d'ailleurs c'est une intention qui est massivement dénoncée par les Français dans les enquêtes d'opinion. On voit aussi que le transfert de ressources financières de la publicité du service public vers le secteur privé consiste finalement pour Nicolas SARKOZY à servir financièrement ses amis, sans contrepartie très claire en terme de ressources pour le service public. Donc il y a aujourd'hui une grande inquiétude sur l'indépendance des médias et puis il y a la question du temps de parole équilibré bien évidemment. Je crois que ce problème doit être résolu.

Thierry STEINER

Est-ce que ce serait un geste significatif qui pourrait faire évoluer la position des socialistes ?

Ségolène ROYAL

Je pense que ce serait un geste non seulement significatif mais absolument indispensable. La France est le seul pays où le chef de l'État qui représente une sensibilité politique ne voit pas son temps de parole décompté. Vous savez, la démocratie ce sont des principes simples. Moitié – moitié, majorité – opposition pour que les Français puissent bénéficier d'un débat démocratique qui leur permette d'éclairer la situation et de se faire un jugement sur les réformes pour pouvoir évaluer si elles sont bonnes ou si elles ne sont pas bonnes, que l'on puisse échapper à une forme de propagande gouvernementale. Mais il y a d'autres intentions très inquiétantes dans la réforme des institutions : c'est le redécoupage des circonscriptions électorales et c'est l'absence de réforme du mode de scrutin du Sénat. Là aussi dans une République digne de ce nom, la réforme des modes de scrutin doit permettre une alternance politique à l'Assemblée nationale et au Sénat et échapper surtout aux redécoupages qui vont permettre au pouvoir en place de se maintenir quelles que soient les variations électorales sur le territoire et beaucoup de parlementaires sont très inquiets puisque les choses se passent en catimini.

Thierry STEINER

Donc on verra bien lundi prochain à combien de voix finalement ça va se jouer. François FILLON répète à l'envi ces jours-ci que la droite a gagné la bataille idéologique et la preuve, selon lui, c'est que les réformes menées depuis un an n'ont pas soulevé d'opposition audible. C'est son sentiment du moins. Est-ce qu'en un an la société française a évolué comme le croit le Premier ministre ou est-ce que ce sont les leaders de la gauche qui n'ont pas été à la hauteur depuis l'élection de Nicolas SARKOZY ?

Ségolène ROYAL

Je pense surtout qu'il y a une telle accumulation de décisions injustes que les Français aujourd'hui sont dans une sorte de fatalisme. Quand j'entendais récemment le président de la République dire ou se féliciter que l'on n'entend plus les grévistes, je crois que cela prouve qu'il vit dans un autre monde. Vous savez, s'il y a beaucoup moins de grèves aujourd'hui, c'est parce que le pouvoir d'achat a tellement baissé, la hausse du coût de l'énergie pèse tellement sur la vie quotidienne des familles que les salariés ne peuvent plus se permettre de perdre une journée de travail donc une journée de salaire. Ils ne peuvent plus se permettre de se déplacer massivement dans les manifestations parce que l'essence coûte cher, le train coûte cher.

Thierry STEINER

Ça n'empêche pas les leaders de l'opposition d'être peut-être plus audibles, parce que dire ça ce n'est pas apporter forcément des réponses cohérentes.

Ségolène ROYAL

Oui mais regardez le paradoxe de la situation. Avant de me passer la parole, vous avez dit que je tirais à boulets rouges sur le pouvoir, c'est-à-dire que quand on n'entend pas les socialistes…

Thierry STEINER

Sur Nicolas SARKOZY.

Ségolène ROYAL

Mais Nicolas SARKOZY incarne le pouvoir, donc le rôle de l'opposition c'est de combattre et c'est de proposer. Et aujourd'hui ce que pensent les Français, c'est que la France a besoin de réformes – et je le dis ici très clairement : nous avons besoin de réformes mais de réformes justes, de réformes cohérentes, de réformes qui donnent un sens à une vision de la France. Or aujourd'hui nous avons une accumulation désordonnée de décisions qui ne constituent pas une politique cohérente. D'ailleurs les Français condamnent massivement les réformes ; ils condamnent la réforme des retraites qui ne débouche sur rien, qui réduit les droits des salariés et qui augmente l'inquiétude profonde des Français à l'égard de l'avenir alors que des solutions sont possibles. J'en fais d'ailleurs dans le livre que vous avez cité tout à l'heure, Si la gauche veut des idées, pour proposer une réforme des retraites telle qu'elle a été faite dans les pays du Nord de l'Europe, c'est-à-dire une clarification pour chacun des droits individuels à la retraite par un système par points qui permettrait à chaque Français de savoir à tout moment quels sont les droits à retraite qu'il a accumulés et donc sur quelle perspective il s'oriente. Il faudrait aussi prendre en considération la pénibilité du travail pour donner davantage de droits à la retraite à ceux qui ont une durée de vie inférieure. Il faudrait aussi lutter contre le chômage des jeunes et des seniors, ce qui permettrait de faire rentrer davantage de cotisations retraite et donc de garantir ce droit fondamental pour tous. Vous savez, moi je rencontre énormément de retraités très inquiets, d'abord parce que pendant la campagne présidentielle Nicolas SARKOZY leur avait promis une hausse immédiate de 25 % des petites retraites et puis une fois élu, il leur a dit : « Mais finalement les caisses sont vides ». Donc ils ont le sentiment d'avoir été trompés et aujourd'hui beaucoup de personnes âgées qui ont travaillé toute leur vie ont des retraites très basses, c'est-à-dire il y a beaucoup de pauvreté avec des personnes qui ne font qu'un repas par jour, avec des personnes âgées qui n'ont pas pu remplir leur cuve de fioul avant l'hiver et sur cette question-là aussi, je trouve le gouvernement particulièrement inerte. Je fais également des propositions sur cette question. Vous savez, il suffirait de reprendre la moitié des super profits de TOTAL, 7,5 milliards, pour les transformer en chèques de 300 euros qui pourraient être donnés aux familles et aux personnes âgées pour qu'elles puissent remplir leur cuve de fioul ou acheter leur énergie pour cet hiver.

Thierry STEINER

Ségolène ROYAL, vous vous défendez de tirer à boulets rouges sur Nicolas SARKOZY. Tout de même, quand vous comparez le chef de l'État à un mélange de Doc Gynéco et de BERLUSCONI, ou quand vous dites qu'il croule sous l'argent, est-ce que ce n'est pas tirer à boulets rouges, ça ? Est-ce qu'on n'est pas là dans une sorte d'exagération ?

Ségolène ROYAL

Je pense que je suis en dessous de la réalité, surtout par rapport à ce que j'entends partout. Les gens sont très choqués, vous savez, du comportement actuel du chef de l'État dans bien des domaines, ne serait-ce que ce qui s'est passé au 14-Juillet. Vous savez, les choses sont simples : les valeurs qui rassemblent les Français sont fortes. Le 14-Juillet, c'est un moment de rassemblement national, c'est la fête de la liberté, la fête des droits humains, c'est la prise de la Bastille qui allait se poursuivre par la création justement de la République, des droits fondamentaux, de la liberté de la presse, de la liberté syndicale.

Thierry STEINER

Et vous avez été choquée de voir Bachar el-ASSAD à la tribune.

Ségolène ROYAL

Oui. Je pense qu'il y a un grand malaise dans l'armée française du fait du comportement de Nicolas SARKOZY, que les militaires français veulent être respectés. J'en sais quelque chose et je vois beaucoup de réactions, je reçois énormément de réactions parce que les militaires sont disciplinés, donc ils n'ont pas manifesté publiquement leur désapprobation mais en même temps ce malaise profond n'est pas une bonne chose pour l'équilibre de la République.

Thierry STEINER

Votre camarade socialiste Michel VAUZELLE dit ce matin dans Le Parisien que cette réunion, ce sommet à Paris, cette réunion pour le lancement de l'Union Pour la Méditerranée est un grand succès pour Nicolas SARKOZY et pour la France.

Ségolène ROYAL

Il dit aussi qu'il faut juger sur les résultats et qu'il manque en particulier des moyens financiers importants pour que ces réunions, qui ne sont pas inutiles, débouchent sur quelque chose de concret. Vous savez, dans le processus de Barcelone il y avait déjà le dialogue entre l'Europe et la Méditerranée, dont on attend encore aujourd'hui les résultats. Alors il y a de bonnes intentions dans ce dialogue, notamment la lutte…

Thierry STEINER

Nicolas SARKOZY doit aller à Damas en septembre. C'est la prochaine étape logique pour vous ?

Ségolène ROYAL

Écoutez, il y a eu déjà avec la présence de Bachar el-ASSAD, comment dirais-je, la remise en situation d'un chef d'État qui n'est pas à la tête d'un pays démocratique. Et donc, avant de donner une notoriété internationale à des dictateurs, il faut obtenir des contreparties. Ces contreparties, elles n'ont pas été obtenues. Il n'y a eu ni regrets pour le massacre des soldats français du Drakkar, il n'y a eu ni engagements sur le tribunal international permettant de juger Rafiq HARIRI. Il n'y a pas eu de reconnaissance de la souveraineté du Liban. Donc, tant que ces contreparties ne seront pas obtenues, il serait je crois inopportun d'envisager un approfondissement de ces relations.

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Vendredi 11 juillet 2008 5 11 07 2008 18:11
Informé par les seules agences de presse de récents développements dans l'enquête sur la mise à sac de l'appartement de Madame ROYAL j'ai repris contact avec le Procureur de la République de Nanterre, Monsieur Philippe COURROYE.

Il m'a confirmé que des empreintes digitales d'une jeune femme d'un pays des Balkans correspondraient à celles retrouvées dans le domicile de Madame ROYAL lors de la visite avec effraction de 2006.

Une nouvelle technique appropriée aurait permis maintenant ce qui n'était pas possible hier : procéder à une comparaison approfondie des empreintes.

 

Nous faisons à cela les observations suivantes :

- la protestation de Madame ROYAL aura déjà et au moins servi à la réouverture de son dossier classé. Sans cela cette première infraction serait définitivement tombée dans l'oubli. On peut s'en étonner, s'agissant quand même d'une visite avec effraction commise dans des circonstances troublantes au domicile d'une candidate à l'élection présidentielle.

- la personne suspectée serait notoirement connue des services de police pour avoir écumé les appartements de la Région Parisienne.

- aucun vol n'a été commis chez Madame ROYAL lors de cette visite. Même une montre qui avait disparu lors de l'intrusion dans l'appartement a été retrouvée et aucune déclaration de vol à l'assurance n'a été déposée.

- la suspecte, présentée comme délinquante d'habitude, « rompue au cambriolage de droit commun », aurait donc ce soir-là exercé son activité habituelle à titre bénévole, mue par la seule curiosité. C'est assurément une originalité.

 

J'ai demandé à Monsieur le Procureur de la République d'être dorénavant la seule personne autorisée à communiquer dans ce dossier, le cabinet de Monsieur le Président de la République, n'étant pas en charge de l'enquête préliminaire.

 

 

Jean-Pierre MIGNARD

Avocat à la Cour d'Appel de Paris

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